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NJPW Wrestle Kingdom 8 : 2014 démarre sur les chapeaux de roue

C’est l’heure du grand frisson annuel pour la New Japan Pro Wrestling qui s’offre comme pour chaque début d’année depuis huit ans la plus grande scène japonaise, le Tokyo Dome. 35000 fidèles sont là pour voir à l’oeuvre une NJPW en mutation tendant de plus en plus vers l’internationalisation et qui compte bien augmenter encore la dose de spectacle pour un grand show tant au niveau visuel avec son immense scène d’entrée que sur le ring.

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Pour débuter, l’action à tout va avec un retour dans le futur au sens premier de la fameuse série de films. Alex Shelley et KUSHIDA arrivent ainsi en DeLorean, et veulent ainsi remonter le temps et reprendre ces titres IWGP Junior par équipe. Mais dans ce tourbillon entre quatre équipes, les champions sont bien accrochés. Membres du Bullet Club, les Young Bucks sont particulièrement impressionnants, ayant l’occasion ici d’assouvir leurs envies maladives de super kicks qu’ils font très bien. Dès lors, Alex Koslov et Rocky Romero, TAKA Michinoku et Taichi ont peu voix au chapitre, en dehors de deux phases à plusieurs avec les sauts à l’extérieur et une mêlée générale se finissant en souplesse massive.

Les Time Splitters et les Young Bucks se partagent l’essentiel du travail et on pourra regretter la longueur du match pas assez longue. Car on sent qu’ils en ont sous le pied mais cela reste un match très rythmé et intéressant qui se finit par le More Bang for Your Buck et une victoire très autoritaire des Young Bucks qui n’ont jamais donné l’impression d’être en difficulté.

Dans cette première partie très par équipe, les Japonais sont absents des titres IWGP par équipe. D’un côté, les bikers champions en titre Lance Archer et Davey Boy Smith JR, et de l’autre les guerriers en tenue de camouflage Karl Anderson et Doc Gallows. Gallows, arrivé en Novembre, a vécu des débuts idéaux en s’offrant le tournoi par équipe donnant cet accès à Wrestle Kingdom. Le match n’est pas formidable, assez bourrin malgré quelques bonnes phases. Archer et Smith vont perdre le fil en s’attaquant à Tama Tonga et cela va les perdre, et Gallows s’offre ainsi le grand moment de sa carrière tandis que Karl Anderson retrouve la gloire par équipe qu’il avait très bien connue avec Giant Bernard ou Tensai si vous préférez.

Doc Gallows et Karl Anderson

Le titre de la NWA est en jeu et c’est une habitude. Rob Conway n’a pas encore connu la défaite sur le sol japonais et peut donc parader sous les yeux d’Harley Race bien mal en point et qui se fend péniblement d’un coup de poing que Bruce Tharpe, l’actuel président de la NWA, s’applique à vendre au maximum. Conway retrouve Satoshi Kojima et expérimente l’adage qu’il ne faut pas se frotter une deuxième fois au même adversaire. Kojima a cette fois la maitrise et le clan de la NWA semble bien impuissant. La série de chops pleut et le lariato décapite Conway défait au plus grand dam de Tharpe. Le titre de la NWA file ainsi au Japon avec la bénédiction d’Harley Race.

Avec Kazushi Sakuraba on sait qu’on sort des sentiers battus, hors du champ du catch traditionnel. Et là, face aux frères Gracie, Daniel et Rolles, vêtus comme des judokas et spécialistes du MMA pur et dur, on connait le programme. Un bon menu technique mais qui s’arrête vite dès le hors d’oeuvre. Yuji Nagata participe au match avec Sakuraba mais est peu sollicité. Et le match se finit de manière très maladroite, les Gracie croyant être victorieux alors qu’ils sont disqualifiés car Daniel a refusé de lâcher sa prise alors que l’arbitre lui demandait. Un climat étrange donc qui n’aura pas perdu un public averti mais ce n’est pas vraiment quelque chose qu’on veut voir se répéter il faut bien l’avouer. On tient surement là le point faible du show.

Nagata & Sakuraba

Dans cette guerre permanente pour la suprématie des clans, Suzuki-gun vacille sérieusement et se retrouve même en guenilles. Tout repose donc sur son leader Minoru Suzuki et Shelton Benjamin. Mais en face, la némésis de Suzuki, Toru Yano, a trouvé un allié de poids et de prestige. On est habitué aux apparitions de Keiji Muto à Wrestle Kingdom qui cette fois débarque sous sa gimnick légendaire du Great Muta au milieu de dragons tout droits sortis d’un film de monstres japonais.

Le match se déroule sur un petit rythme, où l’attente réside dans ce que Muta va finir par faire. Il en donne un aperçu d’entrée avec ce fameux green mist craché en l’air. Toru Yano souffre beaucoup et est bien heureux d’avoir un tel allié qui fait souffrir Shelton Benjamin. Muta apparaît vraiment comme totalement intouchable et un vrai ange gardien pour Yano. Mais c’est en piquant Muta que Yano va déclencher le green mist fatal à Suzuki aveuglé et plié par Yano. Great Muta repart sans demander son reste tandis que Yano rit de son énième coup fourré infligé à son ennemi favori qui vit une soirée de déroute complète et il est temps pour lui d’aller noyer son chagrin au bar pendant la pause.

The Great Muta Green Mist

Après un sympathique entracte musical avec un groupe de percussions douces japonaises, de la brutalité pure et dure, enfin c’est ce qui est au programme. Car entre Togi Makabe et Bad Luck Fale, on tient l’affiche la moins emballante du show. Le verdict ne peut se décider que par soumission ou par KO et c’est clairement le mieux adapté pour ces deux bourrins. Le déluge d’imprécisions techniques est grand à l’image du Samoan Spike de Fale dans le vide, ce qui n’a rien d’une surprise. L’intérêt était de voir comment ça allait se finir avec l’expérimenté Makabe qui prend naturellement le dessus par 2 knee drops après une powerbomb bien mal maitrisée qui aurait pu finir très mal pour Fale qui sort donc vaincu.

Brutal mais beaucoup plus sympathique, le classique du printemps 2013 revient à l’affiche. Pour son retour de blessure, Hirooki Goto retrouve son meilleur adversaire Katsuyori Shibata. Beaucoup a été déjà dit ici précédemment tellement les deux hommes se connaissent parfaitement sur un ring. L’intensité est toujours le mot d’ordre avec un Shibata refusant le moindre temps mort. On voit ainsi uniquement des comptes de 1 dont une série particulièrement impressionnante d’échanges respectifs de comptes après elbow. Cette fois et malgré un match un peu plus à l’avantage de Shibata, Goto sort vainqueur. Et belle image, les deux hommes repartent épuisés mais bras dessus-bras dessous.

Goto et Shibata fin du match

Autre classique remis au goût du jour, l’affrontement pour le titre IWGP Junior poids-lourd entre Prince Devitt et Kota Ibushi. L’Irlandais Devitt, leader du Bullet Club, change à 360 degrés. Point de veste Rock n’ Rolla scintillante dans le noir mais une entrée en sortant d’un cercueil grimé en zombie dont il adopte la démarche. Une des entrées les plus surprenantes de l’histoire du catch assurément.

Ce qui est moins surprenant, c’est la première partie du match avec un clan Bullet Club réparti autour du ring. Cependant, cela ne gèle aucunement l’action qui se déroule sans anicroche et de manière spectaculaire mais le clan est finalement banni des abords du ring. Cela donne alors du relief à la victoire d’Ibushi qui devient claire en deux temps avec une superbe Powerbomb enchainée par le 630°. Devitt abattu c’est un événement après un long règne et c’est le troisième titre d’Ibushi qui se fait un peu voler la vedette par l’énigmatique El Desperado, un catcheur masqué qui vient lui offrir des roses noires en signe de défi.

Place au match pour le titre IWGP poids-lourd. C’est une surprise que ce ne soit pas le match de clôture mais cela peut s’expliquer par le fait que l’adversaire d’Okada, Tetsuya Naito, ne soit pas aussi vendeur que d’autres, même si c’est bien curieux quand même. Presque deux ans après, les deux hommes se retrouvent pour le même enjeu avec la même configuration de Kazuchika Okada en champion. Mais cette scène du Tokyo Dome l’avait fui l’année dernière et il fallait réparer une certaine injustice.

Okada-Naito

La victoire d’Okada au bout des 30 minutes habituelles de montée en température est donc normale. Les dropkicks restent des menaces permanentes qui lui permettent de reprendre le contrôle d’un match où il n’a pas paru en danger malgré un bon travail de Naito. Mais la gagne était du côté d’Okada qui plusieurs fois vise la tête de Naito avec son Rainmaker sans succès mais une séquence de deux piledrivers a raison de la résistance du rival d’Okada à ses débuts. Mais les rapports de force ont bien changé et la Superstar qui fait pleuvoir les billets de banque réussit sa septième défense consécutive, pas la plus marquante mais la plus symbolique car il lui fallait enfin confirmer sur la plus grande des scènes et avec un combat solide comme à l’habitude.

Ce terme de « Plus grande des scènes » employé pour qualifier WrestleMania n’est pas usurpé ici tant la NJPW se surpasse toujours plus chaque année dans la préparation des entrées qui sont un vrai show. Et rien que pour les entrées, on comprend finalement pourquoi le match pour le titre Intercontinental entre les deux tauliers de la fédération, Shinsuke Nakamura et Hiroshi Tanahashi, se situe en main event. Tanahashi et sa guitare imaginaire se voit accompagné par un guitariste de prestige, Marty Friedland.

Mais prenons un paragraphe si vous le voulez bien pour souligner l’entrée de Shinsuke Nakamura, le champion en titre. C’est un modèle d’entrée chaude dans tous les sens du terme. Des flammes immenses et des pole danseuses hyper sensuelles font chavirer tous les spectateurs et téléspectateurs. Nakamura a du mal à rester calme et on envie sa position où tout homme aimerait figurer. Une entrée de rêve donc qui figure d’ores et déjà dans le livre de légende de l’Histoire du catch, au Japon oui mais dans le monde également avec un culot pris par la NJPW et qui est à louer.

Passons au match quand même sous l’oeil bienveillant du maitre du lariat Stan Hansen. Hiroshi Tanahashi a cette tendance habituelle de viser en priorité le point fort de l’adversaire en l’occurrence les jambes de Nakamura qu’il utilise pour son Booma Ye. Les deux hommes se connaissent parfaitement étant de la même génération et ayant déjà livré des combats pour les titres. L’affrontement est donc bien huilé et à l’avantage d’un Nakamura très saignant. Mais Tanahashi est fidèle à son image du résistant pouvant trouver la parade à son avantage. Les finishers passent mais les kickouts aussi et donc il faut deux éditions à la suite du High Fly Flow de Tanahashi pour empocher la mise et ajouter une autre ceinture à sa panoplie déjà très riche. Il ne risque surement pas de perdre son pantalon du coup ! C’est une bonne conclusion avec le combat le plus indécis donc le plus prenant de la soirée.

Wrestle Kingdom aura grimpé encore d’une marche dans le spectacle. L’élan pris par la NJPW en 2013 donne ainsi un début d’année 2014 explosif. Sur le ring, pas de mouvement marquant toutefois mais du travail solide comme d’habitude. D’ores et déjà candidat au show de l’année 2014, Wrestle Kingdom reste sur les valeurs sures japonaises dans ses titres simples et se permet des écarts avec ses titres par équipe à la touche très américaine. Le panaché fonctionne donc parfaitement pour la NJPW qui a bien passé sa crise de la quarantaine.

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