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Final Battle 2012 : Le bouquet final de la ROH

Le 16 décembre à New York il y avait WWE TLC. Mais il y avait aussi quelques heures plus tôt le grand pay-per-view annuel de la Ring Of Honor : Final Battle. Le moment le plus intense de l’année de la troisième fédération américaine et première fédération indépendante. L’endroit où ont grandi CM Punk, Samoa Joe, Daniel Bryan, Seth Rollins et Antonio Cesaro livrait donc au Hammerstein Ballroom son traditionnel spectacle de fin d’année avec des rivalités qui se finissent.

ROH Final Battle 2012

En ouverture du PPV, il s’agit de fermer une maison. En effet, l’affrontement entre l’expérimenté Roderick Strong qui malgré ses 28 ans a 7 ans d’expérience à la ROH et le plus jeune Michael Elgin, auteur d’une entrée en scène particulièrement impressionnante cette année, marque la fin de l’House of Truth. Ce groupe fondé en 2011 par Truth Martini, chevelu portant toujours son livre de la vérité, a pris fin avec les distances prises par Strong puis Elgin avec leur mentor. Ce dernier est toutefois là aux abords du ring, étant tour à tour pour l’un comme pour l’autre. A la ROH comme l’indique son nom, il y a normalement le code d’honneur, que certains ont et d’autres pas, c’est-à-dire – entre autres – de serrer la main de l’adversaire avant de démarrer. Là l’arbitre face à cette rivalité ne l’a pas ordonné ce qui a étonné le public de connaisseurs. Le match est très bon, marqué par du mouvement et malgré le physique ingrat d’Elgin, ce dernier a une certaine agilité dont il fait encore montre là. Cependant, Martini va jouer un rôle en distrayant l’arbitre et en laissant son livre sur le ring. Ce livre sera finalement utilisé par Roderick Strong qui frappera Elgin avec (solide la couverture, c’est pas un livre de poche), avant de finir par son ghostbuster. Truth Martini veut le célébrer, le remettre dans son écurie vide mais Strong dit qu’il en a vraiment fini. Elgin au sol se reçoit alors un numéro de drague inefficace d’un Martini abandonné et qui dans sa fierté exacerbée gifle Elgin, malheur car la réaction d’Elgin ne se fait pas attendre et Martini finit violemment hors du ring.

Le match suivant oppose deux têtes connues de la TNA et même une aussi de la WWE. Rhino du haut de sa grosse expérience joue le rôle de mercenaire à la ROH et est sensé barrer les routes des rêves. Comme celui de Jay Lethal qui depuis un affrontement en house show il y a quelque temps contre le champion Kevin Steen et qui s’était très mal passé avec sa maman giflée a la bave aux lèvres. Davey Richards en avait fait les frais et Rhino en fait cette fois les frais à son tour, battu par un très spectaculaire Lethal. Autre bon match avec le parfait mélange des styles et un finish parfait de high flyer. Steve Corino traînait dans les environs depuis le début du combat. Copain de Kevin Steen dans l’écurie SCUM, le champion par équipe de la ROH raille Lethal lui disant qu’il n’aura aucune chance. Et il est aidé par le geste de son compère Jimmy Jacobs qui attaque Lethal avant de le placer dans le GORE GORE GORE de Rhino.

Une bataille pour le pouvoir a ensuite lieu. Cela aurait pu avoir l’air d’un comedy match entre deux managers autrefois associés au sein de The Embassy. Prince Nana en était le fondateur et il a eu plusieurs poulains dans son groupe. Seulement, le loup RD Evans s’est glissé et l’a ruiné avant de prendre le contrôle de The Embassy avec le catcheur QT Marshall. Ce dernier accompagne celui qui est connu sous l’identité d’Archibald Peck à la Chikara, un bonhomme très fin avec une tenue jugée très « Power Rangers » par le public qui aime bien se moquer. Hé bien ce match est une authentique surprise car connaissant Evans et son style ultra comedy, le voir placer des prises et faire un match très solide avec une victoire clean avec l’inverted clash, cousin du styles clash, pour finir, m’a agréablement étonné. Et que dire de Prince Nana, prince déchu vêtu comme un patron des forces armées au Ghana (pays de Kofi Kingston) montre que le voltigeur de la WWE n’est pas le seul catcheur de son pays. Mais pour tout le monde dans la salle c’est une découverte de voir l’historique manager Nana sortir un tope suicida, un drop kick, une superplex et un cutter parfaitement exécuté sur un Evans tentant un saut en prenant l’appui sur les cordes.

RD Evans and QT Marshall

La première heure très solide se termine et l’heure suivante continue sur un rythme énorme. La rivalité suivante est dure et très engagée entre deux équipes. D’un côté les WGTT de Charlie Haas et Shelton Benjamin, ex poulains de Kurt Angle sous le même nom d’équipe à la WWE, et de l’autre Rhett Titus et BJ Whitmer, ce dernier étant très expérimenté et ayant remplacé Kenny King qui était parti du jour au lendemain à la TNA. En vêtements de rue, les quatre hommes livrent une bataille très engagée, sans sang mais non sans choc, avec des objets parfois originaux, comme une canne à sucre géante et un sapin, ce dernier jouant un rôle d’arme très étonnant. Attention aux sapins en plastique chez vous. Mais les tables sont aussi entrées en action et seront le point final avec une exploder suplex de Charlie Haas sur BJ Whitmer depuis les cordes jusque sur la table. Whitmer est un habitué des chocs très durs dans sa carrière et il en rajoute un à la liste en atterrissant la tête la première à travers la table. La performance des quatre hommes est donc très solide dans une superficie assez restreinte pour un street fight, avec un espace assez minimal autour du ring et une toute petite rampe sur laquelle ils sont quand même allés faire un tour. Ce round final est donc gagné par les WGTT.

Incontestablement le moment faible du show arrive alors. Jerry Lynn fait sa tournée d’adieux à l’âge de 49 ans, et dispute donc son dernier match à la ROH qui l’avait relancé et offert son dernier grand titre en 2008. L’ex légende de l’ECW et pionnier de la TNA n’a pas été gâté. Son adversaire, Mike Bennett, est pompeusement surnommé « le prodige » alors qu’il ne compte aucun fait d’arme et est un catcheur somme toute limité. Et ce match va le prouver car il va fuir essentiellement et profiter de l’aide aux bords du ring de son manager  Brutal Bob, vieux loup de mer avec une tronche et un look à la Popeye, et de Maria Kanellis, sa compagne à la ville comme à l’écran (ex Diva de la WWE au passage). Ces derniers vont asséner deux coups, celui de Maria étant celui de trop pour Lynn qui craque et est achevé par le TKO.

Du coup, les adieux de Lynn à la ROH sont d’autant plus déchirants car ils n’ont pas eu l’impact qu’ils auraient dû avoir sur le ring. Une sortie dommageable pour la ROH mais un hommage rendu par les fans et un Lynn finalement pas rancunier de cet ultime coup du sort. Nigel McGuiness, légende anglaise qui a notamment très bien connu Antonio Cesaro et Daniel Bryan qu’il a beaucoup affronté, maintenant general manager de la ROH vient appuyer cet hommage final. Et Jay Lethal en profite dans la foulée pour demander son match contre Kevin Steen. Mais McGuiness ne veut pas et lui dit que s’il veut l’espoir d’un titre il peut croiser les doigts pour qu’El Generico l’emporte. Evidemment cela fâche Lethal et il faut la sécurité pour empêcher une attaque.

Nigel McGuinness, Jerry Lynn

Il est l’heure d’une respiration avec le traditionnel entracte à chaque moitié de show de 3 heures qui caractérise le circuit indépendant. Avec des vidéos sur la rivalité qui conclura le show notamment. Car la ROH a son show télévisé chaque dimanche qui lui permet de développer ses rivalités et d’apporter des compléments visuels.

L’arrivant suivant est un catcheur qui s’était très bêtement blessé. Mike Mondo catcheur pas très connu mais talentueux et d’avenir vient avec des béquilles, annonçant son retour prochain. Cela n’émeut pas grand monde, et surtout par Kyle O’Reilly et Bobby Fish qui viennent railler son handicap qu’ils cherchent alors à faire durer. Mais leur adversaire Davey Richards arrive alors mais souffre jusqu’à l’arrivée de celui qui sera son équipier, Eddie Edwards. Ces deux-là se connaissent très bien, ayant formé les American Wolves et les reformant donc après s’être sacrément chamaillés il y a un an de cela.

Kyle O’Reilly était d’ailleurs aux côtés de Davey Richards mais il est maintenant opposé à son mentor et a trouvé en Bobby Fish le routier technique qui a roulé aussi sa bosse partout, comme Richards. Dans un format tornado, qui implique tous les catcheurs en même temps sur le ring sans aucun tag (et c’est par ailleurs le format des matchs par équipe durant cette soirée), le rythme est complètement fou et donne beaucoup d’occasions aux spectateurs d’hurler des « This is Awesome ». Quatre catcheurs éminemments techniques fournissent alors un match d’un mouvement extraordinaire dans tous les coins du ring et d’une pureté et d’une richesse technique rare. Comme ce dragon sleeper de O’Reilly sur Richards qui lui inflige en même temps l’ankle lock. Un tableau de chef d’oeuvre technique qui sera la parfaite illustration d’un show stealer remporté par les American Wolves qui montrent qu’ils sont de retour et qu’ils ont tout pour redevenir ce qu’ils étaient, la meilleure équipe au monde.

Le match qui suit oppose le champion Television Adam Cole, autre jeune au potentiel et à la richesse technique époustouflante, à Matt Hardy. Cette ancienne figure de la WWE sillonne à 38 ans toutes les fédérations et le frère de Jeff pose ainsi ses valises pour un match ce soir. Le titre n’est pas en jeu et fort heureusement pour Cole, d’abord dominé par un Matt Hardy respectueux du code d’honneur mais très vicieux dès que la cloche sonne. On y voit la traditionnelle palette de Matt Hardy jusqu’à ce Twist of Fate, marque de fabrique des Hardy Boyz. Mais cela ne fait pas mouche, car Adam Cole a ce talent qui prend irrésistiblement le dessus dès qu’il peut s’exprimer. D’une grande pureté dans ses prises, il inflige même le Twist of fate, preuve aussi d’un certain culot du jeune homme de 22 ans. Mais la fin met en colère le public et provoque des insultes de la part du commentateur Kevin Kelly. Matt Hardy tire le tee-shirt de l’arbitre Pat Turner qui du coup en se rhabillant ne voit pas le low blow glissé à Adam Cole, suivi du petit paquet qu’il voit, malheureusement pour le jeune champion Television qui pourrait revoir Matt Hardy si ce dernier a faim de titre.

Matt Hardy

En parlant de titre, voici celui par équipe avec SCUM, composé de Jimmy Jacobs et de Steve Corino, champions en titre, qui ont fort à faire face aux frère Briscoes, véritable tauliers du catch par équipe à la ROh, et Caprice Coleman et Cedric Alexander, une équipe montante. Ces derniers vont offrir le côté voltige au match duquel SCUM a voulu prendre des distances, pris sous l’infériorité numérique. Avec des coups vicieux, les vieux briscards au nom d’équipe rappelant le nom de la bière dans le jeu vidéo Monkey Island (je fais appel aux esthètes du point and click) ont quelques occasions de ressortir champions mais ils sont finalement pris à revers par les Briscoes qui glissent leur Doomsday device, un nom annonçant l’apocalypse pour leurs adversaires. Les deux frères, champions pour la 8ème fois de la ROH, sont souvent dragués par la WWE mais ils ont vraiment le catch indépendant collé à la peau, avec un style de bagarreurs qui correspond parfaitement à leur look d’hommes des rues.

Pour finir la soirée en beauté, c’est la guerre des échelles, 4ème épisode. C’est LA rivalité du circuit indépendant qui prend une autre tournée à New York, lieu où elle a démarré il y a trois ans lors de Final Battle également. Kevin Steen avait alors trahi son pote masqué El Generico et depuis, les deux Canadiens se livrent une guerre sans merci, qui à chaque fois fait des dégâts considérables, comme lors d’un match sans honneur où absolument tout était permis en 2010 à Final Battle. Cette folie entre les deux hommes prend un tournant qu’ils connaissent, car manier les objets l’un contre l’autre, ils savent y faire, et un homérique match à l’échelle fin 2011 à la PWG avait marqué les esprits. El Generico, après 7 mois d’absence suite à une « Revancha » ratée face à Steen, retrouve son meilleur adversaire. Ce dernier ne paye pas de mine au premier abord, avec un ventre très rond. Mais il est capable d’imprimer un gros rythme. C’est d’ailleurs lui qui imprime le ton du combat, avec des échelles grises rudement pas solides, cassées à trois reprises sous le poids d’un dos d’El Generico martyrisé.

Le combat en lui-même reste solide, marqué par des gros spots épars. Il souffre cependant de la comparaison avec des affrontements précédents. El Generico a vraiment peu voix au chapitre et Steen l’achève dans un énorme spot final avant d’aller décrocher sa ceinture. Disposant au centre du ring deux grandes échelles rouge et jaune bien solides, elles, il y met en sandwich sur deux niveaux des échelles grises. Et c’est son dévastateur piledriver, auquel il avait gouté de la part de Generico sur le cuir du ring plus tôt dans le combat, qui le fera démolir El Generico. Suffisamment pour donner un chapitre final éclatant à ce Final Battle. Même si leur rivalité est loin d’être finie.

Kevin Steen Doomsday Ladder War

La Ring of Honor a donc de quoi attirer les nouveaux fans. Mieux structurée que par le passé, elle peut plus efficacement attirer des catcheurs de renom tout en continuer à travailler avec des catcheurs d’avenir qui possèdent un bagage technique qui tôt au tard charmera la TNA ou la WWE comme cela a toujours été le cas. La constante depuis sa création en 2002 est la recherche de la meilleure alchimie sur le ring et Final Battle, pour conclure cette dixième année d’existence, en a apporté une belle illustration.

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