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WWE SummerSlam 2018 : Un cru qui soulage

Les pay-per-view de la WWE actuellement sont assez difficile à regarder dans leur intégralité. Trop long, souvent décevant, et bourré d’incohérences. Pourtant cette édition 2018 de SummerSlam s’en sort plutôt bien. Et ça soulage.

WWE

Au programme de cet été, la WWE nous a servi un plat digeste et léger en pensant à la lourde chaleur qui a plané au-dessus de nos têtes depuis quelques mois. WWE SummerSlam 2018 avait une carte solide, avec des attentes globalement raisonnables mais aussi quelques possibilités de se faire surprendre. Le tout pour le plus gros événement de cet été qui est au final arrivé dans une tenue relativement simple. Même pas de gros décor vraiment, juste des effets spéciaux pour les entrées.

Dans ce manque global d’extravagance qui semble maintenant le propre de WrestleMania et pas plus, le kickoff de 2h a fait un peu tâche, offrant trois matchs de qualité différente mais avec la même conclusion. Les duos de Lana / Rusev et Almas / Vega ont offert un match insipide finit sur un roll-up dégueulasse de Zelina Vega. Cedric Alexander et Drew Gulak ont offert une confrontation solide pour un kickoff en mettant le pied sur le frein et en finissant sur une session de roll-up brouillonnes qui permet au champion de conserver sa ceinture Cruiserweight. Et la B-Team a offert la dernière forme de roll-up, humoristique, en évinçant par erreur les Revival après un match correct.

Face à tant de simplicité, une bonne intro vient un peu sauver le tout. Terry Crews, acteur de la série Brooklyn Nine-Nine avec une belle petite street cred aux USA, vient nous hyper de la plus belle manière avec une sorte de pep-talk en rappelant que ce soir y a Brock Lesnar et Ronda Rousey et que ça rend la WWE plus attirante à de nouveaux yeux.

Des squashs et de l’étrange

C’est un peu les moments où les peurs deviennent réalité. Un match qui n’en est quasiment pas un entre Kevin Owens et Braun Strowman où Owens donne un coup et après job face au Monster in the Bank. Un match rapide qui permet de penser au cash-in dans la soirée après Lesnar vs Reigns mais qui aussi enterre un peu plus un Kevin Owens enfermé dans les programmes le ridiculisant de plus en plus et surtout sans intérêt.

Un autre squash où on se dit « tout ça pour ça », c’est le match entre Alexa Bliss et Ronda Rousey. Du sens unique où Ronda était déjà tellement heureuse que si elle était pas championne on ne comprenait pas. Serait-ce pas là le plus gros problème de Ronda Rousey au final, de paraître encore le plus souvent comme une fan du produit que comme une actrice de celui-ci ? Ce sera probablement trop tôt pour elle, trop approximatif mais ce sont les désavantages d’une réalité économique qui défie trop souvent le bon sens à la WWE.

On a le droit aussi à la version Démon de Finn Bálor parce que pourquoi pas. Il fallait sûrement bien ça pour arrêter la menace incessante de Baron Corbin. Mais ce qui ressort surtout, c’est le ridicule de présenter le démon comme un alter-ego de Finn Bálor. Un démon qui on le rappelle n’hésite pas à aller saluer sa mère après une victoire. Le tout finit en squash et tant mieux en quelque sorte mais le public est-il vraiment si bête qu’il ne peut pas comprendre que les peintures de Bálor sont un élément de spectacle plus qu’un développement de personnage ?

Mais pour conclure sur ce sujet rapidement, on va parler du main-event, et ce qui est au final un match overbooké très court plutôt bien foutu pour ne pas trop ennuyer le public mais moi pour sa cohérence. Braun Strowman ne sert que de distraction permanente et du coup la victoire de Reigns est très peu aboutie. Une victoire où, quand on a déjà vu RAW, on peut se dire qu’elle va lui monter à la tête et sûrement entraîner avec lui ses camarades.

C’est très étrange mais selon la construction du match, le feeling qui ressort est que Roman Reigns n’est pas content d’avoir battu Brock Lesnar mais seulement d’avoir enfin gagné. Et si la WWE prend ce chemin du mec qui a tellement chassé l’or qu’il en devient paranoïaque de le perdre, ça peut être très intéressant, surtout lorsque le Shield a été, une nouvelle fois, sorti du placard, une sorte de heel turn à retardement, ce serait pas forcément une mauvaise idée. C’était pas énorme, mais l’overbooking a le mérite de peut-être vouloir raconter quelque chose, et ça c’est appréciable.

D’un autre côté, on se retrouve à un peu être frustré que Braun Strowman ne soit pas allé au bout mais là aussi c’est probablement mieux, l’ascension face de celui-ci était un peu trop légère dernièrement et un peu de difficulté pour le Monster Among Men peut offrir de bons segments. Et puis, l’air de rien, la rivalité Braun Strowman vs Roman Reigns était la meilleure pour les deux hommes à la WWE. Il y a de l’histoire entre les deux et si ça peut permettre de ressortir un « I’m not finished with you » on sera content.

Une bonne midcard/upcard sublimée par Seth Rollins

Dans le reste du show, qui au final représente quand même le plat de résistance face à un dessert un peu en manque de garniture, on a eu une midcard solide de part dans un premier temps la division par équipe de SmackDown. Les New Day ont offert aux Bludgeon Brothers leur meilleure défense en pay-per-view même avec la disqualification. Bon, les problèmes de Rowan ont entraîné les événements du dernier SmackDown mais après SummerSlam, l’idée d’un rematch à un autre pay-per-view entre les deux équipes était intéressante.

Parce que le match était rythmé, intense, Luke Harper est un worker vraiment sous-côté dans les matchs par équipe et le New Day est une machine tellement bien huilée que leur remettre les titres sur les épaules est une idée solide pour relancer la division par équipe de SmackDown. Il y a le potentiel pour redonner à cette division son statut de distributeur à match « quatre étoiles » où le spectacle prime et chauffe le public.

Dans la midcard de SmackDown toujours, le titre des États-Unis est un peu coincé dans une rivalité à trois un peu bizarre. Un bon exemple que si vous ne sentez pas vraiment le troisième partenaire choisit par votre camarade de jeu, ne vous forcez pas et dites simplement non. Shinsuke Nakamura devrait donc s’effacer de la rivalité entre Randy Orton et Jeff Hardy mais problème, le titre est encore sur ses hanches donc il y a encore le sentiment que toute cette histoire va continuer.

Pour le match en lui-même, on retiendra surtout cette Swanton Bomb esquivée par Nakamura qui laisse Jeff Hardy s’écraser sur le bord du ring, un bon spot après un match solide mais sans plus. On aurait pu classer dans la catégorie étrange cette intervention d’après-match de Randy Orton, venu cachetonner probablement.

Mais le beau gosse de la soirée il était dans un cosplay du pauvre de Thanos. Pas qu’on apprécie pas l’effort de vouloir faire de SummerSlam un vrai événement mais voilà, le Night King c’était plus convainquant on dira. Reste que lui et Ambrose ont une pop solide et ce statut de babyfaces qui emportent le public sans soucis. Et surtout, il offre un match bien solide avec Dolph Ziggler qui compense bien de la grosse déception du Iron Man Match à Extreme Rules.

Avec McIntyre et Ambrose autour du ring qui se neutralisaient, l’action a pu se concentrer sur les deux hommes dans le ring. Une confrontation qui atteint un sommet lors d’une souplesse inversée depuis le coin du ring suivi d’un DDT inversé transformé en une sorte de Blue Thunderbomb – je suis nul en nom de prises désolé – c’était beau, impressionnant d’athlétisme et dans ses moments là Ziggler sait aussi se sublimer en faire valoir. Un match qui a donné un très bon début de soirée.

Le public et ses contradictions distrayantes

Mais les trois matchs qui ont le plus marqué la soirée sont bien du côté de SmackDown. Dans un premier temps, c’est la division féminine qui a offert un triple threat match extrêmement clean, très bien rythmé où même Carmella a bien suivi le rythme imposé par Charlotte Flair et Becky Lynch. Une histoire qu’on connaît, qu’on a vu venir, c’est celle de la fin. Becky Lynch, au bord de faire taper Carmella, se prend un Natural Selection de Charlotte qui prend la victoire en opportuniste.

Et à partir de là, le refrain habituel a un petit peu déraillé. Pas au niveau de l’action car Flair et Lynch se sont félicitées puis Becky Lynch a passé sa frustration sur Charlotte Flair mais c’est au niveau du public. Tellement envieux de voir Becky Lynch gagner qu’il a pris en grippe Charlotte Flair et a hué l’amitié pour acclamer la haine. Bravo la WWE, vous avez cassé le public.

Une situation qui risque d’être étrange à gérer tant la WWE semble vouloir pousser le heel turn de Becky Lynch là où le public veut vraiment la soutenir. À contre-courant avec son public comme souvent dernièrement, la WWE aurait tout intérêt ici par se laisser prendre par la vague tant Becky Lynch a en deux semaines pris plus d’envergure que depuis son draft à SmackDown lors de la reformation des brands. Elle a là l’occasion de faire une challengeuse imposante pour Charlotte Flair et de redonner un bon boost à la division féminine.

On accélère et on va jusqu’à The Miz contre Daniel Bryan où le public a paru assez timoré, ne sachant pas trop quel clan rallier tellement au final, malgré les rôles, on apprécie le travail des deux catcheurs. Cette opposition entre « vrai catcheur » et « starlette wannabe » devrait être de moins en moins le cœur de la rivalité entre The Miz et Daniel Bryan.

Parce qu’au final Daniel Bryan a ce statut de Superstar au même niveau que The Miz et il est devenu vraiment un bon petit soldat à la WWE. Télé-réalité, passage en GM lors de sa « retraite », sa famille est née de son travail à la WWE, Daniel Bryan n’est plus ce catcheur à l’âme indy, c’est un catcheur qui s’est pleinement adapté à la WWE et à qui il fait bénéficier toute sa technicité sur le ring. De son côté, The Miz a lui peu à peu détaché de son visage l’étiquette d’un catcheur incapable de faire un bon match et, même s’il est moins technique, il est bosseur sur le ring.

Et ça le public le sent, du coup, on a l’impression que la rivalité manque d’actualisation et qu’elle se déroule comme elle aurait pu se dérouler il y a 8 ans, pas comme elle devrait se dérouler aujourd’hui, ça reste distrayant mais du coup, ça manque clairement de nouveauté. Sur le ring, on s’attendait à quelque chose de plus organique, et on a eu le droit à un match bien organisé, très cohérent dans son histoire mais qui n’a pas évité quelques baisses de rythme sensibles. La fin était prévisible dès le moment où Maryse était vue autour du ring mais reste efficace et fera continuer la rivalité, avec on espère de bonnes raisons.

Mais le match de la soirée, c’est probablement ce Samoa Joe contre AJ Styles. Placé au milieu du show juste après les événements de la division féminine de SmackDown, les deux hommes ont bénéficié d’un public archi chaud pour s’impliquer dans une rivalité, même lorsqu’elle implique la famille d’AJ Styles et qu’elle flirte assez souvent avec la malaise, dans un dosage pas mal sauvé par le talent au micro de Samoa Joe.

Sur le ring, les deux catcheurs vont offrir une opposition où les mouvements ont tous un bon gros impact et où le rythme n’est pas hyper élevé mais constant et toujours assez présent pour s’impliquer avec plaisir. Le Styles Clash de AJ Styles était par ailleurs assez risqué mais est passé par un petit miracle, on a quand même sué pour Samoa Joe.

Et puis, d’un coup, alors que Samoa Joe a le contrôle du match, il se permet la provocation qui sera de trop pour AJ Styles qui pète un câble et attaque avec une chaise Samoa Joe, un choix très fort qui devrait rendre un peu de profondeur au champion, un homme de famille mais dont la famille commence à flipper, c’est un peu risqué parce qu’impliquer la famille dans le catch, c’est rarement une bonne idée, mais ça a le mérite de faire bouger les lignes d’un AJ Styles bloqué dans son statut de socle de SmackDown Live.

Et puis, disons le, Samoa Joe c’est le meilleur heel actuel de la WWE. Doué au micro, intense, sadique, tout ce qu’on aime. Le public s’y trompe pas et réagi assez fort au moment où Samoa Joe déclare vouloir devenir le nouveau père de la famille Styles avec un « Who’s your daddy? » du plus bel effet. Bien sûr, c’est plutôt comique par rapport au sérieux de la situation, mais ça montre aussi que le public apprécie malgré tout le sens que prend la rivalité et c’est assez important pour être souligné.

On ressort ainsi de ce SummerSlam avec un sentiment correct d’un show sympa peut-être toujours pas de l’envergure qu’on aimerait voir la WWE prendre avec tout le potentiel de son roster mais au moins il n’y a pas de grosses incohérences, en dehors de Kevin Owens tout le monde est à peu près traité comme il devrait l’être et on sent le début d’un nouveau cycle, un brin plus chaotique et désorganisé ce qui peut faire le plus grand bien après ces derniers mois hautement monotones.

WWE SummerSlam 2018 : Un cru qui soulage
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