Reportage

Un soir à la Wrestling Stars : Ce monde parallèle du catch en France

Coup de tête. Samedi alors que l’on avait tous la tête à NXT TakeOver : Philadelphia, un élan de curiosité nous a poussé à aller voir un show de la Wrestling Stars. On était loin d’imaginer ce qui nous attendait.

Yohann L./VoxCatch

C’est à un spectacle vraiment peu commun auquel les Bretiliens ont eu la possibilité d’assister samedi soir dernier, puisque la promotion Wrestling Stars faisait son « grand » retour après trente ans d’absence à Domagné en Ille-et-Vilaine, petite commune à l’est de Rennes. Qu’on se le dise en toute honnêteté, on n’avait pas prévu de vous en parler, mais la singularité de ce gala nous aura vite fait changer d’avis. Nous, habitués au catch américain, ébahis devant la NJPW ou la PROGRESS Wrestling, conquis lors de déplacements outre-manche, et parfois très agréablement surpris par des promotions françaises, on était loin d’imaginer ce qui nous attendait.

Notre curiosité fût piquée au vif il y a quelques semaines en tombant par hasard sur un article indiquant l’organisation de cet « événement d’envergure ». A quoi pourrions-nous bien assister ? La Wrestling Stars finalement, on ne la connaît que très peu. A croire que sa réputation délicate parmi les fans les plus calés résidait d’une légende. Jusqu’au jour où Flesh Gordon et toute son équipe débarque chez vous.

Pays de la pomme et du catch

Le catch en Bretagne, on sait à quoi ça ressemble. Comme pour les trois quarts des shows de catch en France, il faut toujours emprunter une route sinueuse, sous la pluie et dans la nuit, jusqu’à arriver dans un bourg désert, où seule la place de l’église est éclairée. On cherche, on tombe miraculeusement sur un panneau « CATCH » écrit à la main sur un vieux carton détrempé, et on s’installe.

Dans le gymnase, on croise des têtes que l’on a l’habitude de voir, les gens sont fidèles ici. Mais samedi soir, pour la WS, il n’y avait pas que des habitués. Des jeunes, des vieux, des enfants, des parents, et à première vue, assez peu de fans de catch (entendez par là, personne avec une casquette John Cena ou un t-shirt du Bullet Club). Un public hétéroclite qui a répondu présent, car même si le complexe n’était pas plein, c’est bien au moins 600 personnes qui se sont retrouvées et pour une promotion française, c’est beaucoup.

Une fréquentation assez exceptionnelle aussi pour une promotion en amont réalisée entièrement localement. La communication via internet, c’est pas le fort de la WS. Page Facebook inexistante, site internet pas à jour… Qui sont les catcheurs (sous contrats, c’est l’une des nombreuses spécificités de la promotion), quels sont les championnats, les matches d’annoncés ? Rien, on ne peut rien savoir avant. C’est une pochette surprise.

A Domagné, on produit du cidre. C’est donc logiquement munis d’un verre, et avec plusieurs minutes de retard que le show a commencé. Se sont d’abord présentés sur le ring les deux annonceurs de la soirée, le président de la structure et le légendaire Flesh Gordon. Ces deux-là, ils en ont du bagout. L’un des bons points de la soirée. C’est avec une aisance déconcertante qu’ils ont su chauffer une foule qui a pas mis longtemps avant de répondre présent.

Des règles (vraiment) uniques

Ont ensuite été introduits les officiels de la soirée, les arbitres Vincent David et Mr. Jacky, la véritable star de la soirée. 57 ans de carrière, avec l’honneur d’avoir déjà catché devant la reine d’Angleterre. On le sait maintenant. C’est d’ailleurs lui qui a arbitré le premier match. Une confrontation entre deux jeunes catcheurs dont, désolé, leurs noms ne nous reviennent pas. Et la sono bien trop inaudible ne nous a pas aidé à mémoriser. Cela dit, ce fût un combat d’ouverture plutôt intéressant. Mais qui nous aura davantage marqué pour nous avoir confronté de plein fouet pour la première fois aux règles spéciales de la WS. Soit cette dernière est très en avance sur son temps, soit très en retard. Soit…

On omet le fait que Monsieur Jacky ne réalise pas les comptes de trois en tapant au sol, mais en les indiquant oralement, puis avec un sifflet pour désigner le vainqueur. Trop de respect pour juger, les légendes sont éternelles.

A la Wrestling Stars, donc, il y a des cartons, jaunes et rouges. Le premier jaune signifie un avertissement, le deuxième aussi, le troisième aussi… en fait, on cherche toujours à comprendre combien il en faut pour avoir un rouge. On sait juste que venir briser le compte pendant un match par équipe ou bien encore envoyer votre adversaire en dehors du ring vous mettra dans l’illégalité. Et vu le bazar que ce fût à chaque match, on attend l’arbitrage vidéo avec impatience.

Trop simple pour être vrai

On ne va pa vous résumer les matches un par un. Car, seulement quelques heures après le gala, les souvenirs d’une quelconque action dans le ring ont déjà disparu. Il nous reste juste des images, comme des flashs, d’un spectacle unique en son genre. Six combats étaient proposés, dont deux féminins.

Parlons-en d’ailleurs. Trois catcheuses étaient présentes, pour deux affrontements, car le « comité des fêtes avait décidé de voir les choses en grand », c’est la Women’s Revolution à la WS. C’est donc dans la joie et dans la bonne humeur qu’un « tournoi » était proposé, où la gagnante du premier affrontement ferait face à la troisième catcheuse du roster plus tard dans la soirée. Allez comprendre. Le premier match a duré moins d’une minute trente, et s’est terminé sur un bodyslam. Bon d’accord, oublie la Women’s Revolution. Le second a eu le droit à plus de temps, mais n’en n’était pas moins déconcertant. On ne saurait dire si c’était raté, ou juste mauvais.

Heureusement, du côté des mecs, c’était mieux, mais pas fou non plus. En tout cas, on avait rarement vu autant de muscles sur un show de catch français. Et ça, c’est pas un mauvais point. Il n’y avait aussi qu’à tendre l’oreille et entendre le souffle d’étonnement du public quand un catcheur de plus de cent kilos était présenté sur le ring.

Contrairement aux filles, on a pu déceler quelques probables talents chez certains d’entre eux. Et rien que pour ça, on s’excuse de ne pas avoir retenu leurs noms. Mais c’est pas notre faute si les arbitres volaient la vedette — et on ne vous a pas parlé des commentaires en live de Flesh « Oh la vache! » Gordon. On a eu le droit à quelques acrobaties, quelques prises, et au bout de deux heures, à un atemi. On n’est vraiment passés à un rien d’assister au premier show de catch au monde sans le moindre atemi. Car finalement, rien ne se jouait dans le ring, mais tout reposait sur l’interaction avec le public, avec des « cheap heat » à n’en plus finir. Et ça marchait tellement bien que la grande question de la soirée fût : pourquoi est-ce si simple ? Quelle est la recette, cela vient-il du cidre ?

Pour tout le monde, sauf pour les fans de catch

Deux heures trente de spectacle et c’est suffisant. Alors que les enfants munis d’une main en mousse étaient conviés à venir prendre la pose sur le ring aux côtés des vedettes, on se rend compte que l’on vient d’assister au pire show de catch de notre vie. Pourquoi ? C’est simple : il n’est pas fait pour nous et peut-être pas vous non plus.

En regardant à droite à gauche, les gens paraissaient heureux et en tendant l’oreille, on peut même percevoir des  « C’était sympa ! » ou des « Plutôt drôle, c’est à voir une fois ! » Et finalement, notre grande satisfaction restera de savoir que la personne qui venait voir du catch pour la première fois ou celle qui en avait un apriori ne soit pas ressortie de là avec la sensation d’avoir perdue une soirée de sa vie ou pire, d’avoir assister à une vaste supercherie. L’honneur, miraculeusement sauvé.

La Wrestling Stars, on la découvrait ce soir là pour la première fois, et en toute sincérité, on n’y retournera pas de sitôt. Le catch sans intensité et sans être spectaculaire n’est pas fait pour les fans que nous sommes. Ce gala là, nous avons juste eu l’impression qu’il illustrait les propos de nos anciens sur les fameux « Dans mon temps… ». Car oui, la formule de la WS est d’un autre temps, mais force est de constater qu’elle marche.

Un soir à la Wrestling Stars : Ce monde parallèle du catch en France
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