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Le Cockpit, lieu atypique du catch anglais à Londres

Revolution Pro Wrestling

Si la Revolution Pro Wrestling fait souvent parler d’elle pour ses shows au York Hall de Londres, c’est ailleurs qu’elle construit ses rivalités et met en exercice des nouveaux talents. Dans le nord du centre-ville de la capitale anglaise, la promotion britannique organise tous les premiers dimanche de chaque mois un show intimiste au « Cockpit », un théâtre à taille humaine aux multiples programmations. Le 7 mai dernier, nous avons eu l’occasion d’assister à l’un de ses événements, le seizième à y être organisé par la RevPro.

Un endroit unique

La salle se trouve au fond d’une ruelle, à plusieurs centaines de mètres d’une grande avenue. L’endroit n’est pas indiqué, et il faut avouer qu’il serait difficile d’y parvenir sans carte ou GPS. Une heure avant le début du gala, les premiers fans arrivent et se mettent en rang de manière très disciplinée le long du trottoir. Très peu d’enfants sont présents, il s’agit plutôt d’un public mature et connaisseur; l’occasion de mesurer déjà l’incroyable popularité de Marty Scurll, beaucoup arborant ses t-shirts. A 17 heures précise, les portes du complexe s’ouvrent. Dans le hall d’entrée, plusieurs catcheurs sont déjà présents à leur stand de merchandising, alors que la bière coule déjà à flot pour certains. Une tradition.

Pour rejoindre l’auditorium, il faut longer un couloir sombre, on croit alors entrer dans une sorte de bar clandestin, tant l’ambiance y est particulière. L’endroit où se tient le ring est tout petit. Il n’y a à peine plus d’un mètre entre celui-ci et les premiers rangs. Plus de 200 fans s’engouffrent dans la salle jusqu’au début de show qui est annoncé complet, comme pratiquement tous les autres événements qui se déroulent ici.

Au-delà du peu de confort qui va de paire avec la taille de la salle, il n’y pas besoin de tendre l’oreille pendant le show pour entendre les commentateurs faire leur travail. Il fait chaud, sombre, c’est petit, loin d’être confortable, mais l’atmosphère y est tellement particulière – et la carte annoncée si alléchante – qu’on met rapidement de côté tous les aspects négatifs pour se concentrer sur l’action à laquelle on s’apprête à assister.

Une plateforme d’essai

Si les shows sont diffusés en intégralité sur le service de vidéo à la demande de la RevPro, cela n’empêche pas la promotion de profiter de ce moment confidentiel pour donner la chance à de jeunes catcheurs et de leur permettre, ainsi qu’à d’autres talents plus établis, de façonner leur personnage, ainsi que leur arsenal. C’est ici, par exemple, que Marty Scurll et Will Ospreay ont eu leur première (épique) confrontation en juin 2015, celle qui leur a ensuite permis d’exporter leur rivalité et de faire parler d’eux dans le monde entier.

Ce dimanche-là, la chance était donnée en ouverture à six jeunes catcheurs qui, avec pour certains quelques apparitions sur le circuit britannique, n’avaient jamais réellement fait parler d’eux. Un combat trois contre trois à cent à l’heure, qui leur a permis à tous de montrer leur potentiel et leur habilité dans le ring. L’occasion par exemple de découvrir Cara Noir (a.k.a Tom Dawkins), un personnage excentrique à la Dalton Castle qui fait son entrée sur la musique du Lac des Cygnes. Les autres participants étaient Malik, Ash Draven, Kurtis Chapman, Ashley Dunn et Josh Wall, cinq noms que l’on devrait retrouver de manière plus récurrente dans les prochains mois à la RevPro et ailleurs.

Et s’il y en a un qui incarne à la perfection la « nouvelle vague » qui surgit au Royaume-Uni, c’est Josh Bodom. Depuis 2012, la RevPro a été l’une des quelques promotions à miser sur lui. Cinq ans plus tard, il est devenu l’une des têtes d’affiches de la compagnie, présent à la plupart des événements, et est l’actuel British Cruiserweight Champion, un titre qu’il a remporté trois fois. Sa rivalité face à Donovan Dijak, entre autres – qui connaissait ici un nouveau chapitre – fait apparaître un athlète de haut niveau, doté d’une puissance incroyable et d’une agilité à toute épreuve. S’il n’est pas encore le plus populaire ou que son nom n’est pas le plus cité, Bodom est incontestablement l’un des jeunes talents les plus doués outre-manche actuellement.

Le Cockpit révèle surtout chez les talents qui s’y produisent leur capacité à interagir avec les fans, une donnée essentielle dans le monde du catch. Le ring est situé à une telle proximité du public qu’il est impossible de ne pas réagir à la clameur ou à l’exaspération de ne serait-ce qu’un seul spectateur. L’interaction est ici primordiale, et savoir emballer une foule l’est tout autant. C’est peu de dire que le moment en devient presque gênant quand tout le monde se tait et que l’on entend très distinctement les commentateurs faire leur travail. Zack Gibson, qui affrontait ici Ryan Smile, ou Jinny, qui faisait face à Alex Windsor, ont su mettre en avant cette qualité, en allant constamment chercher la heat des fans, comme ils savent si bien le faire avec leurs personnalités malfaisantes.

Pas du catch au rabais

Si l’endroit pourrait porter à l’idée que le catch servi aux spectateurs est de moins bonne facture que dans une salle plus spacieuse ou agréable, c’est faux. Des grosses affiches y sont toujours présentées, et cette sensation qu’un combat est fait juste pour vous en rajoute à l’expérience dont vous êtes l’heureuse victime. Sur ce show, deux matches ont retenu plus l’attention que les autres. Le premier opposait les champions #CCK, Travis Banks et Chris Brookes, aux London Riots. Un combat pour les titres par équipe qui en a fait réagir plus d’un dans l’assemblée, tant certains coups et enchaînements étaient impressionnants à voir, portés avec une précision millimétré, un détail primordial pour les fans, capables à cette distance du ring d’apercevoir la moindre approximation.

L’autre combat qui a particulièrement emballé les spectateurs était un affrontement entre Marty Scurll et Kyle O’Reilly. Une affiche de très gros calibre annoncée deux mois à l’avance, et qui voyait le canadien faire son retour au Royaume-Uni après un an et demi d’absence. Un match légitimement présenté en main-event, les deux hommes délivrant une excellente performance comme ils en si ont souvent l’habitude. Post-match, une standing ovation leur même ai offerte par des fans conquis après presque trois heures de show, avant un échange mutuel de respect au centre du ring. C’est enfin O’Reilly qui conclu le show en défiant au micro le japonais KUSHIDA pour un ultime combat lors de la British J-Cup, le prochain gros événement de la Revolution Pro Wrestling.

Si pour un téléspectateur il est toujours plus agréable de voir ses héros performer devant une grande assemblée, dans une salle géante où les artifices sont de mises, rien de mieux pour un spectateur que d’assister à un show dans un endroit comme le Cockpit. Ici, vous y ressentez mieux que nul part l’énergie et l’intensité qui émane du ring et de ceux qui y montent, avec toujours cette sensation d’assister à un spectacle personnalisé pour vous. On y découvre les stars de demain, on prend plaisir à rencontrer ceux qui se sont déjà fait un nom… et on y partage surtout un vrai moment de convivialité avec une communauté de fans à laquelle on est fier de faire partie.

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