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WWE Battleground 2015 : Celui où l’Undertaker revient se venger

Sur le champ de bataille, c'était un peu étrange ce dimanche. Battleground avait lieu cinq semaines après Money in the Bank, une durée qui semble être une éternité à l'échelle de la WWE. Il était donc espéré que la construction semble aboutie, tout en ayant aussi pour grosse mission de préparer le roster pour le plus gros pay-per-view de l'été, Summerslam.

Ce qui finalement ressemble autant à une Road que celle de Wrestlemania – le trio Royal Rumble, Fast Lane, Wrestlemania étant remplacé en été par Money in the Bank, Battleground, Summerslam – donne donc l’impression que par analogie, ce cher Battleground devienne la rampe ultime de lancement vers un pay-per-view parfois préféré à Wrestlemania par les fans, tant il a pu être le théâtre de grandes folies de la WWE comme récemment le Summer of Punk ou Nexus.

Une folie qui échappe pas mal à l’année 2015. Enfin, c’était le cas du fait d’événements qui semblaient se goupiller de manière logique mais un peu terne. Paige et Nikki Bella semblait devoir s’affronter pour l’éternité, Kevin Owens devait prendre le titre à John Cena après la perte du titre NXT et Seth Rollins devait tout simplement perdre par disqualification face à Brock Lesnar pour un rematch à Summerslam. Les dés paraissaient rouler tranquillement, sauf que la WWE aime les dés truqués, des fois un peu trop.

L’ennui comme premier compagnon

Mais encore bien loin de ces problématiques liées à la nécessité de surprendre le spectateur de la WWE, Wade Barrett n’a plus grand chose d’un roi du ring. Coincé avec R-Truth dans une rivalité que l’on qualifiera gentiment de bouche-trou pour la WWE, Bad News Barrett ne cessait de perdre lors des derniers Raws. Petite victoire pour essayer de redorer un blason déjà bien sali. On ne sait pas ce qu’a pu faire Barrett pour mériter ça, mais sa trajectoire ne cesse d’être en chute libre, bien loin de ses débuts tonitruants avec le Nexus en 2010.

On ne peut pas vraiment dire qu’à la suite de ce kick-off les choses se soient emballées immédiatement car l’opener a vu Randy Orton affronter Sheamus. Outre le fait que Sheamus ait la mallette et pas Randy Orton, on voit mal ce qui fait tenir cette rivalité. Pour leur 18ème match ensemble dans un pay-per-view – tag team match inclus – c’est la Vipère qui a pris le dessus dans un match très convenu, qui se termine par ce qui est sans doute la chose la plus irritable lorsque Randy Orton est face, le RKO out of nowhere.

On ne peut pas dire que la suite soit plus intéressante également avec le match pour les titres par équipe. La division a pris un coup dur depuis l’arrêt de l’équipe de Cesaro et Tyson Kidd ainsi que la blessure de Jey Uso. Depuis, les Prime Time Players assurent un règne assez terne de champions. Notamment Titus O’Neil dont on avait un peu trop oublié la médiocrité sur le ring. Alors oui, le gars est massif, vraiment l’un des plus gros colosses de la WWE, mais il n’a rien de spécial dans le ring.

Pourtant les PTP sont populaires, ont la majorité du public dans la poche et conservent les titres en moins de dix minutes. On a un peu troqué la qualité des matchs de cette division pour un ennui certain avec des oppositions qui manquent cruellement de mordant et de vrai intérêt. Et pendant ce temps, ce sont les Lucha Dragos qui se demandent où est passée la hype de leurs débuts à Raw, étant rapidement évincés par les bookers.

Bray Wyatt surprend, les Divas ont encore du chemin à faire

D’instinct, on pourrait penser que le plus long match de la soirée aurait été le Cena / Owens compte tenu de leurs précédentes confrontations. Finalement, c’est l’opposition entre Bray Wyatt et Roman Reigns, assez discrète malgré le temps d’antenne attribué à la rivalité, qui aura le temps le plus long pour une trentaine de secondes. Un match de plus de vingt minutes entre deux catcheurs qui ont parfois du mal à maintenir le rythme sur un ring, c’était assez osé.

Mais si on fait le bilan, c’est plutôt à l’avantage des deux hommes qui ont bien su gérer les différents temps sur le ring et qui ont réussi à apporter un storytelling suffisant pour que l’on puisse un peu effacer les craintes autour de ce match. D’ailleurs, la belle clotheline sur le bord du ring de Bray Wyatt alors que Roman Reigns allait sortir un move rituel est assez bien vue.

C’est la fin de ce match qui apportera toutefois un petit plus avec l’intervention d’une personne encapuchonnée qui se révèlera être ni plus ni moins que Luke Harper. Le pauvre, perdu dans la midcard depuis qu’il a quitté son gourou, revient sous l’aile de Bray Wyatt pour une rivalité qui va se diriger vers un tag team match entre ce qui reste du Shield et ce qui reste de la Wyatt Family. Un programme déjà assez alléchant pour Summerslam.

La suite continue d’être plus intéressante avec un triple threat match entre Charlotte, Brie Bella et Sasha Banks. Chacune est accompagnée par ses soutiens respectifs dans un match qui semble être un échauffement dans le grand coup de pied dans la fourmilière qui est fait à la section féminine de la WWE. Les fans appelaient de leurs vœux ce renouveau et le voici.

Un match de onze minutes, assez solide mais encore très brouillon toutefois, c’est malheureusement ce qu’il faut garder de ce premier match de ce qui est probablement une nouvelle ère de la section féminine à la WWE. On a senti du renouveau avec ces nombreux moments de chain wrestling assez intenses bien qu’un peu maladroits entre Charlotte et Sasha Banks ainsi qu’un petit malaise quant à la pression et au manque d’habitude qu’avait ces catcheuses d’être sur la grande scène.

C’est l’héritière de Ric Flair qui finit par l’emporter sur Brie Bella avec un Figure Eight bien que sur ce match, c’est bien la championne de NXT Sasha Banks qui a vraiment été la patronne sur le ring. Elle a l’attitude, le mic-skill pour vraiment donner un visage assez badass aux heels féminines, et on a hâte de voir tout ça.

Owens redescend sur Terre

C’est le moment que l’on attendait pour ce pay-per-view, tout semblait écrit d’avance, tout le monde était convaincu que le québecois allait l’emporter face à John Cena. Mais celui qui enchaîne en ce moment les performances a réussi à conserver sa ceinture, ce qui en soit n’est pas un problème. Le problème? C’est que Kevin Owens a tapé, abandonné et est arrivé par conséquent dans la même sphère que Wyatt ou Rusev.

On comprend la nécessité pour la WWE de maintenir cette affiche pour Summerslam, car les matchs entre les deux sont extraordinaires et encore hier soir, l’opposition a maintenu le niveau de Money in the Bank à défaut d’encore aller au-delà. Alors qu’on a l’impression d’être trop gourmand à en demander toujours plus à ces deux-là, la question se pose quand même de voir comment la WWE veut traiter Owens, car cette première victoire clean sur Cena doit signifier quelque chose.

On dira que ce match sera l’occasion de voir si Kevin Owens arrive à s’extraire de la sphère des rivalités traditionnelles de Cena ces dernières années, peut-être en offrant un match à stipulation, exercice que n’a pas encore abordé Owens à la WWE, même pas à NXT. Il serait intéressant de voir Owens déployer tout son arsenal de brutalité, tellement on sait à quel point le personnage peut être stiff et sans concession. Mais bon, il va tout de même falloir que la rivalité se relance après le coup d’arrêt qu’elle a vécu ces dernières semaines.

Brock Lesnar voit ressurgir un fantôme du passé

La dernière opposition de la soirée était pour le titre mais ne laissait que peu de doutes quant à son issue. Malgré un Seth Rollins dépourvu de sbires à ses côtés, Brock Lesnar avait de grandes chances de gagner par disqualification et de repartir sans le titre. Le match n’a pas duré longtemps, une dizaine de minutes mais a été assez sympa avec Seth Rollins compilant des morceaux de bravoure avec des moments de fuite quand Brock Lesnar a joué son meilleur rôle, celui de maire de Suplex City associé à sa brutalité naturelle.

Mais le match pris une tournure spéciale quand après le premier F5 de Brock Lesnar, un gong retentit et les lumières s’éteignent, oui, L’Undertaker était là. Un retour surprenant, pas vraiment attendu mais qui va sans aucun doute enflammer l’été. On peut être très sceptique de la condition de santé du Deadman, on peut aussi se demander s’il a vraiment raison de vouloir retenter l’expérience face à Lesnar à la vue de l’état dans lequel il a fini Wrestlemania 30, mais les faits sont là, cette revanche, on l’attendait quelque part.

Parce que le choc de la streak est encore là pour le public, c’est à vrai dire la seule chose qui a empêché Lesnar d’être totalement adopté par la foule. C’est la corde sensible, celle avec laquelle Paul Heyman a joué depuis un an et demi, qui désormais aura peut-être l’occasion de faire mieux qu’une vengeance. En cinq minutes, la WWE a totalement changé la donne et a décidé de propulser une affiche qui alliera attentes et doutes, un main-event entre Brock Lesnar et l’Undertaker.

Et globalement, même si ce n’est pas forcément le timing qui paraissait le plus évident, il est étrangement parfait, car cela permet une présence assurée de deux légendes dans un même ring, avec toute l’aura que peut apporter l’Undertaker, avec ce supplément de brutalité qu’il semble vouloir ajouter, le coup de pied dans les parties intimes attestant de cela. La réutilisation de la défaite de l’Undertaker est une bonne chose car elle s’était limitée à un argument de vente, aujourd’hui on voit qu’elle pourra servir à un match retour plus que vendeur.

C’est d’ailleurs toute la réussite de Battleground, avoir vendu Summerslam avec un simple segment de fin, mais aussi avec quelques relances, notamment dans la section Divas. La seule ombre au tableau se trouve dans la baisse de régime de la rivalité Owens / Cena mais l’on doute que cela soit de longue durée, à moins que la WWE veuille cette fois nous surprendre de la mauvaise manière.

L’été est enfin lancé et nous promet quelques moments de folie et il était temps.

Pierre D.
Auteur :
Analyse de pay-per-view, décryptage. Lieutenant de VoxCatch.