Pro Wrestling NOAH

NOAH 20th Anniversary, The Chronicle Vol.4 : Le summun de la résurrection

NOAH The Chronicle Vol.4

La barre a été mise très haute pour ce Chronicle Vol.4 de la Pro Wrestling NOAH, nous offrant sans doute l’un des meilleurs matchs de l’année en main-event.

NOAH

La Pro-Wrestling NOAH nous a certainement pondu l’un de ses meilleurs show de l’année avec notamment un match de fou furieux entre Kenou et Kaito Kiyomiya pour le championnat National, une bagarre de darons pour les championnats par équipes et surtout un classique entre Go Shiozaki et Katsuhiko Nakajima pour le championnat poids-lourds.

La fin de cette année de malheur qu’est 2020 approche à grand pas mais ça n’empêche personne de sortir les grands artifices pour réaliser l’un de ses plus gros shows de l’année, ce qu’a fait la Pro-Wrestling NOAH ce dimanche 22 novembre à l’occasion de NOAH The Chronicle Vol.4.

Pour l’occasion, tous les championnats de la promotion exceptés le championnat Junior de feu Mitsuharu Misawa furent mis en jeu. Au sein d’une période absolument pas propice pour se développer comme on le souhaiterait, la NOAH est certainement celle qui a su tirer son épingle du jeu, The Chronicle Vol.4 se voit assurément comme le pinacle d’une belle année pour la promotion nippone.

Muto l’Eternel

Trente-six ans qu’il écume les rings et il est toujours présent pour mettre quelques dérouillées de temps à autre. Légende absolue de la New Japan dans les années 1990 et par la suite de la All Japan Pro-Wrestling dans les années, celui qu’on connaît aussi comme The Great Muta lors de sa période du côté de la WCW, Keiji Muto affronte Shuhei Taniguchi.

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À désormais 57 ans, Muto n’est plus évidemment aussi flamboyant qu’auparavant mais assure le spectacle et tient toujours une forme physique, bien que le bidou est apparent, mais on en lui veut pas. Face à lui, Taniguchi, un talent solide et apprécié de la NOAH mais sur qui le plafond de verre s’abat toujours. Un bon défi se dresse à son encontre en affrontant la légende Muto.

Keiji Muto a battu Shuhei Taniguchi. Sans être un match de la plus grande facture, on est resté dans le domaine du correct et du solide. On en demandait pas plus, même si on aurait bien repris un peu de rab. Muto assure ses trademarks moves avec notamment ses Dragon Screw, capables de renverser le cours d’un match de catch. Taniguchi, quant à lui, cimente le tout en couvrant les arrières de son adversaire dont le cardio n’est plus trop au top tandis qu’il doit en être à sa troisième voire quatrième paire de prothèse de genoux.

Une victoire de Muto n’est pas vraiment une grande surprise tant l’aura qu’il dégage l’empêche presque de perdre, et une défaite face à un tel nom ne fera aucun mal à son adversaire. Muto l’emporte sur un enchaînement de Shining Wizard, l’une des prises de finition phare de son arsenal.

Stinger Surprise

Stinger (HAYATA & Yoshinari Ogawa) ont battu Momo No Seishun Tag (Atsushi Kotoge & Daisuke Harada) pour les championnats GHC Junior Heavyweight par équipes.

De vieilles rivalités se sont réveillées autour des championnats GHC Junior Heavyweight par équipes. HAYATA et Harada furent par le passé de fiers alliés, tout comme avec Kotoge mais le premier cité a joint ses forces avec le vétéran Ogawa pour remporter une première fois au mois de mai dernier après avoir trahi son coéquipier YO-HEY. Tellement de rivalités qu’on se croirait dans un épisode de série AB.

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Un match assez intense mais aussi physique. Les tensions se sentaient sur le ring. Ogawa est clairement la star du match, à 54 ans ça reste toujours aussi propre de son côté, éduqué à mourir trois fois par match dans le style King’s Road de All Japan dans les années 1990 avant de rejoindre Mitsuharu Misawa au sein de la NOAH. Chacun parvient à sortir le meilleur de lui-même, mais une chose est à déplorer : le match est un poil trop long. Une bonne vingtaine de minutes où l’on a ressenti quelques fois que ça patinait salement.

Dans un sprint final intense où chacun tente ou parvient à placer sa prise de finition, Ogawa surprend Kotoge d’un tombé pour remporter par surprise le combat. Le gagnant aura peut-être ses yeux rivés sur le championnat GHC Junior Heavyweight possédé par… Daisuke Harada suite à sa victoire contre Kotaro Suzuki il y a une semaine, qui viendra en découdre avec Yoshinari Ogawa à la fin du match. C’est le bordel total dans la division Junior.

La nation reste en rouge

Kenou a battu Kaito Kiyomiya pour conserver le championnnat GHC National. Dans le quatuor de tête d’affiches de la NOAH, nous demandons le champion GHC National Kenou, leader de Kongo ainsi que le finaliste du N-1 VICTORY League 2020 et ancien champion GHC Heavyweight, Kaito Kiyomiya. Les deux hommes ont les crocs et ont bien l’attention de prendre tous les risques pour parvenir à leurs objectifs respectifs.

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En commençant par Kiyomiya, l’influence de Mitsuharu Misawa se lit sur sa tenue de catcheur ainsi que dans son arsenal, toujours est-il que le malin plaisir du regretté Misawa de prendre des bumps complètement dingues est à prendre avec précaution. Kiyomiya n’hésite pas à prendre des sales chutes comme un brainbuster à l’extérieur où il aurait pu s’exploser le tibia sur l’un des poteaux du ring ou encore un tope con hilo par le coin du ring, la hard cam a failli valser au passage.

À lire aussi : Kaito Kiyomiya : « La NOAH est complètement nouvelle. C’est un nouveau départ pour nous. »

Quant à Kenoh, ça matraque des coups de pieds et de poings tout ce qui bouge. Dès le début du match, le champion laisse un bon gros bleu sur la cuisse gauche de son adversaire tellement ça savate fort d’entrée, un véritable bœuf. Les deux protagonistes vont se démonter en mille morceaux au fur et à mesure du combat et les séquences finales sont un sprint haletant où ça prend des bumps comme des gorets avant que Kenoh s’enroule autour de Kiyomiya pour le soumettre d’un sleeper hold.

Bagarre de darons

Sugiura-gun (Takashi Sugiura & Kazushi Sakuraba) ont battu M’s Alliance (Naomichi Marufuji & Masakatsu Funaki) pour conserver les championnats GHC Heavyweight par équipes.

Sans déconner, le build-up du match a été le suivant : Marufuji est venu à la rencontre des champions pour les défier et ils ont répondu positivement. Pourquoi faire compliqué quand on peut faire simple. Pour ce qui est du match, c’est une véritable bagarre de darons.

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Pour commencer, Sakuraba est un ancien champion de MMA tout d’abord connu du côté de la New Japan lors de la période de l’Inokism avant de revenir dans cette promotion au début des années 2010 et il crèche depuis l’an passé à la NOAH. Suguira est quant à lui un pur produit de la NOAH, ancien judoka repéré par Yoshihiro Takayama et Tamon Honda, celui-ci est le seul à avoir décroché tous les titres disponibles à la NOAH et l’un des noms les plus choyés de la promotion. Funaki est quant à lui le co-fondateur du Pancrase avec un certain Minoru Suzuki, qu’il connaît de la formation commune à la New Japan Pro-Wrestling ainsi qu’avec Karl Gotch dans les années 1980. Avec des lurons pareils, ça va taper fort, très fort.

Les deux équipes se gratifient de la présence d’une star à leurs côtés : la M’s Alliance, une faction dans laquelle tous ceux dont le patronyme commence par la lettre M sont acceptés avaient Jurina Matsui, une idole japonaise et fan inconditionnelle de catch de leur côté tandis que le Suguira-gun s’est ramené au ring avec ni plus ni moins que Masahiro Chono, le yakuza le plus aimé du Japon. Ça tombe bien, Keiji Muto traîne pas loin.

Le match est assez lent, avec une moyenne d’âge effleurant les 50 ans, ça se comprend. Néanmoins, la lenteur du match va permettre à chacun de se lâcher et chaque coup ainsi que chaque prise auront leur impact au fil du match. Un rythme lent placé entre le championnat National et le championnat poids-lourd était aussi de mise, histoire que la foule de ses émotions, la carte est intelligente. Sakuraba soumet Marufuji après un sacré duel de chops d’une clé de genou.

King’s Road

Go Shiozaki a battu Katsuhiko Nakajima pour conserver son championnat GHC Heavyweight. Dans l’une des affiches les plus attendues de la Pro-Wrestling NOAH, ces deux hommes viennent de réaliser un classique des plus mémorables. Anciens partenaires au sein de l’équipe AXIZ, Nakajima a trahi Shiozaki au mois d’août dernier suite à une défaite contre Takashi Sugiura & Kazushi Sakuraba pour le compte des championnats GHC par équipes. Dans le même temps, Nakajima a rejoint la faction de son rival Kenou qu’est Kongo. Un véritable choc pour les fans de la NOAH.

Une haine des plus palpables est née entre les deux anciens partenaires tel Toshiaki Kawada qui trahit Mitsuharu Misawa pour former la Holy Demon Army avec Akira Taue en 1993. Fort de cette nouvelle attitude ainsi que sa nouvelle place dans la chaîne alimentaire de la NOAH, Katsuhiko Nakajima a remporté le N-1 VICTORY League 2020 en octobre face à Kaito Kiyomiya, lui offrant le droit d’affronter Go Shiozaki, champion GHC Heavyweight pour la quatrième fois de sa carrière depuis janvier dernier et une victoire contre Kiyomiya.

L’histoire racontée, les prises effectués ainsi que les coups données sont livrées d’une manière parfaitement chirurgicale. C’était le moment de briller au sommet pour les deux hommes et ils ont parfaitement saisi leur chance. D’un point de vue complètement manichéen, le build-up du match est tout autant excellent. Go Shiozaki est l’ange protecteur de la promotion faisant face au diable qu’il se faut d’éradiquer sur un fond d’une amitié brisée. Best friends, bitter enemies. Un duel entre les chops de Shiozaki et les kicks destructeurs de Nakajima. Les puristes apprécient sans doute la référence aux mentors de chacun : Kenta Kobashi pour le champion et Kensuke Sasaki pour le challenger. Leur mythique affrontement lors de Destiny 2005 avait vu les deux colosses s’échanger des atemis pendant de longues minutes, une séquence devenue mémorable.

Dans une aussi longue séquence, les deux hommes vont se démolir à coups de chops et de kicks résonnant dans toute l’arène. En parlant d’intensité, elle a tenu durant les quarante-deux minutes de combat. Un véritable combat de titans qui n’est pas sans rappeler les illustres et mythiques affrontement entre Misawa, Kobashi, Kawada ainsi que Taue il y a maintenant plus de vingt-ans. Des hommes qui se livrent un combat sans merci, aux limites d’un combat à mort tant l’issue est tellement serrée qu’aucun n’abandonne. Go Shiozaki prouve encore une fois être un digne protégé de Kobashi en y empruntant son arsenal : alors certain d’avoir mis Nakajima au sol, le champion s’en va exécuter le Moonsault de son mentor, sans succès. Tandis que quelques minutes plus tôt, Nakajima avait tenté de remporter le combat sur le même high kick infligé à Kiyomiya en octobre suivi du même brainbuster infligé à son ancien coéquipier en août pour un compte de 2.99. Toute la salle a véritablement retenu son souffle.

Dans un ultime hommage à son sensei, Shiozaki atomise Nakajima de plusieurs lariats pour mettre un terme à certainement l’un des meilleurs combats de l’année mais aussi de l’histoire de la NOAH.

Connu tout d’abord comme la promotion de Mitsuharu Misawa dans les années 2000 où elle était considérée comme la meilleure promotion de catch au monde avec notamment une division junior dont l’excellence ne fut jamais égalée, la NOAH a ensuite sombré au plus bas possible où l’on évoquait même une fermeture. Une main tendue par la NJPW entre 2015 et 2017 avait tout d’abord revivre la compagnie avant de se rendre compte que ce n’était pire que mieux. Misant sur la fraîcheur de ses jeunes tels le prodige Kaito Kiyomiya ou une arrivée d’un Kenou au sommet tout en consolidant avec ses vétérans comme Takahashi Sugiura, Go Shiozaki ou encore Katsuhiko Nakajima, présent depuis ses 16 ans à la NOAH, cette dernière se rebattit de la plus belle des manières.

Encore dans le rouge à l’aube de 2020 et d’un nouvelle main tendue cette fois-ci par sa désormais consœur de la DDT et son propriétaire CyberAgent avec qui ils ont formé CyberFight cet été pour tenter d’aller contrer le colosse New Japan Pro Wrestling, la Pro-Wrestling NOAH s’est offerte une véritable résurgence en 2020 malgré un contexte pas tellement propice. Tel le phœnix, la NOAH renaît de ses cendres.

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