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WWE Fastlane 2016 : Roman Reigns enfonce la porte de WrestleMania 32

Ce dimanche, les attentes autour de Fast Lane étaient très basses. Pas de grand changement en vue, juste un match pour désigner le challenger au titre de la WWE à Wrestlemania. Et à ce jeu, on dirait que c'est toujours Roman Reigns qui gagne.
© WWE

Il y avait des craintes légitimes à avoir sur ce pay-per-view, son contenu était très faible et même le peu de matchs à enjeux n’était pas forcément dans le show. L’ombre de WrestleMania a eu un poids encore plus important que l’année dernière avec cette concentration autour du seul main-event, une sorte d’obligation pour la WWE d’en faire un événement majeur de la soirée.

Le constat est sans appel : c’est un échec flagrant. Un échec qui n’est pas seulement critique mais aussi populaire, avec une foule qui prend de plus en plus en grippe Roman Reigns, devenu porte-étendard de la vision du business par les McMahons malgré lui. Le pauvre n’y peut rien, il ne semble pas faire de lobby auprès des dirigeants pour obtenir toutes ces opportunités, mais en bon employé et en fan de catch, cette position doit être assez compliqué à gérer.

Il n’y avait pas que le main-event de la soirée dans ce pay-per-view, si seulement ce n’était que cela. Non, le pay-per-view n’a jamais vraiment décollé, s’est laissé enlisé dans une sorte de house show sans ampleur plutôt qu’en tant que dernier pay-per-view avant WrestleMania.

Kevin Owens et Dolph Ziggler en mode automatique

Un pay-per-view qui est précédé d’un pre-show avec un 2 out of 3 falls match pour le titre des États-Unis dans un schéma assez classique. Kalisto et Alberto Del Rio ont fait leur boulot traditionnel où le face prend le premier point du fait d’une tricherie affichée du heel pour prendre l’avantage sur le second tombé. Finalement, c’est Kalisto qui a conservé son titre grave à un contre suivi d’un roll-up.

Une affiche nettement plus propre que leur match au Royal Rumble, mais qui semble terriblement mal placée et aurait sûrement mériter un meilleur développement. Mais l’appartenance à la League of Nations bloque pas mal Alberto Del Rio — et les autres membres également — tellement chacun ne peut pas prétendre à quelque chose en solo ni en tant que faction, le groupe n’étant pas vraiment la priorité narrative de la WWE.

Le show en lui-même prend son départ avec les Divas et un match par équipe très bien orchestré entre l’équipe de Becky Lynch et Sasha Banks contre le reste de Team B.A.D : Tamina et Naomi. La construction du match s’est effectuée autour de Becky Lynch en face en détresse pendant que Sasha Banks se faisait refuser l’entrée par les deux heels. Dans le ring, ça tenait également la route et tout ça jusqu’au finish en duo des faces. Les deux catcheuses ont effectué leur prise de soumission respective pour la victoire. Une formalité en attendant Charlotte pour — potentiellement — un match face à Sasha Banks à WrestleMania.

Le second match du pay-per-view opposait Dolph Ziggler à Kevin Owens pour le titre intercontinental récemment obtenu par ce dernier. Un match basé sur les quelques victoires du local de l’étape sur le désormais champion. Les deux catcheurs ont délivré un affrontement dans les lignées de leurs dernières confrontations. Kevin Owens crie toujours autant à son adversaire et a eu de longs moments de domination, alors que Ziggler a comme d’habitude très bien vendu les prises et les blessures subies. En fait, ce qui aurait été plus surprenant, c’est que ce match ait été mauvais. Ici, on est pas devant un match de l’année évidemment, mais la prestation est vraiment dans les standards des opposants du soir, donc c’est forcément bon.

Le début du cauchemar

Et comme tout bon cauchemar catchesque qui se respecte, cela débute par une apparition de Ryback. Une opposition de big men dont tout le monde n’a que faire et qui n’a vraiment aucun intérêt. La Wyatt Family perd à nouveau et on sent la fin pour les quatre membres de la secte, qui n’auront pas eu de nouvel élan même avec Braun Strowman. Parce que perdre en 2016 face à Kane, Big Show et The Ryback, c’est comme signer son arrêt de mort.

Dans de telles oppositions, on ne peut pas dire que le rythme soit la plus grande des qualités. Heureusement, le final un peu chaotique a offert un peu d’épaisseur à une opposition qu’on ne veut toutefois plus jamais revoir sur un ring en pay-per-view. On ne sait pas non plus à quoi va servir cette victoire pour Ryback, et à vrai dire on ne peut même pas dire que cela semble crucial pour la Road to WrestleMania.

La suite n’est pas bien meilleure. Le match pour le titre des Divas entre Charlotte et Brie Bella n’a tenu qu’aux références faites par la femme de Daniel Bryan à son mari. Entre un Yes Lock et la série de kicks effectuée avant sa défaite, le match n’a pas eu non plus une originalité folle, même s’il tenait la route. Là où il a pêché, c’est par son manque total de suspens. Ce match est tout simplement hors de propos, sorti de nulle part pour combler le vide entre le Royal Rumble et WrestleMania.

Le « Cutting Edge Peep Show » ne sauve pas la soirée

Semi-intermède dans cette soirée inutile pour continuer l’opposition entre AJ Styles et Y2J. Il est difficile de dire si l’on a vu un très bon match ou une grande démonstration de nonchalance par les deux hommes, tant ils ont eu l’air de parfaitement se connaître mais aussi d’avoir oublié une partie de leur énergie dans les vestiaires. Tous les mouvements ont été précis, mais l’action manquait de ce liant qui rajoute du rythme et vous empêche de respirer ou de réfléchir à ce que les catcheurs font sur le ring. Là, on a senti un peu de recherche d’une cohésion qui parfois donnait un coup d’arrêt à l’homogénéité de l’action.

Mais les deux hommes terminent leur série de trois matchs par une opposition qui est montée en intensité, ce qui est en général la bonne méthode pour accrocher la foule. La résistance aux Walls of Jericho, puis au Codebreaker n’était pas forcément surprenant pour AJ Styles, par contre, la résistance de Jericho au Styles Clash était assez inédite et vraiment très précoce pour un finisher d’un catcheur fraîchement arrivé à la WWE. Quoiqu’il en soit, c’est par soumission que AJ Styles s’en sort. Les deux hommes finissent par se serrer la main et finissent également leur rivalité.

On passe au segment assez attendu de la soirée où Edge et Christian avaient The New Day en invités du Cutting Edge Peep Show. Si la partie micro a tenu ses promesses. La suite du segment était totalement étrange. The New Day était présent pour humilier Edge et Christian et inversement. Par conséquent Edge & Christian ont appelé la League of Nations pour que New Day réponde de leurs propos. Une bataille de heels qui finit finalement par une punchline de Edge à la League of Nations, soutenu par… le New Day.

On ne sait du coup plus quoi penser. Pourquoi la League of Nations s’intéresse désormais aux titres par équipe ? Est-ce qu’ils se sont simplement déclarer prétendants ? Autant dire qu’on aurait préféré voire un nouveau match face aux Usos ou aux Lucha Dragons plutôt que ce début vacillant de rivalité. Il est également décevant de voir les deux vétérans venir promouvoir leur show et ne pas vraiment réussir à sortir un vrai segment. La WWE a manqué de faire une vraie surprise et a un peu plus plongé ses spectateurs dans la confusion.

D’une confusion à une autre, on nous offre un petit match surprise entre R-Truth et Curtis Axel pour continuer ce petit angle où Goldust tente d’attirer R-Truth dans ses filets pour devenir la meilleure tag team de jobbers de tous les temps. Ou juste une tag team on ne sait plus. Une distraction qui n’aura finalement pas aidé R-Truth et qui continue, pour notre plus grande joie, les segments inutiles de ces dernières semaines.

Roman Reigns encore, Roman Reigns toujours

Donnez-lui le titre, c’est bon, on a compris. Le seul match de la soirée qu’il ne fallait pas louper, la WWE a réussi à le louper. Attention, l’opposition est très satisfaisante. Lesnar a fait du Lesnar, Reigns et Ambrose ont fait ressurgir les bons souvenirs du Shield avec deux double powerbombs sur Brock Lesnar, le contenu in-ring était vraiment captivant. Mais tout cela a semblé d’une prévisibilité telle qu’on n’a tout simplement plus envie de voir ça.

Qu’on se le dise, Roman Reigns n’est pas une personne mal intentionnée, ce n’est même pas un mauvais performer. Il réussi fréquemment à élever son niveau pour les matchs et même si son move-set est assez répétitif, il ne l’est pas plus qu’un John Cena ou un Randy Orton. Le problème, c’est que le traitement de la foule pour ce genre de catcheur est devenu hautement intolérant. Daniel Bryan, qui était célébré il y a quelques semaines, a laissé un tel souvenir qu’il a réussi à rendre ringard le type de babyface que peut représenter Roman Reigns.

Le babyface de 2016 n’est plus un ultimate badass qui résiste à tous les défis mais un ultimate underdog, que les figures autoritaires bloquent car ils ne correspondent pas à l’image qu’ils se font d’un champion. Le héros à la WWE est un homme qui n’est pas supposé être là, qui change l’image actuel de la compagnie et qui aux yeux du public, le « mérite ». Car soyons clairs, sur un plan strict, Roman Reigns travaille tout autant que Dean Ambrose et si vous demandez à ce dernier, Roman Reigns est à ses yeux un très bon catcheur.

La seule différence se situe dans son parcours. Roman Reigns n’a pas le palmarès CZW de Dean Ambrose et a derrière lui un gros soutien familial. Et ça, c’est plus l’apanage d’un heel de la WWE que celui d’un babyface actuel. Pour toutes ces raisons, cette victoire clean, nette de Roman Reigns en faisant le tombé sur Dean Ambrose était la pire chose qui pouvait lui arriver. Sa Road to WrestleMania va être un cauchemar devenu réalité, pour preuve ce segment final du RAW au lendemain du pay-per-view où Triple H est encouragé par la foule à tabasser Roman Reigns.

La WWE fait preuve d’une telle obstination à légitimer son booking de longue date autour du cousin de The Rock qu’elle finit par oublier qu’elle a le droit de faire machine arrière. Le problème étant que si la foule continue de huer à ce point Roman Reigns, ce dernier ne pourra pas réagir comme le fait John Cena en opposant deux clans dans la foule — qui existent aussi pour Reigns, mais de manière moins paritaire que pour le poster boy de la WWE — et devra effectuer un virage assez drastique après WrestleMania. Car Triple H ne peut pas être heel, et sauf miracle, Roman Reigns ne sera pas non plus le face de cette opposition.

Comme souvent ces dernières années, la Road to WrestleMania est complexe quand elle concerne le main-event du Biggest Stage of Them All, et en forçant le passage pour Roman Reigns, la WWE vient peut-être d’enterrer définitivement son catcheur dans une situation malsaine qu’il ne mérite pas forcément. Une erreur de la WWE dans son booking autour de Reigns et Dean Ambrose qui conclut un pay-per-view bien moins bon qualitativement que le Royal Rumble, jonché de matchs sans grand intérêt et de résultats décevants.

Pierre D.
Auteur :
Analyse de pay-per-view, décryptage. Lieutenant de VoxCatch.