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ROH 11th Anniversary : Un enfant perturbé

La Ring Of Honor redémarre cette année 2013 en fêtant son anniversaire. Bientôt l’adolescence et la fin de la petite enfance pour ce gamin qui a bien grandi quand même en 11 années. C’est dans un de ses fiefs, à Chicago Ridge dans l’Illinois le 3 Mars, que l’anniversaire est célébré. Mais point de bougies et de fête du sens propre, la lutte avec des rivalités exacerbées et des jeunes loups aux dents longues est le sujet de cet anniversaire.

Kevin Steen ROH 11th Anniversary

La ROH avec le groupe Sinclair soigne de mieux en mieux la production de ses shows et dorénavant, avec son show weekly, chaque match a sa mise en contexte par une vidéo. Ce n’est pas le cas de l’opener qui est plus un apéritif qu’un combat avec un réel intérêt. Au cours des dernières semaines chaque dimanche, le tournoi Top Prospect se déroulait. Le vainqueur de ce tournoi sera en action tout à l’heure dans la récompense dévolue qui est un match pour le titre Television. Là, ce sont les cinq hommes qui ont perdu dans le tournoi. Tous avec des gabarits et des styles un peu variés, Silas Young l’expérimenté, QT Marshall le costaud, Adam Page le classique, Tadarius Thomas et ACH les high flyers. Dans ce genre de match, pas de construction attendue, juste du spectacle, à l’image de la succession de sauts à l’extérieur spectaculaires notamment par ACH et Thomas qui inflige une superplex sur RD Evans, manager de Marshall, depuis la troisième corde vers tout le bon monde à l’extérieur du ring. Ensuite dans ce match à ranger dans la catégorie spotfests, chacun a sa chance mais finalement le gagnant ne surprend pas. ACH est un petit gabarit d’énergie qui enchante le circuit indépendant, et pas étonnant que la ROH le convoite assidûment.

Un match par équipe met une différence de style criarde. La jeune équipe composée de Caprice Coleman et Cedric Alexander, au style très aérien avec beaucoup de rythme, se frottait aux deux tauliers de SCUM, anciens champions par équipe il y a encore quelques mois, les expérimentés et rudes Steve Corino et Jimmy Jacobs. Ces caractéristiques plantées vont fidèlement se retrouver sur le ring, dans un match largement dominé par le rythme donc par Coleman et Alexander. Les expérimentés font le dos rond et frappent tout à la fin, et après avoir bien mis en valeur les jeunes, ils s’accaparent tout de même la victoire avec un Brainbuster brutal pour conclure.

Les deux hommes qui suivent ont une tonne d’expérience et de brutalité à revendre. Depuis Final Battle en décembre dernier et un match street fight où ils avaient des coéquipiers, la guerre explose entre Charlie Haas et BJ Whitmer. Ce dernier aurait pu se briser le coup à Final Battle à cause d’Haas et c’est donc comme ça qu’on obtient un No Holds Barred match ici. Les tables seront surtout à l’honneur, traversées deux fois, une à l’extérieur et l’autre à l’intérieur du ring, par BJ Whitmer à la conclusion de superbes German Suplex d’Haas. Dans ce match rythmé au coup pour coup pour faire très mal, Whitmer a le dernier mot, avec une exploder suplex qui fait passer Haas à travers une échelle. Le match ne finit pas par tombé mais par arrêt de l’arbitre ensuite, car Haas est roué de coups de genou auxquels il ne peut répondre.

Match de rêve par équipe, telle est la dénomination de l’affrontement amical entre les American Wolves d’Eddie Edwards et de Davey Richards et les Forever Hooligans d’Alex Koslov et de Rocky Romero, habituels de la NJPW invités ici. Koslov fait bien le coup habituel de l’hymne russe avant le combat, mais aux USA, c’est moins apprécié qu’au Japon. Le match s’engage en deux parties bien distinctes, les Forever Hooligans se taillant une bonne part du loup en dominant tranquillement. Finalement, essentiellement grâce à Davey Richards, les Wolves ont le dernier mot dans un match qui n’a pas forcément totalement respecté son appellation du fait d’une équipe américaine un peu empruntée. Mais tout cela se finit par le respect et des poignées de mains.

ROH 11th Anniversary.

Il y a un an, Roderick Strong et Michael Elgin étaient associés dans l’équipe House of Truth. Mais ensuite d’abord par des dissensions avec leur ex manager Truth Martini puis ensuite par une rivalité directe, les deux hommes étaient arrivés au point de non retour. Dans ce match au meilleur des trois tombés, pas d’enjeu particulier, si ce n’est de conclure une rivalité victorieusement. Elgin suit rapidement ce plan de marche en gagnant rapidement le premier tombé avec sa Sitout Powerbomb. Le deuxième tombé est le coeur même du combat, bien plus long que les autres tombés, car oui il y aura un troisième tombé, car dans cette deuxième manche rythmée par le parfait coup pour coup, le Gutbuster de Strong un peu maladroit a toutefois raison d’Elgin. La troisième manche, l’ultime, ne pouvait se terminer que spectaculairement après un nouvel échange de coups pour coups, Michael Elgin inflige sa Sitout Powerbomb depuis la troisième corde. Imparable.

Truth Martini a peut-être perdu deux chevaux de course dans son écurie mais il a récupéré un étalon. Vainqueur du tournoi Top Prospect, Matt Taven a rejoint ce curieux pingouin aux cheveux longs qui porte une redingote sans rien en dessous si ce n’est un boxer. Pas très esthétique mais redoutable pour l’adversaire. Les phases de rythme du champion Television Adam Cole se voient freiner par deux coups du Livre de la Vérité de Martini en fin de match. Evidemment beaucoup trop pour le champion en titre et une aubaine pour un Taven aux mouvements très découpés, sans doute même trop, mais qui créée la surprise en devenant champion Television. Et cela au grand dam d’un Matt Hardy hébété aux commentaires, lui qui voulait battre Cole pour le titre TV comme il le rappelait encore avant le combat. Ce projet est donc râpé.

Suite du passage les jeunes loups aux dents acérés pour des titres avec plutôt des dragons à l’affiche. L’équipe Redragon de Bobby Fish et Kyle O’Reilly n’existe que depuis le dernier quart de l’année 2012, mais en 2013 elle a pris son destin en mains pour sortir en challengers au milieu des nombreuses équipes de la ROH. Ils arrivent donc avec cette dernière marche face aux tauliers du par équipe, les frères Briscoe, qui ressemblent de plus en plus à des loup garous. Ces derniers pourtant 8 fois champions par équipe de la ROH reçoivent essentiellement de ce match une leçon. O’Reilly et Fish maitrisent leur sujet la majeure partie du temps avec leur technique inspirée du style Puro du Japon. Le Doomsday device frappe pourtant, mais O’Reilly et Fish paraissent toujours sous contrôle, s’imposant sans coup férir pour devenir champions par équipe comme ça du premier coup. Coup de maitre et la preuve aussi que ce soir il ne fait pas bon être champion en titre car les deux ceintures en jeu ont jusque là changé de porteurs.

L’avertissement est très clair pour Kevin Steen. Déjà sans ce qui s’est passé durant les 45 précédentes minutes, il connaissait le danger d’affronter Jay Lethal qu’il n’avait pas battu en octobre dernier pour le titre de la ROH. Depuis, Lethal a forcé la main jusqu’aux limites pour avoir ce match qu’il veut tant. Et Kevin Steen va vraiment être poussé dans ses derniers retranchements. Dans un match rythmé, endiablé, où Steel tombe souvent dans le rythme de Lethal tout en s’y accrochant car lui aussi aime imprimer du rythme, le titre vacille beaucoup. Steve Corino et Jimmy Jacobs interviennent soudainement et sont à deux doigts par leur attaque sur Lethal de donner le titre à Steen mais Lethal s’accroche tandis que Nigel McGuiness, prestigieux general manager, vient faire la police. Le match peut donc repartir avec cette recherche du KO, une Lethal Injection ou une Lethal Combination d’un côté, un passage terrible à travers une table de l’autre pour Lethal à deux doigts de perdre d’abord par décompte à l’extérieur à cause de Jacobs puis par tombé suite au package Piledriver. Mais Lethal parvient à s’en sortir ce qui fait douter brièvement Steen. Mais ce dernier est toujours confiant finalement dans toutes les situations et finit par un….brainbustaaaa, hommage très clair à El Generico avec ce piledriver sur les cordes.

Mais ne croyez pas qu’on finit par une célébration tranquille de Kevin Steen. Rhino y va alors de son Gore sur l’infortuné Jay Lethal et la folie s’enclenche. Dans la case des gentils, les Briscoe, Coleman et Alexander, Whitmer, Elgin, les American Wolves, Adam Cole. Chacun intervient à tour de rôle pour se faire corriger par un clan SCUM grandissant au fur et à mesure. Ainsi, Jimmy Rave, Rhett Titus qui trahit Whitmer, Cliff Compton, Matt Hardy rejoignent les rangs de la force obscure par la force et le chaos. Les faces complètement KO, Steve Corino a la confiance du clan qui a ruiné la fête finale et il annonce la mort de la ROH qui sera apportée par tous ces grognards qui joignent le geste à la parole en déchirant un drapeau de la ROH.

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Cependant, curieusement, Kevin Steen reste constamment en dehors de cela, il se met même complètement à l’écart lors du discours de fin. SCUM finit en force dominante sous les yeux mécontents de la foule balançant bouteilles et canettes. Mais cette suprématie prise dans un formidable chaos pourrait bien avoir son plus grand opposant dans son propre camp.

Un anniversaire donc plein de surprises, de mystère, de brutalité, consacrant d’abord la jeunesse pour terminer par la rébellion des anciens. La ROH tient son grand barnum pour le reste de l’année 2013, enfin, si elle y survit…

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