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WWE Backlash 2018 : Celui où l’on s’ennuie sévère

Même Samoa Joe s’est un peu endormi pendant WWE Backlash. Et à raison. Le premier PPV « classique » post-WrestleMania a offert un spectacle très moyen, dont l’opener n’a pas réussi à sauver un show en grand manque d’intérêt.

©WWE

C’est plus ou moins une nouvelle saison qui commence pour la WWE et après un départ un peu foireux en Arabie Saoudite, Backlash se présentait comme un show sans grande ambition mais avec des affiches potentiellement solides et avec un peu d’enjeu. Mais vraiment peu. Entre des titres intermédiaires quasi assurés de ne pas changer de mains et des titres féminins en transition, les affiches étaient pas beaucoup plus emballantes.

Et c’est un défaut de calendrier assez manifeste. On est trop proche du Greatest Royal Rumble et en même temps sans cela Money in the Bank, dans un calendrier WWE, paraît bien loin. Une situation que la WWE a géré en bookant le WWE Greatest Royal Rumble et Backlash en même temps. De là à dire qu’on se retrouve du coup avec deux show à moitié bookés, c’est un petit pas aisé à franchir.

Seth Rollins serait-il le top guy de la WWE ?

Le kickoff voit Bayley et Ruby Riott s’affronter dans un match plus qu’acceptable pour un kickoff où Bayley se fait simplement dépasser par le nombre et les interventions de Sarah Logan et Liv Morgan. Le match est correct sans être extraordinaire et on est toujours en attente du vrai départ de la rivalité entre Bayley et Sasha Banks où la WWE semble vouloir faire traîner les choses en attendant le moment de la grosse trahison. Sauf que cela prend trop de temps et risque de désintéresser le public.

Le show commence avec le match parfait pour chauffer la foule, voire trop la chauffer. Que ce soit Seth Rollins ou The Miz, les deux catcheurs sont hyper over auprès de la foule chacun à leur manière. La question se pose quant à l’actuel statut de Seth Rollins, qui semble faire la quasi unanimité auprès du public et qui a, depuis la blessure d’Ambrose, pris une envergure assez folle en solo et qui va probablement permettre au titre intercontinental de briller encore un moment.

C’est d’ailleurs le cas sur ce Backlash où The Miz et Seth Rollins, après une première partie de match assez mécanique et peut-être un peu superficielle – les contres sont assez classiques et on joue sa partition presque par cœur, le match prend une autre tournure quand le genou de Seth Rollins fait une rencontre surprise avec le poteau du ring. The Miz prend alors une option plus crédible sur la rencontre, entre un Figure Four bien contesté par Seth Rollins avec ce moment où les catcheurs se font des têtes de fou et les Skull Crushing Finale dont Seth s’échappe ou se dégage.

Dommage d’ailleurs que les finishs du Miz aient été autant utilisés pour susciter les nearfalls majeurs mais ça fait aussi parti du suspense du match. Surtout que The Miz fait un excellent match, un de ses meilleurs en solo avec une opposition de choix mais il se présente vraiment désormais comme un facteur de fiabilité à la WWE.

De son côté, Seth Rollins est booké très fort voire quasiment invincible en ce moment et cela devrait continuer encore quelques temps en attendant la première vraie rivalité maintenant la transition avec The Miz terminée. Entre une entrée qui fait poper toutes les salles du monde, un move-set bien complet et le retour du Curb Stomp, Seth Rollins est probablement le catcheur le plus en vu de la WWE.

Celui qui était l’élu de The Authority en 2014 est devenu l’élu du public, et ça c’est une évolution que l’on aime, surtout quand au final ce babyface turn est assez miraculeux vu les moments hasardeux provoqués par son booking après son retour. Mais la bête est charismatique et c’est compliqué de ne pas l’apprécier à sa juste valeur. Très bon opener de la part des deux catcheurs

Et il fallait bien se mouiller la nuque car la suite était plus compliquée à apprécier. Déjà parce que la rivalité qui suit est celle entre Nia Jax et Alexa Bliss et qu’elle est horriblement tournée. Ok, c’est cool d’avoir une championne comme Nia Jax qui n’est pas heel, ça change de l’habitude, mais il faut pas que toute l’argumentation des rivalités tournent autour du poids de Nia Jax. C’est stupide et malvenu car totalement cliché. En voulant faire de la bienveillance sur cette thématique en montrant au final une personne harcelée sur son physique qui surmonte l’adversité, la subtilité part en vacances et laisse place à des segments des fois maladroits pour être gentil ou sinon trop mielleux pour une championne de catch.

Pour le match, rien de bien meilleur. C’est lent, plutôt similaire à l’opposition de WrestleMania mais sans le changement de titre. Le finish est sympa quand Nia Jax contre le Twisted Bliss, mais rien qui sauve réellement un match fade. Pire encore, cette interview d’après-match qui arrive à un timing totalement foireux. Pourquoi ne pas l’avoir fait à WrestleMania 34 ? Non seulement la WWE aurait touché plus de monde et plus de sympathie avec le même discours mais sur le plus grand stage de son année mais en plus ici cela vient après une défense de titre là où après un gain de titre, l’impact est plus positif déjà.

On mentionnera à peine ce public qui hue bizarrement, peut-être distrait par autre chose et qui de toute façon a été assez actif mais parfois de manière contre-productive. Faire des chants pendant un match quand on s’ennuie vraiment ok, mais de là à ne jamais donner de chance à certains matchs ou segments, c’est de la stupidité.

Elias envahi par des intermittents du spectacle

On continue dans la midcard où on a le droit à une opposition qui, 10 ans auparavant, aurait probablement fait une affiche de match pour le titre de la WWE. Randy Orton et Jeff Hardy s’affrontaient pour le titre des États-Unis et malgré une entame et quelques moments de sursaut, c’était grave chiant. Et c’est dommage parce que c’était assez sympa de revoir Randy Orton flirter avec les lignes d’un heel pendant quelques semaines, mais il n’en a pas montré les signes pendant le match.

Avec le temps qu’ils avaient, difficile de raconter une autre histoire mais reste que la décision d’une victoire assez rapide et sans grande contestation de Randy Orton n’a pas dû aider le catcheur à s’impliquer dans le match. On a retrouvé le Orton des matchs chiants, que l’on connaît bien : tout lent dans la domination, manquant d’expression la plupart du temps et on a pas l’impression de l’avoir dans le match. Au final, Jeff Hardy reste champion et devrait probablement avoir une autre opposition face à lui, reste à savoir qui peut se positionner au mieux pour cela.

On se dit que la soirée reste sur les rails quand vient Elias, pas prévu sur la carte mais un match non-annoncé, la WWE sait faire. Mais ce n’est pas du tout un match que l’on aura mais un segment purement orienté sur le fun avec le New Day, Rusev & Aiden English, No Way Jose et Bobby Roode. Le segment tire un peu trop sur la corde mais reste divertissant sur le moment bien que hautement inutile.

Est-ce que c’est l’effet du regroupement ? Entre une division par équipe disparue des radars pour ce pay-per-view – et même globalement assez en retrait ces derniers temps – et le fait qu’on a trois heures pour deux rosters assez blindés, le besoin de caser tout le monde n’importe quand c’est bien senti dans ce segment. C’est fun pour la foule mais clairement pas indispensable.

Big Cass, chronique d’un accident industriel quasi assuré

Transition formidable, Daniel Bryan débarque. Pour son retour en un contre un en pay-per-view, il affronte Big Cass et c’est absolument ce que l’on voulait tous, une rivalité aléatoire pour faire revenir Daniel Bryan. Tout ce que l’on aime. Il semble toutefois naturel pour la WWE de ne pas tout de suite offrir au public la rivalité entre The Miz et Daniel Bryan et faire un peu mijoter le tout, quoiqu’il arrive, lorsqu’elle se lancera, les fans suivront normalement sans problème pour une rivalité qui s’écrit toute seule depuis… bah depuis les débuts de Daniel Bryan à la WWE.

Mais bon, il faut bien le dire, au-delà de cette histoire de retour simultané, il y a peu d’intérêt à faire redémarrer Big Cass face à Daniel Bryan. Cela fera au mieux un heel de plus dans la midcard mais l’on sent bien que l’on ne tient pas beaucoup plus que ça. Si l’on doit donner sa chance à tout le monde, pas certain que cela soit très utile quand le couplet servi par la WWE avec Big Cass soit assez original pour lui laisser une chance. De plus, quand on affronte Daniel Bryan et qu’on arrive pas à faire un match au moins décent, c’est très compliqué d’avoir de l’espoir pour la suite.

Pas que Daniel Bryan soit un dieu qui transforme tous les catcheurs qu’ils rencontrent en bêtes de guerre mais il reste malgré tout, après une si longue période d’inactivité, un catcheur qui n’a rien oublié de son in ring et l’on voit très peu de ratés dans le catch de Daniel Bryan ce qui n’était pas forcément gagné d’avance, même avec toute son expérience.

L’on continue dans la douleur avec le match pour le titre féminin de SmackDown. Pas grand chose à dire de ce match. Il était purement mauvais, Carmella est irritante de la pire des manières et a passé son temps à gueuler devant un public amorphe, Charlotte n’a rien sauvé on peut même dire qu’elle est pas mal en responsabilité sur la gestion du match et n’a pas vraiment pris le statut de leader in-ring qu’on peut attendre d’elle. C’était très mauvais, on attend pas vraiment la suite mais on espère que Carmella réussira à faire autre chose en terme de combat pendant son règne, sinon les prochains mois s’annoncent compliqués.

Le main-event aurait pu être Nakamura vs Styles

Même en prenant en compte la fin du match, la décision de ne pas mettre le titre de la WWE en main-event est une connerie sans nom. Le match était le plus construit de la soirée voire le plus attendu également. Donc aucune raison de le mettre dans cette place un peu bâtarde de match important mais pas assez pour finir le show. Mais il va vraiment falloir que la WWE repense à mettre en avant cette ceinture de la WWE qui techniquement est sensée être celle qui représente la fédération de Stamford. Si les brands sont réunifiées en PPV, il ne faudra pas que cela tourne en un étalage d’une certaine idéologie comme quoi pour les officiels RAW est prioritaire par rapport à SmackDown. Car si ce genre de décision se répète, la théorie se fera toute seule dans les discussions entre fans.

Pour le match en lui-même, il est probablement le meilleur depuis le début de la rivalité à la WWE. Après un démarrage assez tranquille, l’intensité monte d’un cran quand Nakamura part prendre une chaise et là les deux montrent ce qu’ils peuvent faire. C’est toujours agréable d’observer les deux catcheurs une fois qu’ils sont lancés, surtout AJ Styles, qui donne cette sensation d’être intouchable une fois dans le bain.

Reste que le soucis vient de la rivalité. Après tant de coup reçu dans les parties intimes, il fallait s’attendre à ce que AJ Styles réponde, et les deux catcheurs ont alors versé dans l’échange de coups dans les parties intimes, au point de finir tous les deux à terre, compté par l’arbitre jusque 10. Un match nul frustrant mais pour les bonnes raisons, parce qu’on était dans ce match, on était bien plus porté que lors de WrestleMania, et un cran au-dessus du Greatest Royal Rumble. Money in the Bank est en vue et il faudra faire encore monter d’un cran pour une rivalité qui doit évoluer pour continuer.

Le match suivant, celui qui est placé à l’équivalent catchesque de « la place du mort », a au moins eu pour intérêt de dresser des tensions entre Kevin Owens et Sami Zayn. Parce que pour le reste, voir Kevin Owens et Sami Zayn se faire défoncer à la moindre occasion, c’est bof bof. Kevin Owens surtout est dans une spirale terrible où s’il était déjà un heel tricheur et fuyant parfois, il l’était souvent par envie de jouer avec son adversaire. Maintenant, c’est juste parce qu’il ne veut plus se battre. Et c’est problématique quand un de tes T-Shirts est « Fight Owens Fight ». Du coup, on se désole de voir un match perdu d’avance où même Strowman et Lashley n’ont pas grand chose à gagner si ce n’est un peu de temps pour construire de la pop avec le public.

On finit le show évidemment avec Roman Reigns, continuez les gars à faire genre vous ne savez pas que ce genre de match détruit le gars. Parce que bon, la victoire de Reigns n’apporte absolument rien au catcheur, surtout face à un public qui préfère de nouveau chanter Rusev Day – ce qui était assez bête et totalement hors sujet – que de suivre le match. Un match pas si inintéressant mais qui se découpe en deux entre une domination large de Samoa Joe qui détruit Roman Reigns en première partie et qui se fait retourner en seconde par les comebacks de Roman Reigns.

C’est du déjà vu, et un schéma de match qui ne redonne pas du tout de vitesse à Roman Reigns puisqu’il n’y a eu qu’un seul match avec Samoa Joe. Pour ce dernier, c’est la même, une victoire lui aurait donné un élan particulier à SmackDown LIVE mais il pourra rebondir. Au final, ce match était assez inutile dans le sens où il ne provoque pas de grande conséquence pour les catcheurs, chacun repart chez soi avec la difficulté de continuer derrière mais n’est pas enterré pour autant. Bref, une sorte de match nul, mais gagné par Roman Reigns.

Cela conclut un show vraiment pas terrible. En trois heures la WWE n’a pas arrangé les défauts qu’elle avait en cinq ou six heures. On a des rivalités qui sont vraiment très moyennes à tous les niveaux et seul le match entre Seth Rollins et le Miz offre une qualité qui suit un peu le niveau général du roster de la WWE. La WWE sous-utilise beaucoup de ses catcheurs, si des fois c’est pour en mettre en avant d’autres, ici le problème se généralise davantage et affecte l’appréciation globale du show. Un problème qui devrait mettre du temps à être réglé, même s’il faut garder espoir que Money in the Bank face relever la tête aux deux brands de la WWE.

WWE Backlash 2018 : Celui où l’on s’ennuie sévère
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