Interview

Pierre Booster Fontaine : « On a été les premiers en France à avoir un produit exclusif aux fans de catch »

Pierre Booster Fontaine à l'Usine à Catch de Béthune. — © Pierre D. / VoxCatch

L’ICWA relance ses galas Révolution et Adrénaline. Dernièrement on a vu pas mal de petites structures se construire un peu partout en France. Quel est ton avis sur ces petites structures ?

Quand il y a eu la mode (ndlr : en 2007/2008), plein de structures se sont développées, avec à leur tête soit des gens qui n’étaient pas dans le catch, soit des gens qui était dans le catch mais avaient fait scission pour créer leur propre structure. Dans le nord, il y avait déjà quelques trucs mais dans le sud, vu qu’il n’y avait presque rien, ça a fleuri un peu partout.

C’est en train de changer, ce qui avait ouvert dans tous les sens est en train de fermer gentiment. À Bordeaux, il y avait un truc, je me souviens plus du nom, on avait été contacté pour faire leur dernier show le 7 juin, dans le Nord il y a N’Catch qui a plus ou moins arrêté, l’ECTA continue toujours mais j’ai l’impression qu’ils font moins trucs qu’avant. C’était un peu l’anarchie mais ça va s’autoréguler comme toujours.

En janvier dernier la FFCP a changé totalement son équipe de direction. Qu’est-ce que tu penses de la nouvelle équipe à la tête de la fédération avec Norbert Feuillan et Artémis Ortygie ?

Norbert je le connais mal, je l’ai peut-être croisé deux fois, trois fois. On avait bossé sur un show où ça s’était très bien passé puis ensuite il y a eu une petite histoire qui concerne le business. Je crois qu’Artémis est venue deux fois à la Japan Expo pour arbitrer, elle est assez cool.

On est plusieurs à se poser la question à savoir si ça a vraiment changé de direction. L’annonce a été faite mais les gens qui le connaissent savent que Marc Mercier ne peut pas passer la main et voir que d’autres personnes que lui vont réussir. Soit il passe la main pour que les gens se plantent, soit il n’a pas passé la main. Depuis qu’il a arrêté, il a appelé des gens pour les faire venir sur des shows de la FFCP. Il a contacté plusieurs personnes et leur a dit que c’était de l’esbroufe, qu’il était toujours le président. Après est-ce que les nouveaux dirigeants le savent ?

Marc est très particulier, il ne faut pas trop se fier à cela, il faut attendre. Pour les gens qui le connaissent, il n’y a aucune chance qu’il arrête. Si c’est le cas, Norbert et Artémis peuvent toujours réussir, ils sont jeunes et ont de bonnes idées.

Dans ce contexte, il y a-t-il une possibilité de collaboration entre la FFCP et l’ICWA ?

On en avait parlé avec Artémis, je lui avais envoyé quelques SMS au moment de la transition. Du coup, on en avait parlé et on était d’accord sur le fait que si c’était une vraie transition, ça changeait la donne, il y avait plus de possibilités de travailler ensemble, ce qui était injouable avec Marc.

pierre-booster-fontaine-artemis-ortygie-japan-expo

Et puis l’entente a toujours été bonne entre Booster et Artémis — © Behind Flower Photography

Ta vision du catch a changé depuis la création de l’ICWA en 2003 ?

Quand on a commencé l’ICWA, on avait un produit destiné aux fans de catch, on a été les premiers en France à avoir un produit exclusif aux fans de catch. La Wrestling Stars, qui ne s’appelait même pas la WS à l’époque, faisait un produit pour le public local. On est venu sur le truc du catch indy, que pour les fans, etc. On a fait ça longtemps, notre popularité a grimpé, on a fait les shows Révolution où a fait venir Daniel Bryan, Claudio Castagnoli… Je regardais la dernière fois, quand on a fait Révolution 2 avec Daniel Bryan, c’était notre 26ème show.

On est monté en puissance assez vite. Quand on a voulu se développer et un petit peu grandir, on a créé la société en 2008. C’est à ce moment qu’on s’est plus dirigé vers le public local. Les fans de catch se sont retrouvés un petit peu délaissés. Ils sont allés vers les petites structures qui voulaient faire comme nous à nos débuts. Vu qu’on l’avait déjà fait, ça n’a pas marché. Avec le départ de ces petites structures, on s’est replacé sur les deux genres de public. Les shows de fin mai sont vraiment importants pour nous car Révolution, c’est un show local, même s’il y a Chris Hero. C’est une grande salle (ndlr : La Luna à Maubeuge), on peut y mettre un peu plus de 1000 personnes. Les préventes se passent super bien, on est content. Adrénaline, c’est un show pur pour les fans. On essaie de coller deux produits totalement différents. Le dimanche ce sera un peu le show comme on faisait à nos débuts et qui faisait que les fans nous suivaient. Le samedi c’est plus grand public. On va tester cette approche. Je pense qu’en France la même structure n’a jamais combiné les deux genres.

Notre base sera toujours les galas grand public. Le show du samedi est un show grand public mais il y a quand même Chris Hero, Tommy End. On pousse le concept vraiment loin pour le show du dimanche, c’est un pur show pour les fans : il n’y a pas de chaises, il y a des matchs à stipulation, il y a un match hardcore. On prend les gens à partir de 15 ans s’ils sont accompagnés par les parents. Faire un show rien que pour les fans de catch, pour moi qui étais un grand fan de l’ECW dans les années 90, ça peut être classe.
Longtemps on s’est dit qu’on peut avoir un produit qui va pour les deux, ce qui n’est pas forcément juste. Le 3 août on va faire un show dans une commune de l’Aisne. Ce genre de show local permet de faire tourner la société, d’avoir des dates, etc.

Tu as plusieurs casquettes à l’ICWA…

Catcheur, promoteur, entraîneur, booker, webmaster… C’est devenu un petit peu ridicule, on va essayer d’étoffer un peu l’équipe. Un jour quelqu’un m’a demandé comment je faisais pour tout faire moi-même. Je fais tout mal, ça va plus vite. Il faut qu’on arrive à déléguer car trop compliqué.

Parlons maintenant un peu des collaborations avec la télé : en 2010 il y avait eu Canal +, il y avait eu aussi un téléfilm pour France 3, ça en est où aujourd’hui ?

En 2010, lors d’un show en Bretagne, un gars est venu nous voir. Il nous a dit qu’il était breton et qu’il était en train d’écrire un projet de série pour Canal +. Il nous a demandé si on était intéressé. Ne le croyant pas une seconde, on a accepté et on lui a donné un contact, etc. Quelques mois après il est revenu, le projet avait été accepté par la chaîne. C’est une rencontre un peu fortuite qui a donné naissance au programme « Catch moi ».

En travaillant sur cette série, on a par la suite travaillé pour France 3. France 3 avait contacté N’Catch au départ, le réalisateur ne les sentait pas du tout donc il a voulu travailler avec quelqu’un d’autre et c’est comme ça que ça s’est fait. C’est assez sympa en fait. Déjà c’est assez rémunérateur, et puis ça permet de voir autre chose, d’entraîner des acteurs…

kim-kaycee-catch-moi

Kim Kaycee, ancienne championne féminine de l’ICWA sur le tournage de « Catch Moi ».

Et tu as été contacté pour tourner sur la web-série Noob ?

Oui, c’était le week-end avant le 3 mai, on a tourné samedi et dimanche, mais c’était un truc anecdotique. Ils tournent en juillet 2015 à Carcassonne. Vu que je suis de Carcassonne, ils vont écrire des rôles spécifiques pour Bulla Punk et moi.

On s’est rendu compte que la plupart des gens qui vont à la Japan Expo sont fans de catch. Personnellement, le jeu-vidéo et les mangas je ne m’y intéresse pas trop. L’an dernier, ils nous ont contacté car ils organisé un Geek Royal Rumble avec les gars de Noob et de la Flander’s Company, c’est comme ça que le lien s’est créé.

On écrit en ce moment un programme Catch vs Série, sur lequel vont travailler Noob, la Flander’s Company et d’autres web-séries plus connues dont je n’ai pas le droit de parler. Du coup, on fait un week-end entraînement avec ces gars pour qu’on puisse tout mettre en place. On va donc organiser cela à la Japan Expo (ndlr : qui aura lieu du 2 au 5 juillet au parc des expositions de Paris-Nord Villepinte).

Il y avait aussi il y a quelques années un projet d’émission de télé, ça en est où ?

Oui, on a tourné un pilote télé avec Ankama, qu’on a aussi rencontré à la Japan Expo. Le projet était ambitieux : faire des épisodes type WWE de 52 minutes d’une saison complète de 52 semaines. Ce qui ne s’est jamais fait. On était resté enfermés pendant 5 jours, même 7 je crois, avec Christophe Agius pour écrire cette saison. On avait écrit 20/25 personnages avec tous les angles. On a tourné les trois premiers épisodes. Comme c’était trop long, on a tout remonté pour finalement avoir deux épisodes.

On a proposé le projet aux chaînes de télé qui nous ont répondu que c’était super bien mais 1000 fois trop cher. Avec Ankama on avait un budget illimité, on a été les premiers à tourner avec une caméra à supers ralentis à l’épaule, personne n’avait encore utilisé cela. Du coup, on a un programme télé avec de supers ralentis que même la WWE n’a pas. C’était impossible à vendre.

On se bat pour essayer de le faire diffuser, on a quand même bossé six mois dessus. On a quelques contacts avec Célian Varini et on espère que ce sera diffusé un jour.

Avec Di Léo et La Ruffa qui ont signé à la WWE en 2012, Romeo qui est parti aux États-Unis, Yan Colby qui combat un peu partout en Europe de l’Est, quel est pour toi le prochain français qui peut briller à l’étranger dans un futur plus ou moins proche ?

Je ne peux pas dire de noms mais il y a un try-out de la WWE qui va avoir lieu à l‘occasion de leur tournée européenne à la fin du mois. Des français ont été appelés pour y participer. Il semble que la WWE cherche des français. Soit c’est parce qu’ils sont pas complètement satisfaits de ceux qu’ils ont (ndlr: Sylvester Lefort et Marcus Louis), soit c’est parce qu’ils veulent mettre de la compétition.

C’est un peu toujours les mêmes noms qui reviennent, que tout le monde connait : Tristan Archer, Lucas Di Léo s’il avait envie mais ce n’est pas le cas, Peter Fischer, White Storm (Marc Sébire)… Rosto aussi mais ça ne l’intéresse pas, il est plus intéressé par le Japon. C’est un peu toujours les mêmes que tout le monde cite. C’est ces mecs-là qui ont une chance car ils peuvent rentrer dans les critères et qui ont des chances d’y aller. On va savoir assez vite puisque c’est juste avant Révolution, on va voir ce que ça va donner.

Marc Sébire aka White Storm

Marc Sébire aka White Storm, champion de la FFCP.

Quel a été le déclic qui t’a poussé à relancer le show Revolution ?

Quand on a fait le dernier Révolution, on a enchaîné sur le projet avec Ankama, on a créé la société (ndlr : Troisième Corde Productions), il y a beaucoup de choses qui se sont passés. On était quatre dans la société et je me suis vite retrouvé tout seul car les trois autres sont partis. Il y a une dynamique qui s’est perdue, on faisait beaucoup plus de shows locaux. Récemment, je me suis dit qu’on allait essayer de lancer une nouvelle dynamique en allant chercher les fans. Vu qu’il y a plus grand-chose, j’ai l’impression que les fans, pour en avoir parlé avec quelques-uns, sont nostalgiques du tout début de l’ICWA.

Il y aussi le fait que quand Lucas Di Léo était à NXT, il parlait pas mal à Chris Hero, que Chris Hero se souvenait de ses matchs à l’ICWA. Quand Christophe Agius était à Wrestlemania XXX, il a croisé Claudio (ndlr : Cesaro à la WWE) avec qui il a parlé. Claudio lui a dit qu’il avait toujours son t-shirt ICWA et qu’il allait à la salle de musculation avec.

Le show de Maubeuge aurait pu être un show normal mais j’en ai décidé de faire Révolution. On peut essayer de faire les choses bien, il y a des chances que ça marche, le budget est pas mal. C’est après que j’ai décidé de faire Adrénaline. Chris Hero était le premier américain à venir chez nous. Tout s’aligne pour que ça se passe bien.

C’est difficile d’amener des gars comme Chris Hero en France ?

La première fois oui, c’est la première fois que c’est le plus compliqué. Une fois qu’on l’a fait et que ça se passe bien, plus on en fait venir, plus c’est facile. L’avantage de Chris Hero, c’est qu’on a juste à le contacter, de lui donner une date, on n’a pas besoin de le payer en avance. On n’a jamais planté personne, on n’a jamais eu du mal à faire venir personne car quand on fait venir un catcheur, on sait qu’on a le budget pour. Après, les gens qu’on fait venir deviennent nos meilleurs ambassadeurs.

Le fait de faire venir Chris Hero ça a fait jaser. Du coup, d’autres gens qui étaient venus par le passé nous recontactent. Le gros avantage c’est qu’on a jamais eu de problèmes avec qui que ce soit.

C’est un truc tout con mais je sais que Daniel Bryan se balade de temps en temps avec notre t-shirt. Comme je l’ai dit, Claudio le fait aussi. Ils ne le font pas pour tout le monde. Les gens gardent des bons souvenirs de nous.

ted-dibiase-daniel-bryan-icwa

De très bons.

Si c’est une réussite, Révolution peut revenir annuellement ?

C’est le but. On veut toujours avoir Révolution et le garder comme notre plus gros show de l’année. Si ça marche à Maubeuge, ça restera à Maubeuge. C’est quasiment sûr. On veut un peu faire comme au début, avoir un gros show tous les trois mois qui culminaient avec Révolution. À côté, faire des shows comme Adrénaline une fois par mois de mars à octobre, tout en alternant avec des stages.

On a vu que Célian Varini a réagi aux annonces des deux shows. Il sera aux commentaires pour Révolution et Adrénaline ?

Oui, il y sera.

Et ça va sortir en DVD ?

On a failli faire appel au réalisateur qui avait travaillé sur le pilote pour Ankama mais on n’est pas sûr de sortir les deux shows en DVD car on réfléchit à le mettre en téléchargement sur le net. Ce qui évite de se faire chier à produire des DVD. Adrénaline et Révolution seront filmés, il n’y a pas de doutes là-dessus. Est-ce qu’il vont sortir ? Pas certain, on y réfléchit.

La mise en place d’une vente en ligne des tickets peut faciliter le remplissage des deux shows ?

Clairement. Notamment pour Révolution, la prévente a commencé il y a quelque chose comme deux mois, de manière locale à Maubeuge. Quand on a mis les places en vente en ligne, il y a eu quasiment 20 places qui ont été achetées en quelques instants, et pas par des gens habitant dans le Nord. C’est des gens qui habitent en Bretagne, à Nanterre. Les gens ne se seraient pas forcément déplacés car ils auraient eu peur de ne pas avoir de places le jour-même. Ça peut changer beaucoup de choses.

Propos recueillis par Pierre et Vincent

Démenti : Frédéric Juste, responsable de l’EWL précise que celle-ci est toujours en activité et affirme n’avoir jamais contacté Pierre Booster Fontaine.

Pierre Booster Fontaine : « On a été les premiers en France à avoir un produit exclusif aux fans de catch »
4 commentaires
En haut