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Hell in a Cell 2014 : Quand Bray Wyatt vient casser l’ambiance

La vérité est ailleurs nous disait-on. Et alors que l’on voyait la menace venir de The Authority avec son armada de sidekicks dédiés à Seth Rollins, c’est Bray Wyatt qui est venu gâcher une fête jusqu’ici vraiment satisfaisante.

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Hell in a Cell avait une carte assez logique. À la vue de l’immobilité ambiante à RAW et de son centre de gravité autour de The Authority, Dean Ambrose et John Cena, il était logique que toute l’attention soit tournée vers eux.  D’autant plus que pour la première fois depuis la première édition du special event en 2009, un des matchs semblait réellement vouloir être extrême et rendre à la structure ses lettres de noblesse, notamment avec l’apparition de Mick Foley à Raw.

Cette rivalité étant bien entendu Seth Rollins contre Dean Ambrose. Mais bien avant ce match placé – à juste titre – en main event, il y avait pas mal d’affiches et la première étant la très alléchante opposition entre Bo Dallas et Mark Henry en Kickoff. Un match long, intense et avec un suspens insoutenable grâce à un build-up de premier plan. Ou un bon vieux squash des familles après une rivalité en pointillés que tout le monde aurait préféré oublier, à vous de voir. On a eu aussi le droit à un Mizdow TV plutôt sympathique, mais qui montre encore une fois que les bookers font tout à la dernière minute quand cela concerne les titres secondaires.

Mais le vrai show commence avec la véritable affiche alléchante. Un 2 out of 3 falls match entre le champion intercontinental Dolph Ziggler et le suisse Cesaro. Une rencontre qui a tourné un peu court avec une victoire de Dolph Ziggler deux à zéro. Et tout cela malgré une domination assez forte du suisse et des coups assez monstrueux encore une fois porté par l’ex Claudio Castagnoli. Mais Dolph réussit pour une fois une défense de titre.

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On pourra toutefois regretter que le match soit un peu brouillon, avec des mouvements dont la fluidité était loin d’être extraordinaire. On retiendra tout de même cette Superplex de Cesaro sur Ziggler depuis le coin du ring, un mouvement bien violent qui vaut à Ziggler un chute de trois bons mètres de haut. L’alchimie reste pourtant moins forte entre Cesaro et Ziggler qu’entre Cesaro et Sheamus, et l’on aimerait voir plus de la part des deux, qui peuvent certainement montrer un niveau bien plus élevé que cela. La rivalité devrait probablement continuer un certain temps avec on l’espère des oppositions au moins aussi bonnes.

S’ensuit le match des Bellas et le début du grand numéro de funambule pour ne pas sombrer dans l’ennui. Heureusement, tout le monde semblait impliqué pour que ce ne soit pas le cas et que ce soit Brie ou Nikki, toutes deux ont livré une performance correcte, si ce n’est le finisher de Nikki Bella – le Torture Rack – qui nous rappelle juste que Ezekiel Jackson a existé à la WWE – sauf que lui en avait fait une prise de soumission des plus ridicules.

En attendant on appréciera la quasi-absence de botch, l’équilibre du match dans une opposition solide, sans bavure qui montre tout de même les progrès des Bella Twins dans le ring, on remerciera leur conjoint respectif pour cette amélioration des plus nettes. C’est finalement Nikki qui l’emporte et si l’on ne peut pas vraiment critiquer le match en lui-même, on se rappellera juste que cette rivalité n’est qu’un moyen de tabler sur le Yes Movement en l’absence de Daniel Bryan et qu’elle va accoucher de segments lourdingues.

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On en a d’ailleurs eu un aperçu plus tard dans la soirée où Nikki traite déjà sa sœur comme si elle était dans 12 Years a Slave. Heureusement pour Brie, la sanction ne dure qu’un mois ou à un renvoi prématuré, mais pour les spectateurs cela ressemblera probablement à une éternité tellement on voit arriver des mises en scène classiques de ce genre de situation. Un bon match donc, mais toujours une rivalité des plus moyennes et qui ne passionne pas.

En parlant de choses qui ne passionne pas, évoquons une ceinture secondaire. Le rematch des Usos face à Goldust et Stardust a tourné à l’avantage des catcheurs dorés avec un Final Cut assez puissant. Le match est bon, avec de bons impacts physiques – Goldust en crachant même son chewing-gum – et il n’y a pas de problème là-dessus. Mais on l’a déjà vu une vingtaine de fois ce match. Ces enchaînements, cette fluidité vraiment agréable est ternie par l’habitude, par le manque d’ampleur que prennent ces matchs pour les titres tag team.

Ici, il ne faut pas critiquer le travail des catcheurs, qui déploient leur panoplie de la meilleure manière qui soit, mais bien le manque d’ampleur de la rivalité. C’est bien simple, pour les titres secondaires, nous avons eu le droit à deux 2 out of 3 falls et à une 20-man battle royal. Deux matchs où la stipulation résulte à être plusieurs matchs simple et un autre qui sert à combler le manque de champion – la battle royal ayant eu lieue après la blessure de Wade Barrett. Cela résume assez bien le manque d’audace dans la midcard, même lorsque la rivalité s’étend dans le temps.

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C’est la deuxième fois que les Usos sont aux prises avec une équipe depuis plus de deux mois. Et le seul match spécial qu’ils aient eu est ce fameux 2 out of 3 falls match face à la Wyatt Family – à Battleground en juillet. Attention, on ne demande pas non plus des ladders matchs à foison, mais un tornado tag team match – tous les catcheurs sont dans le ring en même temps – ne doit pas être si difficile à mettre en place.

On continue avec les déjà-vus et la cage descend pour accueillir en son sein les deux têtes d’affiche éternelles, Randy Orton et John Cena. Et pour vous résumer ce match, il me suffit de partager le tweet du compte VoxCatch hier :

Voilà, si vous avez commencé le catch après 2009, ce match était peu ou proue un résumé de la rivalité entre John Cena et Randy Orton. Seul l’ajout du finisher sur les marches semblait vraiment renouveler la palette de combinaisons dont sont capables les deux catcheurs, et encore même ici rien de bien original. En dehors de cela, c’était du Cena vs Orton pur jus. Le AA transformé en RKO, le fait que Orton connaisse par cœur – comme tous – les phases de domination de John Cena pour mieux les contrer et John Cena qui insiste pour faire son STFU tout au long du match.

Dans un autre contexte, cela aurait été très bon, et le match en lui-même, sorti de son contexte, est propre et assez divertissant. Mais on a tellement vu ce match des centaines de fois – y compris en Hell in a Cell – qu’il devient impossible de ne pas être un brin démotivé par cette affiche, par son manque cruel d’originalité. Et la victoire de John Cena, logique puisqu’elle permet de reprendre avec Lesnar autour de sa victoire par DQ lors de Night of Champions, n’est qu’un chapitre de plus dans cette rivalité qui n’aura que trop rarement passionné. Et contrairement à ces prédécesseurs avec qui la WWE voulait les comparer dans ses promos, elle n’a pas l’aura que suscite un Bret Hart vs Shawn Michaels ni celle d’un Stone Cold vs The Rock. Loin de là.

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On ressort de la cage pour revenir à une réalité encore plus terne. Celle du Miz. Et ici, il va falloir s’inquiéter, lourdement. Parce qu’il est grave qu’un catcheur soit si peu divertissant, si peu intéressant que l’on doive en mettre une parodie hors du ring pour que l’on s’intéresse à lui. Mizdow, c’est un peu le crachat de la WWE sur son propre personnage du Miz, sur son échec et sa chute libre depuis le désastre de Wrestlemania XXVII. Et voir que le match repose essentiellement sur le ressort comique de Damien Sandow effectuant ses mimiques hors du ring, c’est pauvre.

La match est correct et tient la route, mais on passe la moitié du temps – si ce n’est plus – à observer le Mizdow et ses mimiques, c’est bien simple, même Sheamus disparaît à cause de cette parodie. Seul le segment d’après match où, avec sa victoire, Sheamus s’amuse à faire le YMCA avec The Miz afin que Mizdow le reproduise, était à l’avantage du champion. On se contentera de dire que c’est au moins divertissant voire drôle, et que cela occupe une ceinture US qui en est à son deuxième match en PPV d’affilée, et c’est assez rare pour être signaler.

Suit alors le match que seule l’Amérique attend impatiemment à chaque PPV, celui entre Rusev et le catcheur qui se découvre une fierté nationale numéro quatre, The Big Show. Un match qui va se tenir à un simple artifice scénaristique, celui de voir Mark Henry désireux d’intervenir mais repoussé par The Big Show. Comme d’habitude, Rusev gagne par soumission et détruit à nouveau un adversaire dans un match sans grande envergure malgré une agilité toujours impressionnante pour un catcheur de ce gabarit. Mais ce n’est pas avec des matchs de moins de dix minutes que l’on pourra vraiment juger du talent in-ring de Rusev.

Dernier match classique avec l’affrontement pour le titre des Divas entre Paige et AJ Lee. Cette dernière conserve le titre dans un affrontement qui aura eu encore ses petites imprécisions où l’on sent bien une certaine précipitation de la part des deux, bien que cela soit moins prégnant que dans les précédents matchs entre les deux catcheuses. C’est honnête, parfois assez violent et l’on est dans un match qui ne trahit pas le standard Diva établi par la WWE.

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On radote mais tant que l’on ne donnera pas plus de temps aux catcheuses, elles seront incapables de susciter le même engouement que leurs équivalents masculins. Comment voulez-vous installer une montée crescendo d’un match en à peine six minutes? La nécessité d’aller au plus vite à la conclusion contraste avec ce que peuvent faire les femmes à NXT en ce moment. Mais il faudrait pour cela avoir plus que quatre catcheuses capables de tenir ce genre de rythme, ce qui ne semble pas être le cas actuellement.

Et pour finir en beauté ce pay-per-view, la bonne surprise de voir en main-event Dean Ambrose et Seth Rollins de manière justifiée. Et on le savait, ce match allait être fou. Dean Ambrose n’attend même pas le début de la cloche pour se la jouer Mick Foley et grimper au sommet de la cage avec un kendo stick. Pas fou, Seth Rollins envoie Joey Mercury et Jamie Noble tenter de forcer Dean Ambrose à descendre, avant de monter lui-même pour prendre le dessus sur Ambrose.

Tout cela fini pas une chute à mi-hauteur de la cage pour chacun sur les tables, pas de jaloux. Un départ en trombe coupé par le long passage sur la civière des deux catcheurs avec que Dean Ambrose revienne chercher Seth Rollins pour enfin débuter le match. Un match qui aura été largement plus brutal que la moyenne de la WWE. Les deux ont pris des risques avec des coups de chaise qui claquaient comme il fallait et quelques spots d’une sacrée violence.

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On peut se dire que les deux auraient pu encore aller plus loin sans la conjoncture actuelle où le manque de têtes d’affiche a peut-être bridé les deux hommes. Mais ce n’est pas vraiment cela qui a gâché le match, mais bien la WWE qui avait encore oublié de payer la facture d’électricité. Dans une mise en scène assez captivante, Bray Wyatt a fait son retour pour agresser Dean Ambrose. Mais le problème n’est pas esthétique, il est plutôt d’ordre scénaristique.

Affrontons directement la réalité, on le sait avec la WWE nous n’aurons jamais d’explications logiques sur le pourquoi du comment de cette attaque. Si Wyatt a attaqué Ambrose, ce sera probablement pour des raisons mystiques lointaines qui font que Bray veut s’attaquer à lui, en rattachant tout ça à la folie latente du personnage de Dean Ambrose. Du coup, cela va détourner Dean Ambrose de Seth Rollins qui bien entendu profite de cette intervention pour prendre la victoire.

Sauf que. Sauf que. Sauf que. On est dans un Hell in a Cell. Et depuis cinq ans cette structure a été l’objet d’une banalisation assez sévère. On l’a vu dans le précédent match qu’elle était un simple objet, à la limite d’être une simple No DQ. Et ici, alors qu’elle semblait être le théâtre parfait pour une fin de rivalité, la cage restera qu’un nouvel épisode un peu foireux, puisque bon Bray Wyatt n’est jamais vraiment parti, il n’a juste plus combattu depuis un mois. Son retour sur le ring est donc loin d’être une grande surprise.

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Ce ne sont donc pas des débuts, pas vraiment un retour, mais un espèce de moment hybride, sacrément cool sur le papier mais qui dans la réalité vient stopper un match de manière assez contrariante. On aurait aimé voir les deux hommes continuer à briser les standards de la WWE, Dean Ambrose justifiant l’arrivée de nouveaux objets – est-ce que vous avez vous aussi espéré le retour des sacro-saintes punaises? – En bref, ce match n’a pas la conclusion qu’il méritait, bien qu’il soit encore un main event de qualité, sacrifié sur l’autel d’un retour esthétiquement beau mais tout de même mauvais.

C’est donc sur une note de frustration que se termine un special event sans grande envolée, mais fait – comme d’habitude – de matchs corrects. La WWE insuffle cette année un sentiment un peu bâtard dans son produit qui est de qualité lorsqu’il concerne le in-ring – sans aller non plus dans l’exceptionnel – mais qui patauge comme jamais dans la semoule lorsqu’il s’agit de sortir une storyline cohérente. On manque cruellement de savoir-faire dans les conclusions à la WWE, et on n’attendra pas tous les ans WrestleMania pour obtenir satisfaction.

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