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Bound for Glory 2013 : Le faux rebond de la TNA

La TNA organisait son grand show annuel Bound for Glory à la Viejas Arena de San Diego en Californie. Dans un climat troublé par les soucis financiers et les récentes annulations d’enregistrements de shows télévisés, la fédération qui n’est plus basée à Orlando cherche de l’air. Rien de mieux pour cela qu’un de ses rares pay-per-views qui représente toutefois un risque à plus d’un titre.

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La TNA en pay-per-view, cela ne rajeunit pas. Le dernier était Slammiversary en Juin dernier, Célian Varini et Grégory Deas étaient même présents pour l’occasion. Cette fois malheureusement, en ce 20 octobre, pas de table française. On est dans le schéma standard des shows d’Impact Wrestling avec Mike Tenay et Taz et les commentateurs espagnols planqués dans un coin de la salle. Le coin complètement dégarni de la salle qui est même un océan de sièges rouges faut-il préciser car dans cette salle pouvant accueillir jusqu’à 13000 places, la TNA n’a attiré qu’un peu plus de 3000 fans, tous parqués du même côté pour rendre à la télévision une bonne image. A vouloir se prendre pour la WWE, la TNA a perdu sur ce point.

Cependant, l’espace de la salle donne un écran énorme pour les entrées, mais le tout sans aucun pyro. Finalement l’ensemble est sobre et à la mesure des petits moyens financiers. Un pré-show est organisé tout de même, visible sur le diffuseur habituel, la chaine câblée Spike TV. Des clips promotionnels de match assez corrects, Bully Ray qui vient faire un speech et un match, tel est le menu.

Directement inspiré là encore d’un pré-show récent de la WWE, un gauntlet match entre équipes pour déterminer les challengers numéro un. On sent rapidement la farce venir quand les deux premières équipes sont les meilleures sur le papier. Heureusement, ce sont Christopher Daniels et Kazarian qui prennent le dessus sur Chavo Guerrero et Hernandez. Mais la stupeur envahit les quelques fans présents quand Eric Young et Joseph Park prennent le dessus. Cela donne une finale affriolante entre ces duettistes comiques et le duo appelé Bro Mans, nom chelou au possible, composé de Robbie E et de Jessie, accompagnés d’un bodybuilder qui sera donc l’invité de la soirée…

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L’issue est inéluctable car Joseph Park a été mis hors service par Daniels et Kazarian aussi vénères que les spectateurs. Eric Young se bat bien avec ses qualités intrinsèques au-dessus de ses deux adversaires mais ces derniers, jobbeurs parfaits, tiennent une victoire incroyable. Ils disputeront donc un deuxième match lors du PPV, miam.

Pour commencer le pay-per-view proprement dit, la TNA a mis les pylônes et la ceinture X-Division suspendue. L’Ultimate-X-fourre-tout-match doit lancer les hostilités. Manik, champion plus que discret et à la gimnick complètement cramée, affronte des gars qui n’ont pas de plan, donc autant les faire descendre d’un cran. Car passer de poids-lourd à la X-Division est une sévère digression dans la TNA de nos jours mais ici c’est la manière de voir Jeff Hardy, Austin Aries, Samoa Joe et Chris Sabin offrir un spectacle. Or, le spectacle est plutôt réduit en temps et les moves marquants ne sont pas là.

Cela reste agréable mais plusieurs tons en-dessous des attentes, et la fin ne va rien arranger. Sabin se sert de sa compagne Velvet Sky pour distraire maladroitement et involontairement l’homme glace -copyright Taz- Jeff Hardy. Sabin s’infiltre et décroche la ceinture sous le nez d’adversaires pas malins du tout. Un match bourré de ratures et un record amélioré pour Sabin qui tient là son 7ème titre de champion X-Division.

Mais c'est la première fois qu'il a une ceinture aussi moche.

Mais c’est la première fois qu’il a une ceinture aussi moche.

Christopher Daniels et Kazarian n’ont pas de match dans le PPV, ce qui est une honte. Du coup, ils réclament, Eric Young arrive et les prévient qu’un monstre arrive. La surprise est inexistante forcément mais est plaisante sur le coup de revoir Abyss. La gimnick de Joseph Park semble partie à la poubelle, ce qui n’est pas plus mal. Mais le contexte laisse planplan.

Mais ce n’est rien en comparaison avec la stupeur vécue pour les titres par équipe. Gunner et James Storm sont de très ternes champions qui n’apparaissent qu’en house show. Un comble sachant que Robbie E et Jessie ont eux les honneurs de plusieurs shows d’Impact. Et ce n’est pas par hasard qu’ils aient eu plus de visibilité car ils créent une incroyable surprise sur laquelle aucun bookmaker n’aurait osé miser. Confier les titres par équipe de la TNA à deux petits talents connaissent le lexique de la défaite par coeur relève d’une folie que Vince Russo n’aurait pas renié. Gunner parait-il annoncé comme une force est celui qui se fait maltraiter dans le match et James Storm fait à peine illusion. On vient d’entrer réellement dans la maison des horreurs.

La TNA s’auto flagelle carrément en tuant son concept du Hall of Fame. Sting a des chances de n’en être que le seul membre à ce rythme car toute une fête organisée la veille et une bague remise sur place font que Kurt Angle refuse le Hall of Fame finalement. Incroyable camouflet que s’auto inflige la TNA qui aurait pu réagir avant car clairement la période toute récente de la désintoxication de Kurt Angle a joué dans ce scénario ubuesque, faisant bien passer Sting pour un con.

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Le titre des Knockouts est en jeu entre les trois seules lutteuses de la compagnie. ODB championne lourdaute contre la délicieuse Brooke et la non moins intéressante Gail Kim. Cette dernière est d’ailleurs un cran au-dessus des deux autres et le montre dans un match où Brooke, la copine de Bully Ray -ça laisse des espoirs à n’importe qui de se faire une fille canon- sert de chair à canon de bout en bout. ODB fait une démonstration de force assez pénible quand le malheur frappe. Chaque match des Knockouts voit arriver Lei’D Tapa depuis 3 semaines. Même arrivée de Kharma, même style destructeur mais pas le même talent. C’est surtout le fait d’être la nièce de Barbarian qui fait qu’elle est là, alors qu’elle avait quand même perdu son match du Gut Check de manière très nette. On est donc pas sorti de l’auberge car c’est même une version discount de Tamina Snuka qui apparait, en offrant le titre à Gail Kim. Gail, un sourire dans l’obscurité ambiante.

En coulisses, un petit nouveau arrive comme intervieweur. Gil Corsey, venant de l’OVW, avec une bonne petite expérience télévisuelle et un physique proche d’Abraham Washington réussit la prouesse de ne pas pouvoir poser la moindre question. En fait, il se prend un bain d’eau gazeuse par Robbie E et Jessie.

Kurt Angle revient sur le ring, et c’est à se demander si ce n’est pas pour refuser son match contre Bobby Roode. Cette revanche de Bound for Glory 2011 sans les bulles -le titre poids-lourd était en jeu alors que là, la fierté seulement- a bien lieu. Le match est solide et très appliqué mais encore une fois, Russo rode dans les couloirs car la fin est scabreuse. Brian Hebner en levant la main d’un Roode semblant KO sur une Ankle Lock permet au It Factor de la poser sur la corde ! Il faut être un génie de l’écriture pour y penser et déjà Brian rejoint progressivement son père dans la légende…mais la fin sera encore plus curieuse, avec un espèce de KO incompréhensible. Roode sort vainqueur et Angle semble carrément sortir de la TNA au bout d’une nuit cataclysmique qui a entaché son matricule.

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Voir un match rajouté opposant deux jobbeurs dans son grand pay-per-view, la TNA l’a fait. Ethan Carter III, dans la story le neveu de Dixie, n’est autre que Derrick Bateman, catcheur lambda au parcours inexistant à la WWE. Dixie le prend donc comme étendard familial, ce qui se tient après tout étant donné sa gestion. Et ce match dont tout le monde se moque oppose donc cet Ethan à Norv Fernum qui est Peter Avalon pour ceux qui suivent la PWG. Dans ce match assez long quand même, le jobbeur est bien Carter III, incapable de faire la moindre prise au contraire de son adversaire au gabarit maigrelet. Evidemment, Ethan Carter III gagne mais de façon pitoyable et d’ores et déjà sans être madame soleil, son run ne devrait pas être bien long. Pas mal donc de le faire débuter à Bound for Glory, imaginez JTG qui aurait débuté à WrestleMania -bon je sais Fandango…- mais là n’est pas le sujet.

Revenons à Bound for Glory qui se rapproche depuis plusieurs minutes quand même sacrément d’un match de Fandango donc Sting doit relancer la machine. C’est une deux chevaux finalement que ce match inter générationnel entre le chouchou de Dixie Magnus et son mentor Sting. Magnus a des qualités mais il a beaucoup de mal à les exprimer bout à bout et le match n’a aucun rythme. Le comble est que Magnus s’impose par soumission, décidément la TNA a envie de se payer ses légendes ce soir et elle réussit. Le match est moyen et le statut de Sting est salopé. Magnus n’a pas vraiment monté une marche dans l’affaire.

Mine de rien, on arrive au main event, ce match sans disqualification, la stipulation étant rajoutée par Dixie Carter sur Twitter bien sûr… Le petit oiseau bleu n’accompagne pas le sans contrat AJ Styles, payé à l’apparition comme à la belle époque. En face, Bully Ray champion heel d’un clan des Aces and Eights déjà composé de bras cassés au départ mais même carrément décimé. Ainsi il ne reste plus que Garrett Bischoff pour lui filer le marteau qui ne servira pas et Knux qui lui sera bien plus utile avec un Chokeslam quand même.

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Un sans disqualification sauce TNA est particulier car le match est quand même très sage, très basé sur un affrontement physique plaisant d’abord. Ensuite, AJ Styles ne fait que dans l’aérien, avec 3 450 splash tentés. Le premier s’écrasera sur la table à l’extérieur dans un suicide que Jeff Hardy n’aurait pas renié. Le deuxième s’écrase sur un ring dénué de coutures, car avec Bully Ray on lutte directement sur les bonnes vieilles planches. Le troisième sera le bon, validé par un Earl Hebner qui avait d’abord été intimidé par Dixie Carter. Décidément tout l’effraye.

Hé oui malheureusement Dixie était là, en spectatrice inutile et gênée d’être là, un comble. Hulk Hogan n’est finalement pas (encore) revenu ce qui est un bien. Mais le final du PPV n’a pas l’allure du final d’un PPV, surtout de cette importance. Les confettis et les lumières étaient trop chers semble-t-il, quand bien même dans la story Dixie ne peut pas s’encadrer AJ cela donne une fin ultra sobre. En soi, voir AJ Styles champion est une excellente chose, surtout après plus d’une année de merdes en tous genres. Bully Ray n’était pas un champion carton pâte quand même et il chute finalement sans que Styles ne soit inquiété réellement par des éléments extérieurs trop timides. Puis pour un No DQ, ça ne s’est pas éloigné du ring et les objets étaient inexistants.

Voilà, on tire le rideau sur un Bound for Glory qu’on fera mieux d’oublier très vite. Les titres par équipe, des légendes et le Hall of Fame sont dans le caniveau. Des historiques champions comme AJ Styles, Gail Kim, Chris Sabin, c’est à peine un petit arbuste qui ne peut pas cacher une forêt de désolation immense. Vraiment il est compliqué d’être à la TNA en ce moment et on ne peut que se demander à quoi elle joue en ne mettant pas le paquet dans son plus gros show qui s’avère être un pétard même pas fabriqué. A part creuser le sillon de sa tombe, la TNA n’a pas donné de réel signe positif.

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