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CM Punk relance le débat du statut social des catcheurs de la WWE

En préambule, on précisera que cet article ne concernera que le statut des catcheurs de la WWE. Les catcheurs indépendants ayant un statut fragile que l’on connaît déjà, avec pour certains une double-casquette entre une semaine où ils ont un emploi et le week-end où ils cherchent des bookings et ceux qui voyagent autour du monde, avec un statut assez élevé pour pouvoir être booké sur des shows plus nombreux, mais qui doivent aussi en parallèle entretenir une autre activité professionnelle – beaucoup de catcheurs US assez connus ouvrent une école de catch, comme Brian Kendrick par exemple qui était récemment à Ouest Catch.

Ici, on va exclusivement parler du système de la WWE et du traitement de son roster, en essayant de parler des conditions de travail incluant le rythme, le système de santé et la protection sociale des catcheurs. Les États-Unis sont loin d’être un pays où l’environnement social soit au meilleur lorsqu’il s’agit du travail. Les assurances sont souvent payées par l’employeur, et le système de santé, malgré la réforme Obama, reste assez loin de notre chère Sécurité Sociale.

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Depuis l’interview de CM Punk, la question sur la gestion de la santé des catcheurs redevient d’actualité. La WWE a de nombreuses dates à travers le monde, avec souvent deux dates le même jour où le roster se partage en deux. Dans la semaine, c’est un show au minimum sur six jours, laissant le mercredi uniquement en tant que journée libre. Et encore, il faut compter avec ça les journées d’entraînement pour les catcheurs ne participant pas forcément aux shows, les participations aux événements télévisés, aux festivals ou encore autres obligations d’une Superstar de la WWE, tout dépendant de son calibre. Pour John Cena, dites vous qu’il mange, travaille et vit tout simplement pour la WWE, et absolument rien d’autre.

Là se pose la grosse question sur le traitement de la santé des catcheurs. À un rythme si élevé, il est difficile de se dire que tout le monde soit en pleine forme. On a bien vu ses dernières années Cena combattre avec un bras à soigner, et les dernières déclarations de CM Punk poussent en ce sens. Les main-eventer, par leur booking extrêmement chargé, enchaînent les prestations et n’ont pas vraiment le temps de retrouver une forme correcte. Avant sa grosse blessure, vous pouvez être certain que Daniel Bryan traînait plusieurs douleurs avec lui.

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C’est aussi pour cela que les matchs de la WWE sont assez souvent orchestrés de manière assez similaires. Une fois le schéma type ancré, le risque de blessure est moindre, et les prises de risque sont souvent des moments de stress pour une compagnie qui a un roster des plus fragiles dernièrement. C’est pour cela qu’il faut souvent baisser le rythme, pour le bien physique de certains. Tout cela bien sûr en se rappelant que le risque zéro n’existe pas dans le catch, mais que c’est à le WWE de trouver un équilibre entre divertissement et maintien en forme de ses employés.

Mais ici, ce n’est pas vraiment simplement les blessures qui sont visées, c’est bien cette tendance à négliger celles-ci, à les laisser de côté, alors que la WWE a un système théoriquement mis en place et remis grandement en cause par l’interview de CM Punk. Ajoutez à cela la récente déclaration de Bob Holly à propos d’une infection similaire elle aussi non-traitée, et vous commencez à avoir un peu froid dans le dos concernant la fameuse Wellness Policy.

La Wellness Policy est-elle vraiment utile ?

Les déclarations de Punk remettent clairement en question la Wellness Policy. Si la WWE traite réellement ses Superstars avec aussi peu de précaution que CM Punk, on a de quoi s’inquiéter. On sait déjà que la WWE s’arrange énormément avec sa Wellness Policy, installée depuis Février 2006 après la mort d’Eddie Guerrero. Le cas Randy Orton, déjà suspendu deux fois après avoir été plusieurs fois positifs montre une certaine protection du main-eventer de la WWE. Il ne doit pas être le seul dans ce cas mais il est vrai que le statut de privilégié d’Orton concernant le programme de santé des catcheurs est assez tendancieux.

Pire que cet arrangement avec sa propre politique de santé, la WWE s’en sert plutôt comme bouclier que comme arme. Il est ici plutôt question de prouver le bien-être physique de ses employés et non de s’en assurer. Le cas tragique de Chris Benoit en est une preuve. Le seul moyen que la WWE a trouvé pour se défendre est d’accabler Benoît, et de — quelques années après — défendre tout chairshot à la tête ou tout mouvement qui impliquent une trop grosse implication de cette partie du corps. Pendant ce temps, la WWE fait comme si Chris Benoît n’avait jamais existé, preuve encore lors des Survivor Series lorsque JBL omet volontairement Chris Benoit du match de 2003 où il accompagnait John Cena comme survivant.

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Si bien entendu Chris Benoit reste un exemple, on peut rappeler que la Wellness Policy a plutôt servie à éloigner le problème de la WWE et de le rejeter sur le catcheur. Le cas de Jeff Hardy est un cas bien connu aussi après son renvoi en 2009. On se rappelle aussi d’Umaga, mort seulement six mois après son renvoi de la WWE, à cause d’un abus de produits médicamenteux.

Une fois virés, on peut se demander quelle aide est apportée aux lutteurs? On parle aujourd’hui d’un système d’aide pour les anciens de la WWE, On peut questionner l’efficacité de la Policy et si elle est tout simplement réellement efficace.

En plus de cela, quand CM Punk parle de sa « staph infection » — c’est-à-dire un staphylocoque — qu’il a eu au dos et que le médecin de la WWE n’a pas voulu soigner, on a un peu froid dans le dos. Tout cela reste la version de CM Punk, mais on doute que celui-ci cherche à gratuitement taper sur la WWE. Ici, l’important est de voir que le traitement des catcheurs est assez fragile, avec des employés blessés qui ne peuvent pas récupérer à cause de la pression des live events que produisent la WWE tout au long de l’année.

Des catcheurs sans représentant

Mais en dehors de toute ces histoires de politique, il faut savoir qu’en face le catcheur n’a aucune défense sociale, aucune réponse appropriée. Parce que dans l’ordre actuel des choses, il n’existe aucun syndicat à la WWE. On ne peut pas dire que le syndicalisme soit lui aussi un fait établi à la WWE, mais les ligues de travailleurs existent, on se souvient de la grève des scénaristes, un des rares cas de grand rassemblement d’une seule fonction pour protester.

Actuellement, ce qui a été souligné avec CM Punk, le WWE Network pourrait couper littéralement une partie de l’argent que va pouvoir recevoir un catcheur sur un pay-per-view. Et la décision n’a même pas été discutée en interne apparemment, mais tout simplement décidée, sans aucune information supplémentaire. Cela soulève alors une lourde question : qui représente et défend les droits des catcheurs ?

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Même pas lui, malheureusement.

Apparemment, à l’écoute de l’interview de CM Punk, personne. Il suffit de voir comment il a dû obtenir ses chèques de royal-tees. « J’appelle un gars, un avocat teigneux ». Voilà jusqu’où CM Punk a dû aller pour recevoir des chèques qui lui revenaient de droit. Directement vers la case justice, sans passer par un quelconque intermédiaire. Il semble qu’il n’y a pas vraiment de personne représentant les catcheurs en cas de problème avec la direction, ce qui bien sûr permet à Vince McMahon et son administration d’être un peu permissive.

On voit que malgré des catcheurs qui savent en arrivant à la WWE le sacrifice physique mais aussi personnel qu’ils auront à faire pour réussir, ils restent toutefois sans solution pour faire valoir les droits sur des paiements, le seul moyen étant l’attaque en justice, peu en vue si le catcheur veut continuer à travailler dans l’entreprise.

D’ailleurs, on se souvient de l’épisode de « Raw goes on strike » où l’image de la grève donnée par la WWE était un ensemble de catcheurs fainéants qui faisaient un barbecue sans avoir de représentant pour les revendications. Bien entendu, c’est un simple scénario mais dans le comportement de Triple H, on sentait également un certain mépris de la grève, aussi fausse fut-elle. Ironiquement d’ailleurs, CM Punk avait soutenu Triple H dans le segment.

Le résultat est pourtant là, si le catch est évidemment dangereux, il ne faudrait pas négliger la santé physique des lutteurs, afin que l’on sorte de cette image destructrice du catcheur cinquantenaire qui peut à peine tenir physiquement. Mais si le problème de santé reste majeur, il est incontrôlable, alors que la protection du travail des catcheurs est, quant à elle, clairement à revoir. Il faudrait aux catcheurs une manière de faire valoir des droits sur lesquels la WWE semble piétiner, et en premier lieu celui du bonus reçu sur chaque PPV de la WWE, qui avec le Network semble avoir fondu comme neige au soleil.

Avec ce coup de pied dans la fourmilière, CM Punk a rappelé la fragilité des conditions de travail à la WWE sur certains aspects. Bien entendu la WWE ne ferme pas les yeux sur tout, mais elle montre des signes d’abus sur le traitement social de ses catcheurs selon leur position dans la carte. Comme d’habitude, tout n’est pas noir ni blanc, mais ce qui semble clair c’est que la WWE va devoir donner de bonnes explications pour répondre à Punk, sans quoi elle laissera une grande suspicion sur ses méthodes.

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