Vous n'êtes pas prêts

L’année 2018 de : Roman Reigns

WWE

Bonjour, ce que vous allez lire ici est normalement un secret. Je suis employé de la WWE, mais par soucis de discrétion j’écrirai ici sous le pseudonyme de Kévin Dune. Mes opinions ont un poids auprès de Vince McMahon et la plupart de ce que vous lirez ici devrait passer, sauf si l’on finit par changer mes plans à la dernière minute à cause de Paul. Il est chiant Paul. Mais j’y reviendrai.

Roman Reigns est la Superstar de la WWE qui divise le plus. Dans une espèce de version 2.0 de la division que pouvait créer Cena, le Big Dog se voit reprocher une compétence sur le ring limitée et un push un peu trop violent. Si bien qu’il faut le dire, il dépasse John Cena en terme de haine moyenne. Il faut dire que 2017 a été spécial pour Roman. S’il n’a pas gagné énormément de titre – perdant le titre US en début d’année et gagnant le titre intercontinental en fin d’année, il a cependant capitalisé sur deux victoires de prestiges sur The Undertaker et John Cena. On a bien préparé le terrain, il est temps de passer à l’action.

2018 devrait être sous le signe de l’accomplissement final de Roman Reigns, le moment où il devient enfin l’Alpha de la WWE. Lui et Brock Lesnar ont été séparé depuis assez longtemps, il est temps d’en finir. Pour cela, il y a pas beaucoup de choix, Roman doit perdre son titre intercontinental, on veut pas non plus perdre une ceinture qui anime un peu la midcard de RAW.

L’adoubement du Royal Rumble

Le plan est assez simple, on donne le titre d’une manière assez crade à Samoa Joe au Royal Rumble histoire de ne pas décrédibiliser Roman, quand Brock apparaît comme un monstre depuis des mois qui gagne grâce à un F5, il ne faut pas que Roman perde normalement face à un mec qui a déjà perdu face à Brock Lesnar à Great Balls of Fire. La mémoire du spectateur ne dépasse pas les trois mois normalement mais on n’est jamais trop prudent.

Du coup, on va mettre Roman en numéro 30 surprise, ça devrait plaire au public surtout qu’on a prévu large. Un trio final Orton / Cena / Reigns qui devrait permettre à Roman Reigns de retourner le public. Mieux encore, après sa victoire, on a prévu The Rock, Stone Cold, Mick Foley et Ric Flair pour venir lui lever la main, histoire de bien vous faire comprendre que le futur patron, c’est lui. Et puis on est aussi assez confiant sur le fait que John Cena viendra applaudir de lui-même, même pas besoin de lui demander.

Le plan vers WrestleMania 34 est ensuite assez simple. Confrontation physique qui se finit par une séparation avec Brock Lesnar parce que le public ne voit pas qu’on le fait à chaque fois, discours de Paul Heyman sur le fait que Roman est grand, fort, musclé et dangereux et on fait intervenir Braun Strowman la semaine suivante, parce qu’il « n’en a pas fini avec lui » comme il le dit si bien.

Petite difficulté. C’est déjà assez rare qu’on réussisse à développer un big man, alors si on le détruit en plein vol Vince va encore se plaindre que les gens sont jamais contents. Après on va devoir encore faire le tour des mecs de plus de deux mètres qui s’enfilent du KFC depuis la fin de leur carrière universitaire de football ou de bûcheron. Et je peux vous dire que c’est pas toujours évident alors quand là on a eu la chance d’avoir un gars qui a appris à cette vitesse on veut le garder.

Le titre, évidemment

Alors on vous voit déjà derrière vos écrans « Oui mais Finn Bálor ceci, Finn Bálor cela ». Non, Finn, il a déjà de la chance de pas avoir fini avec son pote Itami chez les Cruiserweights. On le laisse traîner avec Anderson et Gallows c’est déjà une belle fleur alors faut pas venir râler. Roman Reigns c’est le long terme de toute façon, il va pas se blesser vu ce qu’on le laisse faire et à Elimination Chamber il bat Braun Strowman clean après s’être relevé du finisher de Braun Strowman et avoir collé deux spears, ça l’échauffera. On va mettre sa place du Rumble en jeu histoire de mettre un peu d’enjeu mais vous avez déjà compris où on va.

WrestleMania 34. Le public réagira comme il voudra, on baissera le son quoiqu’il arrive. On fait ce qu’on veut, on gonfle les chiffres des spectateurs tous les ans donc c’est pas tourner un petit bouton vers la gauche qui nous fait peur. Après dix F5, un petit Kimura Lock, Roman va enchaîner trois spears d’affilée pour abattre Brock Lesnar. Avec un peu de chance, Brock va se sortir un peu les doigts et mettre un peu la misère à Roman pendant le match, si ça saigne, les gens ont plus de chance d’aimer le match parce qu’il était « brutal » et un peu atypique. On dira juste aux graphistes et monteurs de bien passer tout ça en noir et blanc derrière sur WWE.com.

Mais bon, Roman est champion, ça pète de partout les feux d’artifice. Bref c’est WrestleMania 32 mais avec Brock Lesnar donc on aura même pas besoin d’essayer de produire un face ou un heel. Ce qui est également pratique, c’est qu’on sait déjà occuper le premier quart d’heure de RAW. Roman Reigns, debout, sur un transat ou comme il veut, qui dit rien et écoute 15 000 européens lui défoncer les tympans. On hésite entre « Deal with it », « LOL », « This is my yard » pour conclure le segment.

Les vrais problèmes commencent ici. Parce que Roman, il va garder le titre longtemps, genre au moins six mois. Le plan c’est idéalement d’aller chercher les 434 jours de CM Punk qui bougera pas de son canapé, y a match de hockey à la télé. Mais on lui en veut pas évidemment. C’est juste qu’il faut un record à Roman Reigns et si on tente de lui faire gagner et perdre treize fois d’affilée le titre on va probablement se faire repérer. Donc autant lui laisser le titre un an et demi et ce sera tranquille. En plus le gars vient de battre Strowman et Lesnar. Y aura qui pour le battre ? Finn Bálor ? The Miz ? Elias ? Non c’est même pas la peine.

Envoyer la chair à canon

Bon, en fait, Finn Bálor on le fera sûrement pour déconner. Et avec un peu de chance comme pour AJ Styles, son match sera assez sympa pour que ça se plaigne légèrement moins après les pay-per-views. En plus, ça permet également de faire un trois contre trois entre son Club et le Shield et on sait que ça permettra de vous faire rêver un peu et nous de gagner un peu du temps. On fait durer ça tranquillement de Backlash à Money in the Bank et ni vu ni connu on gagne deux mois de règne tout en vous gardant dans un entre deux où vous aimez les affiches sur le principe mais où vous vous plaindrez des résultats.

Là vous êtes déjà en train de vous dire « Mais en fait c’est sympa ce programme, pas si terrible ». Attendez qu’on fasse durer ça jusque SummerSlam en ajoutant des mecs comme The Miz ou Samoa Joe à l’équation. De la bonne chair à canon comme on les aime. Samoa Joe est assez balaise pour être crédible en toute circonstance – en plus il restera sur une victoire sur Reigns donc c’est gratuit – et The Miz ouvre assez grand la bouche pour qu’on le fasse revenir encore et encore défaite après défaite. L’important, c’est qu’à SummerSlam on joue notre carte bonus du match à plusieurs pour pas trop avoir à construire de rivalité.

Finn Bálor sera peut-être dans le match pendant que Gallows et Anderson affronteront Ambrose et Rollins et comme ça on remplit les RAW pendant quatre mois tranquille. Bon, par contre, faut qu’on travaille les punchlines de Roman. Le « Je ne suis pas un gentil gars, pas un mauvais gars, juste le gars » on a bien compris que c’était plus possible. On hésite à rappeler The Rock pour qu’il lui laisse une ou deux catchphrases cadeau mais au pire on laissera The Miz faire toutes les promos pendant que Roman soit dira le mot de la fin soit foncera dans le tas.

Le heel turn

Comme John Cena, on voit déjà venir tous les sites internets « spécialisés » et les comptes Twitter dire qu’il faut que Roman Reigns tourne heel, que tout le monde le déteste. On a jamais trop compris cet argument parce qu’au fond ce que nous disent les gens c’est qu’il faut faire de Roman Reigns un méchant pour que les gens l’aiment. Bref comme d’habitude on les écoutera pas et on laissera les fans inconditionnels faire le boulot de défendre Roman Reigns et d’acheter le merchandising. La politique de l’autruche, ça marche toujours.

Mais voilà, faut bien séparer le Shield. Seth Rollins c’est déjà fait et vu qu’on se décidera pas sur Roman Reigns, il reste Dean Ambrose. Ce heel turn, c’est l’occasion de finir tranquillement l’année sans forcer. Ambrose contre Reigns, avec ou sans Rollins, c’est l’occasion de passer Extreme Rules et TLC les yeux bandés. Le Shield de toute façon c’est notre manière de remettre Roman Reigns sur le devant de la scène sans trop forcer donc merci les gars. Après les matchs pour le titre on laissera Ambrose et Rollins s’amuser tout seul, parce qu’il reste la fin de l’année et c’est moins évident qu’on le pense.

Une fin d’année où on fait oublier le championnat

Tout dépend de ce que l’on garde. Est-ce qu’on reprend le champion contre champion ou est-ce qu’on fait revenir Brock Lesnar ? Tout dépend en fait. Si on se fait un délire Jinder Mahal champion encore une fois cette année, c’est sûr que rappeler Brock sera plus rassurant. Par contre, si c’est Shinsuke Nakamura, l’occasion est trop belle de donner une belle victoire à Roman Reigns. Parce que le tout n’est pas vraiment de faire durer le règne de Roman, il faut aussi qu’il soit le meilleur du roster tout entier.

Du coup, quand il aura effacé à peu près tous les noms ronflants du roster, il va falloir passer du côté de SmackDown, et même si on compte faire venir Randy Orton pour temporiser en cas de pépins, rappeler aux spectateurs que Roman c’est le meilleur, ça permet de vendre ce beau petit t-shirt et cette belle petite figurine à vos enfants, et de quoi faire dire  « Non mais son match face à Nakamura ça montre bien qu’il est pas si limité que ça » aux fans de Roman sur Twitter et ce qu’ils restent des forums en 2018.

Ensuite, c’est un peu la panique. RAW n’a plus de pay-per-views et on a presque deux mois à tuer. Bien sûr un match de championnat à RAW, ça se fait rapidement, mais cette carte n’est pas trop jouable à foison. Dans ces cas-là, ce qu’on fait toujours, c’est de faire une rivalité à 6-Man. Le problème ? Le Shield n’existe plus. Conséquence : on rappelle les Usos. On sait pas encore comment faire coller le délire pénitentiaire mais si on peut faire en sorte que les Usos sortent un rap sur le fait que le Big Dog garde le Usos Penitentiary, on se dit que ça vaut le coup.

Le tout c’est que les fans oublient un peu les défenses de championnat jusqu’au Royal Rumble le temps qu’on fasse le tour des anciennes Superstars sans handicap capables de revenir sur le ring pour perdre face à Roman Reigns puis de dire au RAW du lendemain que c’est probablement la personne la plus méritante du monde, que c’est un gars génial, qu’il mérite un prix Nobel, etc.

Ou on donne enfin le feu vert à Daniel Bryan. Ce serait cruel. Mais drôle. Mais cruel. Mais drôle.

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