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WWE Extreme Rules 2017 : Samoa Joe prêt à faire face à la bête

WWE

La WWE et l’extrême se retrouve souvent une fois par an en période d’après WrestleMania pour des matchs à stipulation qui ne sont pas si extrême que cela. Si vous me dites qu’un submission match est un match extrême alors qu’on peut l’utiliser pour finir chaque match, reconsidérer votre notion de l’extrême. Difficile cependant d’appuyer sur ce point avec la WWE tant on sait que l’on regarder un produit assez aseptisé de ce point de vue.

Une cage, des chaises, un kendo stick, c’est tout ce que vous aurez. Les échelles et les tables on les garde pour Money in the Bank ou TLC faut pas déconner non plus. C’est pas fou mais en même temps difficile d’avoir plus lorsque la construction des pay per views et de leur attente se fait aussi faible. On est deux semaines après Backlash, cinq semaines après Payback et le rythme de la WWE est déjà assez éreintant pour notre capacité à sentir de l’excitation à l’approche des pay per views. Un tel rythme exige un renouvellement de la fraîcheur des rivalités que la WWE a bien du mal à tenir.

Le kickoff fait office de bilan et sur ce point-là on se rend compte que lorsque l’on sort du cadre des ceintures, le niveau s’affaiblit rapidement. Deux matchs seulement n’ont aucun lien avec une ceinture, et l’un d’eux se trouve dans le kickoff, un manque de densité qui fait très peur surtout que les deux matchs hors des ceintures sont des bouche-trous en puissance. Kalisto s’offre d’ailleurs Apollo Crews grâce à une mésentente entre ce dernier et Titus O’Neil pour une rivalité qui stagne mais qui garde de la réaction, faudra juste penser à avancer.

The Miz a fini par piéger Ambrose

Le titre intercontinental ouvre le show dans un match où la disqualification de Dean Ambrose amènerait à la perte de son titre. Et vu que c’est The Miz qui l’affronte, on savait qu’on aurait le droit à des passages où il tenterait de faire disqualifier Ambrose. Mais à ce point peut-être pas. On parle souvent d’overbooking – c’est-à-dire quand un match est trop scénarisé, scripté – dans un mauvais sens parce que cela nuit souvent à la fluidité et qualité d’un match. Ce match est un contre-exemple.

The Miz et Ambrose ont très bien joué la partition entre The Miz qui tente tous les coups bas : énerver Ambrose pour lui faire enfreindre les règles, demander à Maryse de le gifler ou balancer Ambrose sur l’arbitre pour causer la disqualification. De son côté, Ambrose a bien joué au funambule en esquivant tous les coups, même lorsqu’il se retient d’envoyer The Miz sur le coin dénudé du ring ce qui lui aurait causer la perte du titre. Finalement, c’est grâce à la distraction avec l’arbitre que The Miz gagne sur son Skull Crushing Finale.

Très bon match pour deux catcheurs dont le programme est certes connu depuis SmackDown mais qui ont souvent permis à RAW de tenir quelques bons segments sur ces dernières semaines, on peut même dire que leur rivalité était plus convaincante que leurs précédentes joutes à Smackdown. De plus, la construction du match a un exploit à son actif, elle ne fait pas paraître Ambrose débile mais au contraire c’est plutôt The Miz qui en abusant de stratégies pour gagner le match a fini par avoir Ambrose à l’usure. Un bilan très positif qui fait qu’on en reprendrait bien une dose.

De manière plus anecdotique, Rich Swann et Sasha Banks ont battu Noam Dar et Alicia Fox dans un match rapide et qui a eu le mérite de ne pas avoir le temps de nous ennuyer. Au contraire entre un Rich Swann local de l’étape et une Sasha Banks toujours aussi populaire, le match s’en sort bien même s’il ne restera pas dans les mémoires. C’est un constat un peu cruel cependant pour les Cruiserweights qui en dehors du titre sont totalement délaissés. Après avoir perdu le monopôle du kickoff doivent se retourner sur le match bouche-trou de la carte du pay per view. Dur.

Elias Samson est venu faire une reprise personnalisée de Wish you were here de Pink Floyd. Le public a hué. On attendait un catcheur local derrière mais même pas. Samson dégage un truc sympa quand même, faudra voir comment ça se développe mais pour l’instant difficile de se faire un avis plus développé.

Bayley est pas venue ici pour souffrir, OKAY ?

On se disait qu’après le segment « This is Your Life » de lundi dernier, ce serait difficile de plonger plus bas pour la rivalité entre les deux catcheuses. Et pourtant la stipulation du match, « Kendo Stick on a Pole », aidait pas à être vraiment rassuré sur la capacité de Bayley et Alexa Bliss d’en sortir quelque chose de convaincant. Et pourtant, ils l’ont fait, c’était affreux. Vraiment du début du match jusque la fin c’est construit avec les pieds.

Les catcheuses, les commentateurs ont été énervant de A à Z sur cette prétendue incapacité de Bayley à frapper son adversaire avec un kendo stick. Déjà que lorsque Bayley dit qu’elle a besoin de regarder des vidéos de Sandman ou de Tommy Dreamer pour savoir comment frapper avec kendo stick on manque de s’étouffer mais quand les commentateurs trouvent le moyen de faire un débat sur ça on commence à désespérer. C’est une catcheuse, bordel !

Alexa Bliss déroule et défonce Bayley qui a pas l’occasion d’en placer une. On a donc la catcheuse la plus chétive du roster, heel de surcroît, qui détruit la babyface comme si elle était Brock Lesnar. Qu’est-ce qui est passé par la tête des personnes qui ont écrit puis accepté ça ? Quel est le plan si ce n’est détruire toute possibilité pour Bayley d’avoir des soutiens ? La salle a même pas chanté « Bullshit » sur ce match tellement elle en avait rien à faire ! Alors que ça méritait.

On se retrouve donc avec Alexa Bliss champion et Bayley qui va venir à Raw réclamer vengeance et ce sera ridicule parce qu’ils ont fait en sorte qu’elle en place pas une dans ce match. Le match a duré cinq minutes et dix secondes c’est le match le plus court du pay per view. Derrière le tag team match mixte ! C’est pas comme s’il y avait trop de match sur la carte on a eu six matchs sur la carte principale et le show a duré moins de trois heures. C’était débile, ridicule, tout sauf extrême et c’est ce genre de match qui font perdre l’attention pour la division féminine là où le public a montré plusieurs fois qu’il était prêt à acheter les segments et rivalités avec de l’intensité.

Jeff Hardy avait besoin de son saut extrême

On reprend le cours normal de notre programme avec un steel cage assez attendu entre les champions par équipe, les Hardy Boyz, et leurs challengers, Cesaro et Sheamus. Un style de match délicat à gérer vu que la possibilité de sortir de la cage est quasi constante. Si on retrouve un peu du syndrome de l’échelle où le catcheur se met d’un coup à être hyper lent, on peut dire que sur ce match ça restait oubliable tant les deux équipes ont bien joué le jeu. Ça donne d’ailleurs presque envie de garder ce genre de match exclusivement aux équipes tant les moments de sortie sont parus moins forcés ou surjoués que lors de match simple.

La construction va tourner dans un premier temps autour de la première sortie, à la première équipe qui se retrouverait séparée par la sortie d’un de ces membres. C’est Jeff Hardy qui va s’en charger en sortant de la cage laissant Matt Hardy en difficulté même si celui-ci sortira deux gros Side Effect à Cesaro et Sheamus. Pour aider son frère, Jeff nous sortira le Whisper in the Wind qu’on attendait tous. Les deux équipes, à nouveau dans la cage, vont cependant finir avec d’un côté un Jeff Hardy laissé inconscient et traîné par Matt Hardy vers l’extérieur de la cage et Cesaro et Sheamus qui eux grimpent pour sortir.

On questionnera le fait que Sheamus et Cesaro prennent leur temps pour sauter et faire un timing plus court pour le suspens alors qu’on voit qu’ils ont de l’avance mais au final le résultat est là, Cesaro et Sheamus redeviennent champions après leur heel turn et devraient continuer leur programme avec les Hardy Boyz pour notre plus grand plaisir. Les deux tag teams sortent de deux bons matchs dans des styles différents et ont une bonne connexion ensemble donc autant continuer de les faire travailler ensemble avec peut-être un peu plus de développement autour des Hardy Boyz et de leur réaction à la défaite.

On part alors dans la troisième heure de show avec les Cruiserweights pour ce troisième match entre Neville et Austin Aries. Certains semblent un peu lassés par cette rivalité mais après ce match une quatrième dose dérangera personne. C’était intense, c’était technique et en même temps brutal quand il le fallait. La stipulation, qui n’avait rien d’extrême, convient parfaitement au Cruiserweight et pour deux catcheurs qui n’ont pas participé au Cruiserweight Classic, ce match aurait pu facilement faire partie de la dernière partie du tournoi.

Les échanges de Figure Four – prise de la soirée d’ailleurs après son utilisation à outrance dans le Miz contre Ambrose, on la retrouve dans ce match, de Ring of Saturne et autre prises étaient impressionnantes pour deux catcheurs à l’aisance technique connue. Il faut aussi reconnaître que Neville fait un excellent champion. Alors certes il règne sur un royaume un peu moisi quand on regarde un peu au-dessus de ses épaules, mais au niveau individuel depuis son retour Neville est un heel ultra convaincant au point qu’on espère de le voir perdre cette ceinture pour qu’il revienne dans la catégorie poids-lourds. Et puis le Red Arrow dans les côtes de Austin Aries parfait et concluait parfaitement le match, légitiment l’abandon ensuite de Aries.

Samoa Joe surprend son monde

Le niveau de la soirée ayant été assez élevé dans son ensemble, on attendait de voir ce qu’allait offrir le main-event entre Samoa Joe, Finn Bálor, Bray Wyatt, Seth Rollins et Roman Reigns. Globalement, le match a été très dirigé aussi et brillamment exécuté. On regrettera toutefois son spot fest final assumé mais un peu convenu désormais et le fait que le match n’a utilisé qu’une chaise dans un Fatal 5-Way qui était sensé être « Extreme » mais bon là encore c’est plus inhérent à l’habitude de la WWE avec le genre extrême que la faute des catcheurs.

Par contre, cette alliance entre Samoa Joe et Bray Wyatt était excellente. Déjà parce qu’ils ont imposés un rythme lent sans le faire sentir en étant méthodique et savourant un peu leur moment – notamment Bray Wyatt qui s’est éclaté tout au long de ses séquences avec Samoa Joe. Leurs petits jeux de regard et les directives de l’un à l’autre donnaient vraiment la sensation de deux gros heels dangereux et difficiles à bouger. À tel point que ce sont les deux spots destructeurs de la soirée qui vont cesser définitivement leur domination : le spear de Roman Reigns sur la barricade ainsi que le saut à l’extérieur de Rollins vers la table des commentateurs.

On appréciera aussi avant et après les interventions de Finn Bálor qui a fait un beau pénalty avec la tête de Roman Reigns. Ce dernier s’est d’ailleurs bien amusé aussi au début en observant ses autres concurrents se frapper. Tout cela pour qu’au final, sur une séquence de Finn Bálor sur Roman Reigns, Samoa Joe revient et surprend Bálor avec la Coquina Clutch et obtient le spot de challenger. Dingue.

Et du coup ce final, s’il est convenu et un peu semblable à ce qu’on pourrait trouver à la fin d’un RAW, conclut un match dense de la plus belle des manières, récompensant un de ces artisans les plus présents dans le match pour une affiche que franchement on imaginait pas vraiment. Joe contre Lesnar est un duel qui risque d’être assez singulier vu la popularité de l’un ou de l’autre. Le risque d’échec majeur du fait de l’absence de suite derrière cette idée est élevé.

Mais de l’autre côté, le fait de voir ce match donne tellement envie qu’on excusera grandement la WWE de ne pas donner ce spot à un Bálor qui aurait pu en avoir besoin pour se construire en face un peu plus solide par exemple. On va avoir deux grosses brutes dans deux styles différents sur un ring de catch et on serait presque tentait de dire que cette affiche sonne plus extrême que tout le pay per view de ce dimanche.

Une conclusion à un pay per view qui soulage un peu. On est arrivés sur ce pay per view sans trop l’attendre et on ressort avec l’impression d’avoir passé un bon moment, avec de la bonne action et des résultats convaincants bien que manquant un peu de feel good moments pour la foule sur place. Le rythme infernal va continuer avec Money in the Bank dans à peine deux semaines et Great Balls of Fire dans cinq semaines. Reprenez vite votre souffle, l’été arrive, et même si les shows hebdomadaires sont à la ramasse, on peut dire qu’il s’annonce mouvementé.

WWE Extreme Rules 2017 : Samoa Joe prêt à faire face à la bête
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