Décryptage

À quelques jours du Royal Rumble, qui part favori ?

C'est cette période de l'année où les théories autour de WrestleMania se multiplient. Le Royal Rumble est la première étape vers le plus gros show de l'année.
WWE

La cloche sonne. Les pieds d’un vingt-neuvième catcheur touchent le sol froid de l’Alamodrome de San Antonio, Texas. Debout, les bras levés, il fête sa victoire avant de pointer son doigt vers l’enseigne de WrestleMania 33. C’est lui qui ira affronter le champion de la WWE ou le champion Universal, qui a survécu aux multiples entrées des monstres sacrés, des outsiders, des favoris et autres chouchous du public. Sans avoir nécessairement briller, il a fait l’élimination fatale, celle qui change tout.

Qui sera cet homme lors de la trentième édition du Royal Rumble Match ? C’est la grande question que se poseront les fans ce week-end. Trente catcheurs et autant de possibilités pour entamer concrètement la Road to WrestleMania. Ici, on mettra de côté les volontés des fans et on va se consacrer à ce que peut préparer la WWE après le build-up de ces dernières semaines.

La bataille des monstres sacrés

C’est l’image qui a conclu Raw, celle d’un trio qu’il y a encore six mois n’était pas vraiment évident à sortir. Goldberg, Brock Lesnar et The Undertaker, terminant Raw, loin du classique brawl entre participants. La symbolique est claire, le constat est rude. On mise sur un part-timer et deux revenants pour hyper le Royal Rumble, voire pour hyper WrestleMania.

On peut d’ores et déjà éliminer l’Undertaker de l’équation. Il arrivera probablement tard durant le Rumble, pour peut-être éliminer Brock Lesnar ou Goldberg selon ce que veut faire la WWE de son symbole de WrestleMania. Ici, l’hypothèse qui revient souvent tourne autour de Goldberg. Le quinquagénaire est pas mal apparu pour croiser le fer avec les main-eventers de RAW, notamment Roman Reigns.

Une victoire de Goldberg pour affronter un Roman Reigns champion Universal n’est pas un scénario à exclure. Il serait clairement de l’ordre de l’acte kamikaze pour la WWE, qui doit à ce stade savoir que la réaction du public serait exécrable du fait de l’impopularité de ces résultats. Brock Lesnar serait un choix tout aussi risqué et pourrait frustrer énormément de monde, là où RAW se targuait il y a quelques mois d’être un vivier pour les jeunes talents.

Ce triangle de légendes devrait toutefois s’effacer au profit d’un visage plus fréquent. Si l’on a laissé Batista prendre le Royal Rumble en 2014, l’objectif final restait au final d’asseoir Daniel Bryan — que vous le vouliez ou non, la WWE avait probablement calculé son affaire — et ici l’on voit mal l’un des trois se charger d’un tel travail. Faire venir l’Undertaker peut laisser des doutes car on ne voit jamais l’utilité de le faire perdre, mais cela permettrait probablement de lancer sa rivalité pour WrestleMania, à moins que la WWE n’ait décidé d’un triple threat match entre l’Undertaker, Lesnar et Goldberg pour le plus grand show de l’année. Au final, quoiqu’il arrive, il faudra trouver pas mal de subterfuges pour éliminer ces trois là, tant leur stature est protégée par la WWE.

Le bal des outsiders

Derrière ces trois-là, il faut bien dire qu’on retrouve au final bien peu de grands favoris. La majorité des candidats à la place pour le main-event de WrestleMania sont des upcarders / main-eventers replacés qui n’ont pas connu des mauvaises années mais qui n’ont pas la stature d’un ultra favori comme pouvait l’avoir Roman Reigns en 2015. La WWE a plutôt été négligente avec ses autres superstars, qui ont annoncé leur entrée dans le Rumble d’une manière très simple : en le disant eux-même, sans aucune raison plus valable que cela.

Deux catcheurs ont gagné leurs places dans le Rumble Match : Mojo Rawley et Sami Zayn. Pour ce dernier, si son entrée dans le Royal Rumble Match tient du build-up de la rivalité entre Seth Rollins et Triple H, on peut aussi juger que celui-ci va continuer sur son axe d’une contestation de l’autorité qui ne croit pas en lui. Bien qu’il soit populaire, on imagine mal le canadien finir comme ultime survivant de ce Rumble Match, bien que cela déclencherait probablement une réaction très positive sur laquelle la WWE pourrait surfer. Miser sur une rivalité entre Owens et Zayn est également une valeur sûre pour WrestleMania, à condition de les laisser mettre le même chaos que lorsqu’ils tournaient autour du titre Intercontinental l’année dernière.

Autre catcheur à tourner autour de Kevin Owens et qui pourrait gagner le Rumble Match : Chris Jericho. La rivalité entre les meilleurs amis de RAW a plusieurs fois été sous entendue, et bien que ce dernier soit champion des États-Unis, Y2J est un candidat plausible à la victoire finale. En ajoutant cette ligne sur son palmarès, Chris Jericho achèverait sa légende de la plus belle des manières. On peut très bien supposer ensuite une perte du titre vu le peu de considération que lui offre la WWE et un final intéressant à la vue de WrestleMania. Le problème de ce scénario résiderait dans un programme qui peut très bien s’essouffler rapidement auprès du public malgré le talent au micro des deux hommes.

Quand on parle de ces outsiders, on est plus souvent dans l’improbable et l’effet de surprise. Les éléments à faire monter sont nombreux mais le Royal Rumble est souvent réservé à quelqu’un dont on recherche la confirmation dans le haut du panier et non à le faire débuter. Le push récent de Baron Corbin à SmackDown et ses hautes ambitions devraient être traduites par une très bonne performance en terme d’éliminations mais probablement pas en une victoire finale. Il y aura de toute façon des sacrifiés, comme d’habitude. Le New Day pourra être en bonne position et Kofi Kingston offrira du spectacle avec ses camarades mais peu de chances également de voir les anciens champions gagner ce Rumble Match.

Un vainqueur surprise ?

Bien que la liste des catcheurs dans le Rumble est déjà très longue — au-delà des vingts catcheurs annoncés sur trente, les surprises sont encore largement une possibilité de voir un catcheur émergé comme vainqueur du Royal Rumble Match. Un retour de Finn Bálor afin de partir à la reconquête de son titre Universal est une idée tout à fait plausible même si son impact lors de cet été se doit d’être mesuré, les réactions face à son arrivée n’ont pas été à la hauteur d’un personnage qui aura besoin d’être un peu revu dans sa construction notamment sur la gestion du monstre et de ses apparitions.

La deuxième option la plus probable du côté des participants non-annoncés, c’est Samoa Joe. Le double champion NXT en a probablement terminé avec la brand jaune et une arrivée dans le roster principal par la porte du Royal Rumble serait assez adéquat pour le personnage, à condition qu’il y effectue un massacre. Si Samoa Joe arrive dimanche, ce sera pour éliminer en chaîne et détruire, comme le catcheur sait si bien le faire. La victoire finale est cependant moins envisageable, sauf si la WWE veut jouer très rapidement la carte du Styles vs Joe et de leur passif commun.

Des noms comme Dillinger ou Nakamura traînent aussi dans les rumeurs mais ils ne sont en aucun cas candidat à la victoire finale : Dillinger parce que s’il apparaît, ce ne peut être qu’en dixième position mais il a encore énormément de chemin à faire à NXT — comme prendre le titre par exemple, et sa présence sera déjà ressentie à chaque décompte où le public risque de ne compter que 10. Pour Nakamura, le personnage est tellement spécial qu’une arrivée au Royal Rumble, aussi marquante serait-elle, devrait se traduire par une victoire dans le match, sinon ce serait une utilisation gâchée.

La WWE peut de toute façon encore surprendre si elle en a vraiment l’envie. Mais soyons clairs entre nous : le favori de ce dimanche, ce sera Goldberg, quoiqu’il arrive, il faudra surveiller la légende de la WCW et ses interactions avec Brock Lesnar et The Undertaker. Selon le choix de la WWE d’opposer les légendes ensemble ou de créer du momentum autour d’une autre star, l’élimination ou la non-élimination de Goldberg sera notre point de repère pour savoir quel choix la WWE a fait.

On ne soulignera pas assez à quel point ce constat est difficile à accepter quand on soutient une idée de modernité du produit de la WWE. Comment construire des stars ? Faut-il toujours se reposer sur son passé ? Ces deux questions auront leur réponse dimanche, là où la WWE montrera si elle a changé la dynamique qu’elle a instauré avec les part-timers. En attendant, comme pour tout Royal Rumble, profitez de ce type de match qui reste, il faut le dire, un bon moment de divertissement comme la WWE sait le faire.

Pierre D.
Auteur :
Analyse de pay-per-view, décryptage. Lieutenant de VoxCatch.