Portrait

Shane McMahon, plus qu’un simple « fils de »

Shane McMahon affrontera l'Undertaker à WrestleMania 32 pour gagner le contrôle de la WWE. Portrait de celui qui n'est pas que le fils de son père.
shane-mc-mahon © WWE

Depuis vingt-cinq ans à chaque début de printemps, une odeur de souffre plane pour le Showcase of the Immortals. À l’exception d’il y a deux ans où Brock Lesnar avait manqué de tuer le Deadman afin de lui river les épaules pour de bon, cela fait un quart de siècle que l’Undertaker règne en maître sur WrestleMania où il décime la concurrence, terrassant ses adversaires les uns après les autres. Ce dimanche 3 avril aura une saveur différente, étant donné qu’il s’agit peut-être du dernier match du Deadman à WrestleMania ?

De retour sur les écrans de la WWE depuis le 22 février dernier, Shane McMahon aura probablement à relever dans moins d’une semaine le plus grand défi de sa carrière: battre The Undertaker à domicile devant plusieurs dizaines de milliers de personnes pour prendre le contrôle de Raw.

Si le fils McMahon sera sous tous les projecteurs à Dallas, il y a une époque où Shane passait inaperçu. En 1991 par exemple, il est l’un des arbitres s’assurant de la bonne tenue du Royal Rumble match. Il officiera comme arbitre pendant quelques années, notamment en 1992, année où Randy Savage vs Ric Flair s’affrontaient.

Ce n’est qu’en 1998 que son affiliation au Chairman de la compagnie est reconnu, faisant quelques apparitions aux côtés de son père puis devenant commentateur pour le show Sunday Night Heat, en duo avec Jim Cornette. C’est en interne que le fils ainé de la famille McMahon prend du galon: il est l’un des principaux acteurs de la venue de Mike Tyson en 1998 pour être l’enforcer du match entre Shawn Michaels et « Stone Cold » Steve Austin à WrestleMania XIV. Un grand coup à l’époque de la WWF qui fait venir le boxeur — dont la popularité est au plus fort après sa fameuse morsure en 1997 dans son combat contre Evander Holyfield — et obtient une couverture médiatique inédite de la part des grands médias généralistes.

1998, la révélation du fils

C’est à la fin de l’année 1998 que Shane O’Mac prend une place essentielle dans les programmes télévisés de la WWE. Aux Survivor Series, Steve Austin affronte Mankind en demi-finales d’un tournoi visant à couronner le nouveau détenteur du titre (vacant) de champion du monde de la WWF. Vince McMahon, présent aux abords du ring, attaque l’arbitre sur le point de faire le compte de trois en faveur d’Austin. Quelques instants plus tard, Austin porte un nouveau Stunner sur Mankind. Faisant le tombé, Shane débarque — avec la tenue zébrée qui ne lui est pas étrangère — et fait mine de faire le tombé. Malheureusement pour le Texas Rattlesnake, Shane lui montre ses deux majeurs plutôt que de valider sa victoire sur l’alter-ego de Mick Foley. Cette nuit marque le heel turn du fiston McMahon qui rejoint la corporation, le clan mené par son père.

En février 1999, Shane McMahon remporte le titre européen aux dépens de X-Pac. Un match revanche aura lieu à WrestleMania XV dans lequel obtiendra l’aide de la Mean Street Posse (Gerald Briscoe et Pat Patterson) et de Triple H.

La famille d’abord…

Qu’il soit motivé par de bonnes ou mauvaises intentions, défendre les intérêts de la famille McMahon a souvent été le leitmotiv de Shane. Pourquoi s’embêter à trouver une storyline originale quand on s’appelle McMahon ? Il n’y a qu’à regarder le main-event de WrestleMania 2000: un Four Way pour le titre de champion du monde avec The Rock, Mick Foley, Triple H et Big Show pour se rendre, avec la famille McMahon était au grand complet où chacun accompagnait son poulain.

Bien des années plus tard, Shane entrera en rivalité avec Kane. La raison ? Kane est devenu incontrôlable depuis la perte de son masque à Raw en juin 2003. Chaque personne croisant son chemin subit des dommages: Rob Van Dam, Jim Ross, mais surtout Linda McMahon, sur qui il porte un Tombstone Piledriver sur la rampe d’entrée. Cette action mènera à deux matchs entre le Big Red Monster et Shane O’, un Last Man Standing à Unforgiven et le très connu Ambulance Match aux Survivor Series. Les deux matchs voient Kane sortir victorieux.

…jusqu’à l’épisode WCW

L’épisode familial le plus célèbre qui implique Shane McMahon est évidemment l’angle de l’Invasion. Le 26 mars 2001 a lieu le dernier épisode de Monday Nitro. Après la tenue du dernier match à jamais organisé dans un show de la WCW entre Sting et Ric Flair, Vince McMahon — présent à Cleveland dans l’Ohio — apparaît simultanément à Raw et Nitro. Il annonce à la foule être sur le point de signer le contrat de rachat de la WCW. Le hic : le contrat lui est passé sous le nez et c’est son rejeton qui est le propriétaire de la WCW.

L’année 2001 est donc marquée par la guerre d’influence entre la WWF de Vince McMahon et l’Alliance, composée des anciens de la WCW menés par Shane et les anciens de l’ECW avec Stephanie comme leader. Le premier catcheur de la WCW qui débarque à la WWF est Booker T, dernier champion poids-lourd de l’histoire de la WCW. Cette arrivée en amènera bien d’autres: Diamond Dallas Page, Chris Kanyon, Lance Storm, etc.

Le point d’orgue aura lieu aux Survivor Series avec un main-event Winner Take All à cinq contre cinq, d’un côté la Team WWF avec The Rock, Chris Jericho, The Undertaker, Kane ainsi que Big Show et de l’autre l’Alliance avec Steve Austin, The Rock, Kurt Angle, Shane McMahon et Rob Van Dam. La WWF gagne évidemment le match et met un terme à la storyline la plus attendue – et probablement la plus ratée – de l’histoire du catch. Beaucoup de fans et de catcheurs de l’époque (Booker T par exemple) critiquent cette storyline puisque les plus grandes stars de la WCW, telles que Goldberg, Sting, Kevin Nash, Scott Hall et Diamond Dallas Page, n’ont pas participé à cet angle

Drogué à l’adrénaline

Mais si en ce mois de février 2016 la foule a accueilli à bras ouvert Shane McMahon pour son retour, ce n’est pas parce qu’il est le fils du Chairman. Malgré un statut de non-catcheur, Shane McMahon est à l’origine de nombreux moments forts de l’histoire de la WWE. Dans son podcast, Steve Austin a décrit la personnalité de son ancien collègue:

J’ai entendu tout le monde, de Tony Atlas à Kurt Angle et bien d’autres, dire que Shane est le mec le plus coriace du business, pas nécessairement d’un point de vue « je vais te botter le cul » mais du point de vue d’être capable d’endurer une large variété de coups et toujours se relever. À la Mick Foley […] Shane était une boule d’énergie. Dans le ring, il n’avait aucune crainte. Je pense qu’il recherche les sensations fortes, il se drogue en quelques sorte à l’adrénaline.

À l’instar d’un Jeff Hardy qui a souvent privilégié le spectacle aux victoires, Shane McMahon a mis son corps en danger à de multiples reprises dans sa carrière, obtenant par ce biais le respect indéfectible du public. La première grosse impression du fils McMahon sur le public a lieu à Backlash 2000 où Shane saute de la structure pour porter une descente du coude sur Big Show, couché sept à huit mètres plus bas. Le signe de la croix avant de s’élancer, le regard inquiet de Test sur les deux hommes inertes, on ne peut détourner les yeux de l’écran. Et c’est en voyant le même genre de chute dans sa défense du titre hardcore contre Steve Blackman à SummerSlam 2000 qu’on peut se demander si Shane n’a perdu la tête.

Tous les risques sont bons à prendre

Sa tête, il a bien failli la perdre l’année suivante au King of the Ring 2001 dans son match contre Kurt Angle. Après de longues minutes de catch technique et d’utilisations d’objets, les deux combattants se retrouvent au niveau de l’entrée. Kurt Angle a la bonne idée de vouloir porter une German Suplex qui ferait passer son adversaire à travers une vitre. Problème: la vitre ne se brise pas et Shane retombe directement sur la nuque. Pour la petite histoire, la vitre devait être composée de verre de glace, en réalité la vitre est en plexiglas. Kurt Angle a raconté dans de nombreuses interviews que Shane lui a demandé de retenter l’action pour briser la vitre, tout en connaissant la dangerosité que cela impliquait. Après cette première vitre brisée, il y en aura une deuxième, qui donnera autant de difficultés à céder. Shane en sang, victime d’une commotion cérébrale, ne veut toujours pas abandonner. Angle, qui en est à son troisième match de la soirée et qui s’est fracturé le coccyx, poursuit le match. Le tombé final se déroulera après un Angle Slam en équilibre sur une planche de bois du haut de la troisième corde.

Les derniers grands moments de la carrière de Shane McMahon auront lieu au moment de l’avènement de la Legacy, ce clan de catcheurs de seconde génération qui sème le chaos à Raw chaque semaine. La semaine qui précède le Royal Rumble 2009, Randy Orton gifle Vince McMahon, déjà âgé à l’époque de 73 ans, et lui porte son Punt Kick. La parfaite situation pour se mettre à dos la fille du patron, le fils du patron et le gendre Triple H. Oon aura le droit à un No Holds Barred match entre Shane et Orton à No Way Out, ce qui pavera la route pour le main-event de WrestleMania 25. Un match qui aura son lot de dommages collatéraux: Randy Orton repartira avec une belle cicatrice sur le front suite à un coup de moniteur porté par Shane, ce dernier qui s’écrasera sur la table des commentateurs après une tentative de descente du coupde à partir du coin du ring.

Globalement en désaccord avec le produit proposé par la WWE, à l’instar de Batista quelques années plus tard, Shane décide fin 2009 qu’il est temps de travailler en dehors du giron familial. Pendant qu’il dirige une entreprise leader du marché de la VOD et des pay-per-views en Chine, sa sœur cadette et son beau-frère Triple H gagnent du pouvoir au sein de la promotion de Stamford. Une victoire de Shane ce dimanche pourrait amener à un renouveau des shows de la WWE d’un point de vue créatif mais également à un remaniement de l’organisation interne de la compagnie. Mais est-ce qu’à 46 ans Shane O’ Mac est capable de vaincre l’Undertaker ? La réponse très bientôt.

Vincent W.
Auteur :
Intermittent de l'écriture.