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ROH Best In The World 2016 : Le build-up, grand absent de la soirée

roh best in the world 2016 © ROH
Le 24 juin, la Ring of Honor présentait son annuel événement Best in The World. Toutes les ceintures étaient défendues. Au programme: le Bullet Club version ROH, les adieux d'une figure emblématique de la compagnie, et le point culminant d'une rivalité de deux ans. Tout était en place pour que l'on ait un pay-per-view très chaud et très attendu. Tout, sauf le build-up.

Mettons immédiatement les pieds dans la plat : la Ring of Honor a actuellement exactement le problème que la TNA : une incapacité totale a faire parler d’elle et à construire des rivalités qui captivent le public. Les raisons? Entre autres: un Bullet Club version low-cost omniprésent et sur-protégé, des shows télévisés enregistrés trois mois à l’avance et se reposant bien trop sur les stars de la NJPW et des challengers aux ceintures venant de nulle part. Mais nous y reviendrons plus tard.

Une undercard qui souffre d’un manque de build-up

Le bas de carte souffre terriblement du manque d’enjeu. Par exemple Silas Young est dans la même rivalité depuis des années mais avec des adversaires différents. Cette fois ci c’est ACH qui en fait les frais car il aime les mangas et fait du cosplay de One Piece. C’est quand même vraiment dommage que rien de mieux ne puisse être fait avec ces deux catcheurs qui doivent combattre dans l’indifférence générale considérant leurs talents respectifs. Il n’est à ce titre pas anodin de voir ACH prendre des bookings ailleurs comme à la Pro-Wrestling NOAH dans la Junior Tag League. Pour ce qui est du combat on a vu un match assez classique, Young le big man qui essaie de garder ACH au sol avant le comeback de ce dernier qui lui assène un brainbuster et un 450° splash pour la victoire.

Mais le booking paresseux est plus flagrant dans l’opener. On y retrouve Kamaitachi — lutteur japonais de la NJPW qui était en excursion à la CMLL qui sort d’une rivalité bouillante avec Dragon Lee et qui a sorti nombre de grands matchs — qui fait ses débuts à la ROH. Le fait qu’il soit en opener est plus ou moins logique, mais pourquoi contre Kyle O’Reilly qui est le challenger n°1 au titre Poids-Lourds de la ROH ? Mettre ces deux personnes en opener, c’est les mettre au même niveau, ce qui est une aberration surtout quand on voit qu’au final c’est Kamaitcahi qui malgré sa défaite a bien plus d’exposition dans ce PPV que O’Reilly, une des grandes stars de la ROH. Le combat est assez bon tout de même avec O’Reilly qui gagne avec un cross armbreaker. Kamaitachi s’affirme en heel en refusant la poignée de main de la moitié des RedDragon et en lui crachant dessus.

Les Adieux de Mr ROH

Tout a une fin, même les bonnes choses : Roderick Strong n’apparaîtra plus sur un ring de la Ring Of Honor. Des rumeurs l’envoient vers EVOLVE et l’univers WWNLive. D’autres bien plus insistantes vers NXT et la WWE. On le comprend, à trente deux ans et bientôt marié, il doit penser à assurer son avenir financier et lancer sa carrière dans une dimension à la hauteur de son talent. Champion Triple Crown de la Ring of Honor, il a littéralement tout gagné dans la promotion. On aurait pu penser à ce titre que Delirious lui aurait offert un vrai beau match de gala pour ses adieux, eh bien pas du tout.

Ce sera contre Mark Briscoe dans un match sans enjeu, sans build-up et sans intérêt qu’il fera ses adieux. Mark Briscoe profitant de ce match pour arborer un crane rasé qui lui servira de mind game dans le début de match, même si c’est un peu inutile dans un affrontement sans enjeu particulier. Le match par contre est assez bon, mais Roderick Strong perd de manière très franche sur un fisherman buster en plein centre du ring. Il a droit à une minute dans le ring et sur la rampe pour dire au revoir. Quand on voit les cérémonies faites à certains qui n’avaient pas son palmarès lors de leur départ, on peut s’interroger sur le manque de respect pour cet énorme lutteur et icone de la scène indépendante.

Le Bullet Club light : le merchandising prend le pas sur le booking

Je pose la question : qui est encore intéressé par ce Bullet Club light version nWo Wolfpack 2.0 ? Greffer Adam Cole aux Young Bucks pour couvrir l’incapacité à amener Kenny Omega régulièrement — et aussi masquer le fait de ne pas savoir le booker autrement que dans une faction, n’est-ce pas là une redite du Mount Rushmore 2.0 qui a été créé récemment à la PWG ? Si l’on compare la manière dont le Bullet Club était chaud il y a deux ans avec AJ Styles, Guns & Gallows et les Young Bucks avec ce qu’il est devenu aujourd’hui, on a du mal à comprendre comment les t-shirts continuent à se vendre comme des petits pains. On a affaire à une marque plus qu’un véritable groupe, de plus les matchs sont absolument tous similaires spots pour spots.

Justement pour ce qui est du match, ce sont plutôt les big men qui ont été les plus fringants. Au milieu des spots éculés de superkicks et sauts — piquant même le terminator spot de Kenny Omega, on appréciera la comparaison, on a des superbes spots comme un senton vers l’extérieur de Hanson, un tope tornillo de Moose, un superbe composition pop-up german suplex / lariat de la paire Hanson et Moose. Et au final c’est ce même Moose qui prend un Meltzer Driver pour une de ses dernières apparitions à la Ring of Honor.

Kevin Kelly le dit assez bien : tant que le Bullet Club vend des t-shirts, ils resteront bookés de la sorte. Vu que c’est la seule marque que la ROH possède qui ait une valeur marchande, c’est difficilement contestable, et c’est bien dommage.

Corino et BJ Whitmer s’affrontent dans la seule rivalité construite du show

Cette rivalité est bien construite depuis plus d’un an malgré la blessure de Steve Corino et l’état physique des deux catcheurs qui ont tout deux du passer entre les mains d’un chirurgien il y a peu. Vu l’état de la nuque de l’un, et du genou de l’autre, on peut imaginer qu’un match hardcore est un pari très risqué. En très grand pro Corino arrive à mettre des frissons aux nostalgiques de sa grande époque, tout de blanc vêtu — ce qui donnera un aspect assez particulier au bain de sang qui suivra, teinture blonde de retour et maquillage sous les yeux, il apparaît possédé.

Le match est excellent pour ce qu’il est et contourne tout à fait les limites des deux lutteurs. Corino perd une dent dès le début de match, les deux saignent à profusion, on a énormément de cascades. Ils catchent tous les deux en tenue blanche, ce qui fait ressortir le rouge vif du sang s’ajoutant à l’aspect hardcore de l’affrontement. Mais le fait que le seul combat ayant une véritable signification soit porté par des vétérans montre que le booking est vraiment défaillant.

Pour ce qui est de l’issue du combat, elle pourrait être lourde de conséquences en coulisses, car c’est Kevin Sullivan qui vient en aide à BJ Whitmer. Le Taskmaster, ancien booker de la WCW et père de nombreux angles du catch des années 90 et 2000 pourrait s’immiscer dans le booking de la Ring of Honor, ce qui ferait le plus grand bien à la promotion afin que cette dernière cesse de s’appuyer sur des talents extérieurs pour générer un intérêt.

A noter que Nigel McGuinness refuse d’assister au combat. Rien à voir avec la storyline, mais parce qu’il milite pour que cesse le blading dans le catch.

Des ceintures en jeu mais aucune rivalité

Que ce soit les titres de champions par équipe qui reposent sur le simple fait que les Motor City machine Guns ont battu The Addiction il y a quelques mois quand aucun n’était champion, Dalton Castle qui gagne un 4-way pour devenir aspirant au titre TV de Bobby Fish, ou Jay Briscoe qui s’incruste dans un match de championnat au titre poids-lourds de Jay Lethal alors qu’il n’a disputé que deux single matches en 2016, rien n’est fait pour que le spectateur se sente investi dans ces matches à enjeux.

Ne vous méprenez pas, ces trois matchs sont très bons, mais ils souffrent d’un public absolument endormi parce que pas intéressé du tout. A un moment donné Dalton Castle plonge dans la foule pour révéler que l’endroit est quasi vide de spectateurs… Est-ce vraiment la meilleure chose à faire ?

Bobby Fish et Dalton Castle livrent un excellent combat, Fish garde sa ceinture mais la fin n’impacte pas Castle car il prend sur un Sunset Flip qui suit sa tentative de Bangarang. Dalton Castle est un des rares catcheurs de la ROH à être totalement over malgré le fait qu’il s’agissait de la première fois qu’il avait une chance de gagner un titre.

Le match par équipe voit The Addiction gagner contre les Motor City Machine Guns. Super combat comme on pouvait s’y attendre entre les quatre catcheur, gâché par une fin incompréhensible ou Kamaitachi vient au bord du ring s’en prendre à Jay White qui était assis au premier rang. Les deux jeunes catcheurs se battent ensuite dans le ring ce qui distrait l’arbitre qui ne voit pas le low blow et le Best Meltzer Ever. Quand même un très bon match.

Le main-event par contre donne vraiment l’impression d’assister à un match décidé à la va-vite, l’histoire étant que cela fait un an que Jay Briscoe a perdu le titre face à Jay Lethal à Best in The World l’année dernière. Ce n’est pas très malin car cela rappelle à tout le monde que la rivalité était chaude l’an dernier, et qu’elle est froide comme la glace cette année. Le combat en lui même est très bon avec un rappel de l’an dernier ou Jay Briscoe vole cette fois-ci le Lethal Injection de son adversaire. La fin voit Lethal porter un Top Rope Cutter suivi de son Lethal Injection pour le compte de trois. Les deux catcheurs se serrent la main dans le ring, solidifiant le face turn de Jay Lethal un an après être devenu champion.

Best In The World 2016 est un show solide mais qui souffre grandement d’un manque de construction au niveau des storylines, ne générant presque aucun intérêt dans aucun des matchs. Ce qui est fort dommage quand on voit le talent présent dans le roster de la Ring of Honor. Le meilleur combat restera celui entre Steve Corino et BJ Whitmer, suivi de Bobby Fish contre Dalton Castle et le main-event. On reste tout de même sur notre faim.

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