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Payback 2016 : AJ Styles, premier obstacle de Roman Reigns

Pourtant vainqueur du main-event de WrestleMania 32, la vie de Roman Reigns n'est pas pour autant devenue plus facile. Chahuté par le public, la WWE a décidé de sortir AJ Styles comme premier challenger du Roman Empire. Un choix malin mais pas forcément très bien exploité.
roman reigns aj styles Roman Reigns et AJ Styles à SmackDown le 28 avril 2016 — © WWE

Il l’a, son titre. L’accomplissement de deux ans d’un booking poussif et prévisible était devant nos yeux pour WrestleMania 32. On en a parlé, beaucoup trop peut-être, il est maintenant temps de passer à la suite. Comment réussir un run de champion lorsqu’une large partie de ton public refuse de soutenir le héros de l’histoire? La WWE pense avoir la réponse en propulsant AJ Styles en tant que challenger au titre.

Pourtant perdant de sa rivalité avec Chris Jericho à WrestleMania 32, The Phenomenal One s’est retrouvé du jour au lendemain en tant qu’opposant de Roman Reigns. Les motivations de la WWE peuvent paraître étranges. Placer un face contre un champion apparemment toujours face c’est un choix risqué. Souvent, de tels affrontements sont faits à des périodes de transitions pour préserver une rivalité plus massive mais en l’absence probablement définitive de Triple H dans l’horizon du titre de la WWE, Roman Reigns n’a rien mis entre parenthèses pour Payback.

Bien au contraire, la WWE joue à un jeu assez risqué, probablement un brin improvisé car bizarrement exécuté. Si lors du Raw du lendemain de WrestleMania, la seule nomination de AJ Styles en tant que challenger a suffi à créer la surprise, la WWE a ensuite beaucoup tergiversé sur l’orientation à donner à cette rivalité.

Un respect mutuel gênant

Dans un premier temps, Roman Reigns avait pourtant une direction très intéressante. Arrivé au top de la fédération mais hué comme jamais, le champion est resté sur une ligne répétée sur ces dernières semaines : « I’m not the bad guy, I’m not the good guy, I’m the guy ». Une phrase badass, qui correspondrait bien au personnage s’il n’y avait pas sans cesse des soubresauts de platitude chez le champion.

D’abord condescendant avec son challenger, l’ignorant un peu, les échanges entre le champion et son challenger se sont montrés très gentils l’un envers l’autre. Trop même. L’unique échange à proprement parler où l’un et l’autre aurait pu montrer leur motivation à battre son opposant s’est transformé en un échange de compliments plats, assaisonnés de quelques petits rappels que, quand même, c’est la ceinture de la WWE qui est en jeu.

Une direction décevante quand la WWE met en place deux faces aux publics différents. Clairement, en mettant AJ Styles en face de Roman Reigns, l’idée doit être de scinder le public en deux entre les marks de AJ Styles et les marks de Roman Reigns. Le problème c’est que si la tension n’est pas créée, la nécessité de soutenir un des catcheurs plutôt que son adversaire n’est pas présente. En préservant un respect mutuel, la WWE a tiré une balle dans le pied de la confrontation. Du coup, la tension a été cherchée ailleurs.

Bullet Club ? D’accord mais pas trop

Les éléments perturbateurs de ce respect réciproque se nomment Karl Anderson et Luke Gallows. Les deux catcheurs appartenant au Bullet Club que ce soit version Prince Devitt ou AJ Styles ont débuté en agressant Jey et Jimmy Uso, les cousins de Roman Reigns. Du coup, les spéculations vont vite bon train même si la WWE joue rapidement la carte du rassemblement pas tout à fait voulu. Depuis son arrivée à la WWE, AJ Styles a joué la carte du face plutôt tranquille, ne faisant parler que le in-ring pour s’attirer les faveurs du public.

Là, si on prend en compte les actions de Luke Gallow et Karl Anderson, on part vers un clan plutôt heel, clan dont ne veut pas tout à fait faire partie AJ Styles. On se retrouve une nouvelle fois coincé entre deux états. On ne peut pas tout à fait parler de clan, mais dire qu’il n’y a pas une alliance serait tout aussi faux. D’ailleurs, l’ambition est au final de voir le conflit comme une opposition entre Roman Reigns alliés aux Usos et AJ Styles alliés à ses deux partenaires de sa période NJPW.

Tout cela ajoute de la confusion dans l’alignement de chacun. AJ Styles peut très bien se révéler comme manipulateur et de jouer sur deux plans, comme la WWE peut très bien créer des tensions entre AJ Styles et ses deux amis, s’ils continuent d’intervenir pour agresser Reigns et les Usos. Globalement, les attentes autour du match de dimanche se placent aussi là. Est-ce la WWE va vraiment reformer le Bullet Club ? Et est-ce qu’elle va du coup appeler Finn Balor au niveau supérieur pour ajouter encore un peu de sel à tout cela?

Une confrontation probablement perturbée

On imagine donc mal à ce que le match pour le titre de la WWE finisse de manière tout à fait clean. On doute aussi grandement de la défaite de Roman Reigns, à peine devenu champion après une course perturbée au titre. Lui enlever la ceinture serait un aveu de l’échec qu’a été l’accession de Reigns au titre suprême et on doute que la WWE soit prêt à faire ce désaveu.

Cependant, les interventions des Usos et de Gallow et Anderson semblent inévitables et probablement fatales à l’un des deux catcheurs. AJ Styles pourrait se faire trahir par ses anciens coéquipiers, qui ont eux bien l’air d’être parti pour s’aligner du côté obscur de la WWE. Globalement, l’incertitude règne pas mal autour de ce match. En terme de technique pur, l’opposition devrait tenir la route puisque et si AJ Styles arrive à sortir le meilleur de Roman Reigns, la surprise de la soirée pourrait se trouver tout simplement dans le main-event.

Mais, en attendant, c’est surtout le manque d’éléments qui est manifeste lorsque l’on parle de cette rivalité. Les hésitations, le manque d’épaisseur de l’histoire malgré qu’il y ait déjà deux groupes en opposition font que la rivalité manque d’aplomb. C’est souvent le soucis lorsqu’une nouvelle rivalité est mise en place après WrestleMania et c’est naturel qu’il faille un peu de temps pour remettre la machine en route.

Il va falloir passer à la vitesse supérieur à Payback si la WWE veut faire de cette rivalité autre chose qu’un événement de transition fait pour débuter le règne de Roman Reigns. Loin d’être inquiété, les obstacles dressés devant l’ancien powerhouse du Shield sont déjà assez consistants, de quoi espérer des revirements intéressants lors de ce dimanche. La WWE a de toute façon besoin de voir son main-event sombrer dans un certains chaos et de remettre de lourds enjeux afin de permettre à Roman Reigns de faire oublier un peu sa prise de titre impopulaire. Pour distraire la concentration du public autour de Roman Reigns, il faut tout simplement raconter une bonne histoire, et ça, la WWE en a plus que jamais besoin.

Pierre D.
Auteur :
Analyse de pay-per-view, décryptage. Lieutenant de VoxCatch.