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PROGRESS, Chapter 55 : Comme un changement d’ère

Rob Brazier/PROGRESS Wrestling

Enfin ! Après des semaines d’attente et des mois de construction, la PROGRESS Wrestling présentait devant plus de 2000 fans, le 10 septembre dernier à l’Alexandra Palace de Londres, son Chapter 55 : « Chase The Sun ». Sept matches au programme, avec les quatre championnats remis en jeu, dans une atmosphère à la hauteur de l’événement. La conclusion d’un été mouvementé à première vue, mais l’épilogue de bien plus de choses au moment de faire les comptes.

Le début de la fin pour British Strong Style

Et quoi de mieux pour débuter un show de cette envergure qu’un match de l’échelle ? Pour la troisième fois, British Strong Style et #CCK se retrouvaient dans le ring de la PROGRESS et précédemment, leurs affrontements avaient à chaque fois vu des nouveaux champions par équipe être couronnés. Kid Lykos et Chris Brookes étaient déterminés à mettre un point final au règne omnipotent de Tyler Bate et Trent Seven, et à faire tomber le premier mur d’un empire que Travis Banks se chargerait d’anéantir dans le main-event.

Paradoxalement, et malgré un environnement sans disqualification, ce combat s’est révélé être le moins bon que les deux clans aient eu. Il faut dire qu’il était difficile d’atteindre le niveau de leur opposition au Chapter 50, l’un des matches de l’année. Néanmoins, en ressort un affrontement avec de l’impact, construit autour de spots saisissants et cela malgré la regrettable petite taille des échelles. C’est au terme d’une longue séquence au sommet de l’une d’entre elles que Chris Brookes a fait passer Tyler Bate par dessus lui, lui faisant venir s’écraser le dos sur une autre échelle poser en contre bas et se laissant la voie libre pour décrocher les ceintures et permettre à #CCK de devenir pour la deuxième fois champions par équipe. Même si on pouvait en espérer un peu plus dans le ring, il n’y avait certainement pas de meilleure manière pour commencer cet événement qu’avec une victoire heureuse et attendue de tous.

Toni Storm, sans forcer

Dans la deuxième rencontre de la soirée, Toni Storm défendait son titre de championne de la PROGRESS face à Dahlia Black, devenue challenger après sa victoire surprise sur Jinny lors du dernier Chapter. La moitié du South Pacific Power Couple comptait bien créer la sensation face à une adversaire qu’elle avait déjà affronté il y a quelques mois, mais dont la fin du combat avait été prématurée en raison d’une blessure survenue à la cheville. Si l’opposition entre les deux femmes s’est montrée solide, elle fût malheureusement loin d’être exceptionnelle, relevant quelque peu d’un manque d’autorité dans les coups portés et d’intensité dans les prises. L’affaire fût pliée en à peine neuf minutes, après que la championne ait enchaîné deux Strong Zero Driver. 

Finalement, Dahlia Black est apparue comme une prétendante parmi les autres, assez loin de pouvoir inquiéter réellement la championne. Attaquée par une Jinny aigrie et munie d’une chaise après le combat, elle devrait logiquement s’absenter pour la même période que son compagnon TK Cooper, blessé. A moins qu’elle soit physiquement capable de prochainement régler ses comptes une bonne fois pour toute avec l’anglaise, qui semble elle désormais davantage tournée vers la quête du championnat féminin.

L’au revoir de Marty Scurll

On ne l’avait plus revu depuis le Super Strong Style 16 en mai dernier, Zack Sabre Jr. faisait son retour pour un soir à la PROGRESS, avec la bonne idée en tête que le plus important événement britannique de l’année ne pouvait se fêter sans lui. Pas de match annoncé à l’avance pour le Technical Wizard, nous savions juste qu’il offrirait un Open Challenge. Et, sous une clameur difficilement descriptible, c’est Marty Scurll qui a répondu au défi ! Lui n’était plus apparu depuis le mois de janvier, ayant décidé de consacrer davantage son temps à la ROH et à la NJPW, sous l’égide du Bullet Club.

Il existe un passif tellement important entre ces deux hommes, que finalement, ce n’était qu’une évidence qu’il se retrouve pour une ultime fois au milieu d’un show gorgé par des symboles qui tendent la PROGRESS vers un nouveau cycle. Adversaires lors du tout premier Chapter en 2012, souvent ennemis, mais surtout meilleurs partenaires au sein des LDRS, ils sont l’essence même de la PROGRESS et du renouveau du catch britannique. Sans enjeu, il n’y avait pas ici l’intensité qu’il pouvait y avoir entre eux il y a quelques temps, mais l’intérêt était ailleurs. Un match d’exhibition, un récital même, où chacun a joué ses meilleures cartes pour une dernière partition. Après de riches échanges, et encore davantage de contres, c’est Zack Sabre Jr. qui s’est imposé en rivant les épaules de Marty Scurll avec son European Clutch, alors que celui-ci allait porter son Chicken Wing.

Après le combat et un échange de respect mutuel, ZSJ a laissé le ring libre, au milieu duquel le Villain a alors pris la parole. Sortant quelque de son personnage, l’unique deux fois champion du monde de la PROGRESS a remercié les fans et la structure, indiquant de manière officielle qu’il ne pourrait plus venir comme avant et que, s’il tenait à être là pour un tel show, c’est parce que nous le reverrions pas de sitôt. Avant le règne de terreur de British Strong Style, il y avait celui de Marty Scurll, et c’est non sans un petit pincement au cœur que l’on se dit que c’est une autre page qui se tourne, laissant la place à d’autres talents qui auront pour mission d’entretenir ce qu’un garçon comme Marty Scurll a contribué à construire. « Long Live The Villain ».

Jimmy Havoc intouchable sur son terrain

La tension entre Mark Haskins et Jimmy Havoc avait atteint son paroxysme au Chapter 54, marquant la conclusion de plusieurs mois de frustration pour deux hommes dont le seul objectif a été de retrouver, en vain, le titre de champion PROGRESS qu’ils s’estiment légitimes de porter. Il était assuré qu’avec un but commun, leur chemin se croiserait tôt ou tard, et ce malgré les tentatives d’entente. Dans cette rivalité, la rage a largement pris le dessus, et un tel différend ne pouvait se régler dans un match un contre un aux règles ordinaires. C’est donc dans un DeathMatch qu’ils se sont fait face ici. Une nécessité pour Haskins, mais davantage un plaisir pour Havoc, lui l’adepte de l’extrême violence qui portent encore les stigmates de sa victoire au Tournament of Death de la CZW, il y a trois mois.

Ce ne serait pas simple d’énumérer tous les objets qui ont été utilisés dans ce règlement de compte sans en omettre certains. Punaises, chaises, parpaings, agrafeuses, tables,… sans surprise il n’aura pas fallu longtemps avant que les premières gouttes de sang soient versées. A travers le hall de l’Alexandra Palace, dans le ring ou à ses abords, ce fût une véritable mise à mort. De nombreuses séquences pas forcement très visuelles pour les spectateurs les plus éloignés de l’action (ce qui explique probablement la légère baisse d’ambiance pendant la première partie du combat), mais qui ont illustré à la perfection le niveau de haine qui subsistait. Lancé de manière pratiquement incontrôlable, Jimmy Havoc aura même tenté de trancher la tête (!) de son adversaire avec sa hache des grands soirs, avant que celui-ci ne s’écarte heureusement juste à temps. Outre l’usage pas très efficace d’un pistolet nerf, Haskins aura lui reçu l’aide Vicky Haskins, sa compagne de choc venue l’équiper d’une batte ornée de fils barbelés.

Et c’est avec cette arme retournée contre lui, et après de très nombreuses tentatives, que Havoc l’a finalement emporté, tel un prêcheur de la violence imbattable dans son environnement fétiche. Avec cette victoire, le King of Goths se place certainement dans le haut de liste des futurs prétendants au titre PROGRESS. Malgré la défaite, Haskins n’en ressortira pas amoindri en tant que compétiteur, sa persévérance et son appréciation de la douleur ne pouvant qu’être remarquées. Reste maintenant à savoir s’il s’observera une remise en question quant à son statut autour d’une ceinture qu’il avait remporté il y a tout juste un an, et dû céder sur blessure.

WALTER reprend le titre ATLAS à Matt Riddle

À la PROGRESS (et même ailleurs), il existe une équation qui donne toujours naissance à des petites merveilles depuis quelques mois. Mettez WALTER ou Matt Riddle dans un ring, et vous obtiendrez un gage de qualité et d’intensité. Après avoir retrouvé son titre ATLAS face à l’autrichien à New-York, le King of Bros était cette fois-ci bien déterminé à le conserver, et ce malgré l’ajout d’un facteur X en la personne de Timothy Thatcher. Un combat triple menace qui aura tenu toutes ses promesses, et qui peut même être considéré comme le meilleur match du show.

Bien que partenaires dans RingKampf, WALTER et Thatcher ne se sont pas esquivés ou même alliés à outre mesure contre le champion pour le mettre hors course. C’était chacun pour sa peau, et que le meilleur gagne. Et quel pied !. Alors oui, malgré la présence d’un troisième homme, cet affrontement ne diffère pas de ceux qu’on eu WALTER et Riddle au cours des derniers mois. La recette est toujours la même, mais elle fait pschitt à chaque fois. Comment ne pas aimer voir des beignes s’échanger avec une telle force que l’on remarque les peaux changer de couleur à vue d’œil ? Le tout saupoudré d’une petite dose de technique et de prises quasi inefficaces sur ces forces de la nature.

Et si même beaucoup sont fans de Matt Riddle, et que l’on souhaite voir ce Timothy Thatcher là ravir les rings européens, quel incroyable plaisir de voir WALTER finalement s’imposer avec un Fire Thunder Driver porté sur le champion pour décrocher son second titre ATLAS.

Lancée il y a un an au Chapter 36, la division des super-lourds n’a de cesse de nous ravir depuis janvier, et elle comptera désormais un nouveau participant puisque à la suite du combat, Wolfgang, l’ancien champion de la ICW, est venu faire face au nouveau porteur de la ceinture ATLAS, marquant ainsi de manière inattendue ses débuts à la PROGRESS.

L’amertume plus forte que l’amitié

En préambule au main-event, et histoire de faire participer tout le monde à la fête, un Scramble Match était organisé. Huit participants dans le ring en même temps, avec un tombé ou une soumission pour la gagne, avec en jeu le privilège de devenir le prochain challenger au titre PROGRESS. Zack Gibson, James Drake, Chief Deputy Dunne, « Flash » Morgan Webster, Strangler Davis, Mark Andrews, Eddie Dennis et Jack Sexsmith ont fait le job. Difficile de s’ennuyer à les regarder quand l’action est non-stop. Chacun à eu le droit à son petit moment, peut-être davantage Gibson et Drake, les Grizzled Young Vets, qui ont comme à l’accoutumé pris un plaisir fou a chauffer la foule avant le combat, et qui ont été les plus proches d’une (double) victoire, quelques minutes avant que ce soit Mark Andrews, grâce à Shooting Star Press sur Morgan Webster, qui l’emporte. La suite, personne ne l’attendait. 

Alors que tout laissait présager d’un turn de Webster sur le vainqueur après le combat, celui-ci a finalement quitté le ring très fair-play, détournant brièvement l’attention de Mandrews, alors attaqué par derrière par Eddie Dennis ! La stupeur fût totale. Après des années d’amitié et de partnership, le Pride of Walls a décidé de prendre une direction inattendue, saisissant l’opportunité d’un run en solitaire, deux mois après avoir annoncé sa volonté de consacré son entière vie au catch. Oui, FSU (« Friends Stand United ») n’est plus.

Aucune autre issue possible pour Travis Banks

Enfin, dans l’ultime match d’une soirée déjà mémorable, Travis Banks affrontait Pete Dunne pour le championnat PROGRESS. Devenu prétendant au titre grâce à sa victoire au Super Strong Style 16, et après des mois d’anticipation, le Kiwi Buzzsaw comptait bien porter le coup de grâce à British Strong Style et destituer le Bruiserweight d’une ceinture qu’il portait alors avec mépris depuis presque 300 jours. Un main-event des plus riches, comme on pouvait s’y attendre. Beaucoup d’overbooking, avec les interventions de Tyler Bate et Trent Seven, puis de Chris Brookes et Kid Lykos, des arbitres qui se sont succédé et l’utilisation illicite de sledgehammers. Mais là, rien ni personne ne pouvait battre le néo-zélandais, qui a résisté à absolument tout, en mode Terminator des grands soirs. Porté par une foule totalement acquise à sa cause, et grâce à sa Lion’s Clutch, il a fait abandonner son adversaire et est devenu le nouveau visage de la PROGRESS. 

Tout juste vaincu et de manière assez surprenante, Pete Dunne s’est relevé pour lui-même donné (ou plutôt jeté) sa ceinture au nouveau champion. Dans cette attitude, une double lecture semble possible. Ce qu’il dégage depuis un an pourrait faire dire qu’il l’a fait par déni pour ce que représentante la PROGRESS, alors qu’il est amené à un destin doré à la WWE. Ou alors, peut-être l’a-t-il simplement fait par fair-play, ce qui pourrait tendre à révéler que son aventure ici touche à sa fin. D’ailleurs, au loin, pendant que la fête se célébrait dans le ring, on a pu le voir faire un signe d’au revoir aux fans. L’empire British Strong Style se sera effondré en une seule soirée.

Après des garçons comme Jimmy Havoc, Will Ospreay ou Marty Scurll, ce sera donc désormais à Travis Banks d’incarner le visage d’une fédération dont la progression est incessante. Débarqué il y a à peine plus d’un an aux côtés de TK Cooper, il aura vécu une ascension fulgurante, grâce à son talent inné et au soutien indéfectible de fans qui ne le portaient forcément pas dans leurs cœurs à son arrivée. Entouré de ses parents et des ses partenaires de #CCK, sa célébration pleine d’émotion a marqué la fin d’un show que les livres d’histoires n’oublieront certainement pas.

Après ça, Wembley

Que dire pour résumer ces quelques trois heures et quarante minutes de show ? Absolument tous les codes d’un événement de catch majeur étaient réunis. Dans le ring, mis à part peut-être le match féminin, ce fût du très haut niveau et il y en a eu absolument pour tous les goûts. L’atmosphère, bien qu’un peu différente de celle qu’on peut ressentir à l’Electric Ballroom par exemple, était bouillante, même si on regrettera peut-être la résonance de l’Alexandra Palace. Plus qu’un show d’envergure, « Chase The Sun » marque un véritablement tournant pour la PROGRESS. Certains se sont séparés, d’autres sont partis ou ont tout perdu… le renouvellement fût total et le spectacle au rendez-vous.

C’est cette capacité à se renouveler, à proposer des choses simples, mais diablement efficaces, et à être constamment dans l’ère du temps qui font aujourd’hui de la PROGRESS une fédération dans laquelle chaque fan de catch peut se retrouver. L’an prochain, un nouveau cap sera franchi, puisque ce sera à la Wembley Arena que les Ultras de la PROGRESS se retrouveront pour fêter une année qui s’annonce déjà des plus folles. Le progrès ne s’arrête jamais.

PROGRESS, Chapter 55  » Chase The Sun » est disponible ne vidéo à la demande sur Demand Progress.

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