Décryptage

The Miz, dernier heel de la WWE

the-miz-sd The Miz et Maryse à SmackDown le 21 avril 2016 — © WWE
Avant WrestleMania 32, la rivalité phare qui semblait pointer le bout de son nez, c'était Kevin Owens vs Sami Zayn pour le titre Intercontinental. La WWE a décidé toutefois que cette rivalité n'avait pas besoin de ceinture et celle-ci est tombée dans l'escarcelle... du Miz. L'occasion de se concentrer sur un catcheur impopulaire mais qui le veut bien.

Quand The Miz aura fini sa carrière à la WWE, on gardera des souvenirs très variables de sa venue à la WWE : de sa tag team avec John Morrison jusqu’à son gimmick d’acteur de seconde zone en passant par l’un des pires main-event de WrestleMania de tous les temps — WrestleMania 27 évidemment, The Miz n’a pas eu la carrière à laquelle il aurait pu accéder s’il avait effectué les bons virages. Malgré tout, il s’accroche, fait le travail, jusqu’à avoir un petit run face rapidement tombé dans l’indifférence car si l’on doit faire un constat sur le Miz, c’est celui-ci : personne ne l’aime.

Une correction s’impose : personne n’aime l’adorer. The Miz c’est cette tête à claques, ce mec qui portait la crête, puis a conservé cette allure tout à fais méprisable, parfaite pour le rôle de heel. Et même s’il n’est plus tout à fait un main-eventer potentiel, reste que le seul participant de Tough Enough à encore avoir un rôle à la WWE — Cameron n’en a plus, pas la peine de contester — est bien l’un des derniers à recevoir les réactions qu’on attend de lui.

Un personnage cohérent, provenant de la WWE

Dans l’état actuel de la WWE, il faut bien dire que certains heels reçoivent souvent des acclamations de fans de la première. Quand vous avez suivi quelqu’un sur le circuit indépendant, regardé les vidéos de ses matchs, difficile de ne pas lui afficher votre soutien dans le gouffre qu’est la WWE. Pour The Miz, ce dilemme n’existe pas, c’est un pur produit à la fois de la télé-réalité et de la WWE. Et c’est de plus en plus rare dans le roster.

Au fil des années, The Miz a cultivé ce personnage heel somme toute classique de narcissique, vaniteux et imbu de lui-même qui a progressé du simple Chick Magnet à son statut de star du cinéma « direct to DVD« . Seul son petit passage en face est venu nuire à une trajectoire linéaire, un peu trop peut-être, mais qui donner toujours au Miz l’occasion de revenir dans les sphères des titres secondaires. Cinq fois champion intercontinental, deux fois champion des États-Unis et quatre fois champion par équipe. Bien sûr, ses règnes ne sont pas tous mémorables, on a souvent eu à le critiquer et à raison, mais le personnage survit et renaît toujours de ses cendres.

Si c’était dans l’indifférence générale, on passerait sans rien dire, mais The Miz a toujours su ramener le public dans un mépris pour lui. Loin d’être un succès au départ, son gimmick d’acteur a réussi à prendre pendant son association avec Mizdow. Et pendant que ce dernier gagnait en popularité grâce à son imitation du Miz, ce dernier regagnait peu à peu de sa heat naturelle quand il mettait des bâtons dans les roues du pauvre Damien Sandow.

Un soutien pour un roster en recherche de heels forts

Depuis la blessure de Seth Rollins, la WWE s’est cherchée des antagonistes majeurs. Sheamus et sa League of Nations n’ayant pas réussi à combler le vide, il a fallu ressortir Triple H en carte bonus pour WrestleMania. Loin d’être un prétendant aux plus hautes sphères, The Miz reste cependant un appui solide sur la midcard de la WWE. Parce que lorsque Kevin Owens est en train de gagner le statut de top heel de la WWE, The Miz lui reprend le contrôle d’une midcard désertée par ce dernier.

The Miz a fait son temps dans l’esprit des bookers. Si un run au plus haut niveau n’est pas impossible, il nécessiterait un booking que les officiels n’ont pas envie de faire. Soyons clairs, la situation actuelle du Miz est parfaite. Face aux échecs récents des débuts de Tyler Breeze et à la retombée très rapide de la League of Nations, The Miz offre une situation de transition idéale pour offrir des rivalités aux faces. En attendant la montée potentielle d’un Baron Corbin ou la réorientation d’un heel de midcard, il convient parfaitement aux standards d’une rivalité de midcard.

La rivalité actuelle avec Cesaro est aussi un très bon moyen de développer un peu mieux le Suisse à l’art des segments micros. C’est d’ailleurs sur ce point fort du Miz que la WWE repose pas mal ses attentes. Prendre un catcheur technique plutôt populaire pour lui donner du temps de parole, cela s’est déjà déroulé avec Daniel Bryan. La comparaison technique est à l’avantage du face tandis que le talent au micro va plutôt au heel, même schéma à chaque fois donc.

Plutôt que de lancer l’un des athlètes les plus impressionnants de la WWE dans la fosse du main-event, l’idée est ici de lui offrir une rivalité où tous les bénéfices lui reviendront. Et c’est là que l’aura du Miz est particulière. Assez importante pour ne pas paraître trop faible pour les ceintures secondaires et en même temps loin, bien loin de sembler être une menace pour les faces de l’upcard. Sans doute pour cela que Maryse est aussi de retour, pour permettre quelques victoires volées ou des disqualifications comme peut le faire Ric Flair avec Charlotte.

The Miz, meilleur heel de la WWE ?

Pour contraster tout de suite cette question qui va en faire bondir plus d’un, faisons un point sur les heels précédemment cités. Kevin Owens est excellent dans son rôle, a un talent au micro énorme et c’est pareil dans le ring. Mais à la différence du Miz, Kevin Owens a toujours une partie de la foule derrière lui, il lui arrive même d’avoir quelques pops de fans qui ont suivi son parcours dans le catch indépendant. Une réaction qui peut être logique, on a forcément un peu plus de liens avec un personnage déjà connu et dont on suit l’ascension tant attendue plutôt que pour un personnage dont on a déjà vu l’ascension et dont on n’attend plus rien.

C’est d’ailleurs pour cela que Sheamus ou les membres de League of Nations ont beaucoup de mal à obtenir de nouvelles réactions, ils n’ont pas tout à fait retrouvé un moyen de s’attirer les huées de la foule. Sheamus avait eu une relancée avec son nouveau look lors de son retour mais cela s’est assez vite estompé. Rusev n’arrive pas à revenir de la descente de son personnage de monster heel et Del Rio n’a plus grand chose de particulièrement riche.

C’est là où The Miz diffère des autres, ses huées sont constantes et il a toujours cette capacité, ces petits moments d’improvisation pour rattraper le public. De sa séquence en français lors du Breaking Point au Canada aux récentes petites piques adressées à la foule du genre « When my hand goes up, your mouth shuts. ». Ces petits détails, c’est l’apanage des bons personnages, consistants sur la durée.

Et en backstage, la réponse est tout aussi positive. Mick Foley notamment est un des premiers à saluer les bonnes performances du Miz, notamment lors de ces récentes sorties. Et Mick Foley n’est pas vraiment du genre à ne pointer du doigt que le positif à la WWE. Et quelque part, on ne peut pas dire que le Miz démérite, n’ayant jamais réellement affiché un déclin physique ou un déclin d’envie. Même lorsqu’il n’était plus in-ring, il a trouvé le moyen de faire en sorte que le Miz TV passe chaque semaine pour des segments certes de qualité variable, mais qui montrait l’envie du Miz de rester présent dans l’esprit de la foule.

Et lorsqu’on regarde sa carrière, la descente progressive tiens plutôt d’un désintérêt issu de son booking. Après WrestleMania 27, alors qu’il avait réussi à tirer son épingle du jeu dans sa rivalité contre John Cena où The Rock avait pris beaucoup trop d’importance, la WWE a peu à peu lâché son champion, puis descendu dans des sphères moins importantes du fait de la lassitude autour du personnage. Un traitement inégal, qui arrive à de nombreux catcheurs mais qui ici a largement contribué à éteindre le potentiel au plus haut niveau du Miz.

L’idée finale se retrouve ici : The Miz est un des meilleurs heels de la WWE dans le sens où il a allié une forte personnalité à un catch peu flamboyant mais honnête, ce qui lui permet d’avoir ce statut de catcheur qu’on aime pas vraiment parce qu’il n’a rien de plus attachant que cela mais dont il faut reconnaître un charisme évident, que n’ont pas toutes les superstars de la WWE. Dans le sens strict du terme, c’est-à-dire que heel définit un personnage haï à la WWE, The Miz se retrouve dans cette position de dernier heel pur et dur.

Pas le plus brillant, vous l’appréciez peut-être mais ça n’ira jamais plus loin et pas non plus assez technique pour avoir ce facteur spectaculaire qui peut vous faire admirer un mouvement. The Miz n’aura probablement pas un seul moment dans sa carrière où il a flambé techniquement. C’est un heel, au service des nouveaux faces, et la WWE semble trouver ça bien utile.

Pierre D.
Auteur :
Analyse de pay-per-view, décryptage. Lieutenant de VoxCatch.
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