Superstars au cinéma

Superstars au cinéma #5 : John Cena dans The Marine

Le cas d’école, le film qui est cité pour représenter la faiblesse des films produits par la WWE. Le fait que ce long-métrage soit un film d’action n’est pas l’unique raison de cette exposition plus importante que les autres films. C’est bien sa star qui est au centre de cet intérêt, John Cena. Et là on s’attaque à du lourd, oh que oui.

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Même Cena n’en revient pas.

The Marine, réalisé par le no-name John Bonito en 2006, à une époque où John Cena commençait déjà à arriver sous une moitié de huées, Chris Jericho et Edge étant passés par là. Il est tout de même dans ses années fastes où il est déjà vu comme l’un des top faces de la fédération, touchant ses premiers titres mondiaux et trustant déjà une bonne part de main-events. Bon, c’est pas 2009 mais on en est pas loin.

Avant de commencer, on vous conseille la VF, peut-être pour la seule fois de notre vie, parce que John Cena est doublé comme une star de film d’action, avec la voix grave stallonienne qui va bien. C’est à mourir de rire. Et son jeu d’acteur n’arrange pas l’affaire, on est loin du Cena tout sourire qui balance trois blagues par minute. Non, ici c’est du sérieux.

Tout commence en Irak – sûrement choisi après une grande partie de pic nic douille avec l’Afghanistan – où John Cena, enfin ici John Triton même si l’on se demande souvent où est la différence, outrepasse les ordres de ses supérieurs et dégomme du terroriste tel un Arnold Schwarzenegger du dimanche, c’est à dire avec une musique de fond et un visage soit trop expressif soit pas assez. Et vas-y que je te sors mon dixième flingue de mon caleçon, que je tire à l’explosif et dans la milliseconde je casse deux jambes aux terroristes.

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Où ça une explosion?

C’est rapide, avec du montage à outrance, le tout pour une action qui a zéro intensité, et qui sert juste d’intro à un personnage qui semble ne pas avoir froid aux yeux, jusqu’à sortir un très cliché « On rentre à la maison ». Sans complexe le gars. C’est un bourrin, il rentre dans le tas comme ce sera le cas tout au long du film.

Mais outrepasser les ordres, ça plaît pas à l’armée. Du coup, une commission de sécurité lambda renvoie ce qui avait pourtant l’air d’être le plus proche parent du Terminator. Johnny Boy retourne donc dans le monde réel de la réalité véritable où l’attend sa femme, qui lui saute dessus, du coup Johnny l’emmène au lit pour rattraper le temps perdu comme il se doit.

Sauf qu’il est pas pressé, alors qu’il débarque en pleine journée et atteint le lit conjugal, les deux se retrouvent après un petit cut dans le salon, en sous-vêtements, en pleine nuit. Des préliminaires d’environ quatre à cinq heures donc.

The Marine

Chérie, y aurait moyen que tu finisses de te déshabiller avant le Nouvel An?

On passe alors à l’introduction du méchant avec une petite référence à un film bien plus haut de gamme qui est Scarface parce que le film devait avoir à’lorigine Al Pacino dans le rôle de bad guy. Et le méchant est tellement méchant qu’il marche dans la rue, avec des changements de points de vue. Parce que ouais on sait pas encore tout à fait que c’est un criminel, mais au moins on sait qu’il marche !

Nous est donc introduit Rome – interprété par Robert Patrick, connu pour ses rôles dans Die Hard 2 et Terminator 2, et qui a, il faut l’avouer, un bon faciès de méchant. On le voit donc braquer une bijouterie assez violemment à l’aide de multiples complices, moins un, tué par Rome lui-même parce que c’est un méchant, il tue de sang-froid quoi. Et le film part officiellement en cacahuète. Ça sort un bazooka sans préparation avec une explosion dont le souffle s’arrête pile à deux centimètres de Rome. Le mur est là, tapez vous la tête dessus.

Triton commence quant à lui son nouveau job dans la sécurité d’un immeuble. Malgré une bonne bagarre et un renvoi immédiat, John n’est pas satisfait. John est un Marine, comme il nous le dit pour la trentième fois en vingt minutes. Il n’est plus lui même, bla bla je suis perdu, bla bla mon nouvel ex-collègue me verse des couplets clichés.

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Vois la vie du bon côté mec, imagine si ta femme se faisait enlever par ce genre de criminel. Ce serait dingue. Mais heureusement on en est pas là! Quoi? Qu’est-ce que j’ai dit?

Du coup, on retourne à Rome – mais pas pour un week-end – pour un début de scène érotique, mais l’excès de zèle de Rome ne plaît pas, ni à Angela sa comparse, ni à la personne à qui il doit revendre les diamants. Celui de Triton ne plaît pas non plus, sa bagarre  passe aux infos pour le passage par la porte vitrée du type de l’immeuble. Du coup les deux amants se barrent. 25 minutes de film et on nous présente encore des personnages, l’intrigue n’est toujours pas lancée. À la place on a le droit à trois minutes autour d’une blague « Les blacks ne conduisent pas de monospace ». Tuez-moi.

Dans une succession de coïncidences, Triton se fait assommer par un des collègues de Rome alors que ceux-ci ont une altercation avec la police, les deux voitures étant soit HS, soit doté de l’inscription « Police », Rome décide de prendre le 4×4 où se trouve la femme de Triton. On soulignera l’obsession du réalisateur pour les grosses explosions. Sûrement un disciple pas très talentueux de Michael Bay.

John se lance à la poursuite des criminels avec la voiture de police, qui par le plus grand des hasards est une sportive et non le modèle commun. Les criminels tirent sur le héros dans une grande séance de « Les méchants visent mal » avec un petit millier de balles qui touchent la carrosserie mais pas John, et si c’est le cas, sachez que lever un gilet pare-balles suffit. C’est pas comme si en vrai l’impact assommait tout de même la personne, non.

Le héros du film? Je l'ai pas touchéo!

Le héros du film? Je l’ai pas touchéo!

Un acolyte dit après un bon moment de course poursuite « Ce gars-là, on dirait Terminator ». Plan sur Robert Patrick. Oui, on a compris les mecs, vous avez Robert Patrick dans le film, bravo, sauf qu’au début vous visiez Al Pacino comme vous le souligniez avec la référence de tout à l’heure, donc soyez-pas si lourds les gars.

Ah oui, il y a aussi un flic dans ce film, Là pour nous rappeler ce qu’on nous a dit, ce qu’on a vu aussi, il y a même pas cinq minutes, et qui a l’air de bien connaître Rome. Tousse si tu sens aussi que c’est pas un flic. Mais bon, en gros pour l’instant, la police est à la traîne, ce qui laisse champ libre à un héros laissé pour mort par la bande à Patrick et qui a la bénédiction de l’enquêteur pour faire la chasse seul. La méthode classique de la police.

Du coup Rome de son côté continue de faire le méchant sans cœur qui tue ses acolytes quand il en a envie mais bon, c’est pas grave, il a une grosse dose de second degré donc il est pas du tout cliché, pas vrai? De quoi, si quand même? Enfin, Robert Patrick n’a pas trop le choix si ce n’est celui de surjouer, puisque c’est la meilleure option, l’autre étant de ne pas jouer du tout leur rôle. T’as choisi le bon clan Robert.

Tu aurais pu t'abstenir par contre John.

Tu aurais pu t’abstenir par contre John.

Le film prend alors son rythme tranquille de poursuite puis d’éliminations des criminels par Triton pour finir sur le happy ending du film d’action classique. Un peu comme les Five Moves of Doom de Cena, le schéma de The Marine est une série d’événements, une succession de péripéties vues et revues.

The Marine rejoint fièrement Suburban Commando dans la section nanar de cette chronique. Mais un nanar différent. Vous êtes sûrement tous déjà tombés sur ces action movies avec Schwarzenegger, Steven Seagal ou Chuck Norris. C’est un peu ce que tente de faire le film, reproduire la folie nanaresque des années 80/90 où les acteurs bourrins en perte de vitesse se produisait dans des films dopés sur l’action avec des brins de comédie.

Mais tout cela est assez faible en quantité de punchlines, ces grands moments de phrases absurdes qui sont prononcées avec le plus sérieux des tons. C’est trop lisse. L’écriture est d’une bêtise à se fracasser la tête contre un mur et tente d’entrer dans un second degré que l’on sent immédiatement comme étant forcé – cf les références appuyées à Scarface, Terminator 2 et aux blagues sur les noirs dans les films.

C'est parce que je suis black, c'est ça?

C’est parce que je suis black, c’est ça?

On sent que le film ne se prend aucunement au sérieux, même si dans le même temps il prend le parti de laisser son héros tuer des personnes froidement. Mais comme ce sont des assassins et des terroristes, on imagine que l’on doit laisser couler et qu’il pourra repartir libre vraisemblablement.

Les personnages sont aussi à dormir debout. Vous pouvez après un bon tiers de film – à cause de la mise en place lente de l’intrigue principale – deviner qui va mourir, qui va retourner sa veste et sûrement deviner aussi qui va tuer la personne. Le choix se divise de toute façon en deux entre Triton et Rome. Pas très compliqué. On s’embourbe dans le cliché, dans le nanaresque.

Le problème, c’est que l’on n’est clairement pas dans les années 90 avec ce film mais en 2006, c’est bien trop tard, cette obsession des explosions n’est plus du tout nécessaire et ressemble plutôt à un cache-misère. Ce rythme un peu bâtard entre action et comédie, avec ses longues pauses pour justifier les quatre-vingt minutes de souffrance, est à bannir du cinéma. Si vous avez envie de rire devant un film d’action pas très sérieux, autant se tourner vers les références du genre nanaresque comme Norris plutôt qu’à la seconde main.

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Je mets les pieds où je veux Little John, et c’est souvent dans la gueule.

Et puis le jeu monolithique de Cena n’arrange rien, si Robert Patrick sauve un peu sa peau dans une reprise maladroite du gimmick de Hans Gruber dans Die Hard, le reste de l’équipage se noie dans un océan de jeu cliché et au mieux ridiculement drôle.

La musique est totalement affreuse. C’est souvent hors de ton et c’est placé comme dans la pire des sitcoms. Et surtout, elle ne s’arrête JAMAIS. Pas un seul instant sans une musique d’ambiance clichée pour souligner à ce spectateur que l’on prend pour un débile dans quelle genre de scène on est. L’envie de frapper les monteurs et le réalisateur se fait aussi sentir avec cette mise en scène désastreuse. Même les scènes de combats, pourtant brutales, sont plombées par un montage trop rapide et une overdose de ralentis.

Bon, vous l’aurez compris, c’est bien mauvais. Mais cela reste drôle pour le fan de catch. Ce genre de film seconde zone sans prétention, qu’il sait déjà qu’il a perdu d’avance et qui ne se donne même pas la peine de se forcer malgré un bon budget – quinze millions de dollars quoi, c’est très loin des blockbusters mais cela reste correct – et qui par conséquent devienne assez drôle à mater, avec une grande séance de pointage de faux-raccords, de moqueries intensives sur le jeu cliché de chaque acteur et de devinettes autour des références voire plagiats faits par ces films sans inspiration aucune.

Heureusement, la suite a un acteur charismatique, plein de talent... Non mais les mecs virez-moi ce figurant il prend toute la place là!

Heureusement, la suite a un acteur charismatique, plein de talent…
Non mais les mecs virez-moi ce figurant il prend toute la place là!

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