Reportage

À Plouasne, Ouest Catch prend des risques

Ouest Catch se produisait samedi dernier une nouvelle fois dans la petite ville de Plouasne. Devenu l’un des deux rendez-vous annuels importants de la promotion bretonne, le show a marqué par une ambition d’en mettre plein la vue et une prise de risque non-négligeable et peut-être prématurée.

Pascal Bloas/Ouest Catch

Pour son show annuel à Plouasne, Ouest Catch avait mis les moyens de ses ambitions pour attirer du monde, une carte alléchante où on retrouvait globalement un résumé des catcheurs les plus performants actuellement en France et surtout des affiches qui rien qu’à l’oreille donnaient envie de se déplacer, notamment pour le main-event et cet affrontement inédit entre Tom La Ruffa et Tristan Archer, deux des piliers de cette génération de catcheurs français.

Cette affiche avait été largement préparée sur internet. Tom La Ruffa notamment qui a entretenu des débats assez houleux avec ceux qu’il appelle les « Keyboard Warriors » à multiples reprises. Tristan Archer est lui resté plus discret jusqu’à une confrontation orale d’une heure sur la chaîne youtube de C’est ça le Catch. Bref, un build-up sur fond de vérité mélangé à un bon travail au corps des fans qui se déplacent qui promettait de l’ambiance.

Des matchs de très bonne qualité

Loin de se reposer uniquement sur son main-event, Ouest Catch a proposé six matchs de très bonne facture, où chacun a pu s’exprimer dans des styles variés. Que ce soit le Fatal 4-Way 100% breton qui a offert spot après spot, le match féminin solide dans l’intensité entre Amale et Shanna, le un contre un très riche techniquement entre Aigle Blanc et Cormac Hamilton ou encore ce tag team surprise entre Afrikan Bomaye et les Artistes Lucas Di Léo et Peter Fischer qui réapparaît enfin sur un ring français, la soirée a offert son lot de séquences marquantes sur le ring.

Le match qui a volé le cœur du public sera probablement ce match pour le titre Delta entre Louis Napoléon, Senza Volto et Jack Spayne. Louis Napoléon se fait rare sur la scène française car il catch énormément au Japon et on voit pourquoi, il a cette aura qu’on aime voir chez un catcheur, cette attitude naturelle de pur heel qu’on ne peut qu’adorer détester. Senza Volto, toujours aussi over, continue de son côté de prouver qu’il est en position pour s’imposer un peu partout où il va. Mais c’est Jack Spayne qui va offrir les plus gros frissons d’un match très bien construit, offrant les mouvements aériens les plus risqués dont un moonsault du haut de l’échelle à la fois magnifique et surprenant.

On notera aussi que toute la soirée, les catcheurs ont été accompagnés par une production aux petits oignons qui faisaient presque oublier qu’on était dans un complexe sportif de la campagne bretonne. Les vidéos d’entrée, les lumières, la musique, la technique était globalement quasi parfaite, à quelques larsens prêts. Les catcheurs étaient très investis pour offrir le meilleur show possible et ça c’est le bonheur en tant que spectateur quand on sent que chacun veut apporter un truc en plus dans le show.

Des choix ambitieux

Ce n’est pas uniquement les affrontements qui ont marqué cette soirée à Plouasne, il y a également un choix assez osé de la part des acteurs (catcheurs comme bookers) de Ouest Catch d’offrir une histoire chargée. Tout au long de la soirée, des petits événements se sont accumulés, incluant notamment énormément Sturry, annonceur des shows de Ouest Catch et animateur principal de la chaîne C’est ça le Catch sur YouTube.

La construction des événements est plutôt bien organisée, des tensions avec l’ex « Sturry Guy » Seznec qui va aider Louis Napoléon à garder le titre Delta en intervenant dans le match de l’échelle, de la formation d’un trio où Cormac Hamilton rejoint Les Artistes jusqu’à ce retournement final où Sturry trahit Tristan Archer pour livrer la victoire à Tom La Ruffa, il y a eu une décision assez osée dans les coulisses de Ouest Catch de lancer un segment très dense et qui nécessitera que le public du prochain show ait connaissance de tous les événements de la soirée.

C’est une prise de risque énorme et qui a réussi à accrocher la plupart des fans présents mais qui a probablement laisser le public local de Plouasne un peu plus à l’écart. Qu’on ne se méprenne pas, la prise de risque est à saluer et même quelque chose qui s’apprécie. Vouloir offrir une construction à long terme dans une organisation de catch, c’est un peu ce qui devrait être l’objectif final de toutes les fédérations.

Mais ici, cette construction passe par un booking assez forcé autour de Sturry. Si, à la différence de ce qui s’est vu dans le catch français ces dernières années, la cohérence est au moins au rendez-vous, il y a une certaine amertume à voir le premier combat entre Tom La Ruffa et Tristan Archer se terminer de cette manière. Certes, ce n’est certainement pas la dernière affiche entre les deux hommes à Ouest Catch, mais il semble un peu prématuré d’avoir démarré un axe narratif pareil.

Le catch français est-il prêt ?

La première raison est peut-être la plus importante. Le public qui suit régulièrement le catch français était à nouveau présent en nombre, mais tout de même en infériorité numérique. En discutant à droite et à gauche, même des suiveurs réguliers de catch était parfois présent pour la première fois à un show français ou pas encore très familier des noms de la scène française. Du coup, Ouest Catch prend le risque de devoir expliquer constamment les événements en synthèse lors de ces prochaines dates.

Le fait est aussi que si l’on fidélise un public qui vient de loin, il faut reconnaître que le catch français est encore en recherche de stabilité géographique. Si Ouest Catch se produit et réussit très bien en Bretagne, deux dates uniquement dans l’année ne sont peut-être pas suffisantes pour que les gens suivent les péripéties lancées ce samedi sur plusieurs shows.

Une structure comme l’APC, qui se produit régulièrement au Studio Jenny, est peut-être elle plus à même aujourd’hui de se lancer dans l’aventure d’un storytelling au long terme. Elle a une salle bien à elle et un public qui semble quoiqu’il arrive bien connaître les catcheurs présents. Ici, le public manquait de familiarité avec l’histoire des Artistes et Cormac Hamilton notamment pour véritablement embarquer dans le face turn de Cormac Hamilton.

Quant à l’histoire majeure, elle s’est plutôt faite porter par les segments assez conséquents pour expliquer le contexte à tout le monde. Là-dessus, le travail au micro de La Ruffa, Sturry et Archer était très convainquant et a permis de bien assurer ce heel turn et les retournements de fin de show.

On se retrouve ainsi dans un entre-deux où tous les effets recherchés n’ont pas été trouvés mais qui ont assez fonctionné pour dire que Ouest Catch a fait un travail très ambitieux et assez réussi pour qu’on ait envie de suivre cette histoire. Et quelque part tant mieux, car l’histoire s’adresse énormément à ceux qui suivent régulièrement la scène française.

Une suite pas évidente à tenir

Là où Ouest Catch devrait avoir le plus de difficultés, c’est de s’assurer la bonne progression de l’histoire lancée. On sait déjà que Louis Napoléon est très souvent au Japon et ne sera probablement pas là pour certains événements et il est également possible que Tristan Archer soit parfois indisponible. Du coup, deux des principaux acteurs du segment de ce samedi auront probablement des absences lors de certains shows.

Faire progresser les événements sera du coup plus compliqué, mais pas impossible. Tom La Ruffa est champion et devrait être mis largement en avant dans des confrontations avec des contestataires de cette alliance créée ce samedi. Un catcheur comme Seznec peut assurer une confrontation avec des autres faces réguliers de Ouest Catch. Loin d’être sans solution, Ouest Catch s’engage tout de même dans une aventure très compliquée d’assurer un storytelling régulier dans le catch français.

Peut-être prématurée, peut-être trop rapidement engagée, cette histoire offre tout de même au show un sentiment assez spécial, un tournant très intéressant du catch français où une organisation fait assez confiance aux fans pour qu’ils suivent régulièrement leur contenu. Et que cela se conclut à terme par un bilan positif ou négatif, le fait même de s’être lancé dans un tel projet est remarquable car tellement risqué. Et même si l’on peut critiquer des choix faits sur ce show, le projet est à soutenir autant que possible.

Pour Ouest Catch, le plus dur commence probablement, c’est-à-dire tenir une barque chargée des attentes de pas mal de fans. Et cela passera sûrement par un développement plus important de la communication par Internet, du développement de l’accessibilité de la VOD et d’autres aspects techniques qui permettront de faire adhérer le plus grand nombre à un projet ambitieux et qui ne manque pas de catcheurs talentueux pour le porter.

À Plouasne, Ouest Catch prend des risques
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