Superstars au cinéma

Superstars au cinéma #2 : The Rock dans Le Roi Scorpion

Après le Hulkster, place au cas spécial de l’histoire de la WWE, le catcheur qui n’a pas fait que franchir le pas, mais qui a sauté les pieds joints dans l’univers du cinéma, Dwayne Johnson a.k.a The Rock.

La vache elle est grande cette foutue plage.

Nom d’un chameau elle est grande cette foutue plage.

Dwayne « The Rock » Johnson. Figure iconique de l’Attitude Era. Nemesis et co-symbole de cette période avec le grand Stone Cold Steve Austin. L’homme au sourcil le plus indépendant de l’univers. Tant de superlatifs à donner à ce monstre de charisme à qui la caméra ne sait pas dire non. Quoi de plus normal que de voir le catcheur de troisième génération apparaître sur grand écran? C’est à la suite d’un premier rôle majeur dans Le Retour de la Momie (2001) où il donne la réplique à Brendan Fraser notamment, que The Rock entre dans le monde musculeux du film d’action à gros budget, les fameux blockbusters. Son personnage, Mathayus le Roi Scorpion, fait l’objet d’une série de films dont le premier est réalisé par Chuck Russel (The Mask) en 2002.

C’est donc sans lien aucun avec la série de La Momie que se lance le film. Le ton est donné d’entrée, avec une scène où le frère de Mathayus, Jesup, est fait prisonnier par une tribu et que notre héros va sauver. Une scène d’action sympa, qui met d’emblée le film sur les rails d’un divertissement bourrin, avec de la chorégraphie bien orchestrée et un The Rock mêlant son physique imposant à quelques expressions faciales et orales légères, avec de la punchline des familles.

Une intro rapide qui nous mène à la véritable intrigue avec ce speech classique où personne ne suit mais où l’on te donne des noms de peuples de l’Antiquité voire au-delà pour faire « couleur locale ». On pose alors le fait que Memnon, roi tyran dominant les peuples, massacre ceux-ci à l’aide d’un prophète qui lui donne l’issue de chaque bataille. Le reste des chefs de tribus se réunissent donc pour désigner un homme qui se chargera d’exécuter ce prophète, et Mathayus est désigné en tant que dernier représentant des Acadiens, peuple de tueurs à gages avant l’heure. Une occasion pour Dwayne de se frotter verbalement à Michael Clarke Duncan (La Ligne Verte), le genre de second rôle qui s’impose à l’écran et qui ici joue le roi d’un autre peuple aléatoire persécuté par Memnon, Balthazar.

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« -Et là t’as la voyante qui me fait : ‘à Wrestlemania XXIX tu vas affronter John Cena et perdre.’
-Ha ha, quelle conne cette voyante, comme si t’allais refaire du catch un jour. »

The Rock, seul à avoir saisi que les chameaux sont plus endurants dans le désert, se dirige donc avec deux hommes dont son frère vers le prophète. On découvre que le film a une passion pour les scènes avec un fond musical un peu rock (ha ha, du rock pour The Rock, m’voyez?) et qui se traduit pas un « Attention, ça va chauffer » des plus virils. La testostérone déborde. Les deux compagnons de Mathayus se font avoir par un piège tendu par des gardes alors que ce dernier arrive à pénétrer la tente où il découvre que la prophète est en fait une prophétesse.

Elle lui dit son nom, et du coup Mathayus ne la tue pas, par pur sexisme primaire. Par le pouvoir de la slow motion, il réussit à se défaire de quelques gardes avant de se faire chopper et d’être présenté à Memnon et à son complice Takmet, fils du Roi qui a envoyé Mathayus, et qui est donc un traître. Memnon achève Jesup. Promis à une mort certaine sous les fourmis rouges, Mathayus est sauvé par le sidekick rigolo du film, Arpid.

Du coup, sans vous faire de grand dessin, on suit le périple de Arpid et Mathayus, duo lancé sur une dynamique comique donc pour de grandes aventures avec comme objectif la vengeance de Mathayus. L’arrivée en ville près du palais de Memnon est l’occasion d’abaisser un peu plus la femme dans le film avec quelques propositions pour oindre le héros. Encore un point commun avec le catch d’ailleurs, les héros aiment se oindre. Et que ça brille.

REP A SA Randy Orton.

REP A SA Randy Orton.

Tentant de tuer Memnon, Mathayus s’infiltre grâce à un gamin – les plus aptes à aider un héros c’est connu – et rencontre Philos, le savant du roi. Le gamin se fait gauler, évidemment, et au lieu d’assassiner Memnon, The Rock sauve le gamin malgré plusieurs hésitations assez sympathiques puisqu’il ne change pas immédiatement d’avis pour sauver la veuve et l’orphelin. Après être parvenu à s’échapper avec la sorcière, un groupe se reforme avec Arpid qui avait été laissé en ville mais qui s’est échappé avant la fermeture des portes. Thorak est envoyé par Memnon à la recherche du groupe et fait face à Mathayus qui piège intelligemment dans une tempête de sable puis une grotte la troupe d’hommes bien que les éliminations sont parfois stupides.

Mais il se fait empoisonné par Thorak et son venin de scorpion, et doit être sauvé par Cassandre par un Deus Ex Machina des plus classiques. Pour ceux qui ne savent pas ce qu’est un Deus Ex Machina, c’est un outil scénaristique utilisé pour sortir le film d’une situation délicate et continuer de développer l’histoire par un intermédiaire plus ou moins installé auparavant. Ici, ce sont les pouvoirs de Cassandre, dont on ne connait pas tout à fait l’étendue (visions, capacité de soins, et ensuite?), qui sauvent Mathayus du venin de scorpion.

Popularisé par Hitchcock sous le terme de « MacGuffin » plus propice au cinéma lorsque les interventions ne sont pas divines ou magiques, cela permet au scénario de se développer sans trop de soucis et sans que l’on sente le besoin d’expliquer au spectateur le pourquoi du comment. Et si vous demandez quand même pourquoi, et bien sachez que c’est comme ça et puis c’est tout.

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Deal with it.

Philos, qui allait se faire exécuter, est finalement parvenu à s’échapper et rejoint nos trois larrons pour vaincre Memnon, héros qui tombe rapidement dans une autre embuscade. En même temps cacher The Rock, c’est compliqué vous comprenez. Mais cette fois-ci, ils tombent aux mains du peuple de Balthazar, qui affronte The Rock, combat qui finit par une alliance des deux pour affronter l’armée de Memnon. On se bat d’abord, on s’explique après. Classique. Le film nous mène alors jusqu’à son terme avec en point d’orgue Michael Clarke Duncan qui se fait passer pour une fille. Ou le combat entre Memnon et Mathayus, c’est assez difficile de choisir. Des scènes qui sont comme à l’image du film bien chorégraphiées pour une fin des plus prévisibles.

Le Roi Scorpion est un gros film bourrin des familles. Si vous voulez de la bonne grosse mythologie sous fond de guitare électrique avec du gros muscle, alors Le Roi Scorpion sera tout à fait satisfaisant. The Rock sied très bien à ce rôle de héros musculeux sauvant les peuples au péril du danger, Kelly Hu n’est là que pour mettre en avant sa plastique et n’est pas vraiment un personnage féminin fort, chose de toute façon rare dans les films d’action survitaminés.

La réalisation est peu inspirée, stéréotypée et les cadres ne sont jamais vraiment saisissants. Le sidekick est énervant au possible et s’ajoute à cette longue liste de personnages comiques inutiles, juste là pour créer des petits segments d’humour mais dont on peut se dispenser – le talent de Arpid pour l’évasion n’étant plus utilisé une fois The Rock libéré, ce qui est assez dommage. C’est parfois très stupide, on se cogne la tête contre le mur mais un peu moins fort qu’avec Hulk Hogan et Suburban Commando. Victoire de The Rock sur ce point-là.

Beau joueur le Hulkster.

Beau joueur le Hulkster salue la performance.

D’ailleurs, une fois sorti de ce film, la carrière de Dwayne Johnson au cinéma est peuplée de ce genre de film d’action où le divertissement est roi. Il rentre à nouveau dans la peau de Mathayus pour deux autres volets du Roi Scopion puis est apparu notamment dans la saga Fast and Furious, G.I Joe, ou encore le film médiocre autour du jeu Doom. The Rock se cantonne aux rôles primaires en étant du bon côté et de rares fois du mauvais. Il s’est également exprimé dans la comédie familiale avec Maxi Papa ou encore Tooth Fairy. 

Sa performance dans The Scorpion King était correcte pour un blockbuster, répondant aux standards du début des années 2000 sans pour autant briller. Et avec Hercules (pas la version avec John Morrison, non), The Rock renoue avec un personnage touchant à la fois la mythologie et l’Antiquité, mais certainement pas dans le même registre. S’il se prête assez facilement ici à la comédie légère, The Rock a peu à peu pris une stature de star d’action très sérieuse, qui sortira quelques vannes et punchlines mais qui n’aura plus forcément ce visage sur-expressif qu’il arbore dans le film de Chuck Russell, bien qu’il en soit encore capable.

Il est d’ailleurs intéressant de voir à quel point The Rock a réussi à pénétrer le système hollywoodien. Sa carrure et sa présence physique alliée à sa popularité dans le monde du catch lui ont permis d’asseoir ce statut de héros populaire également sur grand écran. Quand il apparaît, Dwayne Johnson en impose, et il aurait été égoïste de conserver le cousin de Roman Reigns loin du cinéma. On sent The Rock est dans son élément tant que cela entoure le divertissement, et c’est tout ce qui lui est demandé.

C’est encore une fois un film moyen dont on a parlé, et ce sera le cas de nombreuses fois dans ces chroniques autour du cinéma et des catcheurs. Mais la semaine prochaine, il sera temps d’aborder l’exception qui confirme la règle. Car oui, il existe un bon film avec un catcheur qui détient le rôle principal. Une œuvre critique de la société, avec un réalisateur de talent derrière la caméra. Cela ne vous paraît pas réel, et pourtant, ça l’est. Il suffira de mettre les bonnes lunettes.

On vient justement d'en trouver.

On vient justement d’en trouver quelques paires.

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