Review

WWE No Mercy 2016 : Spleen et Idéal

Le deuxième pay-per-view de SmackDown depuis la Draft s'est soldé par une soirée inégale, mélangeant grâce et désarroi total.
© WWE

Quand un show possède une carte déjà faible à première vue et qu’on lui enlève l’un de ses principaux matchs avec la blessure de la championne, qu’il est confronté au deuxième débat de l’élection présidentielle américaine qui a provoqué le pire score de l’histoire de Monday Night RAW, on sait que ça va être une soirée compliquée. Mais la WWE a des ressources et a voulu attirer du monde assez vite. Du coup, le main-event est déplacé en opener, le triple threat match pour le titre de la WWE commençant le show.

Une décision compréhensible même si c’est toujours dur de voir une ceinture mondiale défendue si tôt dans un show. Mais soit, cette décision met un peu le match dans une bulle spécifique, en dehors de la logique interne du show pour ce qui est de l’ordre des matchs. En lui évitant la confrontation avec le débat pour la présidentielle, la WWE a donc laissé une ouverture pour un autre main-event. Premier problème, la WWE a totalement loupé le coche, en préférant l’opposition entre Bray Wyatt et Randy Orton à celle pour le titre Intercontinental entre The Miz et Dolph Ziggler.

Qualité des matchs mises à part, la décision au départ est une erreur. La rivalité entre Wyatt et Orton a clairement moins d’enjeu qu’un match qui peut achever la carrière d’un des favoris de la foule. De plus, c’était l’occasion parfaite de surfer sur la belle vague qu’a prise le titre Intercontinental depuis son arrivée dans le show bleu. Un match pour le titre Intercontinental avec une carrière en jeu en main-event aurait été une occasion parfaite de donner au show un symbolisme fort, où la ceinture secondaire de SmackDown ne l’était plus tant que cela.

Reste qu’en dehors de cela, les enjeux du pay-per-view restaient les mêmes. Retrouver la belle lancée qu’avait le show depuis Backlash et qui s’était un peu éteinte ces dernières semaines. Cette baisse de régime s’est un peu ressentie dans le kickoff avec cet espèce de voyage dans le passé qui porte le nom de Curt Hawkins. Lui et ses « facts » ont donné l’impression de repartir 10 ans en arrière, l’époque où tout le monde rigolait encore aux Chuck Norris Facts. Le problème, c’est qu’on est en 2016. On peut également dire que le match tag team fourre-tout remporté par les American Alpha et les Hype Bros face aux Vaudevillains et à The Ascension n’était pas l’idée du siècle.

AJ Styles toujours sur un nuage

Sur cette note, le main-event se présentait à nous. Un sentiment étrange puisqu’une partie des raisons pour lesquelles les spectateurs regardent No Mercy disparaît dans la première demie-heure du show. Reste que le public est très réceptif et porte vite de la voix, l’antagonisme entre les fans et les haters de John Cena aidant sûrement à rentrer tout de suite dans le show. La rivalité est aussi plutôt bien amenée dans le main-event puisqu’il n’y a pas d’esquisse d’alliance, Dean Ambrose s’étant clairement opposé à John Cena lors des SmackDown Live.

Un match qui commence par une domination courte mais très vive du Lunatic Fringe. Dans un style de brawl classique, Dean Ambrose a pris la main avant de souvent rester en dehors du match, n’intervenant que lors des spots et ne reprenant jamais vraiment l’ascendant sur ses adversaires. Du coup, le storytelling se concentre surtout sur un John Cena qui cherche à tout prix ce seizième titre mondial et AJ Styles qui domine techniquement ses adversaires.

Ce dernier reste d’ailleurs sur son nuage. Exécutant des moves techniquement compliqués avec une fluidité impressionnante, le champion de la WWE montre toute sa classe dans un match où il est généralement un liant sur l’action, ne laissant que très rarement Dean Ambrose et John Cena s’affronter. Il sera tellement liant qu’il va abandonner sur une double soumission de John Cena et Dean Ambrose. Une fin de match que l’arbitre va tout de suite annuler puisqu’on ne peut pas avoir deux vainqueurs et donc deux champions. La logique voudrait que l’arbitre ne fasse pas sonner la cloche pour se contredire juste derrière et aurait sûrement dû considérer la seconde soumission comme un cassage de prise mais l’intérêt sera probablement de surfer sur cet événement pour continuer la rivalité.

L’autre événement, c’est la fin du match assez abrupte. Alors que tout le monde a plus ou moins sorti l’entièreté de son arsenal, AJ Styles remporte le match suite à deux gros coups de chaises sur John Cena. Rien d’illégal puisque le match est sans disqualification mais une fin qui paraît assez soudaine et peu concluante considérant que jusque là, le match se déroulait assez bien dans son fonctionnement crescendo. Reste qu’il avait la stature du main-event mais la place en moins, en espérant que Survivor Series offre un rematch plus enlevé aux trois catcheurs qui peuvent encore trouver un moyen de développer la rivalité – pourquoi pas sur un Submission Match.

Heath Slater et Rhyno continuent de rêver

La suite du show va ensuite reprendre un cours assez classique. On enchaîne avec le premier match féminin de la soirée où Nikki Bella affronte Carmella. Cette dernière a vraiment tout le package pour attirer votre haine. Une entrée quelconque, un personnage cliché qui crie énormément pour rien pendant les matchs. Quand on regarde Carmella, on voit tout simplement ce qu’était la division féminine il y a encore quelques années. C’est du coup très intéressant de la voir affronter un des derniers remparts de cette génération mais qui a, il faut le dire, bien progressé.

Avec très peu d’attentes concernant le match et une rivalité qui n’a jamais vraiment décollé dans ses ambitions, on peut dire que le tout s’est conclu par une agréable surprise. Pas que le match ait été vraiment exceptionnel, loin de là, mais il était plutôt propre, Carmella obtenant l’ascendant par moments et mettant Nikki Bella en danger avec des scissors headlock qui ont d’ailleurs bien failli lui donner la victoire. Point noir d’ailleurs du match, son final, où Carmella paraît assez bête en lâchant la soumission pour contester la décision de l’arbitre alors que Nikki Bella avait atteint la corde. Cela fait croire qu’elle ne connaît pas les règles et c’est d’ailleurs là-dessus qu’elle perd le match.

Il va falloir assez rapidement que Carmella prenne de l’épaisseur in-ring et dans son jeu. Le personnage du heel féminin criard attire plus de l’ennui et de la fatigue que de l’intérêt et si elle ne veut pas finir comme Cameron, il va falloir mettre un peu plus de densité à l’attitude de son personnage.

C’est ce qu’ont d’ailleurs fait les Usos. Nouvelle entrée, nouvelles tenues – qui sont peut-être le point négatif du repackaging qu’ils ont effectué – les frères jumeaux bénéficient d’une seconde vie avec ce heel turn. On le sent d’ailleurs lors de ce nouveau match face aux champions par équipe de SmackDown. Heath Slater capte toujours aussi bien l’énergie de la foule et qui est devenu un face solide de l’upcard. Il faudra faire attention que cette ferveur ne descende pas trop vite. Pour l’instant, c’est loin d’être le cas et le duo bénéficie même d’un gain de soutien, Rhyno étant très bien suivi par la foule.

Du coup, l’attitude des Usos à leur égard est assez intéressante à suivre. Moins violente que lors de leur dernier match, les Usos n’ont pas pu développer autant leur nouvelle attitude du fait de la mise en avant plus importante de Heath Slater qui n’a pas uniquement joué le rôle du face en détresse pendant ce match. Résultat, le match a peut-être manqué de menaces sensibles aux titres des champions. Si les Usos ont eu leur instant de domination, ils n’ont pas réellement eu la main sur le match, Rhyno et Heath Slater sortant assez forts de la confrontation.

Techniquement cependant, le tout était très fluide, assez court mais rythmé, ce qui a permis de donner une confrontation vraiment propre sur sa globalité. La victoire de Heath Slater et Rhyno est une demi-surprise étant donné que beaucoup voyaient ce duo comme un one shot, peut-être que le règne va durer plus longtemps que prévu ou s’interrompra d’ici Survivor Series pour laisser place à la rivalité entre les Usos et les American Alpha. En attendant, on profite du duo improbable formé par Heath Slater et Rhyno qui – s’il manque de mouvements en duo – fonctionne assez bien en terme de rythmique in-ring.

Baron Corbin gagne dans l’indifférence

C’est un peu la rivalité que vous ne vouliez pas mais que vous avez. Jack Swagger vs Baron Corbin. Alors qu’il est dans le roster depuis avril, la carrière de Baron Corbin ne décolle vraiment pas. Malgré un package assez bon par rapport à la moyenne et une volonté sensible de la WWE de le mettre en avant, il manque du caractère au personnage du big man. Alors qu’il avait pris un chemin anti-indépendant à NXT, la WWE n’a pas réussi à adapter le discours du heel au roster principal. Végétant dans la midcard, il a récolté Jack Swagger, arrivant de RAW et toujours accroché à ce gimmick de Real American.

Le problème, c’est qu’en dehors du « We The People » qui fonctionnera toujours, le public ne réagit pas réellement. Et comment leur donner tort quand se déroule un match assez quelconque où Baron Corbin éprouve toutes les difficultés pour se défaire de Jack Swagger. C’est cette dernière phrase qui doit vous faire comprendre l’impossibilité actuelle d’un push de Baron Corbin. Comment être crédible lorsqu’on arrive pas à se défaire d’un catcheur qui a perdu toute forme de crédibilité et soutien excepté lorsqu’il fait vibrer la corde du patriotisme ?

D’un personnage comme Corbin, on attendrait bien plus de violence et d’acharnement qu’une victoire après un doigt mis dans l’œil de Jack Swagger. Si on met de côté la performance assez terne des deux catcheurs, il faut voir que la WWE a souvent bien du mal à gérer ses midcarders en les faisant multiplier les rivalités à bases de victoires légères, peu marquantes et les faisant stagner, là où elle bénéficierait probablement plus d’un vivier de catcheurs qui semblent avoir des points forts plus marqués et définis.

The Miz contre Dolph Ziggler, le vrai main-event

Comme évoqué précédemment, ce match arrive avec un sentiment partagé. Le premier est une déception de ne pas voir ce match prendre la place laissée vide du main-event. Ses acteurs et surtout son enjeu étaient bien plus que des justifications légitimes à une telle place. Le second, c’est l’attente par rapport à la fin ou non de la carrière de Dolph Ziggler. Ce scénario, en tant que fan de catch, on l’a souvent vécu dans le sens où le catcheur menacé était proche de la retraite. Dans le cas de Dolph Ziggler, la complexité est plus présente, il est à un âge où les catcheurs de la WWE sont encore potentiellement des main-eventers mais sa carrière a tellement connu des hauts et des bas qu’on comprend pourquoi la stipulation est présente.

Pour The Miz, ce match aurait pu être l’occasion de s’affirmer comme le heel majeur de SmackDown – même devant AJ Styles – en envoyant l’un des catcheurs qui aura eu le plus de soutien de la part des fans pour qu’on le reconnaisse à sa juste valeur. Mais la défaite qu’il va subir des mains de Ziggler est loin de ce qu’on aurait pu craindre. En effet, une défaite du Miz dans des conditions traditionnelles aurait terni les deux derniers mois qu’il a effectué et où il a vraiment donné une nouvelle dimension à son personnage. Plus agressif, plus manipulateur, n’évitant pas le conflit avec l’autorité, The Miz ressemble de plus en plus à un méchant d’un James Bond et le joue extrêmement bien.

Ce match est d’ailleurs probablement le meilleur match du Miz à la WWE. Pas en terme d’opposition pure mais en terme de performance individuelle. On a souvent pu relever un manque de rythme dans ses matchs quand il était en contrôle et, sur la première partie de l’année, il laissait souvent la part belle à ses adversaires. Ici, on a eu le droit à un Miz dominateur, prétentieux, qui reprend le move-set de Daniel Bryan pour nourrir le storytelling et la rivalité avec Daniel Bryan. Bref, si ce n’est une grosse approximation au moment de faire la slingshot powerbomb, The Miz a réalisé une des meilleures, pour ne pas dire la meilleure, performances de sa carrière.

Il a, il faut le dire, bien été aidé par un Dolph Ziggler en état de grâce. Probablement transcendé par une foule qui est rentrée totalement dans ce match, le Show-Off a énormément vendu le travail du Miz en offrant de très bons nearfalls pour augmenter cette tension. La tension dramatique du match a d’ailleurs très bien été travaillée entre les deux catcheurs en général, la domination du Miz étant présente uniquement pour laisser la place aux timings de comeback de Dolph Ziggler. Très sincèrement, de la part de deux catcheurs qui ont souvent été sources de critiques ou déceptions, ce match est une belle revanche.

Maintenant que Dolph Ziggler est champion, il faudra cependant faire très attention, la portée donnée au titre intercontinental par le Miz ne doit pas se perdre et peut même probablement servir une nouvelle progression du Miz qui, dans le rôle du chasseur, va devoir se montrer encore plus agressif si le but est de le lancer à la reconquête de son titre intercontinental. Une chose est sûre, avec un match comme ça, la WWE peut continuer la rivalité sans aucun problème.

Une fin de show à la limite de l’indigence

Après un tel match, il faut avoir une opposition qui arrive à tenir la barque pour ne pas tomber dans une spirale négative. Malheureusement, le match qui a suivi a ramené la division féminine à sa pire époque. Alors qu’on attendait plutôt Nikki Bella et Carmella dans le rôle de l’opposition catastrophique, c’est Alexa Bliss et son adversaire du soir, Naomi, qui ont joué ce rôle. Alors, on comprend que le match a été programmé à la dernière minute et que, même si elles sont souvent sur la route ensemble, les deux catcheuses ne se connaissent pas forcément très bien. Du coup, la pauvreté de ce match et ses nombreuses imprécisions sur seulement cinq petites minutes ne seront pas forcément des arguments contre ce match.

Par contre, son booking où Naomi, adversaire surprise de la soirée, vient battre la challengeuse actuelle dans ces mêmes cinq petites minutes, c’est difficile à défendre. La liste des erreurs et reproches à faire à ce match est nombreuse : le temps très court qui ramène à la situation de la division féminine pas si lointaine, la défaite d’Alexa Bliss qui décrédibilise sa situation de challengeuse face à Becky Lynch, la victoire probablement sans lendemain d’une Naomi qui n’a jamais eu l’occasion de briller, etc. On est probablement face à une des pires confrontations féminines de ces derniers mois. Le public d’ailleurs sortira quelques « We want Becky » qui, s’ils sont maladroits et irrespectueux des deux catcheuses sur le ring, révèle bien les problèmes du match.

Quand un show prend une telle tournure négative et que ton main-event est Randy Orton vs Bray Wyatt, il faut avoir le cœur accroché et prier pour un miracle. Pas que les deux soient des mauvais catcheurs mais ils ont la fâcheuse à avoir besoin d’un adversaire en mesure de les faire briller. En dehors de ce genre de contexte, les deux catcheurs sont lents sur le ring, jouant beaucoup sur leur gimmick plutôt que sur l’intensité d’un match. Malheureusement, le miracle n’a pas eu lieu, loin de là.

On est vraiment à la limite de ce que la confrontation entre les deux catcheurs peut avoir de plus mauvais. Le pire, c’est que le public ne rentre pas dans leur rivalité. Les segments filmés en coulisses ne provoquent aucune réaction voire plutôt des moqueries, comme lors de ce petit passage en coulisses où le miroir de Randy Orton se déforme, provoquant des rires dans la salle. Le mystique de Bray Wyatt a disparu depuis longtemps et le reconstruire partiellement à chaque rivalité ne le fera pas revivre.

Le match en plus, est vraiment d’une lourdeur magistrale. Il y a quelques spots à sauver évidemment et aucune grosse erreur n’est à signaler. Mais c’est lent, très conventionnel et manquant de tension. Vraiment, le match a eu de la chance de tomber sur l’un des meilleurs publics de PPV depuis un moment. Le retour de Luke Harper est d’ailleurs chaudement accueilli. Si son retour est la bienvenue, la déception de ne pas le voir partir en solo mais de revenir dans la Wyatt Family est une déception qu’on espère temporaire, tant la WWE peut miser sur lui dans les prochaines semaines pour peut-être mettre un peu de piment dans cette rivalité.

No Mercy ressemble au final énormément à un roller-coaster émotionnel. Le show a eu des bons matchs souvent suivis de moyens voire mauvais matchs. Si le match pour le titre Intercontinental a été le pic de la soirée et probablement l’un des meilleurs matchs à la WWE cette année, la chute fut extrêmement dur à encaisser avec la lourdeur du main-event entre Bray Wyatt et Randy Orton. Nul doute que l’ordre des matchs joue énormément sur la manière dont le pay-per-view est perçu et le débat entre Donald Trump et Hillary Clinton a nui au déroulement classique du pay-per-view.

Tout n’est pas à jeter et les matchs attendus au tournant n’ont vraiment pas déçus. Mais quel dommage de louper l’occasion de finir sur Ziggler gagnant le titre Intercontinental. Bien sûr, on n’était pas à même d’imaginer la performance qu’allait sortir les deux hommes mais le titre semble tellement s’offrir un nouveau souffle qu’un coup de pousse aurait donné une dimension supplémentaire à l’opposition. Globalement, No Mercy s’en sort bien malgré une inconstance qu’on a rarement vu, les dynamiques positives amenées par le main-event et le titre Intercontinental étant malheureusement trop rapidement brisées.

Pierre D.
Auteur :
Analyse de pay-per-view, décryptage. Lieutenant de VoxCatch.