Retour sur 2016

AJ Styles, catcheur de l’année 2016

WWE

Le catch est souvent une question de dynamique, mélangeant le talent sur le ring à des événements marquants qui donnent une impulsion pour une carrière à la WWE. Pour AJ Styles, l’événement marquant qui mettra en route sa carrière à la WWE, c’est tout simplement le fait d’y être arrivé. Après avoir marqué de son emprunte la ROH, la TNA et la NJPW pendant plus de dix ans, celui qui avait tout fait sur le circuit indépendant n’avait plus qu’à monter sur une scène, la plus grande, celle de la WWE.

2016 aura été pour AJ Styles à son image, phénoménale. Rare sont les néo-arrivants, aussi aimés de l’indy soient-ils, qui arrivent à ce point à s’imposer comme une référence en aussi peu de temps. Entre un travail in-ring de patron, une rivalité – gagnée – face à John Cena et un titre de champion, AJ Styles a connu les débuts parfaits à la WWE. D’une période de rodage après des débuts en fanfare à une ascension fulgurante au poste de challenger puis la consécration une fois la séparation des brands effectuée, retour sur l’année de AJ Styles, meilleur catcheur de l’année 2016.

Numéro 3

L’année commence avec un article de la WWE. Bien loin de son style habituel, l’article mentionne directement les rumeurs autour de l’arrivée de AJ Styles, Karl Anderson et Luke Gallows, membres du Bullet Club à la NJPW ainsi que celle de Shinsuke Nakamura, lui aussi dans la fédération japonaise. En point d’appui, la WWE se sert de Finn Bálor, alors champion NXT, qui ne cesse de multiplier les clins d’œil à ses anciens camarades du Bullet Club et vice-versa. Un très bon moyen de faire monter la hype autour d’une hypothétique arrivée.

NXT étant déjà très populaire, l’idée de voir AJ Styles et ses camarades débarquer pour rejoindre Finn Bálor semble plus que probable. Le plan va cependant très rapidement prendre une autre tournure. La WWE décide en effet de ne pas reproduire immédiatement le Bullet Club et fait entrer AJ Styles directement dans le Royal Rumble. Placé en troisième position dans le Rumble Match, AJ Styles est le premier à arriver après un décompte de la foule et déclenche la réaction que l’on connaît.

Le cadre est parfait, l’opposition aussi. Face à Roman Reigns, champion conspué avec un booking très mal amené, AJ Styles arrive comme un adversaire de choix dans un match qui compte pour le titre de la WWE. Pas d’emballement toutefois, la performance de AJ Styles se tiendra à l’élimination des deux entrants suivants et à une présence honorable avant d’être éliminé en onzième position par Kevin Owens, le meilleur choix possible pour éviter de perdre le public et lui faire avaler l’élimination du Phenomenal One.

Une ascension rapide jusqu’au rôle de challenger

La suite pour AJ Styles est assez classique. Il affronte Chris Jericho, un habitué des rivalités où l’enjeu est de mettre en avant son adversaire, lors de son premier match à Raw, match qu’il remporte. Rapidement désigné comme face, le catcheur joui d’une bonne popularité et ses matchs face à Y2J finisse par aboutir à la formation d’une équipe qui aurait pu perdurer mais qui au final a bien fait de ne pas arriver. Dans une division tag team dominée par le New Day, l’ascension de AJ Styles était plus logique en solo, le personnage du « Phenomenal One » ayant besoin de briller seul.

Assez étrangement, il perd cette rivalité face à Chris Jericho lors de son premier WrestleMania après un bon match. Quelque part, AJ Styles a participé à la première rivalité gagnée par Chris Jericho depuis des lustres. Loin de ses récentes rivalités, Y2J a commencé à reprendre une stature de premier plan à ce moment-là, avant de briller en fin d’année. Quant à AJ Styles, la WWE aura eu l’intelligence d’assurer une transition rapide après une défaite qui aurait pu être trop pesante si ce dernier n’avait pas eu une grosse victoire très rapidement.

Prendre la position de challenger au titre de la WWE le lendemain de WrestleMania, c’est en effet assez pratique pour faire oublier la défaite d’un catcheur. Malgré sa posture face, il est mis en opposition avec Roman Reigns dans une rivalité qui au micro, il faut le dire, a très souvent été proche du catastrophique. Trop longtemps dans un registre de respect maladroit du type : « Tu es bon, mais je suis meilleur et je vais prendre ton titre » répété pendant un bon dix minutes, la rivalité prend un tournant lors du match à Payback où AJ Styles et Roman Reigns sortent une des meilleures performances de l’année.

Clairement, c’est sur ce match que AJ Styles s’est libéré, prenant des risques et mettant l’intensité physique qui manquait à cette rivalité. Il remporte même par deux fois le match sur des fins controversées et le match est relancé par deux fois par le duo Shane / Stephanie McMahon, nouveaux general managers de RAW. Roman Reigns finit par remporté le match mais AJ Styles ressort grandi du pay-per-view avec un bon soutien de la foule et un étalage de sa capacité technique qui font plaisir à voir.

Un heel turn progressif pour la (re)formation du (Bullet) Club

Arrive alors deux soutiens, tout droit arrivés du Japon : Karl Anderson et Luke Gallows. En agressant les Usos, les anciens compagnons de AJ Styles espèrent marquer leur soutien à leur ami et agressent également Roman Reigns ce qui transforme la rivalité en un trois contre trois dont on aurait pu se dispenser puisqu’il n’installe pas vraiment le trio comme une nouveau clan mais comme un duo qui manipule AJ Styles. Ce dernier est souvent représenté comme incapable de contrôler les actions de ses anciens camarades qui vont intervenir jusqu’au match à Extreme Rules.

Ce dernier est encore une fois très bon et comme lors du précédent match, les deux catcheurs ont très bien joué sur leur storytelling. En effet, le résultat étant quelque peu prévisible, il fallait jouer avec la probabilité de voir AJ Styles l’emporter, offrant plusieurs fois des nearfalls de folie. L’opposition entre AJ Styles et Roman Reigns est celle qui aura au final accouchée de deux grands matchs malgré une rivalité qui quant à elle, sera restée trop classique et peu marquante pour le trio. Mais leur temps arrivera.

En effet, pas le temps de niaiser puisque John Cena se présente et après quelques fausses félicitations de rigueur, AJ Styles attaque John Cena avec Karl Anderson et Luke Gallows, formant officiellement le Club. Jouant sur un registre ultra-classique des heels provenant de l’indy face à John Cena, AJ Styles réussira tout de même à montrer un bien meilleure aisance au micro une fois passé du côté obscur. Avec un savant mélange de léger surjeu et de tacles à l’héritage de John Cena, AJ Styles fait le boulot face au poster ambulant de la WWE.

Encore une fois, AJ Styles a l’occasion de briller sur une double-confrontation avec deux matchs assez différent. La WWE ne manque pas d’ailleurs de donner de l’ampleur à celle-ci en appuyant sur le côté unique de l’opposition entre Styles et Cena. Les deux ne se sont jamais croisés et la WWE veut faire de l’opposition une sorte de dream match pour le retour de John Cena. Les deux sont présentés comme égaux, la différence viendra d’un finish un peu frustrant mais logique. Après un KO de l’arbitre, le Club intervient pour donner la victoire à AJ Styles.

Arrive le brand split où John Cena et AJ Styles se retrouvent à Smackdown. Cela tombe bien, AJ Styles s’est trouvé un hobby pendant la rivalité : « Beat Up John Cena » et se met en tête de devenir le nouveau visage de la compagnie. Un leitmotiv qui va mener au match revanche à Summerslam où AJ Styles a promis que le Club n’interviendrait pas. Un match sans stipulation, sans intervention et qui se termine sur une victoire de AJ Styles. Clean, pas de triche, rien. Sept mois à peine après être arrivé à la WWE, AJ Styles bat John Cena et s’offre une énorme rampe de lancement pour devenir le top heel de Smackdown.

The new face that runs the place

Lancé tel un boulet de canon, AJ Styles est – logiquement – désigné challenger au titre de la WWE tenu par Dean Ambrose. Ce dernier, qui ne l’a remporté que lors de Money in The Bank, le perd au premier pay-per-view exclusif à Smackdown, Backlash. Sur une fin de match où AJ Styles adresse un coup de pied là où ça fait mal, il remporte le titre huit mois après être arrivé à la WWE. Et même avec toute l’expérience du monde dans le catch indépendant, c’est un exploit rare voire inégalé à la WWE.

Son règne, toutefois, est peut-être le seul point faible de l’année de AJ Styles. Si dans un premier temps, il réussit sa première défense de titre face à John Cena et Dean Ambrose, la suite est pour lui un peu plus compliquée. Mis légèrement en retrait par rapport à ses adversaires, AJ Styles va surtout affronter son pire ennemi, sa Némésis, la terreur du main-event : JAMES ELLSWORTH.

Aussi fun que l’on puisse trouver l’utilisation de ce jobber au physique ingrat, ironiquement son succès coïncide avec la stagnation de l’année de AJ Styles. Sans grande adversité, le champion verse dans un registre plus orienté sur de la comédie et, s’il s’en sort très bien, un règne plus sérieux aurait probablement pu être plus judicieux pour AJ Styles. Plus que AJ Styles, James Ellsworth a parasité les incartades entre Dean Ambrose et AJ Styles, qui se sont terminées avec un TLC match qui doit être dans la plupart des classements des matchs de l’année.

Auteur d’une performance titanesque, AJ Styles termine l’année en champion, bientôt lavé des défaites face à James Ellsworth et s’impose réellement comme le visage de Smackdown. Un visage qui a fait preuve tout au long de l’année d’aisance technique, d’une capacité d’adaptation à ses adversaires mais aussi qui s’est développé seul. Là où le Club fait les montagnes russes à RAW, AJ Styles est devenu le patron de la branche bleue.

AJ Styles a également eu la chance d’arriver à une époque où la WWE prend bien plus en considération le parcours des catcheurs dans le circuit indépendant qu’auparavant, aimant notamment faire la comparaison avec Brock Lesnar quand l’un des catcheurs est passé par la NJPW. Mais au-delà de ça, AJ Styles a su très rapidement imposé une stature hors norme, saisissant une chance qui devait probablement au départ n’être que temporaire en offrant à Roman Reigns deux matchs d’envergure puis en passant le test ultime de la rivalité avec John Cena. Le succès de AJ Styles sur cette année 2016 est indéniable mais on peut se poser la question suivante : était-ce prévu ainsi ? La WWE avait-elle réellement d’aussi gros plans en tête pour la première année de AJ Styles ou a-t-il poussé les décisions à force de démontrer l’étendue de son talent ?

On repoussera la question de la transition plus tard, pour l’instant, le temps est tout simplement à l’admiration par rapport au travail proposé par le champion de la WWE. Peu importe les défis qui se présenteront à lui prochainement, Dolph Ziggler, John Cena ou toute nouvelle tête d’affiche présentée à Smackdown, il aura une place plus importante lors du Royal Rumble, là où il a commencé, et surtout à WrestleMania, où on espère le voir encore un peu plus briller. Mais que ce soit sur le ring, au micro ou par les victoires qu’il a eu, AJ Styles est tout simplement le meilleur catcheur de 2016, sans aucun doute.

 

 

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