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ROH Field of Honor 2015 : Une soirée pour faire la part belle à la NJPW

Le 22 aout la ROH aussi faisait son show. Au MCU Park de Brooklyn avait lieu Field of Honor où la fédération s'alliait avec la NJPW pour un pay-per-view.
© Ring of Honor

Un PPV sous le signe de l’exhibition se tenait au MCU Park de Brooklyn. La New Japan Pro Wrestling (NJPW) avait envoyé quelques uns de ses représentants, et quelques 2 200 spectateurs s’étaient réunis afin de voir Taeler Hendrix lancer une balle de base-ball à Steve Corino déguisé en vache. Cette petite séquence qui servit d’introduction au show révéla quelque peu la teneur de l’événement. À savoir qu’il allait être question de détente et d’amusement. Au moins pour ce qui est de la première partie.

En témoigne la tenue de Christopher Daniels qui arriva avec un uniforme militaire. Néanmoins cela ne l’empêcha pas de perdre face à Adam Cole malgré une intervention de Chris Sabin.

Mais le match qui refléta le mieux l’état d’esprit du show fut l’affrontement entre l’équipe composée de The Kingdom (Matt Taven et Mike Bennett accompagnés par Maria Kanellis) et Roppongi Vice (Trent Baretta et Rocky Romero) à celle de Matt Sydal et ACH alliés aux Young Bucks.

Alors comme à chaque fois qu’il y a un match par équipes rassemblant plus de quatre catcheurs et que les Young Bucks sont impliqués ça vire à la foire aux spots et au grand n’importe quoi. Et ça n’a pas raté, entre les multiples interventions et les interludes gaguesques — The Kingdom et Roppongi qui miment un home run. Autant le faire une fois c’est rigolo, mais est-ce bien utile de le faire une deuxième ? — le fil du match est difficile à suivre. Si en plus on ajoute les hurlements de Kevin Kelly à chaque superkick des Bucks — et il y en a beaucoup, l’ensemble devient vite insupportable.

Les Bucks et leurs alliés gagnèrent donc ce qu’on peut interpréter comme une parodie de match après que chacun a appliqué son finisher sur le pauvre Matt Taven. Les Bucks sont restés fidèles à eux-même. Certes ils sont talentueux, agiles et rusés mais chacun de leurs matchs est un défilé de spots sans véritable psychologie derrière. Ils se contentent de se faire plaisir en enchaînant les moves comme s’ils étaient là pour faire un best of. Enfin ce soir nous étions pleinement dans le cadre d’une exhibition alors pour une fois que ça rentrait dans le cadre du show ne boudons pas trop.

Watanabee en route pour le titre TV

Le seul match à enjeu sur les huit proposés était le gauntlet match donnant droit à un title shot pour le titre TV défendu par Jay Lethal. Ce match réunissait, dans l’ordre d’apparition, Adam Paige, Dalton Castle, Kazarian, Silas Young, Luke Williams — dont la présence releva de l’anecdotique, normal vu son âge —, Moose, le vainqueur du Top Prospect Tournament 2015, Donovan Dijak, Cedric Alexander et Takaaki Watanabee venant tout droit de la NJPW.

Paige et Castle furent donc les premiers sur le ring. Ce dernier parvint à amuser la galerie grâce à ses mimiques et ses deux sbires à plumes mais fit montre d’une certaine résistance. En effet le Paon parvint à battre ses deux premiers adversaires, Adam Paige et Kazarian, via roll-up mais dû subir leurs foudres ainsi que celles des personnes les accompagnant — BJ Withmer pour Paige, Chris Sabin pour Kaz — après chaque élimination.

Survivre à un beat down est déjà compliqué mais se relever après un deuxième est une gageure. Aussi Silas Young n’avait-il plus qu’à récolter le fruit du travail de ses prédécesseurs, même si Castle ne s’avoua pas vaincu tout de suite.

On cru que le match allait enfin pouvoir réellement commencer mais c’était sans compter l’apparition de Luke Williams. L’apparition de l’ancien Bushwhackers fut aussi brève que sa performance au Royal Rumble 1991. En effet après être passé par-dessus la troisième corde, il entama le tour de terrain de base ball avant de rentrer aux vestiaires. Il fut bien entendu éliminé par compte à l’extérieur et céda la place à un plus gros morceau : Moose.

Favori du match, l’ancien protégé de Prince Nana disposa aisément de Young puis de Donovan Dijak. C’est alors que Cedric Alexander apparut accompagné de Veda Scott. Pour rappel, la rouquine électrique est l’ancienne manageuse de Moose qu’elle trahit pour Alexander lors de Best in the World le 19 juin dernier.

Distrait par Scott, Moose ne vit pas Alexander s’approcher de lui par derrière et le frapper sur le crâne avec une clef anglaise. Mis K.O. L’ancien footballeur U.S. fut éliminé. Une élimination un peu curieuse et décevante car le combat n’avait pas commencé, mais qui à le mérite de développer la storyline entre les trois amis. Moose tenta de revenir sur le ring lors du match suivant mais il fut retenu par la sécurité.

Alexander pensait avoir fait le plus dur mais c’était sans compter sur le japonais Watanabee qui parvint à le vaincre. Un vainqueur surprenant qui ira défier Jay Lethal le 19 septembre à San Antonio. Cette victoire allait indiquer une tendance dans le show, aucun japonais n’allait subir de tombé. Une preuve que la Ring of Honor sait recevoir.

Au Japon ou aux États-Unis, Elgin s’incline

Néanmoins il faut mettre un bémol car les autres matchs n’avaient aucun enjeu véritable comme dit précédemment si ce n’est de montrer à son adversaire qui est le plus fort. Il y avait une question d’honneur notamment dans le match opposant Michael Elgin à l’IWGP Intercontinental Champion Hirooki Goto. Ces deux-là s’étaient déjà affrontés cette année lors du G1-Climax. Le Japonais l’avait emporté, le Canadien avait donc à cœur de prendre sa revanche. Malheureusement il n’y parvint point malgré une bonne domination.

Le match fut assez stiff, ce qui n’est pas surprenant au vu des deux gabarits. Faisant preuve de résistance face à la force d’Elgin, Goto remporta la victoire après avoir contré une tentative de single leg suplex. Après une hésitation Elgin serra finalement la main de son adversaire non sans un regard sur la ceinture de ce dernier.

Autre question d’honneur le match par équipe entre War Machine (Hanson et Ray Rowe) et le Killer Elite Squad de Davey Boy Smith Jr. et Lance Archer. Les deux équipes s’étaient elles aussi déjà affrontés avec une double disqualification comme résultat. Il fallait donc trouver un vainqueur cette fois-ci.

Et ce furent les deux barbus costauds qui l’emportèrent grâce au Fallout. Le match ne fut pas mauvais mais vu le passif entre les quatre hommes on pouvait s’attendre à un peu plus de violences et de fourberies. Néanmoins il ne faudrait pas résumer les vainqueurs à leur physique de bourrin en témoigne le Double Suicide Dive d’Hanson.

Autre match tag team avec des adversaires aux gabarits sensiblement différents, l’affrontement entre les Time Splitters (Alex Shelley et Kushida) et les frères Mark et Jay Briscoe. Une opposition de style qui met face à face la rapidité des premiers et la force brute des seconds. Et ce furent les évadés du Bayou qui l’emportèrent grâce à un Jay Driller de l’aîné des frangins sur Alex Shelley. Les bookers prirent soin là aussi de ne pas faire subir le tombé au représentant du Soleil Levant. Une précaution qui allait donner le ton pour les deux derniers matchs.

Cela dit, il était difficile de croire que Roderick Strong, tout Monsieur ROH et ancien champion de la fédération qu’il est, allait disposer du Rainmaker Kazuchika Okada actuel champion de la NJPW. Ce match fut un peu à l’image de celui entre Elgin et Goto. Strong domina une bonne partie en faisant preuve de violence, notamment en tentant de briser le dos de son adversaire sur les barricades, mais il finit par s’incliner suite à un rainmaker. Malgré la défaite Strong ressortit grandi de cet affrontement puisqu’il s’était montré particulièrement offensif, notamment au niveau de son engagement physique. Par ailleurs il manqua de faire taper son adversaire avec le Stronghold.

Entente difficile entre Lethal et Nakamura pour le main event

Enfin le main event opposa les reDRagon (Bobby Fish et Kyle O’Reilley) au curieux attelage composé du champion TV et ROH Jay Lethal et la légende Shinsuke Nakamura. Cette association rendit complètement la présence des anciens champions ROH par équipe complètement anecdotique, l’accent étant mis sur la relation entre leurs deux opposants.

Aussi si Nakamura fit l’effort de saluer ses adversaires avant et après le match, il en fut autrement de Lethal. Ce dernier alla même jusqu’à chercher un peu de cheap heat lorsqu’il fit mine de vouloir faire le tag avec son coéquipier. Ce dernier lui rendit la pareil quelques instants plus tard lorsqu’il refusa d’entrer en jeu alors que le double champion de la ROH était en difficulté. Par la suite il sembla y avoir du mieux, les deux alliés d’un soir acceptant finalement de coopérer. Nakamura facilita ainsi un suicide dive de Lethal et l’aida à faire sa descente du coude. On crut voir le pire arriver lorsque le japonais frappa accidentellement Lethal au visage après qu’O’Reilley, alors retenu en position de Full Nelson, esquiva une droite mais il n’en fut rien.

La situation risqua en revanche de dégénérer lorsque Truth Martini, qui accompagnait Lethal, tendit son Book of Truth à Nakamura afin que celui-ci s’en serve contre les reDRagons. Le Japonais le prit mais le balança aussitôt, refusant de s’abaisser à pareil vilénie. Lethal confronta alors Nakamura mais ce dernier l’écarta car Kyle O’Reilly se jetait sur eux. Il le contra et le maintint au sol avec une clef de bras tandis que Lethal vint à bout de Fish avec une Lethal Injection.

Les deux alliés exceptionnels l’emportèrent mais l’entente cordiale cessa aussitôt lorsque Lethal refusa de serrer la main du japonais. Étant donné que le partenariat entre la ROH et la NJPW va continuer, avec notamment deux shows de la fédération de Philadelphie au Japon courant 2016, nous sommes en droit d’espérer que ces deux-là se croisent à nouveau. Avec pourquoi pas une forme de revanche pour Nakamura puisque ça n’est pas lui qui a fait le tombé. Lethal pourrait donc arguer que c’est lui le plus fort puisque c’est grâce à lui qu’ils ont gagné le match.

Au final un show regardable mais frustrant à cause du manque d’enjeux. Avoir deux ou trois matchs exhibitions sur une carte qui en compte huit pourquoi pas mais sept ça fait un peu trop. Même si le show compte des participations exceptionnelles afin de se vendre un minimum. Par exemple cela aura permis de voir Okada en action même s’il semblait en avoir gardé un peu sous la pédale. Ce qui peut se justifier par le caractère amicale du show.

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