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ROH Border Wars 2013 : le temps de la trève temporaire

Rendez-vous en terre chaude, c’est-à-dire le Canada, toujours très friand de catch avec des fans très chauds décidés à mettre le feud dans ce show de gala situé à mi-chemin entre des shows d’importance, Supercard of Honor et Best in the World. Toutefois, les guerres sont bien larvées encore, rien de bien résolu entre SCUM et la ROH même si cette dernière a l’avantage.

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En entrée, des habitués des lancements de show en 2013 et une équipe lancée désormais pour apporter un style explosif, TaDarius Thomas et ACH, face à une équipe d’un écart d’âge de 8 ans mais très unie et déjà très proche à quelques récentes reprises des titres par équipe de la ROH, Caprice Coleman et Cedric Alexander. Le respect entre ces gentils donne un match ouvert, essentiellement dynamité par l’atypique ACH. Le thème du match s’annonçait « Fast and Furious » mais ce sera un peu en-dessous. Les combinaisons de Coleman et Alexander sont plus tranchantes alors que dans l’autre équipe, ACH est supérieur à son équipier avec une entente brouillonne qui ne permet pas d’enchainer. Pas mieux quand même pour électriser d’entrée un public très demandeur de spectacle et qui l’a eu. L’expérience et les combinaisons plus abouties prévalent et ACH subit le tombé finalement.

Le match suivant apparait bien déséquilibré et pas des plus emballants. Roderick Strong est dans un creux niveau ambitions réelles mais a un catch des plus sérieux. Le problème est qu’en face de lui Mike Bennett a des aptitudes sur le ring autrement inverses à l’intensité du sex appeal de sa compagne tant sur le ring que dans la vie, Maria Kanellis. Il avait certes battu Shelton Benjamin la dernière fois, mais de manière très « cheap ». Sans réel rythme, l’intérêt se situe donc sur l’extérieur du ring que les deux adversaires n’hésitent pas à aller visiter d’ailleurs. Mais les défaites de Bennett sont paradoxalement très rares et le surnom « Prodigy » prend tout son sens car on est dans le tour de magie de voir Bennett souvent s’imposer. Sauf que là, le petit Cheeseburger envoie la sauce avec Maria, l’élément perturbateur donc qui permet à Strong de s’imposer.

SCUM avance maintenant à rangs dispersés mais conserve sa malice et une certaine homogénéité. Pas vraiment dans la performance, à commencer par le I quit match entre Rhett Titus et BJ Whitmer, ou la chronique d’une revanche entre le vieux trahi par le jeune. Le vieux après un échange équilibré où le micro tendu par Todd Sinclair n’aura pas marché des masses a l’avantage au bout d’un affrontement correspondant assez peu à la soumission, manquant réellement de destruction, ce dont Whitmer est coutumier. Or là, le schéma sera simple et quelque peu bizarre et frustrant, Titus les mains attachées aux cordes abandonnant dès la présentation d’une chaise. Difficile de saisir le sens de cette fin surtout que Steve Corino qui est revenu après avoir été banni des abords du ring sourit suite à une défaite d’un de ses protégés. Surement car sans transition, le match suivant débarque.

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Michael Elgin a une chance de titre ROH égarée face à SCUM et du coup avec Jay Lethal il combat Jimmy Jacobs et Cliff Compton qui étaient venus attaquer Whitmer. Le temps de changer d’arbitre et hop c’est parti, l’avantage allant grandement à Lethal et Elgin. Titus est toujours attaché aux cordes au passage, et n’en sera libéré qu’à mi match. Le point tournant d’un match jusque là unilatéral sera la blessure de Jay Lethal. On passe d’un coup à un handicap match assez brouillon mais dominé par les routiers de SCUM, surtout que Corino est encore dans le coin. Mais Kevin Steen, sans match ce soir, en trouve un avec la bénédiction d’un McGuiness chaud bouillant au bord du ring, et vient au relais d’un Elgin cramé. Mais il fera pschitt, piégé dans une toile d’araignée made in SCUM, qui fait donc un moite-moite, existant donc toujours, même affaibli.

L’entracte revient sur les deux invités du soir. Tout d’abord retour à un match en 2009 entre Taiji Ishimori et El Generico au Japon, match remporté par le Japonais. Puis en 2002 spectacle entre Michael Shane et Paul London, ce dernier finissant par un étourdissant shooting star press du haut d’une échelle.

Décidément, quand on a pas de match on vient quand même sur le ring. La preuve avec Barrister RD Evans et QT Marshall. Le fandangoing est un baromètre efficace pour juger de l’inutilité ou du côté barbant de quelque chose, la preuve ici dans ce passage sans réel intérêt où les Canadiens n’hésitent pas à entonner ce thème. Toutefois, un jeu de lumières éteintes, allumées, éteintes, allumées va provoquer le retour surprise de Tommaso Ciampa. Un jeu physique s’installera dans les semaines à venir.

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Premier invité en action, Taiji Ishimori contre Eddie Edwards. Entre ces deux hommes qui ont démarré en même temps (2002), le style est proche. L’homme de la Pro Wrestling NOAH avance sans calcul, ce qui donne des phases « ohaieaieaie » (McGuiness). Le combat est équilibré, engagé, endiablé, explosif. Tout ce qu’il faut pour emballer et ressusciter un loup au bord du trou depuis plusieurs mois. Eddie Edwards trouve là un parfait camarade de jeu dans un style très physique et athlétique. Enlevé, le match peine à dégager un favori clair et un gagnant, tout pouvant basculer à tout moment. Finalement, la table n’est pas dressée pour l’invité, Ishimori connaissant la défaite non sans avoir résisté à deux powerbombs successives, mais « Die Hard » Eddie Edwards portait bien son qualificatif, opiniâtre à souhait et ne lâchant rien. Sans pression, un American Wolf s’est libéré enfin en 2013.

Matt Taven ne s’ennuie pas. Avec les Oupla Girls dont la plantureuse Scarlett Bordeaux et son manager excentrique Truth Martini, il a toutes les armes pour faire tourner les têtes des adversaires et celles des arbitres. C’est d’ailleurs ce qui arrivera à la fin, après un bisou qui aura brisé quelques coeurs masculins car c’est entre deux femmes. Cela n’émeut pas des masses le très rustre Mark Briscoe mais cela suffit à le distraire juste assez. Truth Martini aura bien tenté aussi son intervention mais est passé au travers, au sens propre du terme. Les Briscoes en solo montrent de bonnes aptitudes qu’on a peu l’occasion de voir mais là c’est le moment. Donc le plus jeune frère Mark veut aussi son gros titre à la ROH et il s’emploie pour cela faisant plier un Taven tantôt assuré tantôt fébrile mais qui finalement continue à attirer les femelles avec une ceinture.

Le climat est étrange dans le match suivant. Déjà, ce n’est pas l’affiche originale, car initialement, Naomichi Marufuji devait être l’adversaire de Davey Richards. Mais, blessé, le Japonais a laissé sa place au revenant Paul London, qui a pu mesurer sa popularité par un tour complet du bord du ring tel une personnalité politique. Après avoir mis du temps à se mettre en place, le match prend un rythme de croisière pépère, parfois troublé par deux coups de buis de Richards envers London. Richards n’a pas une synergie avec Toronto et Border Wars. On s’aperçoit très vite qu’il n’est pas ravi d’être sur les lieux du départ de sa chute. Il y a un an, il arrivait en champion de la ROH à Border Wars, mais il en était reparti les mains vides, laissant le titre à Kevin Steen. Depuis, il ne s’en est jamais vraiment remis, traversant une année compliquée ensuite. Il ne saisit pas le même bond que son ami Eddie Edwards, apparaissant énormément en guerre contre le public canadien.

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 Cela nuit au rythme et donne un climat spécial, que la fin aura du mal à apaiser. Un double stomp sous les cordes porté par Richards va causer une commotion cérébrale de London, qui va tout de même courageusement se relever pour s’incliner. Ensuite, il fait tout pour rehausser le prestige de Davey Richards. Beaucoup de respect mais le loup est encore blessé.

Jay Briscoe fait sa première et peut-être dernière défense de titre de champion de la ROH – car depuis il s’est fortement excité envers la communauté gay aux USA, héritant la foudre de la ROH – en fermeture du show. En face, Adam Cole, challenger passé par une ornière, celle d’une mésentente lors d’un match par équipe. Avec cette chance assez cadeau, il saisit l’opportunité, étant proche de percer le coffre fort face à un champion assez brouillon. Souvent dans ce match, l’impression que ce n’est pas pour le titre de la ROH transpire. Le match est trop sage et pas très débridé par un champion qui ne vit que par ce biais. Mais il va profiter des circonstances de fin, Steve Corino aguichant Cole avec un tee-shirt SCUM qu’il lui donne. Nigel McGuiness, furieux, lui inflige un DDT de la troisième corde, et Briscoe profite que Cole ne soit plus dans le match pour conclure. L’après match est curieux, sportivité face à face mais possible heel turn de Cole par-derrière. Une fin très énigmatique donc.

Présentant un enjeu assez faible, Border Wars demeure un ton au-dessous des précédents PPVs. Comme une trêve avant de repartir à l’assaut, un passage vers la passion canadienne et une libre expression in ring qui aura fait ses dégâts et aura apporté un spectacle mi-figue mi-raison, entre pépites et faux bijoux.

Photos : Andrea Kellaway

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