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WWE Clash of Champions 2016 : Retour de bâton pour Seth Rollins

Ce dimanche le pay-per-view Clash of Champions n'a pas été terrible pour Seth Rollins qui se rend compte ce que cela fait d'être l'underdog d'une rivalité.
rollins-coc © WWE

Deux semaines à peine après le premier pay-per-view exclusif à SmackDown, c’est Raw qui prend la suite avec Clash of Champions. Un titre hybride entre le pay-per-view de la WCW et Night of Champions, même si au final le principe reste le même : tous les titres sont défendus et la soirée doit être synonymes d’enjeux du début à la fin. Toutefois, le roster de RAW arrive à ce Clash of Champions avec le même sentiment que Smackdown à Backlash avec des imprécisions dans les rivalités qui sont mises en valeur.

La faute à une progression qui se veut lente pour des pay-per-views qui arrivent tous les mois. Avec si peu de temps, difficile de faire évoluer les antagonismes comme on le voudrait et plusieurs fois lors de ce pay-per-view, on sentira la foule avoir du mal à entrer dans les matchs et ce sera aux lutteurs de créer la tension qui ne se sentait pas auparavant. Clash of Champions, comme Backlash, n’a pas pour but de créer des finalités mais plutôt des nouveaux enjeux pour s’orienter ensuite vers Hell in a Cell et Survivor Series.

Il est d’ailleurs intéressant de voir que la réponse de Sami Zayn dans le kickoff lors de son interview reprend les bases de la rivalité avec Chris Jericho en insufflant en plus cette rivalité à distance qui continue avec le champion Universal Kevin Owens. C’est le signe de l’orientation future de Zayn qui essaye toujours d’obtenir une vengeance supplémentaire sur sa Némésis éternelle.

Autre point intéressant de ce kick-off, c’est le match entre Nia Jax et Alicia Fox qui a vu cette dernière réussir à faire plus que de la figuration. Malheureusement, elle n’a pas non plus montré grand chose et marque juste une étape dans la progression de Nia Jax qui doit maintenant trouver une première grande adversaire à se mettre sous la dent et on sent que la rivalité entre Sasha Banks, Charlotte et Bayley va laisser une des catcheuses disponible pour celle qui essaye de prendre le rôle de monster heel de la division féminine.

Le New Day donne le rythme de soirée

Ce pay-per-view démarre et en l’absence des SAWFT de la carte, c’est ni plus ni moins que le New Day qui prend le rôle de chauffeur de salle. Force est de constater que cela fonctionne très bien, le New Day enchaînant un discours bien huilé avant l’arrivée de Karl Anderson et Luke Gallows. Un duo qui traîne depuis un petit moment autour des ceintures et qui est, disons-le clairement, le seul prétendant sérieux aux titres par équipe.

Ils mettent d’ailleurs ce statut en avant très rapidement avec un match qui part sur les chapeaux de roues, Anderson et Gallows isolant Kingston de ses partenaires en sortant Big E et Xavier Woods de l’équation. Cela dit, pas si longtemps que cela vu que le match a duré moins de dix minutes. Un temps très faible compensé par la capacité des deux équipes à ne faire aucun temps mort tout en y mettant l’intensité nécessaire pour que cela ne paraisse pas comme un gain de temps.

Cette agression constante entre les deux équipes est probablement ce qu’on aurait aimé voir plus souvent, plutôt qu’une série de segments maladroits, sensés être drôles mais qui sont au mieux gênants. Ce dimanche, au moins, c’est l’action qui a prévalu et finalement, le résultat importait peu puisqu’un match aussi rapide implique aussi qu’il n’a rien de final. En d’autres termes, ce match était un excellent opener et n’aurait pas eu un accueil aussi bon dans un autre rôle.

La victoire du New Day n’est pas négative pour Gallows et Anderson car ils ont dominé une partie du match de la tête et des épaules et que le trio ne doit son Salut qu’à une intervention de Xavier Woods qui frappe Karl Anderson avec Francesca, son trombone. Un règne qui continue donc pour le trio et une aventure qui semble ne jamais vouloir s’arrêter. Peut-être faudrait-il que la menace se fasse plus imposante sur les titres à Hell in a Cell ?

Changement de match et changement d’atmosphère puisque la WWE inaugure la division cruiserweight en pay-per-view, allant jusqu’à remplacer les cordes pour les mettre aux couleurs de la division. Les catcheurs restant du Cruiserweight Classic se sont présentés à Raw et Brian Kendrick a gagné le droit de tenter sa chance au titre détenu par TJ Perkins, vainqueur surprenant du tournoi organisé par la WWE. L’adepte du knee bar a eu le droit à une petite interview sympathique avant son match, mettant en avant son adversaire sans se dévaloriser.

Malgré cela, il manquait un peu de développement au tout, la division ne s’étant lancée que depuis lundi et le champion n’ayant pas vraiment pu développer de rivalité avec son adversaire, les seuls points importants étant dits aux commentaires par Michael Cole, soulignant la connexion entre Kendrick et Perkins par leur passé commun. Les entrées nous réservent même une surprise avec ce dernier qui a une esthétique de jeux vidéo old school.

Si le theme song n’est pas très transcendant, la mise en scène de son entrée avec les écrans est vraiment excellente et tire profit au maximum du nouveau décor spécifique à Raw. Le champion bénéficie pas mal de cette première apparition et le match est presque une présentation de son move set au public qui n’a pas regardé le Network tous les mercredis. Bien que le match n’ait pas été exempt de défaut, le style aérien de TJ Perkins semble avoir bien marqué le public.

Il est aidé par la présence de Brian Kendrick qui pour son retour en pay-per-view signe une performance juste tout en sobriété. Efficace dans ses mouvements et avec un but visible de mettre en avant son opposant. Même si les spectateurs ne le connaissent pas forcément tous, il a été présenté comme le vétéran et se met un peu en retrait, tout juste pour ne pas devenir une anecdote du match. Après ce dernier, remporté par TJ Perkins, Brian Kendrick attaque le champion, comme pour poursuivre la rivalité. Une bonne idée tant le reste de la division va avoir besoin de temps pour se faire connaître.

Cesaro et Sheamus enfin en guerre

Dernier match du Best of Seven Series, ce Cesaro contre Sheamus n’attirait pas vraiment plus que cela. La faute à une série très groupée et jamais vraiment mise en avant alors qu’elle doit désigner un futur challenger en puissance. Finalement, elle a plutôt ressemblé à un bouche-trou pour deux catcheurs qu’il fallait occuper. Pas que les matchs étaient sans envergure, mais le manque d’impact donné à chaque victoire était jusque là problématique.

Et il semble que la WWE ait voulu un peu se racheter. En mettant d’abord en scène un résumé assez sympathique des six matchs et de leur impact sur le physique de chacun. Un récapitulatif qui va mettre le pied à l’étrier pour une bataille physique qu’on attendait des deux catcheurs. Dans un style de brawl le plus pur, Cesaro et Sheamus ont décidé de jouer une partition brutale, sans concession et avec un storytelling qui est un classique du genre. Diablement efficace tant chaque sacrifice fait par l’un des catcheurs paraît pouvoir conclure les débats.

Le sacrifice est tellement présent que le tope suicida de Cesaro a vraiment failli être suicidaire. Gros coup de frayeur lorsque celui-ci tombe tête la première sur le sol à l’extérieur du ring, plus de peur que de mal, fort heureusement. Reste que le match continue et les finishers ne suffiront pas, les deux catcheurs finissant par passer par dessus la barricade, terminant le match sur un no contest dû à des blessures respectives.

Une fin de match parfaite pour les deux puisqu’en une soirée, ils auront réussi à susciter l’intérêt du public, demandant à ce que le combat reprenne, à se mettre en avant comme deux combattants très agressifs et à donner le souffle épique qu’on attendait depuis un moment dans ce Best of Seven Series. L’idéal, puisque le main-event risque de voir encore Seth Rollins chercher une revanche, serait d’attendre jusque Hell in a Cell pour que les deux s’affrontent de nouveau. Offrir une pause physique à la rivalité pour construire ce septième match lui donnerait un côté de showstealer en puissance. Statut qu’il a obtenu hier soir. Et puis, pourquoi pas faire cela dans la fameuse cage ?

Difficile de suivre un tel match, et pourtant Sami Zayn et Chris Jericho auront bien su reprendre le flambeau avec des bonnes phases et une rivalité secondaire qui devrait permettre à Sami Zayn de gagner un peu en crédit. Le match semble allait dans ce sens tant il fait l’étalage d’un move set qu’on commence à bien connaître et le côté stiff des coups donne aussi une belle dimension au match.

Là où le bât blesse, c’est lorsque Sami Zayn tente trois Helluvah Kick successivement sans qu’il y est une quelconque réflexion derrière cette entreprise. Il se fait contrer les trois fois et ne change pas de stratégie. Au mieux ça montre une certaine obsession aveuglante à finir rapidement son match avec Jericho pour pas le laisser réagir, au pire le catcheur passe pour un naïf qui fonce dans des pièges évidents.

Ce piège, Sami l’accueille à bras ouverts en subissant un Codebreaker qui permet au meilleur ami de Kevin Owens de prendre une victoire logique tant le duo semble avoir une importance pour le titre Universal, Jericho officiant comme une sorte de lieutenant de Kevin Owens, gardant à distance le chien fou qu’a été Sami Zayn à son encontre depuis son arrivée dans le roster principal. On espère que cette rivalité avec Jericho va continuer et permettre à Sami Zayn de monter en puissance pour finalement avoir une opposition entre les frères ennemis. La WWE semble en tout cas jouer sur cette relation en maintenant un lien quelque soit les rivalités des deux hommes.

Charlotte domine la section féminine de Raw

Seul triple threat match de la soirée, l’opposition entre Bayley, Sasha Banks et la championne Charlotte aura plus ou moins tenu ses promesses. Un match qui était, malgré une construction tardive, attendu mais qui n’a pas été forcément aussi bien construit que l’on aurait pu espérer. Qu’on se le dise, le match a eu le temps de se développer, a vu quelques spots très plaisants mais on ne peut s’empêcher de relever des moments de flottements dans les connexions entre les catcheuses.

Et dans cette hésitation palpable, c’est Charlotte qui ressort victorieuse, non pas seulement dans le match en lui-même, mais comme patronne de la division féminine. Alors que Bayley et Sasha ont eu un peu de mal à gérer leurs interactions, la championne a pu se reposer sur un rôle de heel unique du triple threat match.

C’est d’ailleurs dommage d’avoir ajouter Dana Brooke à l’équation alors qu’elle n’y était pas réellement nécessaire. Bloquant que très légèrement Sasha Banks sur le finish, on peut même se dire que la championne s’en sortait très bien sans intervention de sa part. Le fait que Bayley prenne le tombé final signifie probablement que la rivalité restera entre Charlotte et Sasha Banks. Cela tombe assez bien, Nia Jax cherche une nouvelle adversaire et Bayley pourrait s’offrir un match de qualité tout en ne restant pas trop loin du titre féminin. En attendant, c’est l’heure d’offrir enfin un match construit et avec la tension adéquate à Sasha Banks et Charlotte.

La tension reste présente avec le match pour le titre des États-Unis. Un match entre Rusev et Roman Reigns qui a été programmé de manière assez étrange, le titre US n’étant qu’une consolation de Roman Reigns après qu’il ait échoué à s’ajouter au match final. Difficile aussi de développer un lien avec la rivalité quand les résumés reprennent les promos d’avant SummerSlam et les promos de Roman Reigns dont même John Cena n’aurait pas été fier.

Le match lui, est à la hauteur de l’affiche, une opposition de deux brutes avec des mouvements déjà tous connus. Un match aussi assez lent en terme de rythme par rapport au reste de la soirée, comme pour montrer que les coups sont plus forts. On ne peut pas dire pour autant que la match fasse office de réel déclencheur pour s’attacher à la rivalité. Jouant sur les mêmes ressorts que précédemment, c’est-à-dire une domination partagée mais qui tourne au final envers Roman Reigns, l’opposition diffère dans sa finalité où Lana finit par être exclue du ringside, ce qui permet à Roman Reigns de l’emporter sur un spear et de gagner son premier titre secondaire en individuel.

Difficile de passer dans un style de brawl après le match de Cesaro et Sheamus et on peut dire que le public n’a pas autant accroché, les chants « CM Punk » ressortant de nulle part. Et, même si Rusev n’a pas perdu sans honneur, le voir très loin du monster heel de ses débuts est assez dommage tant le personnage avait construit une relation de haine avec le public. Les multiples hésitations autour du personnage auront finalement eu raison de l’intérêt qui s’était construit autour de lui. Pour Roman Reigns, c’est le début d’un règne qu’on espère pas trop unilatéral et, une fois le match revanche effectué, on espérera le voir dans des confrontations plus originales, un peu comme un vent de fraîcheur pour un catcheur qui en a bien besoin.

Kevin Owens inflige à Seth Rollins ses propres techniques

Le titre majeur de Raw a un nouveau détenteur et franchement, on ne peut qu’en être heureux. Si l’on peut regretter que la solution de secours après la blessure de Bálor ressemble un peu trop à The Authority et aux techniques des champions heels depuis Randy Orton – ce qui, il faut l’avouer, commence à faire assez loin – ici le développement autour de Kevin Owens et de son traitement de faveur sonne extrêmement similaire au questionnement autour de Seth Rollins.

Même s’il n’a pas encore semé le doute dans la tête de Kevin Owens, il sera intéressant de voir si Seth Rollins avertira Kevin Owens du traitement qu’il pourrait recevoir, comme Randy Orton l’avait fait lors de leur rivalité avant WrestleMania 31. Mais surtout, dans sa globalité, ce début de rivalité utilise clairement une sorte de miroir inversé pour Seth Rollins. Auparavant dans la place du privilégié, il occupe désormais celle du lésé, du laissé pour compte qui n’aurait « pas ce qu’il faut » pour redevenir champion.

Une place nouvelle d’underdog qui doit surmonter une autorité injuste et qui prépare un face turn de l’ancien architecte du Shield. Une évolution qui, avouons-le, est faite à contre-temps alors qu’elle aurait été plus logique et fluide juste après son retour. Malgré cela, le fait de faire subir à Seth Rollins les mêmes problèmes que ses adversaires ont subi peut être très malin pour lui attirer les faveurs des spectateurs.

Cette première opposition avec Kevin Owens devait donc le mettre en avant comme dominateur du match et même comme un vainqueur potentiel. Une menace qui, comme lorsqu’il était proche de perdre le titre, se voit bloquée par une intervention diverse et variée. Et si Chris Jericho a plus de classe que J&J Security – même si on les aime très fort, ils ne chantaient pas « We are the champions » pour célébrer les victoires de Seth Rollins – le résultat est identique, la distraction du « Best in the world at what he does » menant à un ref bump puis à une autre distraction pour permettre à Kevin Owens de l’emporter après un match qui aurait pu être meilleur étant donné les deux noms impliqués mais qui a délivré des bonnes séquences.

Un « dirty finish », le troisième affectant directement le résultat après le match par équipe et le match féminin, ça fait beaucoup en une seule soirée. Malgré la déception qu’il apporte quant à la finalité du pay-per-view, il amène une astuce scénaristique qui mène probablement à un face turn confirmé pour Seth Rollins. Et pour une fois que la WWE ne veut pas faire les choses de manière trop grossière, on ne va pas trop s’en plaindre.

Si le booking de la soirée est plus obscure que celui de SmackDown lors de Backlash, ce Clash of Champions restera toutefois de qualité. La première partie de pay-per-view est d’ailleurs excellente de par son rythme élevé et les surprises apportées lors des trois premiers matchs plus par leur contenu que par leur résultat. Les matchs majeurs ont, quant à eux, manqués en intensité et en construction, cela étant sûrement dû à la confusion qu’il y a eu lors des derniers épisodes de Raw et du manque de tranchant dans la décision de faire certains matchs.

Des petits défauts qui ne sont pas fatidiques pour la brand rouge mais qui lui donne un petit retard sur la brand bleue si l’on veut jouer à une opposition directe entre les deux shows. Clash of Champions laisse cependant pas mal de signes prometteurs quant aux rivalités de Raw avec plusieurs points qui on l’espère seront plus développés pour Hell in a Cell qui arrive déjà le mois prochain. Un nouveau rythme qui doit pousser la WWE à activer un peu plus vite ses rivalités, ce qui n’est pas encore forcément le cas.

Pierre D.
Auteur :
Analyse de pay-per-view, décryptage. Lieutenant de VoxCatch.