Superstars au cinéma

Superstars au cinéma #1 : Hulk Hogan dans Suburban Commando

De nos jours, un catcheur est jugé de manière équivalente tant sur ses aptitudes physiques que sur sa capacité à jouer des rôles. La frontière entre cinéma et catch s’est atténuée, en témoigne la création des WWE Studios et de ses films dont on reparlera très certainement. Mais bien avant cela, parlons de celui qui a cassé la barrière entre ces deux univers, Hulk Hogan.

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Terminator n’a qu’à bien se tenir.

Hulk Hogan est LA tête d’affiche de la WWF, son porte-étendard, celui que chacun adule. Sa première apparition au cinéma se fera dans la très célèbre franchise Rocky, dans le troisième opus, où il s’offre un petit combat en tant que Thunderlips contre Balboa, dans une sorte de free-fight assez étrange mais qui lui permet de poser un énorme pied dans la culture populaire. Cela ne lui permet pas vraiment d’entamer une carrière de comédien mais tout de même de pénétrer le show-business avec des apparitions à la télévision ou au cinéma notamment dans L‘Agence Tous Risques. Mais au début des années 1990, il obtient son premier rôle principal au cinéma, celui de Shep Ramsay, héros interstellaire qui s’écrase sur Terre après une défaillance technique, et aux États-Unis bien entendu.

Une comédie familiale qui devait à l’origine associer Danny DeVito et Arnold Schwarzenegger, ce dernier naviguant également dans le genre et continuant d’accumuler une jolie liste de nanars depuis le très bon Conan Le Barbare. Un rôle finalement attribué au Hulkster, masse de muscles pour masse de muscles, quelle différence? Le film réussit à attirer les noms mais comme toute comédie légère, elle n’a qu’un budget assez limité ce qui va se voir dans le film.

Commençons déjà par la première chose qui vous donne un petit indice du statut qu’a aujourd’hui le film. Avec Hulk Hogan, c’est Christopher Lloyd et Shelley Duvall qui sont les têtes d’affiches du film. Doc de Retour Vers le Futur et Wendy Torrance de Shining. C’est sûr que ce sont les premiers noms qui te viennent en tête pour accompagner un grand blond un peu dégarni dans une comédie de super-héros. Non? Bon, pour être fair-play, les prestations sont mauvaises mais suivent le ton du film qui n’avait aucune intention d’être vraiment élaboré. Mais du coup on tourne en rond et l’on revient à la question initiale : Pourquoi Lloyd et Duvall?

Ehhh... on reviendra sur ça plus tard.

Pourquoi tu nous fais ça Shelley ?

Le film commence comme tout bon nanar approchant la science-fiction : un plan plagié à Star Wars. Ce bon vieux vaisseau qui débarque depuis le haut de l’écran en contre-plongée, même pas un petit effort pour que ça paraisse différent. Dès la première minute, le film ne se prend pas au sérieux, multipliant clichés et figurants qui en rajoutent trois couches. Hogan -enfin Ramsay – est là, musculeux, imposant, terrifiant et vient botter des culs. Et là, horreur, enfer et damnation, on découvre le costume du Shield si le groupe avait été fait dans les années 90. Un truc dégueulasse, dont même le film Batman et Robin se moque allègrement.

Le film prend un rythme de croisière de trois punchlines/minute environ lorsque Hogan est à l’écran, une moyenne correcte mais que Chuck Norris regarde avec mépris. C’est pas toujours bien senti, mais ça a le mérite de conserver l’ambiance nanaresque du film dont le budget ne permet pas beaucoup de folies, surtout qu’on est en 1991. Le film débute dans l’espace et c’est vraiment moche, heureusement que l’on atterrit rapidement sur Terre car le film a vingt ans de retard techniquement et c’est peu inspiré. Le souci d’une comédie familiale à faible budget qui prend le risque de vouloir faire des effets spéciaux.

On passera le coup de l’enveloppe lancée par le président qui tranche le bras du vilain et on passe au premier événement crucial du film : Ramsay casse son tableau de bord et doit être remorqué et il lui faudra attendre six semaines sur Terre pour cela. Entrent en scène Lloyd et Duvall où Lloyd pique le rôle de Georges McFly avant qu’il ne soit riche. Larbin du patron, employé modèle mais rabaissé, il est constamment en nage. Commence alors une série de « Charlie n’ose pas » avec « Charlie n’ose pas demander une augmentation à son patron mais que sa femme réclame » – une situation classique et stable pour introduire l’élément perturbateur que sera Ramsay d’ailleurs – et « Charlie n’ose pas passer à l’orange » l’empêchant d’être le chauffard qu’il aspire tellement devenir

Qu’on se le dise, Duvall alias Jenny est affreuse, horrible, surtout dans cette scène où elle est sensée jouée la femme sexy (cf. image ci-dessus) pour son mari et où l’on ressent finalement un effroi comparable à Shining. Jenny donc, transforme l’atelier de Charlie en appartement que, on vous le donne en mille, Ramsay loue. Charlie suppose que Ramsay est dangereux et l’espionne, découvrant une arme alien et détruisant la voiture de l’un de ses persécuteurs. Cela fait que Ramsay est détecté par des vilains qui envoient leurs hommes de main qui ne sont autre que Brian Harris et The Undertaker, oui, vous avez bien lu. Il faut savoir que Brian Harris (aka Brian Lee) sera trois ans plus tard l’imposteur, le faux Undertaker lors de la rivalité qui mena au match de Summerslam 94.

-Alors c'est toi The Undertaker? Mouais, de toute façon ce gimmick va pas marcher.

-Alors c’est toi The Undertaker ? -Mouais, de toute façon cette gimmick ne durera pas.

Charlie veut donc se débarrasser de Shep Ramsay mais, vu qu’on insiste pas encore assez sur l’aspect peu confiant du personnage, on nous en ressert une couche de « Charlie n’ose pas » avec cette fois-ci le fameux « Charlie n’ose pas virer un mec deux fois plus baraqué que lui de son atelier. » On se retrouve au prochain feu Charlie. Commence alors une série de gags sur Ramsay ne comprenant pas les coutumes humaines. Tentant de démembrer un facteur, ne sachant pas rouler en skate-board et, classique des classiques, assommant le livreur de journaux en lui renvoyant dans la figure. Cela entraîne une seule vanne plutôt bien vue avec les voisins de Charlie, des motards un peu gras du bide qui menacent Ramsay, qui comprend alors qu’ils veulent le tabasser, mais ceux-ci répondant que non, qu’ils vont faire comme tout bon américain et le poursuivre en justice.

Mais événement, Marc, le fils de Charlie, manque de se faire écraser par des jeunes en bolide. Sauvé par Ramsay, ce dernier n’est pas content, mais alors pas du tout. Et dans un placement de produit pour Nike, poursuit la voiture, se dresse devant elle et la retourne avant de donner une correction au conducteur. Charlie se méfie toutefois encore de Shep, et le suit alors que celui-ci s’oppose à une parodie de KITT de K-2000, dans une autre vanne référence assez cheap. Des gags, encore des gags, gag avec le mime, gag avec tout ce qui bouge, c’est assez balourd et ça pue les années 90. Charlie finit par découvrir la vérité alors que Ramsay est encore coincé sur Terre.

Blague avec une borne arcade. Re-blague avec le mime. Charlie de son côté tente en vain de sauver une femme en se faisant passer pour un sur-homme, échoue puis réussit en activant la machine. Malheureusement, il active aussi un tracker qui permet à Taker et Pas-Taker de trouver la trace de Ramsay et de savoir qu’il est sur Terre. Enfer et Damnation Robin, on va se faire les mollets. Gag de chat, encore un gag avec le mime, toujours des gags, rien que des gags avec Ramsey, c’est à peine répétitif. Shep découvre que Charlie a fait joujou et veut s’expliquer alors que celui-ci se fait persécuter par son patron.

Et là, on arrive à un moment surréaliste pour Lloyd. Alors qu’ils recherchent l’arme avec Ramsey grâce à un tracker, il se fait geler par les agresseurs de la veille, puisque l’arme congèle les personnes qu’elle atteint pour une vingtaine de minutes. S’en suit une série de dialogues à propos de la menace des tueurs à gages, le vaisseau de Ramsay déconne et celui-ci rejette la faute sur Charlie, qui répond d’un « I was frozen today! » soit « On m’a congelé aujourd’hui ». On atteint avec cette scène et cette réplique le sommet de la bêtise du film. Il n’arrivera plus à faire mieux, malgré toute la bonne volonté mise afin d’y parvenir.

Shep, assez bizarrement, cherche à avoir l’aide de Charlie alors que c’est le plus grand lâche du monde et qu’il fait 70 kg contre les 120 kg de muscles de Hogan. Mais celui-ci finit par l’aider pour payer la rançon en volant des pierres dans le bureau de son patron. Elles ont toutefois été déplacées, du coup Shep et Charlie doivent réactiver la machine, au risque de se faire repérer ce qui est bien sûr le cas. Face à face entre les hommes de main et Ramsay. Ce combat va être épique bien entendu. Faux-Taker tord la barre de fer dans un sens, Taker remet la barre en place et… Ramsay fait un lapin – ou kangourou selon votre préférence, avec la même barre.

Le combat s’engage et l’on attend progressivement la fin du film, avec une opposition finale fort décevante, qui accouche d’ailleurs à une scène équivalente à celle de l’enveloppe qui coupe la main de Sutor sur le plan du n’importe quoi. Un ending prévisible, avec une dernière scène qui clôture l’un des running gags du film de manière assez simpliste. Rien de bon à se mettre sous la dent en somme, si ce n’est un peu plus de blagues de bas niveau.

C’est stupide, maladroit, les acteurs sont mauvais tout comme les personnages qui sont également peu attachants. Les composantes d’une comédie familiale au budget modéré en somme. On tire sur la corde pour chaque blague et le film ressemble finalement à une série de sketchs liée à un bout d’intrigue. Et pourtant c’est très drôle à découvrir quand on est fan de catch. Le Hulkster en fait trois tonnes dans son style caractéristique et le film peut postuler au rang de nanar, c’est-à-dire un film mauvais mais sympathique. En effet, derrière les raccords grossiers, les plagiats et parodies lourdingues, on sent le côté inoffensif d’une comédie bon marché, devant laquelle on se cogne la tête contre le mur plusieurs fois avant de finir par en rire.

-À toi de montrer ce que t'as dans le ventre, petit.

-À toi de montrer ce que t’as dans le ventre, petit.

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