Portrait

Les grands managers de l’Histoire : Paul Bearer

Dans la grande histoire du catch, les managers se sont montrés sous divers aspects. Trois catégories peuvent être ainsi décrites, ceux qui montrent leur argent en purs recruteurs, ceux qui managent sans artifice et les intrigants avec une gimnick très marquée. Paul Bearer est l’homme représentatif de cette dernière catégorie avec un parcours forçant le respect et un style inimitable.

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Paul Bearer, de son vrai nom William Moody, est à la fois la figure la plus intrigante et la plus regrettée du monde de catch en raison de son extrême gentillesse reconnue de partout. Il rassemblait un total consensus, n’avait jamais d’ennemis, bref l’idéal pour tracer une route à succès.

Pourtant, on parle bien d’un homme qui a laissé la trace visuelle d’un individu vraiment à part. Effrayant, mystique, troublant, ce sont des adjectifs employés à l’envie surtout à travers sa décennie la plus remarquable, celle des années 90 où il épousait le parcours d’une force dévastatrice nommée l’Undertaker. L’Undertaker ne serait pas la légende qu’il est aujourd’hui sans Paul Bearer, qui l’a façonné sous cette gimnick du Dead Man. Tout droit sorti d’un film d’horreur de l’époque, le duo va terroriser bon nombre d’adversaires mais également d’enfants, même si très rapidement on a droit au duo d’horreur gentil faisant penser à la famille Adams.

Pourtant, gentil, Paul Bearer ne l’a pas toujours été et c’est même le versant du heel qui a donné plus de profondeur à l’heure où il fallait renouveler la gimnick du Taker et introduire Kane, ce personnage encore actif aujourd’hui et entièrement façonné par Bearer également. Ainsi, Bearer peut être qualifié de créateur de monstres à la WWE, et ce climat bizarre, surnaturel qui a entouré chacune de ses apparitions résume toute sa réussite au sommet. Ainsi, une attitude unique et qui ne sera jamais reproduite a été créée et marquera à jamais les générations.

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Pour en venir là, il y a d’abord son parcours de catcheur dans les années 60 et 70. Avec le virus du catch inoculé dans le sang très tôt car dans sa jeunesse il aimait photographier l’action dans le ring, il ne pouvait ainsi qu’être une figure passionnée de faire partie de ce milieu. C’est lors de son service militaire pour l’armée américaine qu’il s’est le plus souvent illustré comme catcheur. Ensuite, le manager est né sous le nom de Percy Pringle III et sa réputation se construit du côté des fédérations du sud est des USA, à la FCW ou la WCCW notamment. Il accompagne notamment Rick Rude avant que ce dernier fasse le saut vers le personnage Ravishing à la WWE.

Ainsi, sur les conseils de Rude et de multiples observateurs, Vince McMahon l’engage fin 1990. Et ce qui va faire partie de l’Histoire ensuite trouve sa genèse quelques années plus tôt. On revient en 1979 après que sa carrière de manager soit entamée. Il l’arrête et s’éloigne du monde du catch pour un congé sabbatique suite à la naissance de son premier fils. Soucieux d’assurer ainsi un avenir viable à sa famille, il poursuit des études débouchant sur un grade d’embaumeur et de directeur funéraire.

Voici donc comment sa gimnick légendaire a pris naissance, sur cette particularité professionnelle qui n’a pas échappé à Vince McMahon. Ainsi, quand il débarque avec l’Undertaker début 1991, Bearer est un vrai croque mort nourrissant la force de son zombie adoré avec sa fameuse urne. Jamais un objet n’aura été autant prépondérant dans l’univers du catch et le monde très pointilleux et délicat de la mort n’aura jamais été traité sous un angle populaire. L’univers mortuaire est ainsi scénarisé et dans un petit talk show bien à lui, Paul Bearer est même comme un poisson dans l’eau dans son Funeral Parlor. C’est à travers ces segments qu’il étoffe son personnage en lui donnant sa gouaille, sa voix atypique et son côté vicieux qui donne l’image marquante de l’Ultimate Warrior cloué dans un cercueil.

Ainsi s’est lancée une carrière qui a épousé les succès de l’Undertaker mais sans l’éclat de la streak qui n’était pas d’actualité. Il a donc cette forme d’injustice car après tout, l’Undertaker au sommet de sa streak est la version moderne de celui façonné par Bearer. Et avec un monstre à sa merci, on peut tout faire et tour à tour épouser des contours d’amour vache et même violent.

Après cinq premières années immaculées où le duo des figures pâles a marqué son territoire avec une arrivée rapide au sommet et ces casket matchs marquant un tournant divertissant, Paul Bearer passe la frontière du grand méchant. Associé aux figures masquées de Mankind et Vader, il s’élève contre sa création. Un tournant majeur du renouvellement est marqué et Bearer va y mettre du sien comme personne avec la scène effrayante de la boule de feu du Taker lancée sur son visage qui pendant un temps sera recouvert de bandages.

Il est temps de faire entrer un deuxième personnage dans la danse et il s’agit de Kane, au bout de toute une histoire dérangée. Le démon préféré du diable est son fils qui entre masqué après avoir été brulé et considéré mort par son frère. La rivalité majuscule entre les deux costauds prend forme et Bearer a un visage plus humain. Le parcours prend d’autres contours, avec le Ministry of Darkness illustrant un Taker se joignant aux forces du mal que Paul Bearer a épousé et ainsi naturellement en 1998, le duo devenu trio s’illustre mais redeviendra duo avec un Paul Bearer exclu à l’entrée de plein pied dans l’Attitude Era.

Ministry of Darkness

Ministry of Darkness

Paul Bearer qui jusque là formait un duo indissociable avec le Taker, étant absent en même temps que le Dead Man quand ce dernier était blessé, rompt le fil à l’an 2000. Revenu lui-même de blessure, Paul Bearer manage Kane en face dans ce WrestleMania de l’an 2000 marquant à la fois sa dernière apparition avant une éclipse de quatre ans et une absence remarquée d’un Taker blessé au bras. Difficile alors de trouver une utilité à l’écran après une décennie tellement riche et c’est malheureusement en quasi anonyme qu’il a quitté une première fois la WWE en 2002 après avoir occupé un rôle de road agent évidemment sans éclat.

Percy Pringle III resurgit avec la naissance de la TNA qu’il aura aidé à grandir en conseillant les AJ Styles et Bobby Roode. Mais c’est une histoire sans vrai bruit  et en 2004 à WrestleMania c’est tout naturellement que pour un affrontement entre ses deux monstres il revient, cette fois aux côtés du Taker. Un parcours vraiment pas marquant, d’autant que des soucis sérieux à l’estomac font de ce retour un retour sans saveur achevé recouvert de ciment dans une cage en verre -même s’il faut préciser que ce n’était pas lui mais un cascadeur qui a pris cher au sens propre du terme.

Vraiment les années 2000 ne sont pas les siennes et déjà on peut se demander si ce n’était pas la fin et s’il ne fallait pas déjà penser à le faire entrer dans le Hall of Fame. C’est mal connaitre la force de son personnage, tellement mystique et surnaturel qu’il peut resurgir dans un cercueil en 2010 pour un dernier run avec son Taker. L’histoire a toujours un éternel recommencement car avec Bearer, la mécanique de la deuxième moitié des années 90 apparaît pour un bis débouchant sur une association avec Kane contre l’Undertaker qui se conclut par le Buried Alive match mettant au repos l’Undertaker.

Paul Bearer lors du match Undertaker contre Kane à Hell In  A Celle 2010

Paul Bearer lors du match Undertaker contre Kane à Hell In A Cell 2010

La fin de sa carrière sera bien physique. La rivalité entre Kane et Edge va lui jouer des tours avec des scènes physiques s’achevant par une dégringolade dans des escaliers. Peu glorieuse fin car pour son -bref- retour en 2012, il est un jouet dont se sert Randy Orton pour piéger Kane et sa dernière image à la WWE n’aura pas été avec son complice Undertaker mais avec son autre complice Kane qui le laisse dans une chambre froide.

De Paul Bearer, décédé le 5 mars 2013, tout le monde est ainsi unanime pour reconnaitre une personnalité très passionnée par le milieu du catch. Manager lié à un puis deux catcheurs marquants, il a duré une décennie au plus haut niveau avant de connaitre plus de difficultés mais pour les fans ce fut toujours un ravissement de le revoir. Logiquement introduit trois semaines plus tard au Hall of Fame de la WWE par Kane, on pourra regretter que l’Undertaker n’ait pas été là aussi tellement Paul Bearer aura joué un rôle énorme dans la carrière d’une icône. Restera-t-il lui aussi une icône du management pour l’éternité ? « OH YEEEEEEEEEEEESSSSSS ».

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