Catcheur à surveiller

Joey Janela, catcheur double-face

flickr.com/spear1kj

Il n’est pas le plus grand, il n’est pas le plus fort, il n’est pas le plus athlétique, ni le plus technique, ni le plus beau, Mais le plus barjot et le plus malin niveau marketing. Joey Janela a depuis sa blessure en 2016 totalement ré-inventé son personnage pour ajouter une pointe de délire totale a sa vision hardcore — ou suicidaire selon les points de vues — du catch.

Une gimmick Made in CZW

La Gimmick de Joey Janela se scinde en deux parties : le côté « Bad Boy » et le côté hardcore. La dichotomie du personnage est superbement bien expliquée dans le documentaire « Please Don’t Die : Joey Janela » de Kenny Johnson.

Dans ce reportage Joey Janela explique dans un premier temps sa fascination étant jeune pour les deathmatchs de la CZW et de la Big Japan ainsi que son aversion pour Bryan Danielson. Pour ceux qui suivaient la CZW et la ROH aux alentours de 2005, c’est assez compréhensible. La CZW et la ROH étaient en rivalité en promotion conjointe sur des shows en commun avec Chris Hero comme champion CZW et Bryan Danielson en champion ROH. La rivalité était extrêmement forte entre les fans aussi, les fans de la CZW considérant les fans de la ROH prétentieux et en retour les fans de la ROH voyaient les fans de la CZW comme des andouilles finies assoiffés de « garbage wrestling » et de sang.

Ainsi Janela a décidé de se faire connaitre en offrant à ce public les cascades les plus insensées, les plongeons les plus dangereux, s’infligeant des douleurs et des blessures les plus dingues possibles, à la manière de son idole Sick Nick Mondo — responsables des bumps les plus fous ayant fait connaitre la CZW au début des années 2000 lors des Tournament of Death —, John Zandig, Sexxy Eddy mais aussi Sabu. À la Game Changer Wrestling, la promotion qui a présenté son Springbreak débile à souhait lors du WrestleMania weekend cette année, il a affronté John Zandig offrant le bump le plus dingue des dernières années et qui a laissé les deux hommes dans un état de délabrement préoccupant.

On notera que ce bump est un hommage à Sick Nick Mondo qui en avait subi un similaire des mains de ce même Zandig plusieurs années auparavant.

La deuxième facette du personnage de Joey Janela est le « Bad Boy », espèce d’alter ego complètement grotesque qui a pris vie suite à un post Facebook ou Janela écrivait « quand je passe, les filles sifflent et crie ‘regardez moi ce Bad Boy' ». Hilare devant l’absurdité de cette phrase pour un jeune homme vivant encore chez sa mère, son ami Rhett Titus, catcheur à la Ring of Honor, lui conseilla d’en faire sa gimmick. C’est ainsi que Joey Janela incorpora un côté plus « flamboyant » à mi chemin entre un Shawn Michaels hardcore, un Ryan Gosling dans Drive version supermarché et le personnage principal de Kung Fury aux couleurs et sonorités années 80.

Crétin mais malin

Bien entendu, on pourrait se dire qu’il ne faut pas être bien doué pour baser son catch sur des sauts dans le vide et une gimmick débile. Jeff Hardy en a bien fait sa carrière pourrait-on répondre, mais le charisme de Joey Janela passe au dessus de tout ça. Car elle est là la force de Janela, du charisme il en a à revendre. Et il sait balancer de bonnes promos, même si comme souvent dans l’indépendant, les jurons fusent. Le Bad Boy est un heel détestable, casse-pieds à souhait, inspiré du jeu des heels des années 90 totalement outranciers et vicieux comme il se doit.

Dans un premier temps, baser son catch sur des cascades de tarés quand on n’a ni la taille, ni le physique, ni la technique est une manière comme une autre de faire parler de vous. Le but de tous les catcheurs étant dans un premier temps d’être « over » et de faire revenir les gens dans les salles, jouer à ce jeu dangereux permet de remplir ces objectifs. Une discussion entre Joey Janela et Joey Styles visible dans le documentaire permet de montre qu’à partir du moment ou Janela a acquis une certaine notoriété, les bumps se montrent plus clairsemés au profit d’autres facettes de son personnage.

La nouvelle manière de faire parler de lui est maintenant de faire le buzz. Catcher contre Marty Jannetty en organisant le show le plus dingue de la semaine de WrestleMania, Catcher contre un Sabu sur une jambe, catcher contre l’homme invisible… Janela sait se réinventer. Car son but est diablement haut pour un lutteur avec ses mensurations (1.73m pour 83 kilos) : la WWE. La WWE a toujours eu des personnages 100% axés sur la comédie : Santino Marella, Simon Dean, Doink, et maintenant Tyler Breeze et Fandango. On peut juger ces personnages dégradants ou peu sérieux, mais Vince McMahon les adore, ils sont chaque semaine à l’écran et ont en général une longévité bien plus longue que les lutteurs sérieux connaissant un raté au démarrage. A ce titre, il a ses chances.

Joey Janela, un catcheur à surveiller à l’avenir ? Assurément car on parle déjà de successeurs au Joey Janela’s Springbreak. Et on peut parier que ses combats contre Zandig, Sabu ou Jannetty auront tellement fait leur effet que les promotions indépendantes seront ravies de voir le Bad Boy figurer sur leur affiche.

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