Décryptage

Derrière la « Women’s Revolution », une manière pour la WWE d’essayer de faire oublier son passé

Lancé il y a deux ans, la Women’s Revolution permettrait aux femmes de la WWE de bénéficier de meilleure conditions de travail et d’une exposition similaires aux hommes. Mais il reste encore beaucoup d’ombres au tableau et le passé de l’entreprise en rapport avec les femmes est assez difficile à oublier.

Stuart Isett/Fortune Magazine

Au début de la fameuse « Diva’s Revolution », le 13 juillet 2015, Stephanie McMahon a interrompu Nikki Bella pour lui parler de la « révolution » qui avait lieu dans le sport féminin aujourd’hui. Elle avait cité Serena Williams et Ronda Rousey en expliquant que c’était au tour de la WWE de s’y mettre. La promotion de Stamford s’y est mise un peu trop tard, mais surtout à un moment qui les arrangeait bien.

Dans le monde de la WWE où « business is business », on ne considère et respecte la femme que lorsqu’elle peut nous rapporter un peu d’argent. Stephanie McMahon a récemment livré une interview à Fortune Magazine où elle expliquait, sans complexe, que la Women’s Revolution était un moyen d’améliorer l’image de la marque WWE.

Dans  cette interview, Stephanie McMahon raconte que ce changement de nom et cette Womens Revolution est liée au hashtag #GiveDivasAChance lancé sur les réseaux sociaux et qu’ils s’agissait à ce moment là d’écouter les souhaits des femmes.

Notre division était appelée la division des Divas. Mais quand cette division a été créée, le terme divas n’avait rien de négatif, c’était en rapport aux divas de la soul, Aretha Franklin, Whitney Houston… Cela a été un succès pour nous pendant un temps. Mais il y a eu un moment clé : un match qui a eu lieu et qui n’a duré que moins de trente secondes, ce qui n’était pas rare pour nos femmes, mais nos fans, hommes et femmes ont lancé un hashtag #GiveDivasAChance et il s’est retrouvé en trending topic mondial pendant trois jours. (…)

Et depuis, lors WrestleMania 32, on a choisit notre plus grande scène pour permettre à l’une de nos plus grande hall of famer de présenter le rebranding de la division des Divas en division féminine. Elle a présenté une nouvelle ceinture de championnat qui était avant un papillon, pour en venir à quelques chose qui se rapprochait plus de la ceinture des hommes mais toujours féminine. Elle a annoncé que nos femmes allaient maintenant être appelée Superstars, comme les hommes. Et depuis cela, nos femmes font régulièrement les main-event de pay-per-view et nos programmes télévisés.

Une belle excuse, puisqu’autour d’eux, les femmes dans le sport prenaient de plus en plus d’importance. Leur concurrent en terme de business, la compagnie organisatrice d’évènements d’arts martiaux mixtes l’UFC laissait beaucoup plus de spotlight aux femmes. La WWE se trouvait simplement entre le marteau et l’enclume et se devait de faire quelque chose pour obtenir une bonne médiatisation vis-à-vis de leur division féminine.

De Divas à Superstars : sans l’égalité salariale ?

Les femmes de la WWE sont désormais égales aux hommes, sur le papier, en se faisant appeler « Superstars ». Mais les inégalités continuent tout de même d’exister, surtout dans les coulisses.

On sait par exemple que Brock Lesnar, présent sur quelques shows seulement par an, touche 12 millions de dollars. Pendant ce temps Nikki Bella, la femme qui vend le plus de merchandising dans la compagnie de Stamford, qui enchaîne les interviews, qui réalise et joue dans Total Divas et qui accessoirement s’est brisée le cou pour la WWE touche 30 fois moins que lui, 400 000 dollars.

Cet écart impressionnant de salaire avait été dénoncé à de nombreuses reprises. La dernière personne à s’être exprimée sur le sujet, c’est Stella Kae, ancienne maquilleuse de la WWE sur Twitter :

Dans la mesure où les gens en deviennent de plus en plus conscient, je me demande si la WWE va s’intéresser à l’égalité salariale entre hommes et femmes.

Mais il ne faut pas oublier qu’AJ Lee, qui a quitté la WWE en 2015, avait été l’une des première catcheuses à mettre les pieds dans le plat en confrontant directement Stephanie McMahon au sujet quelques mois avant en publique sur Twitter pour lui parler de l’injustice que ressentent les catcheuses face à cette inégalité.

Vos catcheuses ont le record de ventes de goodies, ont brillé dans beaucoup de segments, des shows de nombreuses fois, et elles ne reçoivent qu’une fraction du salaire et du temps d’antenne qu’ont les hommes. #UseYourVoice.

Des tweets auxquels Stephanie McMahon avait répondu brièvement « Merci AJ Lee, j’apprécie votre opinion ».

Une montée de féminisme dans un monde où le sexisme règne

Au Royal Rumble, Lita est arrivée avec un t-shirt #TimesUp sur le ring, mouvement pour en finir avec les violences sexistes et sexuelles. Ce soutien clairement affiché lors du show n’était pas approuvé par les officiels de la WWE. Selon Alundra Blayze, Lita n’avait pas eu l’accord pour porter le t-shirt et a dû la cacher avec un sweat pour que personne ne le voit avant son entrée.

Lita a ensuite posté un message d’explication sur Twitter où elle disait soutenir toutes les femmes qui ont été un jour victime, qu’elle était persuadée qu’elles s’en remettraient un jour et qu’elle essaye, elle aussi, de s’en remettre.

Je voulais participer à ce match pour toutes les femmes qui se sont senties sous-représentées, dans tous les aspects de leur vie. C’est pourquoi, quand j’ai rejoins le ring, j’ai mis mon t-shirt #TimesUp. Voir ces femmes aller de l’avant, écouter leurs témoignages autour de #MeToo, aussi difficiles étaient-elles à partager, m’a donné de la force et de l’envie de m’unir aux femmes qui se sont dans le passé senties seules, honteuses ou effrayées. C’est beaucoup plus qu’un match.

C’était un message clair pour montrer qu’elle avait déjà subi ce genre d’harcèlement. Et ce n’était pas la première fois qu’elle s’exprimait sur le sujet. Quand l’actrice Uma Thurman avait réagi aux affaires d’Harvey Weinstein en disant qu’elle préférait ne pas s’exprimer dessus car elle était trop en colère, et que la colère n’était jamais bonne pour exprimer ce que l’on ressent, Lita avait tweeté que c’était exactement ce qu’elle ressentait et qu’elle comprenait l’actrice.

Il faut rappeler que Lita a fait face à beaucoup de pressions dans sa carrière, notamment à la fin de celle-ci. Elle subissait beaucoup de harcèlement de la part des fans pour sa liaison avec Edge à l‘époque, mais aussi dans les coulisses. L’un des épisodes les plus parlant concerne la tristement célèbre Live Sex Celebration qui pour elle était d’ailleurs bien clair : c’était un moyen de l’humilier pour ce qu’elle avait fait. Elle avoue dans le podcast de Lilian Garcia avoir négocié pendant des heures avec Vince McMahon pour éviter ce segment, en vain.

Lita avait aussi déjà évoqué l’année dernière lors d’une session de question/réponses un acharnement dont elle avait été victime lors de son dernier match à la WWE aux Survivor Series 2006, où on ne lui avait autorisé que deux minutes. Mais d’un commun accord avec Mickie James, les deux catcheuses n’ont pas respecté le temps impartie et on fait durer le match pendant quinze minutes.

Bien évidemment, la WWE n’a aucun intérêt à entrer dans cette campagne. De nombreuses catcheuses ont souvent revendiquées dans des interviews avoir eu affaire à du harcèlement sexuel, sans nécessairement donner de noms. Awesome Kong/Kharma avait révélé lors d’une interview à « Youshoot » que beaucoup de femmes dans le milieu du catch étaient obligées d’échanger des faveurs sexuelles pour pouvoir obtenir un spot, sans quoi elles n’étaient même pas considérées selon ses dires. Sunny quant à elle a de nombreuses fois revendiqué, dans le même média, le fait qu’elle devait coucher pour réussir, un comportement qui selon elle correspondait aux « moeurs » de son époque.

Maria Kanellis avait livré lors d’une interview similaire qu’elle avait eu de nombreuses remarques de la part de Randy Orton lorsqu’elle avait commencé à travailler pour la WWE. Maria Kanellis n’était pas la seule victime du comportement de Randy Orton envers ses collègues féminines, il avait également manqué de respect à Kelly Kelly lors d’une interview où il parlait de ses nombreux partenaires dans les coulisses et où le slutshaming était une de ses pratiques courantes. Mais Kelly Kelly avait tout de même reçu beaucoup de soutiens de la part de ses collègues féminines.

Du Bra and Panties à l’Elimination Chamber

Aujourd’hui, la révolution est belle et bien en marche. Les femmes ont enfin accès aux mêmes stipulations que les hommes. Le Money In the Bank, le Royal Rumble et récemment l’Elimination Chamber. Une évolution qui arrive au bon moment, lorsque la parole des femmes se libère dans plusieurs industries, notamment celle du cinéma. La WWE tente d’éviter le scandale en retournant le problème en leur faveur. Résultat: on parle d’eux de manière positive et on oublie toute l’image dégradante qu’ils ont pu transmettre de la femme durant ces dernières années.

Entre les bikini contests, les pillow fights ou les bra and panties match, la WWE a souvent vu les femmes comme la partie « sex appeal » du show. Certes, il y avait déjà des matchs hardcores à l’époque pour les femmes, mais ces affrontements étaient minoritaires comparés aux autres stipulations. Cela ne dérangeait pas à l’époque, puisque c’était le seul moyen pour certaines de pouvoir apparaitre et catcher dans un show.

Mickie James est même allée jusqu’à expliquer dans le podcast de Lilian Garcia que cela ne la choquait pas plus que cela car c’était « ce que demandait les fans à l’époque ». Analyse en soit complètement biaisée quand on compare la réaction de ces mêmes fans face à des matchs de Trish et Lita à l’époque, contre les autres stipulations pour playboy cover girls. La WWE évite par ailleurs complètement aujourd’hui de mentionner partenariat avec le magazine de charme qui a vu nombreuses divas poser pour lui et ceux même durant à la fin des années 2000 comme Maria Kanellis.

Cette Women’s Revolution a beau être un moment extraordinaire en apparence pour le catch féminin et les catcheuses qui y participent, mais elle laisse tout de même un goût amer quand on sait ce que certaines ont dû affronter pour que la nouvelle génération accède à cela.

Derrière la « Women’s Revolution », une manière pour la WWE d’essayer de faire oublier son passé
Cliquez pour commenter
En haut