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PROGRESS, Chapter 49 : Le catch à son meilleur

PROGRESS Wrestling

C’était il y a deux semaines à l’Electric Ballroom de Londres, la PROGRESS Wrestling organisait son Chapter 49 dédié au Super Strong Style 16, son tournoi annuel et l’une des plus importantes compétitions d’Europe. Pour la première fois présenté sur trois nuits, seize des meilleurs catcheurs indépendants (ou semi-indépendants) du monde s’affrontaient pour devenir challenger numéro un au titre PROGRESS; et douze d’entre eux y participaient pour la première fois. Comme prévu, cette troisième édition n’a pas déçu, au contraire, et les esprits s’en souviendront surement longtemps.

British Strong Style, dans tous les coups

Ils sont les figures de la division britannique de la WWE, mais aussi et incontestablement celles de la PROGRESS. Pete Dunne, Tyler Bate et Trent Seven ont été omniprésent pendant les trois soirées du tournoi, se servant toujours plus de la mignonne heat anti-WWE des fans. Hors-tournoi, le nouveau champion britannique de la WWE a conservé son titre de la PROGRESS en battant Jeff Cobb, pendant que Tyler Bate se qualifiait pour la finale du Super Strong Style 16. Parcours remarquable pour le gamin de Dudley qui, même s’il n’a pas eu de difficulté à battre « Pastor » William Eaver lors du premier tour et qu’il a bénéficié d’aide pour vaincre Mark Haskins en quart de finale, a sorti une énorme performance face à Matt Riddle en demi-finale pour sortir le favori de la compétition et qu’il était tout proche de gagner le tournoi face à Travis Banks, dans une finale haletante.

Week-end plus difficile en revanche pour Trent Seven, qui après s’être venté d’être un collègue de Brock Lesnar  et d’être une « Superstar de la WWE signée à long-terme », s’est fait battre et éliminé en six secondes seulement par Matt Riddle dans le dernier combat du premier tour. Évidemment, cette défaite expéditive et totalement surprenante pour le main-event de la première soirée, lui collera à la peau certainement pour pas mal de temps, les fans n’ayant pas tardé à le renommer en « Trent Six », à remplacer les chants « Ten! » par « Six! », à compter son nombre de secondes passés dans le ring, et même à entonné un remake du titre d’entrée de Shawn Michaels « Six-y boy ». Dur.

Ce qui ressort et que l’on ressent, c’est que dans le ring ces trois hommes sont davantage des partenaires de travail que des amis. Lors de la seconde soirée, Pete Dunne et Trent Seven ont fait équipe pour affronter David Starr et William Eaver et même si la victoire était au rendez-vous, on retiendra ce long moment en début de combat où Trent Seven a été humilié par ses adversaires suite à sa défaite de la veille, sous le regard complètement dépité du champion britannique de la WWE, qui n’a pas hésité à le gifler pour le remettre dans le droit chemin.

Si tout semblait rose jusqu’alors pour British Strong Style, les choses semble se compliquer désormais avec les débuts de Chris Brookes & Kid Lykos – qui, après Manchester, ont fait leur première apparition à l’Electric Ballroom dans la finale du tournoi – et la montée en puissance de Travis Banks, tous les trois sous la bannière #CCK. Même s’ils sont parvenus au fil des derniers mois à repousser les assauts répétés de Jimmy Havoc, Mark Haskins, Mark Andrews ou encore Ringkampf, le BSS est définitivement devenu la cible à abattre à la PROGRESS et leur règne de toute puissance devrait prochainement vaciller sévèrement.

Tous pour Jack Sexsmith

Bien évidemment, plein de choses sont à retenir cet excellent tournoi. Mais si l’on devait en sélectionner une particulièrement, beaucoup évoqueraient sans doute la performance de Jack Sexsmith. Construit comme un underdog incroyable à la PROGRESS depuis ses débuts, et de manière encore plus significative depuis plusieurs mois, ce Super Strong Style 16 semblait être l’occasion parfaite pour lui de se révéler au plus haut niveau et de poser la première brique d’un édifice qui l’aurait emmené vers un sacre « feel-good », à l’image de celui de « Pastor » William Eaver il y a un an.

Son combat du premier tour n’est peut-être pas le plus impressionnant techniquement parlant, mais le storytelling y est absolument brillant. Face à Zack Gibson – qui l’avait battu en début d’année et dont on relèvera jamais assez la facilité qu’il a se faire huer – Sexsmith a sorti peut-être le meilleur match de sa carrière, en tout cas le plus mémorable. Mis très à mal, mais porté par un Electric Ballroom tout acquis à la cause LGBTP dont il est un fervent défenseur, il s’est imposé grâce à un petit paquet rendant le sentiment de surprise encore plus fort et les espoirs de victoire finale pas anodins.

Malheureusement, les séquelles du premier tour ont été importantes, et son quart de finale face à Zack Sabre Jr. ne s’est pas passé exactement comme tout le monde l’aurait espéré. Arrivé au ring avec un air débité et le bras bandé, il allait annoncé son forfait, mais a préféré ne pas abandonner et combattre malgré tout. Si ZSJ retenait d’abord ses coups, après avoir failli se faire surprendre en début de match, il ne lui a pas fallu longtemps pour que son esprit de compétiteur refasse surface, et squash le Pansexual Phenomenon, en pleurs. Plus qu’un simple catcheur à l’allure excentrique, Sexsmith est devenu un véritable symbole, et son revival clownesque dans le Wasteman Challenge de la troisième nuit prouve bien qu’il peut jouer avec réussite sur plusieurs aspect de sa personnalité.

Travis Banks, MVP

Et un autre compétiteur qui s’est révélé est Travis Banks. Il a même fait mieux que ça, puisqu’il a remporté ce Super Strong Style 16 après avoir enchaîné quatre performances de très haut niveau face à Jimmy Havoc, Flamita, Zack Sabre Jr. et Tyler Bate. Que des must-see, avec chaque combat étant encore plus fort et impressionnant que le précédent, toujours avec des ingrédients supplémentaires. On ne peut qu’aimer cette rage qu’il dégage, ce côté « Terminator » et intouchable qu’il fait parfaitement ressortir et ressentir. Avant le début du tournoi, et surtout au fur et à mesure des événements, on sentait cette victoire finale venir, pour ne pas dire qu’elle était prévisible. Mais c’est bien connu, même en étant un brun prévisible, le catch peut-être magnifique, et ceci l’a bien montré.

Quelle ascension phénoménale pour ce neo-zélandais au physique moyen qui n’avait pas encore fait ses débuts à la PROGRESS il y a encore un an. Arrivé aux côtés de TK Cooper et Dahlia Black dans le South Pacific Power Trip, leur association s’est tout de suite révélée comme l’une des plus antipathiques du roster, avec Banks souvent plus en retrait que le couple sulfureux. Mais depuis leurs quelques confrontations épiques en début d’année face à des équipes comme Ringkampf ou British Strong Style, leur popularité a explosé, et le départ prématuré il y quelques semaines seulement de TK & Black a fait monté crescendo l’intérêt des fans pour le Kiwi Buzzsaw, qui a définitivement mis le monde à ses pieds en s’alignant avec Will Ospreay et Tommy End dans la lignée des vainqueurs du Super Strong Style 16.

Actuellement détenteur des titres par équipe avec Chris Brookes à la RPW et sacré premier champion de la Lucha Forever en avril dernier, 2017 est définitivement son année et tout pourrait cumuler le 10 septembre prochain au Alexandra Palace de Londres, où la PROGRESS organisera son plus grand show de l’année devant deux milliers de fans, et où il a déjà annoncé qu’il engagerait son opportunité de challenger numéro un au titre PROGRESS – peu importe le champion – qu’il a gagné en remportant le tournoi.

Toni Storm écrit l’histoire

Mais il n’y avait pas que les hommes à l’honneur pendant ce week-end, puisque le main-event de la seconde soirée du tournoi était un match hors-compétition, et pour la première fois un combat féminin. Toni Storm, Jinny et Laura Di Matteo s’affrontaient dans un match triple menace pour désigner la toute première championne féminine de la PROGRESS et la vainqueuse des quatrième Natural Progression Series.

Sans être exceptionnel, cet affrontement qui avait le mérite d’être historique a vu la néo-zélandaise Toni Storm l’emporter après un Piledriver sur Jinny, la seule que l’on voyait véritablement capable d’offrir une opposition crédible à la nouvelle championne, Di Matteo paraissant encore un peu frêle pour jongler avec de telles adversaires.

Championne à la STARDOM au Japon, et maintenant ici à la PROGRESS, sans oublier qu’elle est dans les petits papiers de la WWE, Storm semble véritablement en mesure de devenir à seulement 21 ans une figure de proue du catch féminin mondial, et peu de noms nous viennent à l’esprit quand on pense à celle qui pourrait la vaincre. La première à s’y essayer sera d’ailleurs Kay Lee Ray, l’actuelle détentrice du titre ICW en Ecosse, qui a gagné cette opportunité en battant Katey Harvey dans un match propre et disputé lors de la troisième nuit.

Trois soirées avec l’art et la manière

22 combats. 25 catcheurs et catcheuses. Plus de 700 fans présents chaque soir. Difficile de résumer ce Chapter 49 sans en omettre certains détails. Tous les matches ont conquis et même si pour la plupart l’enjeu était le même, tous ont narré une histoire unique. Le fait d’avoir rajouté une troisième soirée par rapport aux deux précédentes éditions du Super Strong Style 16 permet de respirer davantage pour les fans et pour les catcheurs, et de faire monter encore plus la sauce pour la finale, qui ne souffre pas d’être le troisième combat en une seule soirée pour ses deux participants. Pour beaucoup, le titre de meilleur match du week-end reviendra à cet affrontement incroyable entre Matt Riddle et Jeff Cobb en quart de finale, une réelle démonstration de force entre deux hommes surpuissants et à l’intensité phénoménale qui font paraître le ring bien petit. La finale du tournoi entre Travis Banks et Tyler Bate pourrait très bien aussi prétendre à la sélection des plus beaux combats de l’année, tout comme le match entre Zack Sabre Jr. et David Starr lors du premier tour.

On retiendra également les débuts européens de la sensation mexicaine Flamita, qui a su montrer dans un affrontement à couper le souffle face à Mark Andrews tout son savoir faire en matière de voltige et de technique dans le ring, et qui est tombé avec les honneurs face au futur vainqueur de la compétition. Désigné comme l’un des meilleurs high-flyers de la planète par Dave Meltzer et comparé à Rey Mysterio, son avenir parait plus que prospère du haut de ses 22 ans.

Enfin, on se souviendra certainement aussi longtemps de ce Wasteman Challenge lancé par Roy Johnshon en ouverture de la troisième nuit, qui a vu participer quelques-uns des éliminés. C’est traditionnel et ça met en jambe, ce concours de punchline qui précède (généralement) un combat c’est comme toujours révélé être un pur moment de divertissement et de franche rigolade. La palme de la meilleure vanne reviendra haut la main à Mark Andrews qui a su brillamment signifié à Roy Johson qu’il devrait plutôt rester dans le rap, car « Triple H ne l’a jamais rappelé » après sa participation au tournoi UK de la WWE.

THIS IS PROGRESS.

Qu’on se le dise, ce Super Strong Style 16 2017 est un excellent cru, et même s’il n’est pas simple d’avoir un avis global sur la question, c’est indéniable qu’il fait partie des meilleurs shows européens de l’année. Pour aller plus loin, ce Chapter 49 est la parfaite représentation du produit PROGRESS. Que vous n’ayez jamais regardé de catch indépendant – voire même de catch tout court – ces quelques huit heures de programme ont tous les ingrédients pour vous séduire. Un public en ébullition, de l’émotion, de l’intensité, des moments forts, du suspens et les meilleurs catcheurs du monde… il n’y a qu’à se laisser porter.

La PROGRESS Wrestling est l’un de ses rares endroits au monde où le produit in-ring et ses figurants sont en parfaite symbiose avec les fans. Difficile de mettre des mots sur cette atmosphère si particulière, où tout semble pouvoir fonctionner à merveille et où tout le monde peut trouver sa place. Alors en conclusion, voici un court extrait d’un post d’une blogueuse américaine qui avait fait le voyage depuis les Etats-Unis pour assister à ce Super Strong Style 16 et qui reflète parfaitement ce que représente la PROGRESS.

« J’ai vu des choses magnifique. J’ai vu quelqu’un qui aurait été mis de côté il y a encore cinq ou dix ans se tenir fièrement debout au milieu de drapeaux arc-en-ciel. J’ai vu l’adversaire de cette homme trouver une manière de raconter une histoire sans faire ressortir une once d’homophobie. J’ai vu quelqu’un avec de fortes convictions porter ses idées politiques sur lui comme une armure. J’ai vu des religions mélangées entre des personnalités sans manquer de respect aux croyances de chacun. […] La PROGRESS représente tout ce que j’aime dans le catch: du story-telling, de la catharsis, de la compétition, de la compassion, de l’inclusion et de l’amour. Il y a tellement d’amour à la PROGRESS, et pas seulement chez les gens qui s’assoient sur les chaises, même s’ils sont incroyables. Les fans m’ont accueilli et m’ont fait sentir comme si j’avais toujours fait partie de ce truc que j’ai aidé à créer. Les gens qui dirigent la PROGRESS aime ça et aiment leurs fans, et les fans les aiment. J’ai entendu des gens parler de dépression dans la fil d’attente. J’ai entendu des gens parler d’addiction et de pauvreté dans les toilettes. J’ai parlé de politique américaine et britannique alors que j’étais au bord du ring. C’est une communauté qu’ils ont construit, un endroit sain où rien n’est tabou. Tout le monde est le bienvenu. » THIS. IS. PROGRESS.

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