Superstars au cinéma

Superstars au cinéma #4 : Kane dans See No Evil

Lors de la San Diego Comic Con, la WWE a généralement sa petite place, l’occasion de présenter le nouveau jeu de la compagnie, désormais édité par 2K Games. Mais cette année, la convention fut l’opportunité d’annoncer la sortie future de See No Evil 2, avec Kane en tête d’affiche. L’occasion pour nous de revenir dans cette chronique sur le premier volet du slasher produit par les WWE Studios.

J'aurais pas oublié de mettre quelque chose ce matin?

Attention ça va couper chérie.

2006, une période assez mauvaise pour le cinéma mainstream où le film qui fait l’événement est Saw. La franchise lancée en 2004 est un phénomène chez les adolescents en quête de sang et de pornographie morbide. Ici, ce n’est pas du sexe que vous recherchez mais une violence gratuite, malsaine et assez peu réfléchie. Mais bon, que ne ferait-on pas pour une bonne catharsis?

C’est donc avec deux ans de retard que les WWE Studios cherchent à surfer sur la vague du slasher morbide, où s’enchaînent massacres et autres festivités sanguinaires. See No Evil arrive donc sur les écrans de cinéma avec Kane, démasqué depuis 2002, qui sort d’un règne de champion du monde par équipe avec le Big Show.

Le film démarre avec deux policiers arrivant pour interrompre des nuisances sonores, des cris se font entendre. Un petit extreme close-up à la Wayne’s World plus tard. Les policiers avancent jusqu’à découvrir une femme puis se font piéger par Jacob Goodnight, notre tueur en série de la soirée, qui tranche un officier puis le bras de l’autre, avant que ce dernier ne réussisse à coller une balle à Kane, On découvre alors que la fille a été mutilée et qu’on lui a enlevée les deux globes oculaires, ce qui permet au réalisateur, dans son grand génie, de nous faire une transition en passant par cette absence d’œil. Merci mon gars.

Je suis hyper content.

Je suis hyper content.

L’occasion de souligner d’ailleurs que le réalisateur Gregory Dark a exercé dans le porno dans les années 80/90. Une pointure quoi. La scène de crime, avec au moins sept victimes, est découverte tandis que l’on nous offre le coulis de voix-off provenant de diverses chaînes TV, un bon petit cliché scénaristique pour souligner l’horreur des événements. Fin de l’intro pour retrouver notre héroïque flic quatre ans plus tard, une prothèse en plus, traumatisé par les événements. Celui-ci va superviser un groupe mixte de prisonniers missionnés pour nettoyer un hôtel, des TIG un peu inhabituels on en convient.

Ils sont introduits avec des petits arrêts, plans fixes avec le crime commis, histoire de voir les bad boys/girls qu’ils sont, les hors-la-loi qui vont mériter tout ce qui va leur arriver. Les plans inutiles se succèdent, ça comble mais ça ne sert à rien. On nous introduit l’Hôtel Blackwell où les délinquants vont nettoyer et remettre en état. Après un plan de cafards en train de copuler (si, si) on nous évoque les huitième et neuvième étages, condamnés au public.

Le petit groupe commence ses travaux alors qu’on nous montre des silhouettes des surveillants, ou encore une scène où Kane matte la moins attirante des quatre filles en train de se laver sous la douche – tu n’as aucun goût Glenn. Mise en scène putassière jusqu’à ce que Tye et Richie, deux des détenus à la recherche d’un butin secret, ouvrent une porte et découvrent un cadavre auquel les yeux manquent. MAIS QUI A PU BIEN FAIRE CELA?  WHO? WER? QUIÉN? Sur ce suspens insoutenable, Richie se fait enlever et Hannah veut monter voir qui a activé l’ascenseur, et vous n’en croirez pas vos yeux, mais il lui retire les siens.

On ne peut pas retirer mille fois les yeux de mille, euh non c'est pas ça. On ne peut pas retirer une fois les yeux de... Ah non plus.

On ne peut pas retirer mille fois les yeux de mille… euh non c’est pas ça. On ne peut pas retirer une fois les yeux de… Ah attends.

Sur cette franche rigolade, Kira se fait enlever, Christine s’inquiète, les quatre autres lascars sont partis faire la fête dans des les huitième et neuvième étages qui sont incendiés. Le cliché du groupe débile qui plonge dans la gueule du loup dans l’insouciance est respecté, merci bien. Christine, Tye et Frank forment un groupe et sont les premiers à se rendre compte de la personne à qui ils ont affaire, Frank faisant la corrélation entre le trou dans la tête de Jacob et la balle qu’il lui a tiré en pleine tête. Pas le temps de dire « Je vais le tuer seul » que Frank Williams, notre héros se fait chopper par le capitaine Crochet – enfin Jacob si vous voulez, et meurt. On l’applaudit bien fort.

Jacob, apparemment sans grande menace puisque le seul flic a été abattu, n’a pas tué Kira qu’il semble maintenir en vie pour un rituel lié à son enfance, quelque chose d’assez simpliste on en conviendra puisque l’enfant violenté par ses parents et qui devient un serial killer, c’est assez commun comme scénario. Kira est d’ailleurs enfermée à côté du corps d’Hannah pour qu’elle puisse garder la meilleure vue possible sur celle qui s’occupait d’eux. Elle reste d’ailleurs en première loge pour assister au pot de départ des yeux de Richie.

Jacob continue de persécuter Kira en lui faisant ce qu’a fait sa mère auparavant – avec des scènes de flashblacks en noir et blanc pour bien souligner que c’est pas le présent quoi – puis continue sa tournée, variant un brin les plaisirs en donnant la végétarienne du groupe à ses chiens. Manger équilibré c’est important. Le seul à opposer une résistance à Jacob est Mike, le salopard depuis le début de ce film qui arrive à mettre un coup de tuyau dans l’estomac du tueur qui trébuche. Pas de quoi arrêter The Big Red Monster, mais c’est le premier geste d’un personnage afin de rester en vie, ce qui est assez rare pour être souligné.

Meurs, pourriture communiste.

Meurs, pourriture communiste.

Bref, la fin du film se compose globalement avec le quatuor Jacob, Kira, Christine et Michael pour une fin qu’on qualifiera d’assez classique avec un petit retournement de situation prévisible à mourir, et dont la révélation est ridicule à cause d’une actrice de seconde zone terriblement mauvaise. On nous explique le pourquoi du comment, on essaie de donner une raison aux méfaits du personnage ainsi qu’une psychologie trouble. On entend d’ailleurs les premiers mots de Kane après une heure de film, dans la grande lignée des serial killers de slasher, plutôt taiseux dans leur genre.

Déjà pas fan du genre, ce n’est pas ce film qui m’aura convaincu de me mettre au film gore. Mais même pour un adepte du genre, ça reste très léger. Kane est sympa et sa morphologie correspond assez bien au personnage. Mais il est dommage de ne pas utiliser au mieux cette voix assez particulière qu’il a comme pour son personnage de Big Red Monster à la WWE. Mais le plus gros point noir du film reste la réalisation catastrophique entre effets superficiels et des plans totalement inutiles. C’est d’une vulgarité sans nom, mais qu’attendre de plus d’un film dirigé par un ancien réalisateur de film porno avec un budget de huit millions de dollars.

On soulignera aussi le cadre de l’hôtel, propice à l’enchaînement des autres clichés communs à tout film du genre. On ne comprend pas bien les références religieuses ni ce qu’elles apportent si ce n’est présenter un simple gars transformé en monstre à cause d’une folle de la messe. C’est trop superficiel et l’on sent le petit prétexte peu travaillé pour tenter de donner un semblant de raison au film.

Te libérer? Il faut toujours que tu dramatises Sandy. Cet affreux Jacob est mort. Ce film n'est plus qu'un affreux souvenir maintenant... Cet affreux cauchemar est terminé!

Te libérer tout de suite? Il faut toujours que tu dramatises Sandy. Cet affreux Jacob est mort. Ce film n’est plus qu’un affreux souvenir maintenant… Cet affreux cauchemar est terminé!

Oubliable, faible dans son genre. Les WWE Studios n’ont pas réussi un objectif plutôt prometteur. Car en ce qui concerne les risques, ce studio en prend très peu entre sorties directement en DVD et films peu audacieux. Ici, c’était l’occasion de faire un film de genre en profitant des atouts mis à disposition, et plutôt que d’aller chercher un raté qui a fait ses gammes dans le porno dans les années 80/90, il aurait mieux valu confier la réalisation à un nouvel œil qui aurait coûté tout aussi cher mais qui aurait au moins eu le mérite d’avoir des idées.

D’ailleurs, en parlant du manque de prise de risque, le prochain numéro concernera une absence totale de volonté, un film plutôt présenté pour nourrir la soif de cinéma d’un catcheur du main-event plutôt qu’une volonté du studio. Un film tellement prédestiné à ce catcheur que le titre correspond à son gimmick.

Vous pensiez à quelqu'un d'autre peut-être? Non parce que j'ai vu de la lumière et je me suis dit que sur un coup de chance...

Vous pensiez à quelqu’un d’autre peut-être? Non parce que j’ai vu de la lumière et je me suis dit que sur un coup de chance…