Décryptage

Royal Rumble 2015 : La WWE saborde-t-elle Roman Reigns ?

Les Road To Wrestlemania se suivent et se ressemblent assez étrangement. Après une édition 2014 marquée par une victoire de Batista hué à la fin du Rumble Match, la WWE ne s'attendait pas à un tel traitement pour Roman Reigns, vainqueur du Rumble Match 2015.

Loin, très loin des stratosphères du main event, il y avait quelques matchs de midcard et un match de championnat avant le Rumble Match. Un show qui se déroulait bien, voire très bien jusque là dans un pay-per-view qui s’annonçait comme un véritable fer de lance de la Road To Wrestlemania. Pas de grandes surprises dans ces matchs avec des vainqueurs souvent justifiés, rien de vraiment extraordinaire à signaler en tout cas.

Un Rumble match oubliable

Mais le gros débat de ce pay-per-view sera autour du Rumble Match. Pas sur sa qualité, qui, sans contestation, est vraiment en demi-teinte.  Ni le booking, ni le match en lui-même aura réussi à être de qualité d’ailleurs. Le rythme d’un Rumble match est difficile à tenir et on l’a bien senti ce soir. Toutefois, c’est surtout au niveau du booking en lui même, amenant à la victoire de Roman Reigns, qu’il y a une grande faille.

Car la WWE a bien fait n’importe quoi sur ce point précis. Déjà avec Bray Wyatt. Le pauvre fait un match long où il domine sur le ring et dont les commentateurs ne cesseront de vanter les mérites, soulignant son temps in-ring. Pour quoi finalement? Finir jeter, un peu lamentablement, par The Big Show. Ce finish pas très glorieux n’enlève pas à la prestation du gourou, mais laisse un goût amer.

Une foule incohérente, qui ne voulait absolument pas de Reigns

Mais c’est surtout la manière dont Roman Reigns gagne ce Rumble qui fait débat. Un débat dans lequel la foule de Philadelphie avait un avis bien tranché sur la question. Si nous étions dans l’empire romain, on doute fort que Roman Reigns ait fait long feu lors de ce Rumble. Conspué par la foule, le Samoan n’a jamais pu rattraper l’erreur de la WWE, constatant un peu malgré lui qu’il devenait une sorte de Batista 2.0.

Mais pourquoi tant de haine? La réponse se tient en un nom : Daniel Bryan. Par le seul fait de son élimination, le match a été ruiné. Plus personne ne voulait savoir l’issue du match. C’est bien simple, dès que les pieds de Bryan ont touché le sol, le public a pris en grippe le match, se raccrochant à quelques chouchous indéboulonnables dernièrement (Ziggler, Ambrose, voire même Mizdow) et enchaînant les déceptions à chaque élimination. Ce public, celui de Philadelphie, est un public qu’on estampillera IWC. Il ne voulait pas de Reigns, et finira même par chanter à la gloire de Rusev, espérant une surprise de dernière minute.

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Lui-même n’en revient pas.

Et l’ex-powerhouse du Shield a, depuis son retour, récolté des réactions en demi-teinte, fait des promos faiblardes et une rivalité face au Big Show dont on se serait bien passé. Ces facteurs mis en commun ont placé le catcheur de la WWE dans une position un peu complexe avec la foule, entre huées et faveurs de celle-ci lors des derniers Raw. Sauf qu’ici la foule avait clairement tranché contre Roman Reigns.

Une foule exacerbée par le manque de surprise, au contraire, la WWE insiste dans un over-booking un peu mal venu. Alors qu’on pense Reigns vainqueur, Big Show et Kane reviennent tabasser le Superman de la WWE, mais The Rock vient à la rescousse de son cousin, avant que Rusev ne revienne se faire éliminer tel un Santino Marella du dimanche.

On peut légitimement se demander ce qui s’est passé dans la tête de la WWE en pensant qu’éliminer Daniel Bryan sans gloire, loin du Top 4, était une bonne idée. Elle imaginait sans doute que l’absence de Bryan face à Reigns éviterait ce traitement, certes. Mais la simple présence de Bryan dans le Rumble rendait sa victoire obligatoire aux yeux de ce public, qui voyait bien une consécration totale pour l’American Dragon.

La Road To Wrestlemania en danger?

Soyons justes. Cette non-victoire de Daniel Bryan est loin d’être dramatique. Là où le soucis se pose, c’est sur la capacité de Reigns à tenir ce main-event de Wrestlemania. La rivalité se construira d’elle-même, mais l’affiche est bien moins exotique qu’une opposition entre Daniel Bryan et Brock Lesnar.

Du coup, la WWE s’est tirée une balle dans le pied en ramenant Daniel Bryan avant le Royal Rumble, ce dernier faisant quant à lui la quasi-unanimité, le statut de favori était presque retiré à Roman Reigns. De plus, ce booking, certes léger, autour de la place de Daniel Bryan dans le Royal Rumble, l’avait mis en avant auprès de la foule, qui s’attendait au moins à une performance plus longue et plus spectaculaire.

Reste maintenant à savoir ce que la suite nous réserve. Cette réaction de la foule de Philadelphie est-elle isolée? Si ce n’est pas le cas, la Road to Wrestlemania sera compliquée pour la WWE. Car si le cas Batista était gérable, notamment en reformant Evolution avec Triple H et Randy Orton, ici le cas de Roman Reigns est plus complexe. Ce dernier est officiellement placé du bon côté de la force, opposé à l’Empire du mal qu’est The Authority.

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« Beaucoup trop de fans à consoler ce soir », se désole Triple H.

Ce qui devait être un triomphe pour Reigns se transforme toutefois en cauchemar, et il aurait été intéressant de voir si la réaction avait été la même sans Daniel Bryan de retour. La question de la légitimité de Reigns dans le main-event serait toujours aussi présente, mais le retour de Daniel Bryan bloque un peu l’accès au statut de top face qu’il occupe avec John Cena. La WWE va devoir employer les grands moyens si elle veut retourner la situation en sa faveur et donner à Reigns un Wrestlemania moment qui ne se transforme pas en cadeau empoisonné.

Ce qui restera dans l’histoire sera ce grondement permanent des trente dernières minutes du Royal Rumble 2015. En décrédibilisant Bryan, la WWE a fait pire que de simplement sous-exploité l’American Dragon, elle a tout simplement mis Roman Reigns dans une position très inconfortable, au bord d’un précipice dont il ne faudra absolument pas tomber lors des prochains Raw. Gageons que les foules seront plus favorables au catcheur que ne l’a été cette foule de Philadelphie.

Oui, fans déçus de Daniel Bryan, on vous comprend, mais l’on se plaint bien trop souvent du manque de stars installées dans le main-event pour râler sur le pari que fait la WWE. Il ne faut pas totalement jeter Reigns à la poubelle, qui a eu un sacré momentum l’année dernière, sur lequel la WWE voulait légitimement miser pour s’assurer un nouveau top guy.

Il faut aussi rappeler que Daniel Bryan revient tout de même d’une blessure très longue, dont la guérison est quasi-miraculeuse. Et malgré son statut indéniable de main-eventer, lui donner le main-event de Wrestlemania seulement un mois après un retour aurait été risqué. Ici, la WWE n’a pas forcément fait le pire choix possible en décidant de faire revenir Bryan sur une rivalité un peu moins exposée, surtout que Brock Lesnar n’est pas le gars le plus tendre du roster.

La victoire de Roman Reigns reste pourtant logique

Il ne faut donc pas oublier non plus que cette victoire de Reigns est aussi due à la nécessité logique de placer des têtes d’affiche assurées. Alors oui elle n’est pas surprenante, on la niait un peu tous inconsciemment d’ailleurs, mais cette victoire reste la plus logique sur ce que la WWE a voulu construire autour du catcheur, en misant sur la grosse cote du Shield.

Ce que l’on peut vraiment critiquer, c’est la manière, qui prend le spectateur pour le dernier des imbéciles qui ne verrait pas que l’absence de Bryan lors de l’arrivée de Reigns était pour lui donner la place sur un plateau d’argent. Amener une élimination marquante de Daniel Bryan par un heel solide aurait été plus judicieux. Malheureusement, elle est ici bien fade, bien que cette élimination soit le fait de Bray Wyatt.

Reste donc à attendre, un peu circonspect, la suite des événements. L’erreur de booking de la WWE, claire dans ce Rumble match brouillon et désorganisé, sera-t-elle fatale pour le push de Roman Reigns? Est-ce que l’on verra un nouveau bricolage de dernière minute pour Wrestlemania? Tant de questions qui montrent tout de même que la WWE aurait dû bien mieux faire, afin de s’éviter une nouvelle situation délicate à gérer.