Décryptage

À quelques jours de « Hello Wembley », où en est la PROGRESS Wrestling ?

La PROGRESS Wrestling va donner le plus grand show de son histoire dans une semaine. Bilan d’une année dans laquelle la promotion britannique s’est pas mal transformée.

Rob Brazier/Progress Wrestling

Il y a tout juste un an, quelques jours après ce qui était alors le plus grand événement de son histoire à l’Alexandra Palace de Londres, nous évoquions un « changement d’ère » pour la PROGRESS Wretling, promotion européenne indépendante la plus en vogue à l’époque.

Maintenant, nous voilà à l’aube de son nouveau plus gros show à la SSE Wembley Arena, et force est d’admettre qu’en 2017, l’attente suscitée était plus importante que celle d’aujourd’hui. Était-ce juste de l’euphorie ou une barre placée trop haute ? Que s’est-il passé ces douze derniers mois pour qu’une promotion aussi hot ne finisse par se fondre dans une masse de produits à succès ?

Du positif à retenir

Avant d’évoquer ce qui ne va pas ou plus, parlons des choses que l’on a aimé voir cette année, en commençant par celui qui aura été la figure de proue de la PROGRESS : Travis Banks. Il y a un an, le Kiwi Buzzsaw renversait Pete Dunne, mettait fin au règne de terreur et d’ultra-domination de British Strong Style et devenait le nouveau champion PROGRESS. Favori des fans, sa victoire était attendue, servait d’happy ending et laissait présager d’un avenir radieux. Seulement voilà, campé dans son rôle de terminator invincible et enchaînant sans grande difficulté les défenses de titre, les fans ont logiquement commencé à lui tourner le dos. Et avant d’atteindre le point de non-retour et d’indigestion, c’est au moment parfait qu’il a acté son changement de comportement, devenant ainsi le plus contesté des champions et l’homme à abattre. La frustration a ainsi de manière intelligente laissé place à l’envie de le voir tomber, provoquant par la même occasion l’ascension au sommet du MVP de l’année écoulée : WALTER.

Deux fois champion de la division ATLAS, l’autrichien aura volontairement laissé vacant sa ceinture pour être, avec succès, le bourreau de Banks. Sa montée au sommet, une route semée d’obstacles, aura peut-être été la storyline la plus passionnante à suivre ces derniers mois. Tout ses matches furent aussi un régal pour les yeux (et un instant de douleur extrême pour ses adversaires), et son combat contre son partenaire de Ringkampf Timothy Thatcher au Chapter 62 fin janvier est sans aucun doute le meilleur affrontement de l’année.

Parmi les rivalités qui nous auront également marqué, nous ne pouvons pas évoquée la plus personnelle d’entre-elles entre Mark Andrews et Eddie Dennis. Cette guerre presque fratricide aura su nous tenir en haleine pendant un an, sans jamais qu’elle ne se règle officiellement dans le ring (ce sera chose faite à Wembley), allant même jusqu’à déborder hors du contexte catchesque. Dennis est apparu comme un sérieux et détestable compétiteur en solo, tandis que Mandrews s’est installé à nouveau comme un underdog, à la limite de la victimisation. Ici, tout le monde y a gagné.

Enfin, nous ne pouvons pas omettre de parler des trois soirées du Super Strong Style 16, le tournoi phare de la promotion qui est désormais encré comme l’un des meilleurs au monde. Installé à l’occasion pour la seconde fois à l’Alexandra Palace, c’est tout un week-end qui peut être considéré comme le meilleur show de l’année, avec un éventail de styles et une présence à la hauteur de l’événement. La participation exceptionnelle de Kassius Ohno nous a ravi, puisqu’il ne s’est pas présenté comme un simple guest, mais nous livrant les meilleurs combats et allant même jusqu’à se hisser en finale (profitant de la blessure de Tyler Bate), face à un excellent Zack Sabre Jr.

Éléments extérieurs, et perturbateurs

Un Zack Sabre Jr. qui aurait dû être parmi les têtes d’affiches du show ultime ce dimanche à Wembley. Tout comme Will Ospreay, qui s’était engagé pour un dernier face à face avec Jimmy Havoc. Mais voilà, les deux lutteurs ont été rappelés une fois leur présence annoncée par la NJPW, qui possède sur eux un droit de préséance. Ces absences aurait pu finalement paraître anodines (bien que symboliques) mais les effets ricochets sur la carte et les storylines établies ont été si importants ces derniers mois qu’elles révèlent finalement un mal majeur pour la PROGRESS.

C’est désormais acté que la promotion a choisi son camp et est devenue un allié solide pour la WWE, et surtout sa branche NXT UK. Un choix fort et assumé, qui a pu déconcerter certains fans qui s’étaient tournés vers elle quand elle revendiquait proposer une alternative sérieuse et un contenu « Punk Rock ». Le contenu est toujours là certes, mais l’alternative en est devenue de moins en moins une. Si la forme est bien différente de NXT, le fond, de par ses visages, y ressemble. D’abord peut-être une source d’inspiration pour la WWE, la PROGRESS pourrait désormais assumer un statut d’EVOLVE britannique, sorte de nouvelle porte d’entrée vers l’échelon supérieur.

Le problème est donc qu’elle ne peut plus miser sur les lutteurs tournés vers le Japon, et qu’elle ne peut plus investir sur le long terme avec des talents déjà signés par NXT, mais dont elle a toujours besoin (en imaginant bien que la plupart d’entre eux rejoindront forcément l’un ou l’autre). Un entre deux feux plus que délicat duquel on aurait cette année beaucoup plus aimé voir éclore de nouveaux noms, assister à des confirmations et voir revenir en haut de la carte des talents qui ont fait la renommée de la promotion (Mark Haskins et Jimmy Havoc, pour ne citer qu’eux).

Une division féminine qui a trop tourné en rond

Une autre déception bien plus ciblée concerne la division féminine. Installé depuis mai 2017, le titre féminin n’a depuis connu que deux détentrices, Toni Storm et Jinny. Et pour cause, ce sont depuis les deux seules qui sont vraiment apparues comme capables de le porter. Et c’est sans surprise qu’elles se retrouveront à Wembley. En leur absence, les matches proposés se sont trop souvent montrés sans réel engagement et aucune autre fille n’a su convaincre à outrance.

Néanmoins, ces dernières semaines ont su amener un léger changement, avec la mise en place de la House of Couture, qui permet d’élever encore plus haut Jinny (pour la rendre vulnérable à terme), mais surtout de donner une place et un semblant d’importance à des talents comme Nina Samuels & Charlie Morgan, et le choix de propulser la jeune et talentueuse Millie McKenzie, présentée à juste titre comme la « Next Big Thing ».

Dans la catégorie « à regretter », nous ne pouvons pas aussi oublier de parler de l’arrêt définitif de l’utilisation des musiques d’entrées originales, un élément de forme qui pourrait paraître anodin, mais qui était à l’origine (et est resté pendant longtemps) une véritable plus-value.

La question des droits d’auteur est légitime, mais elle en est pas moins regrettable. L’émotion n’est plus la même à chaque fois qu’un son retenti, la faute à des instrus qui se ressemblent toutes. C’est triste et ça dégage malheureusement un parfum d’aseptisation.

La PROGRESS sait mieux faire

Au jeu des « meilleures promotions britanniques », elle s’est logiquement faite dépassée par la RevPro et l’OTT (en Irlande) qui, même avec des histoires moins poussées et une sur-dose de Dream Matches, ont su davantage proposer des shows de très haut niveau, souvent immanquables. L’histoire retiendra que ces deux structures qui avaient d’abord choisi la WWE, ont finalement décidé de se tourner vers un partenariat avec la NJPW, s’offrant ainsi un catalogue fourni de noms prestigieux que les fans demandent à voir, rendant le succès certainement plus facile.

Non, l’année de la PROGRESS n’a pas été catastrophique, elle a juste été moins fabuleuse que les précédentes. Il est difficile de trouver un mauvais show, mais il est aussi compliqué d’en trouver un exceptionnel. Des bonnes choses il y en a eu, mais d’autres ont souvent traînées un peu trop en longueur, pour un rendu finalement banal.

La multiplication des shows, l’obligation de se passer de certains talents, les blessures, des choix forts et assumés, le manque de renouveau, les matches de milieu de carte moins bon qu’auparavant et une concurrence féroce, c’est toute une succession d’éléments qui ont fait rentrer la PROGRESS dans le rang. La voilà aussi peut-être juste victime de son succès.

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