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NXT TakeOver Brooklyn : Bayley et Finn Bálor au sommet, la nouvelle génération joue avec succès dans la cour des grands

bayley-championne-nxt © WWE.com
Pour la première fois, NXT s'expatriait de Floride pour produire son show TakeOver à Brooklyn. L'occasion notamment de prouver que NXT fonctionne très bien en dehors de la Full Sail et que les catcheurs et -surtout- catcheuses qui composent la brand de développement de la WWE peuvent eux aussi faire lever des foules gigantesques. Pari réussi.

Pour la première fois, NXT joue à l’extérieur en se rendant au Barclays Center de Brooklyn à New-York afin de proposer un TakeOver exceptionnel. Plus de quinze mille spectateurs attendent les Superstars de demain, de quoi mettre la pression quand on compare les 400 places qu’offre la Full Sail University.

Triple H nous accueille, sans micro main, au centre du ring. C’est grâce aux fans que le projet NXT rencontre un tel succès et il est fier de nous présenter le futur de la WWE. La mise en scène peut sembler très égocentrique de sa part mais la foule est très réactive et donne déjà des frissons.

On commence par un match qui ne peut être décrit comme dream match car on ne pensait pas voir un jour Jushin Thunder Liger dans un ring de la WWE. La légende japonaise, qui a révolutionné dans les années 90 le catch aérien à la fois à la NJPW et à la WCW, fait ses débuts pour la promotion de Stamford dans ce show NXT. Une opportunité énorme pour Tyler Breeze d’ajouter à son tableau de chasse une proie que beaucoup auraient aimé avoir dans leur viseur.

À 50 ans, la Shooting Star montre que le temps a peu d’emprise sur son corps et qu’il a encore de beaux restes. Il s’autorise quelques moqueries envers Breeze en l’imitant dans le coin ou en prenant une photo avec le selfie stick du Canadien. Bien que Breeze tentera de prendre le dessus sur Liger, il ne parviendra jamais à totalement avoir la main mise sur son adversaire. L’expérience de Liger le place une classe au dessus et lui vaut logiquement la victoire grâce à sa Liger Bomb. On peut d’ailleurs regretter, en plus de ne pas avoir entendu le thème mythique de Liger, que le match ait été à ce point à sens unique. Certes, au fil du temps, on retiendra peu de ce match hormis le fait qu’on ait vu Liger faire les soumissions qui l’ont rendues célèbre comme la Romero Special, mais cet affrontement aura apporté le divertissement promis.

Pas mal de visages connus présents en coulisses ou au premier rang. On aperçoit Scott Hall, Kevin Nash et X-Pac dans la foule tandis que Charlotte et Becky Lynch sont dans les vestiaires pour soutenir leur pote Bayley. Plus tard, on apercevra Cesaro et Neville aux côtés de Finn Balor ainsi que Tamina et Naomi qui font juste coucou à l’écran.

Une vidéo fait la promotion de l’arrivée imminente à NXT de Nia Jax. Nia Jax est membre de la famille Anoa’i, petite cousine du Rock. La WWE a tellement présenté de membres de cette famille à l’écran qu’on va finir par se poser des questions sur ce qu’il y a dans l’eau potable des îles du Pacifique. Avec la montée de plusieurs catcheuses dans le roster principal, la WWE se doit de présenter de nouveaux visages capable d’inquiéter la championne.

Blue Pants se joint aux Vaudevillains

Contrairement à SummerSlam la nuit suivante, NXT TakeOver ne propose qu’un seul match par équipe dans lequel les titres par équipe sont mis en jeu. Les champions sont Blake et Murphy, association fortuite qui a su trouver son rythme, et The Vaudevillans, qui rendent un bel hommage au cinéma muet. Depuis plusieurs semaines, les interventions d’Alexa Bliss permettent à Blake et Murphy de ne pas mettre en danger leur titre. Les Vaudevillans se devaient donc d’amener quelqu’un aux abords du ring pour conforter leur chance de remporter le match. Blue Pants — Leva Bates de son vrai nom — se joint donc à eux. Bates, qui n’est pas sous contrat avec la WWE, apparaît régulièrement aux enregistrements du show hebdomadaire et bénéficie d’un soutien particulier de la part de la foule déjà conquise par le personnage. C’est donc avec joie que le public scande un chant « Blue Pants City ».

Le match est contrôlé par Simon Gotch et Aiden English jusqu’à ce que English subisse une intervention sur le bord du ring. Murphy et Blake arrivent à bien mener le match, ce qui n’était pas le cas au dernier TakeOver. La fin du match est très agréable à suivre, avec une bonne rentrée de Simon Gotch et un near fall d’English après une belle Senton. Il faudra une intervention, assez molle par ailleurs, de Blue Pants et une rapide combinaison des Vaudevillans pour finir le match. Un premier règne mérité pour les Vaudevillians. On peut néanmoins se demander pourquoi la WWE n’a pas intégré au match de championnat Enzo Amore et Colin Cassady qui forment l’équipe la plus populaire à NXT.

Des débuts impressionnants pour Apollo Crews

Premier match en special event de Tye Dillinger, le « Perfect 10 » de NXT. Dillinger semble apprécié par la foule. Problème: il va se faire renverser par un bus nommé Appolo Crews. On ne sait pas si le nom est plus inspiré par le personnage d’Appolo Creed ou de l’acteur Terence Crews mais on sait que Crews est pétri de talent. Le physique d’un Cena avec l’agilité d’un Neville. Il ne se prive pas de faire briller son agilité dès le début du match. Comme tous les débuts à TakeOver de nouveaux venus, Crews gagne facilement son match. Peu de contenu mais assez pour donner l’envie d’en voir plus. On souhaite à Crews de connaître un succès au moins similaire à celui qu’il a connu au Japon et en Europe.

En coulisses, William Regal annonce la tenue d’un tournoi par équipe, intitulé The Dusty Rhodes Tag Team Classic. Ce tournoi mettra en avant les meilleures équipes du passé, présent et futur de NXT. La finale aura lieu au prochain special event, le 7 octobre. Une belle manière de rendre hommage à l’American Dream dont les matchs avec son coéquipier Dick Murdoch sous le nom des Texas Tornado ont marqué toute une génération de fans. Apparaissent durant cette pause les finalistes de l’émission Tough Enough, dont le dernier épisode sera diffusé dans la nuit de mardi à mercredi.

Le seul combat de poids-lourds de la soirée met en scène Samoa Joe et Baron Corbin. Deux profils totalement différents, l’un adulé par le public tandis que l’autre épuise les fans les plus éveillés. On peut comparer la montée de Corbin à celle de Ryback en 2012. L’actuel champion intercontinental avait été nourri pendant de longs mois de jobbers. La sauce ne prenant pas avec les fans, la WWE avait procédé à un heel turn du Big Guy, décision qui n’avait pas connu le succès escompté. Corbin a séduit un temps la foule d’aficionados de la Full Sail University mais ses victoires en moins d’une minute ont fini par lassé. Le fait que l’adversaire de Corbin soit bien plus agile et technique permet d’avoir un match moins ennuyant qu’à l’habitude mais les moments de domination de Corbin sont toujours aussi peu intéressants. Depuis un an, c’est la première défaite clean de Corbin en match simple. Une défaite d’ailleurs un peu bizarre puisque l’arbitre, voyant Corbin inerte sur la Cokina Clutch de Joe, fait sonner la cloche sans même faire lever le bras de Corbin à trois reprises comme le veut la procédure. Quelques secondes plus tard, on voit Corbin demander des explications à l’arbitre. Bizarre pour un mec sensé être KO.

Autre bizarrerie, voir Kana aux côtés de Sergent Slaughter et Ric Flair. La Japonaise, ancienne champion à la REINA, semble avoir signé un contrat de développement. Si c’est le cas, l’information aura été gardée secrète.

Les filles plus impressionnantes que jamais à NXT

On a vu son mari ouvrir le show, Stephanie McMahon fait son entrée. La patronne rappelle qu’elle a initié la révolution de la division féminine à Raw il y a quelques semaines mais déclare que la révolution avait démarré bien avant à NXT. Le match de championnat pour le titre féminin NXT sera dans le main-event ce soir. Grosse surprise ! Ah oui mais non, apparemment TakeOver c’est comme WrestleMania, il y a plusieurs main-event. Une astuce très maline pour ne pas avoir à réellement mettre, du moins pour le moment, un match féminin en main-event mais en faisant tout comme. Du coup Bayley et Sasha Banks sont dans le « premier main-event » des deux de la soirée. Les catcheuses de NXT fournissent à chaque special event le meilleur match de la soirée mais la famille McMahon n’a pas encore eu le courage de les mettre dans l’unique main-event, le dernier match de la soirée et donc le plus important. Gageons que celui-ci parvienne à les convaincre.

Pourtant, la rivalité entre Bayley et Sasha Banks est bien plus consistante que celle entre Finn Balor et Kevin Owens. Bayley, qui souffrait il y a encore quelque semaines d’une fracture de la main, a vu Sasha, Charlotte et Becky Lynch rejoindre le roster principal et combattre à Raw et Smackdown. D’autres jeunes femmes, Dana Brooke ou Eva Marie, commencent à se faire une place au soleil à NXT. Les deux dernières années de travail pour Bayley pourraient prendre une sale tournure. Son objectif reste de gagner le titre de championne de NXT. Dans le show hebdomadaire, elle a donc dû vaincre Charlotte et Becky pour montrer qu’elle était à la hauteur d’un tel match, ce qui n’avait pas été le cas dans un précédent TakeOver où elle s’était inclinée contre la championne de l’époque Charlotte.

Un des matchs féminins les plus intenses que la WWE ait connu

Les deux jeunes femmes bénéficient chacune d’une entrée spéciale, les traditionnels bonhommes gonflables pour Bayley, une Cadillac et quatre gardes du corps pour Sasha Banks. On notera le serre-tête noir à pois jaunes de Bayley, qui fait évidemment référence à la tenue du début des années 90 de Dusty Rhodes à la WWE. Les deux femmes parviennent à construire un bon début de match avec la championne confiante, condescendante même, avec la challengeuse qui essaie de renverser la vapeur. Les contres de Bayley ne sont pendant un temps pas suivi de coups décisifs, ce qui laisse Sasha assez libre dans ses mouvements. Sasha surprend le Barclays Center au complet lorsqu’elle effectue un summersault plancha par dessus l’arbitre, de mémoire du jamais vu dans un match féminin à la WWE. Après une quinzaine de minutes de match, Sasha Banks porte sa prise de soumission, le Bank Statement. Alors que Bayley rampe vers les cordes, Sasha frappe du pied la main tenue de Bayley, une image brutale mais formidable. Bayley renverse tant bien que mal la soumission et place Banks dans le Bank Statement. Banks atteint les cordes avec difficulté. La fin du match connaît de grosses prises de risques avec un saut de la troisième corde de Sasha qui vient planter ses genoux dans le visage de Bayley et cette dernière plus tard qui fait valser de la troisième corde la championne avec reverse hurricanrana. Cela permet à Bayley d’effectuer sa belly-to-belly suplex et de gagner le match. Ce match féminin est probablement le plus intense que la WWE ait connu et devrait on l’espère faire changer les avis de certains producteurs un peu trop frileux sur la place des matchs féminins dans les shows de la compagnie.

Le moment est émouvant, en particulier lorsque Charlotte et Becky viennent prendre dans leurs bras la nouvelle championne. Sasha se joint à elles pour terminer avec une pose, les quatre doigts levés, des Four Horsewomen de NXT.

Avant le main-event, la WWE diffuse une vidéo dans laquelle Triple H annonce qu’une tournée NXT aura lieu en décembre au Royaume-Uni, avec des dates en Angleterre, au Pays de Galles et en Écosse. Une annonce probablement qui a eu lieu dans les enregistrements plus tôt dans la soirée. NXT n’en finit pas de grossir.

Le main-event prolonge le show

Le clou du spectacle devrait être l’opposition (ultime ?) entre Kevin Owens et Finn Balor. Un match qui d’ailleurs déborde du temps normalement prévu pour ce show, qui devait durer deux heures et qui se voit rallongé de quasiment une demi-heure. L’entrée du démon Balor est très impressionnante, totalement adaptable, va pour la première fois entrer dans une vraie grande arena. En voyant cette entrée, le travail des développeurs sur son entrée dans WWE 2K16 parait dérisoire. Corey Graves fait bien de remarquer aux téléspectateurs que c’est le premier match de l’échelle de la carrière de Finn Balor, alors que Kevin Owens en a eu des douzaines. On se souvient tous des deux qui ont eu lieu à la ROH et à la PWG en 2012 contre El Generico. Balor a donc la pression, il doit démontrer que sa victoire à Tokyo lors de Beast In The East en juillet dernier n’était pas qu’un coup de chance.

Dans les premières minutes, Owens fait mine plusieurs fois de sortir du ring. C’est intelligent puisque l’objectif du match est de décrocher le titre, pas de mettre KO son adversaire. Owens s’amuse à feindre une blessure à l’épaule lorsque le public chante « Ole ! Ole ! Ole ! » pour Sami Zayn, absent des écrans. Hormis un court instant dans la foule, les deux hommes passent assez peu de temps aux abords du ring. L’usage des échelles est bien pensé, à l’instar du Shawn Michaels vs Razor Ramon où on utilise les échelles comme armes. Cela n’empêchera pas Owens de faire descendre Owens de l’échelle pour lui porter une powerbomb. Très bonne idée, suivi par une moins bonne lorsque Kevin Owens cale une échelle Balor saute du haut de l’échelle à la verticale entre le coin et l’autre échelle. Owens aura creusé sa propre tombe, chutant lourdement le dos premier sur cette échelle. Balor, au sommet de l’échelle, décide de sauter pour planter ses deux pieds dans l’abdomen du Québecois, puis remonte à l’échelle pour décrocher son précieux titre. Le match n’aura pas souffert de l’excellente prestation féminine et pourrait devenir un classique de la stipuation.

La WWE a réussi son coup en faisant salle comble et en ayant proposé un show de qualité avec une carte composé de « débutants » et de stars de l’indépendant devenues valeurs sûres à Stamford. La première heure de ce TakeOver est plutôt satisfaisante, la deuxième heure est quant à elle époustouflante. Si Triple H aura réussi quelque chose ce soir-là, c’est de prouver que la méthode NXT fonctionne aussi à grande échelle et pourrait convaincre un peu plus de monde en haut-lieu.

Les têtes d’affiche de la WWE auront par contre fort à faire dimanche pour faire oublier aux spectateurs leur samedi soir.

Vincent W.
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