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On y était : La FFCP à Wissous

La FFCP donnait hier un show avec un programme assez copieux : sept matchs internationaux dont un match à l'échelle pour un show au Centre Omnisports de Wissous. Une belle occasion pour la FFCP de Marc Mercier de faire un beau spectacle.
tristan-archer-wissous Tristan Archer affrontait Louis Napoléon — © Pierre Dereppe / VoxCatch

On le sait, le catch français construit ses shows dans une esthétique locale, on a besoin de catcheurs capables de s’attirer rapidement la sympathie ou les huées du public, faute de pouvoir construire un peu plus sur le long terme. Et ce n’est pas dans cette charmante ville de Wissous en Île-de-France — plus connue ces derniers mois pour d’autres histoires que le catch si l’on en croit la première page que lui offre Google — que le contrat changera. Parmi les quelques deux cents personnes présentes à Wissous, ce sont familles et enfants voire grands-parents qui sont venus apprécier le spectacle proposé par la FFCP.

Un spectacle présenté par le néo-commentateur de la ROH sur l’Équipe 21 et vice-président de la FFCP Norbert Feuillan qui nous aura fourni des commentaires de qualité agrémentés de beaucoup de notes d’humour dont lui seul a le secret et un large penchant pour les faces. La technique aura d’ailleurs très bien fait son travail, aucun bug sonore, une lumière simple et efficace avec même un peu de fumée pour l’entrée des catcheurs.

Un show local ambitieux sur sa longueur, classique dans sa construction

Par conséquent, dans le programme chargé qui nous attendait, la mission du découpage entre bons et gentils se fait dès l’entrée. Rien que pour le premier tag-team match, on se tente au code couleur : noir pour l’équipe de heels menée par Chronos et des couleurs plus vives, entre le gimmick américain et celui d’homme masqué de l’équipe Green Wizard. D’autres opteront plutôt pour le comportement dès l’entrée ou en début de match, soit en demandant au public de se taire ou en provoquant directement le public, ce qui a pu être fait par Louis Napoléon ou Pauline par exemple.

Pour les faces, la mission est plutôt d’aller vers la foule en offrant soit de la rapidité sur le ring, soit en offrant quelques spots pour faire lever les personnes présentes. Mission compliquée pour un public qui n’avait pas forcément les bases d’un show de catch dans les veines. En effet, c’est peut-être le constat le plus dur pour la FFCP à Wissous, ce fut très difficile de maintenir une ambiance pendant toute la durée du show.

Il y a eu des hauts et des bas évidemment, mais sur les 3h30 de show, il est très compliqué de tenir attentif un public novice pour un spectacle de catch, même lorsque le produit augmente progressivement en qualité et intensité au fur et à mesure. C’est très dur de constater que lors du main-event de la soirée, où le titre poids-lourds était en jeu, on avait des enfants très fatigués, des têtes qui se penchaient sur les épaules de voisins, signes d’une fatigue naturelle lorsqu’un spectacle se termine aux alentours de minuit.

La FFCP a donné l’impression d’avoir les yeux plus gros que le ventre dans sa programmation. Il est toujours compliqué de doser ses matchs et la participation de ses catcheurs. Il faut donner sa chance à tout le monde tout en gardant une hiérarchie claire dans la durée et l’intensité des matchs. On regrettera des matchs qui auraient mérité une conclusion plus rapide sûrement à la vue de certaines conclusions.

On reste aussi sceptique sur quelques points, comme l’intérêt de donner la nomination de « Championnat du monde poids-lourds » sans impliquer le nom de la FFCP sur la ceinture lorsque chaque association française a sa propre ceinture poids-lourds — Hellmer Lo Guenec avait d’ailleurs celle de l’APC avec lui, ou encore la diffusion des hymnes lors du dernier match de la soirée qui semblait vraiment de trop, surtout lorsque un catcheur belge a pour drapeau celui de l’Allemagne.

Une hiérarchie très marquée techniquement et physiquement

Les oppositions ont été très variées sur le ring et de multiples scénarios assez connus des aficionados ont été faits : la fin controversée du match à l’échelle, le double tombé des faces face aux heels en ouverture de show ou encore l’arbitre acheté par le heel qui se fait blesser au profit d’un arbitre neutre. C’est aussi d’un point de vue de gabarit que l’opposition se fait : du grand gaillard russe Alexeï Petrovitch face au plus fin irlandais Brian McCarthy ou encore du gimmick breton de Hellmer Lo Guennec à celui classique du natif de Séville, El Matador.

Il était aussi intéressant de voir un match à l’échelle, une première dans nos visites chez les représentants français du catch. L’opposition entre Hellmer Lo Guennec, El Matador et Pierre Trouvé a accouché d’une victoire de ce dernier, mais a aussi permis de lancer le show sur une optique un peu plus orienté sur des spots à l’extérieur. Sur les matchs précédant le match féminin, il manquait juste un peu de précision et de fluidité, ce petit liant qui change tout un match et aurait pu un peu plus nous emporter dans cette soirée.

On ne peut aussi que souligner l’impression physique laissée hier soir par deux catcheurs au-dessus des autres en terme de forme physique : le français Tristan Archer et l’autrichien Chris « Bambikiller » Raaber. D’un point de vue technique et physique, ils ont survolé la soirée, montrant plus d’aisance et d’expérience que d’autres. On garde aussi une bonne impression de Louis Napoléon – aussi connue sous les gimmicks de La Miseria et Blue Falcon – que ce soit sur le ring ou lors de son entrée à cheval, gagnant de très loin le prix d’entrée de la soirée.

C’est d’ailleurs les trois derniers matchs qui auront offert le meilleur spectacle sur le ring. On est ravi de voir d’ailleurs que la scène féminine française peut toujours compter sur Shanna et Pauline. Les deux catcheuses ont proposé une opposition technique vive, fluide et très bien construite. Le match entre Tristan Archer et Louis Napoléon a lui eu le meilleur storytelling, classique mais efficace avec le scénario de l’arbitre acheté par le heel et le match de championnat aura offert une opposition de force très propre pour bien finir la soirée.

Un bilan mitigé en terme d’ambiance

Il est très difficile de savoir ce qui ressort vraiment de ce show de la FFCP. La durée de 3h30 est définitivement trop longue même avec une coupure de trente minutes. Un public aussi familial est difficile à garder en main sur un temps aussi long et ça s’est beaucoup ressenti depuis le public, les catcheurs ayant souvent à utiliser la cheap heat ou cheap pop pour relancer le public, quand ce n’est pas Norbert Feuillan qui les appelait lui-même à encourager le face en difficulté.

Nier aussi que le show aura eu un succès serait tout aussi difficile, accessible en terme de prix – 8€ la place, dans les standards français voire un peu moins cher – la grande partie des enfants ont pu apprécier le show tout du long. Il suffisait de voir le groupe autour de Tristan Archer après le show pour voir qu’ils étaient heureux de leur soirée, ce qui reste le principal.

La FFCP rejoint globalement le bilan des associations françaises de catch qui ont toute un public local acquis, proposant un show à la qualité variable, dominé par un ensemble de catcheurs d’envergure européenne. Si la scène française n’est pas encore prête de proposer une effervescence semblable à la scène britannique et allemande, elle a acquis une stabilité en s’offrant une esthétique portée sur des shows locaux. La FFCP montre toutefois de l’ambition quant à son contenu, et essaie de s’orienter vers d’autres talents comme l’a montré un segment annonçant l’arrivée de Hugo Perez dans les shows de la FFCP, et on ne peut qu’encourager la FFCP dans cette démarche.

Pierre D.
Auteur :
Analyse de pay-per-view, décryptage. Lieutenant de VoxCatch.