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NJPW Dominion 2015 : Okada tout puissant

En ce premier weekend de juillet où le monde du catch avait les yeux rivés sur le Japon, la NJPW organisait son plus grand show de l'été Dominion qui conclue des rivalités et couronne aussi de nouveaux champions.
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Comme le veut une tradition non écrite, les titres IWGP Junior poids-lourd sont défendus en ouverture du show. Et ce sont les trois dernières équipes championnes qui s’opposent avec les Young Bucks dans le rôle des champions bien arrogants mais qui s’attirent aussi les foudres de leurs adversaires. Dans un premier temps, les frères Jackson fuient ainsi le combat dans un genre très comedy wrestling. C’est Rocky Romero des Roppongi Vice qui impressionne le plus mais avec son équipier Beretta et les reDRagon, c’est bien la chasse aux rois du Superkick qui est menée.

Les Young Bucks s’assurent un été calme

La Superkick Party se déroule dans la partie décisive du match. Romero a été longtemps isolé mais quand tous les participants entrent en jeu le match prend une très bonne hauteur jusqu’au scénario final où les Young Bucks déroulent pour finir avec leur More Bang For Your Buck. Et maintenant, après avoir bien dominé leurs deux adversaires principaux, bien malin qui pourrait leur prendre les ceintures dans un avenir assez proche. L’été s’annonce donc tranquille pour le duo du BULLET CLUB.

Autre duo du BULLET CLUB bien moins impérial, celui composé de Bad Luck Fale et de Yujiro Takahashi. En face, il y a un tandem très curieux composé de Tomoaki Honma et d’un Tetsuya Naito plus arrogant que jamais qui provoque les huées du public et les vivas quand il prend des coups. Honma n’est donc pas franchement aidé et le scénario est plutôt confus. Mais à l’arrivée même ailleurs et avec une participation très minime Naito participe au succès de Tomoaki Honma.

Vainqueur du tournoi Best Of Super Juniors, KUSHIDA tient une nouvelle chance de s’emparer du titre IWGP Junior poids-lourd avec l’espoir d’un meilleur règne que celui qui avait tourné très court l’année dernière. Mais pour ça il faut passer le balayeur du BULLET CLUB Kenny Omega qui est moins excentrique qu’à l’habitude. Il faut dire que d’entrée KUSHIDA ne lui laisse pas le temps de flâner. Plus rude que high flyer, le match est surtout dominé par Omega qui s’acharne sur le genou gauche bandé de KUSHIDA. Mais ce dernier a franchi encore un palier cette année, faisant notamment partie de la tournée du côté de la Ring Of Honor il y a deux mois. Dans un combat parfois brouillon, la fin est très bien amenée avec le One Wing Angel d’Omega contré par la Kushida Lock et après un tour du ring cloué au sol Omega finit par taper et KUSHIDA déplume ainsi le BULLET CLUB d’un titre.

Rivalité entre deux anciens potes arrivés ensemble à la New Japan. Katsuyori Shibata est situé plus haut que Kazushi Sakuraba et ainsi l’issue parait inéluctable. Ce match vaut surtout pour sa première partie avec quelques mouvements aériens entre ces deux spécialistes du MMA. Mais la deuxième partie est d’un tout autre tonneau et n’est pas très enthousiasmante. On y voit soumission après soumission et finalement Shibata gagne, comme prévu.

Parfois quand les mêmes affrontements se répètent, il y a ce parfum de lassitude qui en ressort. Ici c’est clairement ce qu’on ressent entre Togi Makabe et Tomohiro Ishii dans une revanche pour le titre NEVER Openweight. Ishii a bien du mal face à Makabe qui a pris l’habitude de le battre quand ce titre est en jeu avec déjà deux succès. C’est donc la dernière chance d’Ishii et après un tout début prometteur c’est l’ennui qui domine avec les coups d’avant bras encore et toujours portés. En fait on ne voit que ça pendant presque tout le match. Quelques lariatos d’Ishii ou ses souplesses verticales n’auraient pas été de trop mais voilà, c’est du brawl basique dans le ring qu’on a. C’est donc sans aucune émotion que Makabe place son King Kong Knee Drop pour conserver le titre à l’issue d’un quart d’heure bien fade.

Gallows et Anderson ramènent les titres par équipe au BULLET CLUB

Après l’entracte, les titres IWGP par équipe sont en jeu avec encore le même facteur X qu’il y a deux mois à Wrestling Dontaku, Maria Kanellis. Le public japonais n’a d’yeux que pour elle et ses interventions qui pimentent un match assez vide très, trop largement dominé par Doc Gallows et Karl Anderson. Maria fait ce qu’elle peut pour venir en aide à son mari Mike Bennett et à Matt Taven et y parvient d’abord en piégeant Anderson puis Gallows qui allaient pourtant lui mettre une vilaine powerbomb. Mais Amber Gallows est redoutable et cloue Maria au sol et dans une dernière tentative d’intervention, Maria se fait assommer par un Superkick de Doc Gallows. Le succès de Doc Gallows et de Karl Anderson qui ramènent les titres par équipe dans l’escarcelle du BULLET CLUB est finalement bien anecdotique car obtenu sans réel combat.

C’est à un combat hautement baroque qu’on a droit ensuite entre la star Hiroshi Tanahashi et l’excentrique Toru Yano. Il y a des craintes au départ quand même surtout quand Yano est à la mène mais finalement l’ensemble se laisse regarder. Tanahashi est pris dans toutes les entourloupes de Yano qui va même irriter l’arbitre qui va être KO, ce dont Yano profite pour mettre un coup de chaise puis une powerbomb à Tanahashi. Ainsi Toru Yano a balancé sur le tapis tous ses tours vicieux et quand il n’y en a plus, c’est un Tanahashi au service minimum qui s’impose dès le premier High Fly Flow.

Encore une revanche à l’affiche avec le titre IWGP Intercontinental en jeu. Détrôné à Wrestling Dontaku il y a deux mois par Hirooki Goto, Shinsuke Nakamura débarque en ninja rouge scintillant pour tenter de reprendre son bien. Autant le rematch entre Makabe et Ishii avait été fade plus tôt dans le show, autant cette revanche offre un spectacle excellent. Les enchainements qui sont légion et tournent souvent à l’avantage de Nakamura qui dirige le combat sont superbes à l’image d’un Crossarm Breaker aérien. Les lariatos sauvent Goto des premières tentatives de Booma Ye, les souplesses sont variées, bref c’est un combat d’une très bonne richesse technique qui est proposé.

Nakamura à la mène d’un combat avec la solidité de Goto c’est la garantie de vingt belles minutes. C’est même la résistance d’Hirooki Goto qui est mise à l’épreuve avec deux Booma Ye rapprochés. La phase finale folle est en marche avec les finishers employés plusieurs fois et à ce jeu c’est Goto qui est le plus réaliste avec le Shouten Kai et le Shouten, c’est-à-dire une souplesse verticale suivie d’un sitout side slam puis une souplesse verticale suivie d’un side slam. Hirooki Goto ressort en champion fort après avoir résisté à la machine à laver Nakamura qui devrait tenir encore une fois un rôle principal dans le grand tournoi estival G1 Climax.

Il reste encore une revanche au programme et pas la moindre, celle de Kazuchika Okada sur AJ Styles. Les chiffres sont en défaveur du Japonais qui a toujours perdu contre AJ Styles quand la ceinture IWGP poids-lourd était en jeu et c’est justement le lot en jeu ici. C’est donc un sacré défi pour un Okada sur la route de la rédemption après une première moitié d’année très pénible mais une récente tournée américaine à succès. Ainsi c’est un Okada sur une pente ascendante qui arrive à point nommé pour ce choc forcément enthousiasmant.

Le grand défi de Kazuchika Okada

AJ Styles bénéficie du soutien entier et inconditionnel de son clan BULLET CLUB bien présent pour plusieurs tabassages sur Okada dans le dos de l’arbitre mais ce dernier n’est finalement pas dupe et vire le clan pour laisser la place à un grand combat de 20 minutes qui était déjà parti sur des bases excellentes. Alors bien sûr c’est une banalité de dire que ce combat est riche de technique comme celui qui le précédait mais c’est bien la réalité. Okada montre qu’il est toujours le maitre absolu des dropkicks quand AJ Styles n’est pas en reste avec plusieurs contres et notamment le Piledriver qu’il place suivi du 450 splash sans effet pour lancer une séquence finale folle.

Il n’y a pas foule de finishers ici, le Styles Clash ne passe jamais même s’il est beaucoup tenté, le Rainmaker aussi pendant un certain temps mais après une série énorme d’évitements et de contres en tout genre Kazuchika Okada frappe une première fois le Rainmaker mais AJ Styles parvient à annuler son effet. Et même si ensuite la German Suplex est de travers et manque de briser le cou d’AJ Styles, le deuxième Rainmaker est parfait. AJ Styles s’envole au pays des rêves et les 11400 spectateurs d’Osaka ainsi que plusieurs milliers de fans, dont celui qui écrit ces lignes, sont au septième ciel. Il s’agit ainsi du troisième règne au sommet de la New Japan pour Kazuchika Okada qui porte ainsi un coup de semonce certain au BULLET CLUB avec enfin un premier succès sur AJ Styles dans un match avec le titre poids-lourd en jeu.

Ce show Dominion n’a pas toujours tenu toutes ses promesses mais une superbe dernière heure et les enjeux lui donnent un certain prestige. Deux nouveaux champions très appréciés du public local, un BULLET CLUB à nouveau sur le recul qui règne par équipe mais plus en solo, ce sont les enseignements à retenir pour l’été qui sera marqué par le G1 Climax qui consacrera le 16 août l’homme fort qui fera le main event de Wrestle Kingdom en janvier 2016.