Décryptage

TNA : Quand le bateau prend l’eau

Le mois dernier, la TNA a dégraissé sévère en renvoyant plusieurs de ses talents. Si ce genre d’évènements est le pain quotidien de la WWE, la manœuvre est un peu plus inquiétante pour la deuxième plus grosse fédération américaine.

La raison de ces problèmes économiques ? Ils sont divers. Tout d’abord, la TNA a retransmis pendant quelques temps son show phare, Impact Wrestling, en direct. Puis, dans sa grande bonté, elle a exhaussé le vœu de nombreux fans en quittant l’Impact Zone d’Orlando pour se produire un peu partout aux États-Unis. Si dans un premier temps le direct a été maintenu pour un des deux épisodes ayant lieu la même soirée, la TNA a fini par cesser les frais.

Aujourd’hui, un épisode d’Impact Wrestling coûte 600 000 dollars. Une somme importante qu’il faut être sûr de pouvoir rentabiliser, que ce soit en audiences ou en affluence dans les salles. Aucun de ces deux critères n’est rempli. Les salles ne sont jamais à guichets fermés et les audiences baissent. S’il y a quelques mois,  la TNA stagnait à un peu plus de 1.0 de part d’audiences — environ 1.2 million de téléspectateurs, il lui est arrivé plusieurs fois ces derniers temps de se rapprocher allègrement de la barre du million, avec un score de 0.78 le 4 juillet dernier.

Ratings de la TNA sur les six premiers mois de l'année. En bleu ciel 2013. (via TNAinsider)

Ratings de la TNA sur les six premiers mois de l’année. En bleu ciel 2013. (via TNAinsider)

Concernant les house shows, la TNA a l’habitude de faire une petite tournée des stades de baseball en période estivale. Prenons l’exemple du house show dans un stade de Brooklyn où 5500 fans étaient présents en 2010. Une année d’ailleurs marquante de l’histoire de la TNA avec l’arrivée de Hulk Hogan et Eric Bischoff, amenant un flot de décisions contestables dans leur ensemble. Le 4 juillet dernier, la TNA a accueilli 2500 fans dans ce même stade. Evan Ginzburg, coproducteur de The Wrestler, était dans les gradins pour assister au show. Ce dernier a vivement critiqué le show pour son manque de divertissement.

Nickia Roberts, manageuse de Tully Blanchard dans les années 1980, déclarait très justement  la semaine dernière: « Je ne suis pas fan de Hulk Hogan et d’Eric Bischoff pour ce qu’ils ont pu faire dans le passé. Hogan est super dans le ring, mais en tant que dirigeant, il a tendance à faire couler les fédérations. Je veux que la TNA ait du succès. » Elle ajoute ensuite : « Je veux voir de nouveaux visages. J’aime à mort Bully Ray mais je veux voir quelque chose de neuf. Je ne veux pas voir, que dieu le bénisse, ce quinquagénaire de Sting, je ne veux pas voir Hogan, je ne veux pas voir les Dudley Boyz. Je les ai vu il y a 20 ans. Je veux voir des jeunes comme Joey Ryan, Zema Ion, etc. Je ne veux pas voir les mêmes choses que j’ai pu voir il y a 20 ou 30 ans en arrière. Je suis fatiguée de voir Hogan. »

Le manque d’intelligence de la TNA ne réside pas seulement dans l’omniprésence des vétérans. Elle est aussi marquée par le fait qu’elle ne propose pas un produit original. Ce qui a fait la popularité de la TNA à ses débuts, c’est sa prise de risque. Un ring à six côtés, des Ultimate X matchs, le développement de jeunes comme AJ Styles, Abyss ou Samoa Joe.

La nostalgie, ça déprime parfois.

La nostalgie, ça déprime parfois.

Hormis son statut de fédération numéro 2 aux Etats-Unis, la TNA a de nombreux points communs avec la WCW. Dans les positifs : le bon mixage des vétérans et des catcheurs faits maison dont elle ne peut se passer. La WCW avait ses Radicalz (Benoit, Guerrero, Saturn et Malenko), la TNA a ses Originals (Kaz, Daniels, Joe, Storm, Roode, Styles, etc). Les négatifs sont beaucoup plus nombreux. D’une part, une présidente qui a peu d’expérience dans le catch. Dixie Carter doit surement être une grande fan de catch, mais a-t-elle l’intelligence pour en produire ? Elle espère pouvoir travailler sur un show en collaboration avec la WWE dans l’avenir depuis qu’elle a rencontré Triple H et Stephanie McMahon à l’enterrement de Paul Bearer. Jim Ross s’était d’ailleurs moqué de la présidente de la TNA sur son blog.

On peut noter également: l’absence de partenaires financiers importants. La TNA vit des rentes de la famille Carter mais également de Spike TV, son diffuseur. Sans l’une des deux, la TNA ne serait plus viable économiquement. Un problème qu’a connu la WCW vers la fin avec Turner Broadcasting qui voulait un produit plus édulcoré.

Tout comme il y a 15 ans, Hulk Hogan et Eric Bischoff font ce qu’il leur plait. On place la famille (Horace Hogan, David Flair pour la WCW ; Brooke Hogan, Garrett Bischoff pour la TNA), on a des idées de gimmick improbables (Glacier, The Demon, The Shockmaster pour la WCW ; Orlando Jordan le bisexuel caricaturé à souhait, Judas Mesias, mélange de Kane, de Cétautomatix et de l’immigré mexicain pour la TNA), et surtout, on vous emmerde. Hulk  Hogan a avoué ne pas connaître AJ Styles avant d’arriver à la TNA. C’est tout autant risible qu’un mec qui lance une boutique de planches de surf et qui ne connait pas Kelly Slater. Trois ans plus tard, Styles patauge dans son marasme et Hogan n’a plus de soucis avec son banquier.

Au secours.

Au secours.

Comment la TNA peut-elle s’en sortir ? En proposant quelque chose de différent, ce que tente de faire Spike TV, le diffuseur et le plus gros investisseur de la fédération. Depuis un an, trois combattants MMA sont apparus à la TNA. King Mo, Quinton « Rampage » Jackson et Tito Ortiz. Tous trois bossent pour la Bellator, fédération de MMA diffusée sur Spike. En se montrant à Impact Wrestling, cela fait de la pub à la Bellator qui organise par exemple un combat entre Jackson et Ortiz le 2 novembre.

Un combat en préparation en MMA, mais côté catch, on attend encore. Les combattants pensent que le passage du MMA au catch se fait facilement mais King Mo s’entraîne depuis un an à l’OVW. Jackson a été intégré au clan de la Main Event Mafia. Tous les membres du groupe sont en costume, sauf lui. Cherchez l’erreur. Ortiz sort quant à lui de sa retraite de MMA, prise il y a un an. Que vient-il faire à la TNA ? On le voit mal commencer une carrière de catcheur à 38 ans.

L’introduction de combattant de MMA a quel but, hormis l’autopromotion ? Amener un nouveau public ? Celui présent dans la salle pour l’arrivée d’Ortiz, Mr #August1Warning, se demande encore qui il est. Rendre légitime le produit catch ? Nous ne sommes plus dans les années 60, les promoteurs ne peuvent plus nous faire croire qu’il n’y a pas de mise en scène. Pourtant c’est le grand rêve de Dixie d’avoir un champion poids-lourd TNA qui est également champion MMA (cf. fiasco Bobby Lashley en 2009).

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Bobby Lashley à No Surrender 2009

En parlant de champion poids-lourd, la TNA vient d’en changer. Chris Sabin, revenu de deux déchirures des ligaments croisés, a prouvé qu’il pouvait être plus qu’un simple champion X-Division. Prouver un bien grand mot puisqu’il s’est fait dominer durant tout son match, a utilisé un marteau pour pouvoir river les épaules du champion Bully Ray au sol et il a avoué lui-même dans le dernier épisode d’Impact que si la Main Event Mafia n’avait pas été à ses côtés, il n’aurait jamais capturé la ceinture. Un champion en béton quoi.

Si l’on regarde le reste du roster, la division par équipe survit tant bien que mal, les Knockouts ont sorti quelques matchs de très bonne facture mais aucun n’impliquait la championne et la TNA n’a pas de midcarder convaincant hormis Magnus. Ce dernier pourrait d’ailleurs bien devoir supporter sur son dos la fédération entière si les dirigeants décidaient de lui donner une chance en tant que champion poids-lourd pour fortifier leur puissance sur le marché britannique.

Peu de marge de manœuvre donc pour la TNA qui se doit de redresser la barre si elle ne veut pas mourir à petit feu. On dit souvent que pour avoir un bon gouvernement, il faut un bon contre-pouvoir. À la TNA de faire le travail nécessaire.

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