Cinéma

Nos héros sont morts ce soir : Le pari réussi de David Perrault

Un film français sur le catch, c’est peu banal. Dans la petite collection des films dont c’est le sujet principal, Nos héros sont morts ce soir s’annonce comme étant une référence.

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La période est bien choisie car les années 60 sont une période dorée du catch en France, où notre sport spectacle adoré était populaire comme jamais après la seconde guerre mondiale avec des combats télévisés commentés entre autres par Roger Couderc, une voix légendaire du sport en général. Bon nombre de grandes stars légendaires sont de cette époque dont L’Ange Blanc, catcheur masqué devenu une référence absolue pour plusieurs générations et dont le cadre de jeu, le Cirque d’Hiver, était un lieu très prisé du tout Paris.

Un hommage appuyé à L’Ange Blanc est fait dans l’introduction du film avec une mise en paysage contenant des archives de ce qu’était le catch en France à l’époque. Le catcheur masqué était un immense symbole et rien de plus normal que les deux personnages principaux soient des catcheurs masqués, à savoir le Spectre et l’Equarrisseur de Belleville, l’un au masque blanc représentant le bien, l’autre au masque noir représentant le mal, soit le Yin et le Yang.

Victor (Denis Ménochet)

Victor (Denis Ménochet)

La mise en ambiance se fait naturellement par du noir et blanc très pur qui plonge directement dans l’époque. L’histoire plante deux amis de 10 ans, Victor joué par Denis Ménochet et Simon joué par Jean-Pierre Martins, ce dernier étant un narrateur ponctuel. Deux gabarits impressionnants correspondant parfaitement au standard de l’époque du catcheur français musculeux et agile. Leur interprétation est forte avec deux personnalités minées par les épreuves et qui échangent le masque suite à un reportage vu à la télé par Victor qui le pousse à se questionner sur le fait d’être méchant sur le ring et qui peut finir par déteindre hors du ring. Un côté psychologique creusé pendant tout le cœur du film et qui s’avère être le point d’ancrage très fort.

Dans le film, trois phases du catch sont plantées : l’embauche, l’entrainement et le combat. Un combat sur le modèle de la boxe, en plusieurs rounds, 3 en l’occurrence, est le moment fort du film. Les scènes de catch sont toujours particulières au cinéma et elles sont bien faites ici, d’abord disposées par petites touches, elles atteignent leur paroxysme dans le combat entre Victor et Simon qui aboutit vers le côté dramatique qui va ficeler toute l’intrigue de fin du film avec l’envers du décor que sont les paris.

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La culture est un point particulier du film, introduit par l’ex compagne de Simon, et le Paris de l’époque, cette France sous De Gaulle qui est parfaitement dépeinte. Parfois, certaines scènes mettent dans le vague mais l’intrigue d’abord psychologique puis physique orchestre parfaitement un rythme montant au fur et à mesure. Le catch n’est un précepte pour aucune autre intrigue ici, c’est le sujet principal creusé de façon très fine. Même les différentes de statut entre catcheurs sont abordées.

Au final, c’est un pari imaginé il y a 5 ans par David Perrault parfaitement réussi. N’hésitez pas à filer dans les salles obscures pour voir un petit bijou ultra réaliste.

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