Reportage

On y était : Ouest Catch à Quédillac

Pascal Bloas/Ouest Catch

Il faut avoir pas mal de motivation en tant que fan de catch, pour se déplacer en Bretagne et aller voir un show de Ouest Catch. Car même si l’on connaît la qualité de la promotion de Régis Béreschel, il faut bien avouer que se rendre sur leurs shows nécessite une organisation un peu plus poussée entre fans. Quédillac, il faut la chercher sur la carte et une fois arrivé, on sent clairement l’esthétique locale du gymnase de la ville. Mais bon, quand on annonce Tristan Archer, Lucas Di Léo et Tom La Ruffa ou encore la catcheuse anglaise Alex Windsor sur un même show, ça motive quelque peu les troupes.

La salle ne sera pas pleine mais semblait au moins avoir rassemblé près de deux cent personnes. Parmi elles, les deux tiers de la salle sont des personnes des environs, attirées plutôt par le mot CATCH en gros sur l’affiche de leur ville que par les noms. Le reste, se reconnaît de plus en plus, échange sur les expériences passées et leurs attentes futures. Bien qu’encore légère, une bonne communauté commence à pointer le bout de son nez sur les shows de catch français et ce à intervalle de plus en plus régulière.

Ce qui marque encore plus, c’est quand cette communauté se fait vocale, parfois jusqu’à l’excès, mais avec un esprit globalement bon enfant et qui peut permettre de décoincer un public. C’est une logique de locomotive, en tant que spectateur quand vous entendez un groupe bruyant, l’idée de scander un nom, encourager le face ou huer le heel vous traversera plus facilement l’esprit sans être coincé par une ambiance plus terne.

Un show en deux parties, qui dévoile son potentiel crescendo

Le premier match d’un show local est un marqueur de l’ambiance. Si la présence de Sturry et son interaction avec la communauté en déplacement a permis de montrer une présence vocale d’une partie de la foule, il faut encore embarquer les autres. L’opposition entre Ace Angel et Maxime Chaoson relève d’une structure plutôt classique du catch pour mettre le foule dans le bain. Le voltigeur face face à un heel physiquement plus imposant.

Les deux catcheurs travaillent la foule et malgré une victoire de Maxime Chaoson, le début de show laisse tranquillement le public moins habitué aux shows s’intégrer à la soirée. La suite, un duel entre Seznec et Hellmer Lo Guennec, permet de faire vibrer la corde de l’ultra local puisque les deux viennent de Bretagne et que du coup le public n’a pas vraiment à choisir de favori – bien qu’une rivalité entre les deux groupes les plus bruyants de la soirée animera les chants du match. Si, un peu comme le premier match, les échanges sont sujets à quelques approximations sensibles, l’intensité mise compense les quelques problèmes dans les phases de chain wrestling. Les souplesses et autres lariats passent notamment très bien.

Puis avec Tom La Ruffa, qui affrontait Geno Cyd, le public va finalement suivre un peu plus facilement. Son attirail de spartiate et ses « Ahou » vont un peu plus chauffer le public local, même si l’efficacité du cri a eu des hauts et des bas lors des différentes apparitions de La Ruffa dans la soirée. Ça chambre un peu autour de NRJ 12 et la participation à l’émission « Undressed », mais une fois sur le ring, La Ruffa montre bien que physiquement et dans les gestes plus ou moins simples, il a un niveau d’intensité de plus que ses prédécesseurs sur le ring. Sa victoire lui permet de s’installer gentiment à Ouest Catch et La Ruffa aura globalement été dans une posture ultra face.

En pratiquant le 6-1-9 — et en le teasant — puis en multipliant les gestes et mots envers la foule, il est probablement celui qui a le plus essayé de créer une connexion avec le public pendant et après son match. Et c’était au final plutôt logique puisqu’il est la grosse nouvelle tête de Ouest Catch et qu’il avait peut-être plus besoin que d’autres de créer ce lien. Après cela, on annonce une pause de mi-show, l’occasion de retrouver notre tradition bien française de la buvette. Mais, à la différence des pauses un peu longues de Revolution, à Ouest Catch, la pause est unique et ne dure pas trop longtemps, juste assez pour que tout le monde prenne à boire et à manger.

Alex Windsor et Amale Winchester font exploser la foule

À la pause, Sturry nous avait rapidement dit qu’il était confiant sur la seconde partie du show et sur son fonctionnement global. On veut bien le croire. L’affiche féminine entre Alex Windsor et Amale Winchester a été vraiment étonnante, parmi les meilleurs matchs féminins sur un show français et parmi même les meilleurs matchs tout court. Pas vraiment sur le plan des spots mais plutôt sur la férocité affichée par les deux catcheuses. Nos oreilles se souviendront longtemps du chop d’Alex Windsor sur Amale Winchester.

Mieux, techniquement le match est ultra clean et emporte le public pour ne plus jamais le lâcher. Si l’on peut avoir peur que certaines pauses cassent un show, ici la transition et l’intensité du match féminin a permis de reprendre le public en vol. La victoire d’Amale, qui était la heel du match, ne ternit absolument pas le tableau. C’était efficace, dynamique et on en redemande.

Un point où le show a un peu ramé sans que ce soit rédhibitoire, c’est le micro. Tout le monde n’a pas forcément l’habitude de segments et on a eu quelques flottements lors de l’installation du tag team ainsi que lors du segment pour hyper le main-event. C’est pas affreux mais ça reste très sensible mais la démarche reste à approuver, donner de l’histoire à un public hors des matchs, c’est lui donner plus de raisons de s’intéresser à l’histoire que ce soit en développant sur le long ou le court terme. Ici, le show a besoin parfois de petits segments du genre pour démarquer des matchs ou des catcheurs.

C’est le cas de Jérémy Pépin, nommé rookie de l’année à Ouest Catch. C’est totalement gratuit comme récompense mais ça permet aussi de marquer une connexion avec un catcheur qui débute à peine. L’arrivée de A-Buck et Christianium le Surréaliste, qui forment l’équipe Afrikan Bomaye permet un peu de poser les enjeux et de sentir le début de construction d’un tag team match. Lucas Di Léo prend ce rôle de partenaire et fait profiter de quelques punchlines qui le démarquent vraiment du reste des catcheurs français. Il a cette aisance et cette capacité d’avoir un impact au micro que personne d’autre n’a en France.

Jérémy Pépin et l’art du selling

Pour le match, il constitue en un véritable massacre de Jérémy Pépin. Mais ce massacre, c’est l’occasion de découvrir que le selling, c’est beau quand c’est bien fait. S’il n’a pas toujours haranguer la foule pour l’encourager, Pépin a vendu l’impact physique de ses adversaires avec brio. Les combinaisons ont été variées du côté des Afrikan Bomaye, ce qu’on attend d’une équipe qui domine un face en détresse. L’entrée de Di Léo permettra d’engager la dernière phase du match où les faces finissent tout de même par perdre. Un match par équipe assez singulier et un peu risqué quand on donne les clés à une équipe heel et son rookie de l’année, mais le tout a plutôt bien fonctionné.

Tout cela permet au main-event d’arriver dans une salle encore active et volontaire. Cette deuxième partie de soirée est passée à toute vitesse grâce à des matchs denses et intenses. C’est ce que sera également ce match entre Cormac Hamilton et Tristan Archer. On ne le dira jamais assez, mais sur le ring, Tristan Archer est le catcheur moderne par excellence. Avec un style puissant mais aussi technique, il a vraiment ce look et cette attitude qu’on aime voir sur un ring.

Et ce qui est encore mieux, c’est quand son adversaire se montre à son niveau. Les impacts, les prises, les contres, etc. On est sur un niveau de catch vraiment très agréable à suivre. Le match dégage une bonne intensité et aura mérité sa place. L’arrivée de Tom La Ruffa sur les abords du ring détournera un peu l’attention de l’action du match mais le fait qu’il soit resté simplement sur le côté sans intervenir est plutôt positif parce qu’il aurait été dommage de ne pas offrir de fin à Hamilton et Archer.

Archer l’emporte et reste champion et n’aura pas trop longtemps à attendre pour connaître son challenger : Tom La Ruffa évidemment, qui aura sa chance pour le titre le 17 mars 2018 à Plouasne, où les habitués de la Ouest Catch auront donc ce plaisir de voir la première opposition entre les deux Français. Une affiche que d’autres auraient sans doute rêvé de proposer chez eux, mais qui se fera bel et bien en Bretagne. L’échange ne se terminera pas sur une agression physique et restera diplomate, pas sûr que cela dure très longtemps tant les deux ont la possibilité de faire des étincelles.

Rendez-vous en 2018

Le show se termine et c’est l’occasion de se rassembler, échanger, voir que même parmi les moins bruyants se cachait des fans plus ardus de catch qui découvrent ou redécouvrent la scène française. Ce show n’est pas le plus gros succès populaire de la Ouest Catch, la salle n’était pas pleine. Pourtant, dans les conversations, assez naturellement, la question revient : « Tu penses venir à Plouasne en mars ? ».

Oui, c’est loin, mais on y pense plus ou moins tous. Les discussions avec les catcheuses et catcheurs permettent également de sentir que tout le monde a passé un agréable moment. C’est d’ailleurs assez agréable d’avoir ressenti une volonté d’impliquer tout le monde dans le show. Car, si le show a clairement une portée locale, la présence des fans qui ont fait de la route a été soulignée et aussi intégrée par certains catcheurs, Tom La Ruffa jouant notamment sur ses anciens noms à la WWE et la TNA et celui de Tristan Archer pendant le Cruiserweight Classic.

Le show et son esthétique ne sont évidemment pas parfait. La sono a eu des couacs, l’esthétique est globalement simpliste mais l’important était ailleurs. La deuxième partie du show a vraiment offert du catch de qualité tandis que la première a assuré la mise en route du public tout en offrant déjà du spectacle. Ce n’était pas un show uniquement pour les locaux ni uniquement pour les fans venus de loin, tout le monde a pu se sentir concerné et rien que pour cela, on peut dire que Ouest Catch a offert un show spécial pour les fans présents. De quoi donner envie de refaire la route en mars ? Sans aucun doute.

On y était : Ouest Catch à Quédillac
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