Review

WWE Payback 2017 : Quand Brock Lesnar n’est pas là, l’upcard danse

WWE

WrestleMania est derrière nous et pourtant la WWE aime toujours jeter un regard en arrière avant de reprendre son rythme habituel. Que ce soit des revanches directes de WrestleMania ou des matchs issus d’événements pendant la Road to WrestleMania, Payback est un mélange entre des rivalités déjà bien installés et un début de renouvellement de la carte. Ici, pay-per-view (presque) exclusif à RAW, le show promettait de régler les comptes notamment entre Chris Jericho et Kevin Owens, Seth Rollins et Samoa Joe, Bray Wyatt et Randy Orton ou encore Braun Strowman et Roman Reigns.

Des duos qui ont en effet pas mal rythmés nos derniers mois. En l’absence – tout sauf surprenante – de Brock Lesnar, la WWE a fait ce qu’elle savait faire le mieux sans un titre majeur : du bon gros remplissage de l’upcard de ses shows. Et puis, comme une sorte de dimension parallèle, il faudra bien évoquer ce House of Horrors Match tant dans sa réalisation que dans sa finition. Retour sur un pay-per-view plutôt bien chargé en action mais peut-être pas assez en conclusion.

Le Kickoff n’était pas non plus en reste. Entre un tag team match entre le Club et SAWFT qui n’a comme seule particularité par rapport aux confrontations précédentes qu’un résultat favorable aux faces et une Miz TV présente pour donner un peu de temps à Finn Bálor, le contenu était très classique mais largement dans les cordes du contenu d’avant-show.

Chris Jericho offrira encore quelques rappels

Le show ouvre avec un match dont la destinée semblait déjà toute faite. Transféré avec le titre à SmackDown Live, Kevin Owens doit défendre son titre acquis à WrestleMania face au précédent détenteur Chris Jericho. La stipulation supplémentaire de ce match envoie le vainqueur à SmackDown Live tandis que le perdant reste quant à lui à RAW. Avec une place de challenger donnée à AJ Styles, une rivalité avec Kevin Owens semblait plutôt logique.

Pourtant, cet opener a réservé la bonne surprise de voir Chris Jericho l’emporter sur soumission. Mieux encore, c’était un opener rythmé et enlevé pour une rivalité qui mérite le temps qu’elle a eu. Si les deux catcheurs se sont moins croisés ces derniers temps puisque respectivement à RAW et SmackDown Live, leurs retrouvailles ont été très satisfaisantes. Rythmé, avec des échanges qui ont varié de leur confrontation à WrestleMania, les deux catcheurs ont délivré l’une des meilleures performances de la soirée.

Le tournant du match se trouvant dans cette référence directe au doigt de Kevin Owens qui touche la corde alors que Y2J l’avait dans les Walls of Jericho. Ce fameux doigt qu’il a promis d’écraser et qui lui fait perdre son sang-froid. C’est assez bien vu dans le storytelling puisque quasiment tout le monde s’attendait à la victoire de Owens et on pourrait se dire que Jericho qui pète un câble, c’est probablement ce qui le mènera à sa perte, plus encore quand Owens profite de la distraction de l’arbitre et de la séparation qu’il fait entre les catcheurs pour aveugler Jericho.

Pourtant, c’est bien Jericho qui gagne avec les Walls. Tout cela amène à un sentiment de satisfaction assez étrange. Ces dernières années, les retours de Jericho étaient plutôt mitigés, pas forcément toujours appréciés si ce n’est pour l’opportunité qu’il donnait aux plus récents de gagner face à lui. Ce dernier retour est moins orienté dans ce sens et pourtant Jericho est une vraie mégastar versatile. Heel ou Face, il a son public, ses fans de Jericho, réinventant une aura qu’il avait quelque peu perdue depuis les environs de 2012.

La soirée continue sous des auspices flatteurs pour les amateurs de in-ring avec un autre rematch entre Austin Aries et Neville. Les cruiserweights qui semblaient avoir pris un certain envol avant de retomber un peu à plat dans la carte. Ici encore, la rivalité entre Neville et Aries est resté sur une simple confrontation de niveau et ce jeu entre le « Neville Level » et le « Double A Level ». Ça tourne pas mal en rond et ça risque de continuer.

Car malgré un match technique et bien rythmé où l’on sent que les deux catcheurs ont un cran d’avance sur leurs comparses de la division Cruiserweight, la finalité du match est une disqualification de Neville qui attrape l’arbitre pour éviter de perdre dans le Last Chancery de Austin Aries. Une conclusion très quelconque, comme on en a vu partout et qui fait encore et toujours rentrer la division Cruiserweight dans le rang des matchs de pay-per-views.

Plutôt qu’être un véritable moment à part, la division Cruiserweight est devenue une division de plus pour la WWE. Certes, on ne peut pas retrouver cet esprit tournoi mais faire cette victoire par disqualification pour Austin Aries fait preuve d’un manque certain d’idées pour cette division qui loupe souvent le coche d’affirmer son identité.

Ne jamais défendre son titre chez soi

Deux catcheurs ont bien affirmé leur identité ce dimanche et ce ne sont pas ceux que l’on pensait. Cesaro et Sheamus ont montré des signes de frustration pendant plusieurs semaines mais pour toujours finir sur une note de respect envers les Hardy Boyz. Le duo, de retour à WrestleMania dans l’un si ce n’est le meilleur moment de WrestleMania 33 s’est tout de suite imposé comme champions naturels et leaders de la division, reléguant de nouveau Cesaro / Sheamus, le Club ou SAWFT à leur place d’éternels challengers, comme au tant du New Day.

Pourtant, la construction de cette rivalité entre équipes faces a vraiment été bien gérée et a très bien amené le heel turn d’après-match. Une équipe sur le retour, plus populaire par son passif avec le public, éclipse une équipe face composée de deux individualités singulières et pas forcément toujours sur la même longueur d’onde. La logique du turn de Sheamus et Cesaro est ici totale. Les deux n’ont pas eu les titres très longtemps et semblaient à bout de souffle, ce turn est une bonne occasion d’instaurer une nouvelle dynamique.

Si l’on peut regretter de voir Cesaro heel tant il paraît plus comme un face, le duo avec Sheamus est parfait pour diriger un duo de mauvais perdants. Et quand en plus de cela le match délivré est intense, plus original que les autres matchs du genre puisqu’on brise un peu la dynamique des heels dominant puis du hot tag des faces, on ne peut qu’apprécier. On notera tout de même le fait que Jeff Hardy semble encore un peu perdu par moment comme lorsqu’il est resté une bonne minute dans le coin de Cesaro et Sheamus avant de se rendre compte qu’il devait aller dans l’autre coin pour faire le tag. Au final, c’est tout de même du positif qui ressort pour une division par équipe qui retrouve un peu des couleurs, surtout vu ce que promet Matt Hardy sur Twitter.

Moment plus délicat de la soirée, le match féminin de RAW qui voit Bayley défendre son titre chez elle face à Alexa Bliss en plein milieu de show entre le match par équipe et le House of Horrors Match. Un placement plutôt étrange même si le résultat n’est pas en la faveur de la championne. Voir Alexa Bliss l’emporter si tôt à RAW est une surprise et un pari pour la WWE qui ne doit pas trop vouloir faire traîner dans la peau de leader, ce qui ne convient pas vraiment à un face qui est jugée comme une éternelle underdog.

Le match en lui même est vraiment agréable surtout sur le storytelling et l’agressivité d’Alexa Bliss. Si le rythme n’est pas franchement évident et qu’on peut souligner beaucoup de temps morts dans la gestion de la domination dans le début de match par Alexa Bliss, le finish a été plutôt bien trouvé avec ce choc de Bayley dont la tête fait une rencontre brutale avec le poteau du ring. Un moyen de donner une défaite pour Bayley sans la discréditer car une distraction aurait été un peu décevante. Ici, la solution trouvée est plus intelligente, avec un incident de match qui ne montre pas vraiment de supériorité d’Alexa Bliss puisque Bayley a eu pas mal de fois la reprise du contrôle dans le match et qui permet ce changement de titre plutôt surprenant.

On peut reprocher tout de même ce choix sur le court terme. Faire perdre la mascotte locale, c’est rarement bon pour la suite d’un show et peut faire sortir du show. Et l’on peut être sûr que la suite du show avec le House of Horrors Match n’a pas aidé le public à rester impliqué dans Payback.

La maison hantée et les 999 horreurs

C’est difficile pour la WWE de produire des segments dans un univers un peu fantastique ou horrifique quand elle a passé la plupart des dernières années à déconstruire tout ce qui pouvait être choquant dans le catch. Le sujet est vaste mais peut expliquer l’échec relatif d’un catcheur comme Bray Wyatt ou les retours mi-figue mi-raisin de Kane à la WWE. Seul l’Undertaker, par son aura et son passif plus dense, arrive à maintenir la suspension d’incrédulité assez haute.

Quand un gimmick match est offert à Bray Wyatt, le pire était à craindre surtout que l’on ne savait rien des règles qui ont été énoncées progressivement dans la soirée. On a du coup une division en deux parties, la première offrant un segment et non un match où Bray Wyatt accueille Randy Orton dans une maison où l’on met des draps sur les fauteuils et des poupées pour faire peur à un être humain de 37 ans. On veut bien comprendre que ce soit un peu creepy mais franchement la maison faisait un petit peu pitié, à peine plus effrayante qu’une attraction de parc à thème.

Quitte à donner dans le fantastique, la WWE aurait dû jouer le jeu à fond, un peu comme elle l’avait fait quand le New Day était allé affronter les Wyatt sur leurs terres. C’était tout aussi bancal, mais au moins la production était plus ambitieuse que cette maison à peine abandonnée. Ce segment prouve que la WWE a du mal à gérer ce qui sort de l’ordinaire mais qu’il est également plus dur qu’auparavant de convaincre une audience de hausser leur tolérance à ce qu’elle doit accepter dans le catch.

Après que Randy Orton se soit pris un frigo sur la tête, on revient pour voir Seth Rollins et Samoa Joe s’affronter pendant que Bray Wyatt rentre dans l’arena. Une confrontation plus secondaire que prévue, tellement on aurait pu en faire plus autour de ce match qui a pas mal animé WrestleMania. Ce match a révélé toute la difficulté de la WWE avec Samoa Joe. Booké fort, il ne peut toutefois pas paraître trop fort car les plans pour lui n’ont pas l’air de dépasser le statut d’homme de main. Du coup, lorsqu’il affronte pour la première fois un catcheur qui fait partie des figures de proue du show, il perd, pas trop brusquement puisque c’est sur roll-up, mais il perd.

Parce qu’après une victoire face à Triple H, c’est difficile de faire perdre Seth Rollins. Du coup, les deux se retrouvent dans une situation très étrange dans un match que Rollins ne peut pas dominer puisqu’il vend sa blessure au genou et qu’il rejoue donc la partition du face héroïque qu’il a joué à WrestleMania. Cela fonctionne encore, mais rend le match assez frustrant à regarder car on a l’impression de voir une rediffusion du mois dernier, comme si on vous avait spoilés un résultat mais que vous deviez tout de même regarder le match derrière.

La rivalité ne devrait pas se finir ici, Brock Lesnar étant probablement absent jusque cette été, la WWE compte probablement sur Samoa Joe pour jouer les bouche-trous jusqu’au retour de Stephanie McMahon / Triple H / Brock Lesnar pour réanimer un main-event de RAW qui va devoir recourir à un peu plus d’imagination pour ne pas tourner en rond.

Retour sur Bray Wyatt qui vend le segment de tout à l’heure en sortant de la limousine. Mais au final, quand il arrive dans l’arena, Orton se glisse derrière lui et reprend le contrôle du match. Donc, alors qu’il s’est pris un frigo sur la tête, que Wyatt rentre en limousine, Orton revient en même temps et presque plus frais que Bray Wyatt ? C’est très difficile d’y croire et surtout ça décrédibilise encore plus un Bray Wyatt qui n’a vraiment pas besoin de ça. Les interventions de Mahal et des Singh Brothers pour l’aider à gagner n’arrangent rien. Cette rivalité aura joué avec les cache-misères jusqu’au bout, évitant les confrontations et le manque de connexion entre Bray Wyatt et Randy Orton (comme on avait pu le voir à No Mercy) en feintant une originalité dans cette rivalité qui au final se retrouve coincée dans une série d’effets très cheap et mal venus.

Make Braun Strowman look strong again

Probablement le grand perdant de WrestleMania 33 à la fois dans son match et sur la carte, Braun Strowman a retrouvé la vitalité et la dynamique comme nous le ferions tous : en détruisant Roman Reigns et en retournant des ambulances. La routine quoi. La question de ce main-event se situait sur la volonté de la WWE de mettre en avant Braun Strowman tout en maintenant Roman Reigns assez haut. Le mec vient quand même de battre l’Undertaker, faut pas déconner.

Pour être franc, ces confrontations entre Strowman et Reigns sont probablement ce que la WWE gère le mieux actuellement. La finalité de cette rivalité est sujette à angoisses puisqu’on imagine mal Reigns perdre l’ensemble des confrontations mais voir la WWE mettre pas mal d’énergie autour d’un big man et de le construire aussi fort fait vraiment du bien. Elle a également bien géré l’ambiance d’affrontement de béhémoths et le style très violent des matchs entre les deux hommes.

Et à Payback, le but était de faire continuer Braun Strowman sur sa lancée. Pour justifier la défaite de Reigns, la blessure subie suite à un renversement d’ambulance est assez crédible et ne fera pas l’objet de contestation. On regrettera que Reigns ne vende pas plus la blessure que ça dans l’incapacité à faire certains moves (le Samoan Drop ou le Spear sont conservés alors qu’il est censé ne pas pouvoir utilisé ses épaules au maximum) mais cela est compensé par le fait qu’il ne gagne pas grâce à ses moves. Si sa blessure est insuffisante pour l’empêcher de faire les spears et autres moves de son arsenal, ils sont moins efficaces et Braun Strowman prend logiquement l’avantage, jusqu’à prendre aussi la victoire.

Encore une fois, tout cela sent le grand remplissage en attendant Brock Lesnar, mais s’il y a bien une chose que permettent les règnes de Brock Lesnar et ce Payback le prouve de nouveau, c’est que ça anime grandement l’upcard de la WWE. Préparez-vous pour quelques mois d’un titre intercontinental au premier plan, de rivalités où la WWE va devoir justifier les oppositions entre catcheurs plus que par une simple volonté de lui prendre son titre. Globalement, préparez-vous pour un peu plus d’animation, et ça ne fera pas de mal à RAW.

Cela n’enlève rien au fait que c’est très pénible de ne pas construire davantage cette génération grâce au titre majeur mais une fois sorti de cette amertume, il faut apprécier les shows pour ce qu’ils sont et ce Payback ressort victorieux de nos cœurs. Pas exceptionnel certes, mais suffisamment bon pour être le porteur de promesses par rapport à RAW — et même SmackDown puisque Jericho y sera. Si Payback sera probablement dans les mémoires en fin d’année plus pour le bide assez cinglant du House of Horrors plutôt que pour la qualité de ces matchs, ce show a réussi sa mission sur le court terme, remettre RAW sur de bons rails pour la suite.

Pierre D.
Auteur :
Analyse de pay-per-view, décryptage. Lieutenant de VoxCatch.