Reportage

Revolution 6 : Mission accomplie pour la ICWA

© Vincent Vega

Entrée dans cette salle inconnue qu’est la Luna avec mon camarade du week-end, Vincent, et l’on découvre la configuration de la salle. Le ring est entouré par trois côtés, le quatrième étant occupé par une scène servant aux catcheurs pour faire leur entrée. La salle se remplit assez bien et si les rangs du fond restent vide, on peut miser sur un taux de remplissage avoisinant assez largement les 80-85%. Une belle réussite populaire, puisque si la salle reste majoritairement peuplée d’habitants de Maubeuge et des alentours, on constate la présence de personnes provenant de toute la France, dont notre voisin, qui vient de la Sarthe.

Le show, programmé à 19h30 prend du temps à démarrer. Beaucoup de temps. Une bonne demi-heure de retard pour le lancement officiel du show avec le speech du maire, qui sortira après avoir rendu le micro « à vous là ». Ce « à vous là », c’est Célian Varini, unique commentateur du show en l’absence de Christophe Agius, occupé la veille à Strasbourg pour le show de la WWE. Très en forme, le commentateur de la TNA en France a beaucoup joué avec le public mais a été contrarié par de nombreux problèmes avec une sono loin d’être au top.

Le show débute avec un match entre le catcheur hollandais Michael Dante et l’anglais Swede Johanson. Un match de poids lourds assez court et où Dante joue le heel et Johanson le face. Comment cela s’est-il mis en place ? Par un schéma qui va se répéter tout au long de la soirée. Le heel choisit de ne pas lutter pour une raison ou une autre – ici c’était jusqu’à ce que la foule fasse silence ce que bien sûr elle n’a pas fait – puis dans les premières minutes du match ne cesse de quitter le ring en évitant l’opposition. Cet opener, s’il a totalement chauffé la foule à blanc et lancer l’ambiance, a été d’une qualité moyenne. Avec une opposition où l’on sent l’anglais à la peine par rapport à Dante. Ça parle, ça hésite et ça botche et on finit sur un spear qui vient sans que le match n’ait jamais vraiment monté en intensité.

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On continue avec ce qui sera le fil rouge de la soirée. Sur le Twitter de Chris Hero, son dernier tweet avant le show concernait un aéroport qui serait loin d’être le meilleur du monde. Ni une, ni deux, l’info tombe : Chris Hero aurait loupé son vol. C’est Lucas Di Léo, champion Heavyweight à l’ICWA qui vient se charger d’enfoncer le clou en comparant cela à l’excuse « Mon chien a mangé ma copie. » Très bonne promo de Di Leo, assez classique certes, cherchant la heat en donnant un discours pointant le chômage et la consanguinité dans le Nord-Pas-de-Calais. De quoi clairement s’afficher en tant que heel.

Suit un match un peu plus attendu entre le français Tristan Archer et un autre hollandais, Tengkwa. Si le match fut d’une meilleure qualité avec plusieurs bons mouvements dont un saut à l’extérieur assez risqué vu la configuration de la salle – le ring se trouvant à un peu plus d’un mètre des spectateurs – le schéma où le heel fuit plusieurs fois le combat réapparaît et casse de nombreuses fois le rythme du match. C’est un peu frustrant pour nous, mais le public reste totalement dans le match avec le début d’un autre fil rouge : le gimmick de l’arbitre aveugle. Victoire sur un tombé où Archer tient le slip de Tengkwa. C’est interdit, mais ça passe.

Pause. Oui déjà. Deux matchs et l’on nous annonce une pause de vingt minutes pour aller à la buvette ou acheter du merchandising. Regards assez étonnés de notre côté avec la sensation que ce ne sera pas l’unique pause de la soirée. Cela n’a pas loupé, deux matchs plus tard, la seconde pause arrivait. Pourquoi faire deux longues pauses de vingt minutes pour un show de six matchs? Est-ce la municipalité qui a obligé l’ICWA à tenir ce rythme? Quarante minutes, c’est bien trop long comme temps mort pour un show de catch.

Retour à ce qui nous intéresse réellement, le catch, avec un match féminin pour le titre européen entre Kim Berley (originaire de Maubeuge, donc forcément face) et sa gimmick de pom-pom girl contre la championne Morgane Leigh accompagnée par Bulla Punk. Encore une fois, les heels mettent un bon moment avant d’arriver dans le ring et on assiste à un second schéma récurrent de la soirée : les interventions. On peut dire que Bulla a autant frappé l’adversaire de sa protégée que sa protégée elle-même. Une sur-utilisation du système qui a été permise par le gimmick de l’arbitre aveugle, ce qui a pour don d’énerver le public, et de nous rappeler pourquoi aucun arbitre français n’est à la coupe du monde.

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Le match est pas terrible. On s’en sort grâce à deux mouvements mais ce n’est ni fluide, ni bien fait, c’est très chaotique jusqu’à une victoire de Kim Berley, qui remporte la ceinture sur une opposition assez compliquée entre les deux catcheuses qu’on a senti pas trop à l’aise. L’ambiance reste au rendez-vous, le public reste bien accroché mais de notre côté on reste un peu sur notre faim, attendant un peu le match qui nous fera vraiment décoller.

Cela tombe bien, parce que nos vœux vont être exaucés avec le match suivant. Tommy End, le dernier hollandais de la soirée, contre Peter Fischer, le champion de France. Un match qui commence par de nombreux headlock et autres prises de domination. Un catch technique, accompagné par des « This is Wrestling » qui prouvent que nous n’étions pas seuls à ne pas avoir été forcément enthousiasmés par les matchs précédents. Le match grimpe en intensité et atteint rapidement des sommets avec des contres vraiment impressionnants comme la tentative de kick au genou de Fischer contrée par un foot stomp de Tommy End dans un timing parfait.

C’est stiff, brutal et en même temps technique, tout ce que l’on aime. On notera une nouvelle intervention de Dante qui est venu assister son compatriote mais dans un dosage un peu plus équilibré que lors du match féminin, et donc pas vraiment gênant pour ce match. Fischer nous dira rapidement après le show (lors des séances de dédicaces) qu’il était stressé pour ce match, mais qu’il se rassure, lui et Tommy End ont livré la meilleure prestation de la soirée grâce au genre d’alchimie qui rend les matchs fluides et plaisants à regarder. On a eu en face de nous un véritable showstealer.

Après la seconde pause, les choses sérieuses commencent avec le match par équipe pour le titre européen de la catégorie entre l’équipe de Booster et Rosto et celle de Bulk et Eric Schwarz. Et c’est le quart d’heure fierté française avec une équipe heel qui vous l’aurez peut-être déjà deviné est une équipe germano-britannique. Du coup, les chants s’orientent vers eux mais aussi vers le physique de Bulk à côté duquel Fat Bastard de Austin Powers semble svelte. Et c’est le genre de catch assez compliqué à vendre. Uniquement des poids-lourds sur le ring et par conséquent beaucoup d’épreuves de force. Il y a peu de variations de rythme et encore une fois l’arbitrage jouera un rôle central avec beaucoup d’interventions des deux managers de l’équipe heel.

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Passons cela et revenons sur le finisher. Suivez bien c’est important. Booster fait le tag à Rosto et Bulk à Schwarz, séquence en équipe avec un double spear sur Schwarz puis Rosto et Schwarz qui finissent à l’extérieur du ring alors que Booster fait le tombé sur Bulk pour la victoire finale. Bon, ce n’est pas la fin du monde, mais quand même le fait que ce soit les deux catcheurs qui ne sont pas censés compter qui sont impliqués dans le tombé final, ça le fait moyen lorsqu’on suit l’action. Mais bon, victoire des faces, du coup la foule passe ce détail, ce qui à mon avis n’aurait pas été le cas dans le sens inverse. Le match était atypique et il faut vraiment aimer les oppositions de big men pour s’y intéresser.

Malgré tout, et on peut dire cela de nombreux catcheurs, les interactions avec le public sont très efficaces. Les heels, lors de leur sortie, n’ont cessé de provoquer un public qui a du répondant. Tommy End et Eric Schwarz allant jusqu’à nous arroser. Sympathique pour l’ambiance. On sent bien le côté show local, avec des catcheurs qui doivent rapidement se démarquer et qui du coup utilisent tous les moyens pour prendre de la heat, quitte à sortir quelques insultes bien senties. S’il y a un point où on peut dire que chacun a été excellent, c’est bien celui-ci, car du début à la fin, la foule a répondu présente.

Vient alors le main event avec Di Léo qui revient nous narguer, demandant de lancer la musique de Chris Hero qui apparaît en haut de la salle sous une très bonne pop, créant un bel attroupement autour de lui. Celui qu’on attendait est là, et l’utilisation de cet éventuel retard a vraiment été très bien gérée. Le match entre Chris Hero et Di Léo peut enfin commencer et démarre au quart de tour avec Hero placé en face dominateur. Malheureusement, le rythme retombe un peu et le match entre dans un espèce de faux rythme entre une domination de Di Léo et une résistance constante de Hero qui finit par reprendre le dessus. Et là, c’est le drame, la fin casquette, ce mouvement de l’enfer qu’on aimerait voir banni des rings : le petit paquet. Lucas Di Léo remporte le match sur une saleté de petit paquet.

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Frustrant, surtout pour un match qui semblait prendre le chemin d’un finish un peu plus clean. Toutefois, hors de question de finir sur une célébration heel et les faces de la soirée viennent repousser Di Leo vers Chris Hero qui prend une petite revanche avant de fêter la fin du show avec les faces. Ça rattrape le petit paquet. Il fait ensuite un petit speech, déclarant son amour pour la France, remerciant les fans en français avant de faire un bref discours sur sa joie d’être catcheur et d’avoir la chance de faire le tour du monde, dans la langue de Shakespeare cette fois-ci. Fin du show et séance de dédicaces avec des catcheurs accessibles, un moment sympathique pour le public qui fait photos et demandes d’autographes. Vraiment convivial, une ambiance plus marquée catch indé.

Revolution 6 est un show qui aura fait le travail, c’est à dire proposer un spectacle de haute volée. Si l’ambiance été clairement au rendez-vous, brassant tous les genres de fans de catch permettant de donner au show une âme explosive, les matchs ont été parfois décevants, avec deux matchs vraiment en dessous d’un point de vue qualitatif (l’opener et le match féminin) et un Tengkwa / Tristan Archer dont on aurait pu espérer plus. Le rythme du show, s’étendant de 20h10 à 23h45 est aussi clairement à revoir. Les deux pauses étaient bien trop longues et cela a nuit à l’enchaînement des matchs.

La copie est cependant loin d’être mauvaise, et la tenue de Revolution 7 dans un an semble pratiquement assurée, ce qui est une bonne nouvelle et permettra sûrement de corriger certains défauts du show dans sa structure globale. Mais l’on retiendra avant tout l’ambiance et l’objectif réussi : celui d’offrir un show local de plus grande envergure avec des affiches attirant les fans de tout genre.

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