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WWE Backlash 2016 : AJ Styles prend le contrôle de SmackDown

Ce dimanche soir avait lieu Backlash, le premier pay-per-view exclusif au roster de SmackDown depuis la séparation des brands.
© WWE

Les semaines s’enchaînent très rapidement depuis la mi-juillet. Deux mois à peine se sont écoulés depuis la Draft et la WWE lance d’ores et déjà des pay-per-views dédiés à ses deux shows. Pour entamer ce nouveau cycle, SmackDown présentait ce dimanche un revenant, Backlash. Au programme, des matchs préparés dans un laps de temps très court et pourtant très intense.

En effet, en trois semaines, le show bleu a eu le temps d’installer AJ Styles en tant que challenger tout en lançant les animosités avec le champion de la WWE Dean Ambrose, de relancer une rivalité pour le titre intercontinental en braquant le spotlight sur The Miz, de construire un tournoi à huit équipes pour les nouveaux titres tag team et d’instaurer un titre féminin qui regroupe la quasi-totalité du roster féminin du show bleu – en l’absence de la toujours suspendue Eva Marie.

Un tour de force qui pourtant n’a pas vraiment permis d’attirer l’attention des fans. Si le format de deux heures fonctionne très bien pour SmackDown, il ne laisse pas vraiment de place à l’erreur ou aux moments de flottements qui peuvent ruiner un show, ce qui a malheureusement pu arriver pendant ces trois semaines, laissant quelques doutes par rapport à ce qu’apporterait Backlash au show bleu.

Ces doutes se matérialisaient assez bien lors du pre-show qui a vu Baron Corbin battre Apollo Crews. Dans un show qui se déclare comme un lieu d’opportunités pour ceux qui n’en ont jamais vraiment eues, voir deux additions de 2016 au roster principal se battre en pre-show est un peu maladroit, surtout lorsque l’on peut très bien justifier la présence du match tag team pour atteindre la finale du tournoi pour les titres sans trop de mal.

Cette maladresse mise à l’écart, le travail entre les deux catcheurs a été intéressant à défaut d’être réellement original. L’unique réel défaut de l’opposition entre Corbin et Crews réside dans le fait que le rythme a été très haché, ne laissant pas vraiment de momentum à l’un ou l’autre des deux catcheurs qui ne faisaient qu’enchaîner des spots puis des nearfalls jusqu’au End of Days de Baron Corbin. Le voilà, notre nouveau Pre-Show Stopper.

Becky Lynch championne sans surprise

Le show débute avec Shane McMahon et Daniel Bryan qui annoncent les festivités de la soirée. Une ouverture assez sobre pour mettre le public en jambe. Une sorte de moyen également d’enlever un peu de pression au match féminin. Premier match de la soirée, le six-pack challenge offre une chance à pas mal de catcheuses de se montrer. Car en dehors des expérimentées Natalya et Nikki Bella, on se retrouvait avec quatre catcheuses peu habituées aux matchs pour un titre – même si Becky Lynch a participé au match de WrestleMania 32, ce qui est une sacrée expérience.

En résulte du coup des imprécisions plus ou moins visibles. La retenue est souvent assez palpable dans les matchs féminins de la WWE, ce match-ci n’a pas fait exception. L’exemple le plus notable reste ce mouvement botché de Naomi qui essaye d’attraper le tête de Natalya alors qu’elle est en équilibre sur ses mains sur le bord du ring. Un mouvement assez gênant étant donné le peu de solutions pour rattraper la situation et offrant un instant très étrange.

Tout n’est pourtant pas à jeter. S’il faudra un jour dire que la Superplex into Powerbomb au coin du ring devient un cliché assez ennuyeux car prévisible, le flying neckbreaker into powerbomb était une très bonne idée pour amener le premier tombé sur Alexa Bliss. Cette dernière a d’ailleurs été plutôt étonnante, amenant pas mal d’énergie sur le ring, là où Carmella finit dans le top 2 alors qu’elle délivre une performance somme toute médiocre, tout ça dans l’optique de sa rivalité avec Nikki Bella.

Au final, Becky Lynch prend sa place sur le trône féminin de SmackDown comme annoncé et aura fort à faire quand on voit les montagnes russes qui représente la section féminine de SmackDown. Tout le monde y est un peu vert, manquant d’expérience et de justesse et montre peut être moins de potentiel que la section féminine de Raw. Malgré tout, en terme de booking pur, ce six-pack challenge a été bien mené, offrant du temps pour tout le monde et une victoire logique pour lancer le titre féminin du show bleu. On notera l’interview pleine d’émotions après-match de « Becky Balboa » qui tient enfin son premier titre à la WWE, elle qui était la seule Horsewoman à ne pas avoir tenu le titre féminin de NXT.

Heath Slater, le One Man Band qui fonctionnait mieux en duo

Deuxième nouveau titre en jeu, celui du championnat par équipe qui s’est étalé sur deux matchs. Le premier était un match retour entre les Hype Bros et les Usos. Ces derniers finiront par l’emporter mais il faut noter le match assez puissant du duo Zack Ryder / Mojo Rawley. Dans un style très unilatéral, la paire qui s’est formée à NXT a plutôt dominé le match et mis un rythme fédérateur à l’ambiance, le public rentrant plus facilement dans les échanges.

Les Usos se sont quant à eux contentés de suivre en offrant quelques double tags de leur arsenal et en jouant une partition plus terre à terre. La voltige c’est pour les faces, vous êtes prévenus. Autre changement majeur, la fin, où les frangins se débarassent de Zack Ryder et son copain grâce à une soumission. Changement vestimentaire et in-ring, il faudrait aussi penser à la musique pour suivre ce renouveau de l’équipe samoane.

Ils rejoignent en finale Heath Slater et Rhyno qui ont servi de fil rouge sur cette soirée avec une interview assez bizarre dans le Twitter Lounge de la WWE où ils finissent par décider d’aller à Dollywood – qui apparemment est un parc d’attractions – s’ils gagnent ce soir. Le second segment fait moins dans la finesse puisqu’en interview, Slater fait semblant d’être serein avant de revenir et dire qu’il a l’estomac en vrac et en finissant sur une magnifique blague “je me suis chié dessus” qu’on laissera passer parce que c’est lui. Le duo semble en tout cas avoir trouvé un semblant de dynamique, une sorte de variation de duo bouffonesque où l’un parle et l’autre incarne les muscles. Une dynamique que l’on retrouve dans la finale face aux Usos.

Heath Slater, plus over que jamais, joue la partition du face en détresse la majeure partie du match. Celui-ci est d’ailleurs dans la schématique classique de la division tag-team, peut-être même un peu trop. Finalement, le succès du match repose énormément sur l’affection créée autour de Heath Slater et de sa situation depuis deux mois. Symboliquement, Rhyno ne fait pas totalement le dernier run et Slater prend pas mal de momentum avec des enchaînements sur les Usos, l’occasion de rappeler les mouvements de Slater au public après des années passées à être un jobber.

Slater fait le tombé après un Gore de Rhyno et l’équipe peut dignement fêter une victoire préparée avec justesse dans le booking de l’équipe avec assez de turbulences dans le tournoi pour justifier l’avènement d’une paire récemment formée. Le public adore, American Alpha a le temps de se faire un peu les dents, c’est parfait.

The Miz surprend tout en restant le même

Avant Heath Slater et Rhyno, une autre source de satisfaction a émergé de la rivalité pour le titre intercontinental. Enfin, la rivalité se situe plus entre Daniel Bryan et The Miz qu’entre le champion et son challenger. Dolph Ziggler, un peu l’instrument de Bryan dans le processus, redescend de son title shot pour le titre de la WWE de manière assez abrupte, servant plus de marionnette que de réelle menace spontanée.

L’animosité entre le champion intercontinental et son general manager est toutefois énorme, et on regrette chaque instant que la possibilité d’un retour in-ring de Daniel Bryan soit aussi mince. Pas que l’on veuille qu’il risque sa santé mais il faut dire que l’opposition potentielle entre The Miz et Daniel Bryan a tellement de passif derrière elle qu’elle ferait une opposition où les fans suivraient sans problème. Un de ces duels au long terme qui existe depuis NXT où Daniel Bryan était le rookie du Miz dont il est aujourd’hui le general manager. La rivalité parfaite.

D’autant plus que le Miz hausse son niveau de promo depuis ce fameux Talking Smack et les différentes piques faites à la fin de carrière de Daniel Bryan fonctionnent d’autant mieux que ce dernier reste muet et semble affecté par ces attaques verbales – encore ce dimanche avec ce segment juste avant le match où le Miz veut renégocier son contrat.

Un segment qui ne laisse pas énormément de doutes quant à l’issue du match face à Dolph Ziggler puisque l’on se doute qu’une perte de titre ferait perdre l’ascendant que prend doucement le Miz sur son general manager. Le match commence d’ailleurs sur des bases très fortes pour le champion. Après une série de mouvements qui ressemble à un « hommage » au match UFC 203 de CM Punk face à Mickey Gall, le match tombe dans une lourde domination du Miz, marqué par la volonté de blesser Dolph Ziggler qui va vendre une blessure à la jambe tout au long du match.

Le match va finir par s’emballer et offrir son dernier dénouement après une intervention de Maryse qui semble plus être là pour ne pas décrédibiliser davantage Dolph Ziggler qu’autre chose. Ce spray dans les yeux de Dolph Ziggler, c’est la justification de la continuité de la rivalité et une occasion supplémentaire pour les heels d’éclipser le match du Miz derrière un seul fait, celui qu’il a triché. Et c’est tant mieux car la rivalité pour le titre intercontinental est passionnante, pas seulement grâce aux personnes impliquées – ce qui était le cas il y a trois mois quand Zayn, Owens et Cesaro tournaient autour du titre – mais parce que l’histoire est en plus de cela bonne, efficace et significative pour les personnages mis en avant.

Un peu comme une pause dans toute cette soirée logique et efficace, la rivalité entre Randy Orton et Bray Wyatt est survenue. Blessé, l’absence de The Viper est justifié avec ce segment d’agression en coulisses où Bray Wyatt blesse Randy Orton à la jambe. Pour un peu ajouter à tout cela, Bray Wyatt demande à l’arbitre d’officialiser le forfait plus tard dans la soirée, un geste étrange pour le gourou tant cela apparaît comme une manœuvre de heel classique, loin de son personnage.

Pour ne pas le laisser sans adversaire, Kane est annoncé pour un No Holds Barred improvisé qui va tourner un peu court après quelques minutes intenses et pas trop mal étant donné la catastrophe qu’avait été l’opposition entre Kane et Bray Wyatt à SummerSlam – souvenez-vous de ce terrible Inferno Match, on en a encore des cauchemars. Le final reste tronqué puisque Randy Orton arrive et arrive à surprendre Bray Wyatt avec un RKO alors qu’il boîte et que Wyatt l’avait vu venir depuis cinq bonnes minutes.

Une défaite de plus pour l’ancien gourou de la Wyatt Family qui semble de plus en plus perdu dans les méandres de l’upcard, errant sans réel but pour son personnage si ce n’est d’occuper les autres upcarders sans jamais approcher un titre. Depuis son arrivée avec la Wyatt Family en 2013, le personnage n’a pas évolué, a même plutôt effectué des montagnes russes après sa rivalité contre John Cena, même si cette fois-ci la pente descendante semble bien longue.

AJ Styles, MVP de l’année 2016 ?

Viens au final le main event qui, avouons-le, était une énigme partielle du show, comme la quasi-totalité de la carte finalement. Pas que les doutes étaient élevés, mais il y avait un manque évident de matière pour connaître l’alchimie in-ring entre les deux catcheurs. L’issue du match était également une source de questionnement puisqu’une victoire de AJ Styles le lancerait sur une dynamique exceptionnelle et celle d’Ambrose donnerait une potentielle première grosse défense de titre dans un règne qui n’est pas des plus impressionnant.

Au final, la tournure du match a été extrêmement intéressante et pas loin de la construction du titre intercontinental. Le heel domine les débats de débuts de match et même sur la longueur. En montrant un AJ Styles au dessus de Dean Ambrose, on semble jouer la carte du champion en difficulté qui va revenir de nulle part, un schéma que l’on connaît bien et qui correspond bien à un personnage au move-set réduit comme Dean Ambrose.

Cependant, cette soirée avait décidé d’être surprenante jusqu’au bout, l’issue du match se jouant autour d’un ref bump puis d’un low blow qui semble être la thématique majeure de la rivalité entre AJ Styles et Dean Ambrose. Le Phenomenal One enchaîne avec son Styles Clash et remporte un titre de la WWE qu’on l’aurait bien vu remporter face à Roman Reigns mais qu’il finit par prendre à Dean Ambrose.

Si l’on peut être déçu de la défaite de Dean Ambrose alors que son règne n’était pas des plus marquants, que dire de l’année de AJ Styles. Depuis son arrivée au Royal Rumble, son année est impressionnante. Certes, il a un statut particulier avec un passif dans l’indy qui dépasse tous les autres catcheurs de la WWE mais le voir accéder au titre aussi rapidement en plus d’avoir battu John Cena, c’est probablement l’une des meilleures première année pour un catcheur depuis bien longtemps.

Mieux encore, ses promos deviennent de plus en plus solide, son attitude depuis son heel turn est excellente et, cerise sur ce magnifique gâteau, la quasi totalité de ses matchs sont bons pour ne pas dire excellents. Nouvel exemple ce soir où, si l’affrontement n’a pas été le meilleur match de la soirée, il reste le meilleur un contre un de Dean Ambrose depuis un bon moment. Peut-être qu’il faudra d’ailleurs relancer la machine pour Dean Ambrose en offrant un second souffle à un personnage pas loin de subir un « syndrome Bray Wyatt ».

Backlash se termine donc avec AJ Styles, dont on dirait bien qu’il vit le sommet de son année mais comme on a envie d’en voir encore plus, on va se dire qu’il nous réserve encore quelques belles surprises. Belle surprise est d’ailleurs l’expression qui revient sûrement le plus quand on parle de ce pay-per-view. Cohérent dans son booking, propre dans la qualité de ses matchs, le show a surtout été valorisé par une absence de dispersion, là où il aurait pu facilement se perdre dans des matchs bouche-trous pour combler trois heures de show, il est resté dans une ligne directrice simple : mettre en valeur toutes les divisions et titres de SmackDown.

De ce Backlash, SmackDown sort grandit, lancé dans une dynamique qu’on espère voir prospérer d’autant plus que le prochain pay-per-view, No Mercy, arrive dans un mois environ. Avec un roster qui paraît fragile, SmackDown arrive à tirer le meilleur de pas mal de son roster, jouant sur les dynamiques de chacun pour les faire monter ou descendre dans la hiérarchie. Et si en plus on a de bons matchs, on peut dire que le show bleu a un bel avenir devant lui, à condition de ne pas s’enfermer dans une routine trop évidente.

Pierre D.
Auteur :
Analyse de pay-per-view, décryptage. Lieutenant de VoxCatch.