Décryptage

Seth Rollins, un parcours sans faute jusqu’au titre suprême de la WWE

La consécration. À la fin de Wrestlemania 31, c'était bien lui qui tenait le titre bien haut, terminant le Showcase of The Immortals en tant que champion de la WWE. Seth Rollins a effectué un cash-in en plein match pour battre Roman Reigns et Brock Lesnar. Retour sur la progression millimétrée du nouveau champion du monde poids-lourd.

Seth Rollins, de son vrai nom Colby Lopez, n’a « que » neuf années de carrière derrière lui, et le voici WWE World Heavyweight Champion après avoir effectué son cash-in pendant le match entre Brock Lesnar et Roman Reigns. Un Wrestlemania Moment, un vrai, pour un catcheur dont l’ascension a été continue, que ce soit pendant ses quelques années dans le catch indépendant, son passage du territoire de développement à NXT puis du Shield à The Authority.

Il est celui qui aurait dû être le catcheur de l’année 2014 par son omniprésence et sa progression constante jusqu’au main-event, il prend désormais les commandes après une performance énorme au Royal Rumble et à Wrestlemania face à Randy Orton, malgré des défaites à chaque fois. Seth Rollins est tout simplement devenu le top heel de Raw, la personne à abattre.

De Tyler Black à Seth Rollins

Avant d’entrer dans l’observation de cette progression pas forcément attendue il y a quelques années, il faut savoir que Seth Rollins n’a jamais pris énormément de temps pour progresser. Son temps dans le catch indépendant, il le dépensera essentiellement à la Ring Of Honor où il croise Daniel Bryan — alors encore connu sous le nom de Brian Danielson —, Austin Aries, Roderick Strong, Davey Richards ou encore Eddie Edwards. Du beau monde qui mène celui qui se fait alors appeler Tyler Black à toucher le titre par équipes ainsi que le titre mondial pendant près de quatre années.

Mais en août 2010, il signe à la WWE et devient Seth Rollins, un nom alors vivement critiqué sur les forums de catch, qui espérait le voir combattre sous son nom à la ROH. Car Seth Rollins est ce que la WWE aime appeler un « internet darling » (Un chouchou d’internet) qui va aller se faire oublier quelques années à la Florida Championship Wrestling, à l’époque territoire de développement de la WWE, où il va croiser quelques futures très proches connaissances du nom de Dean Ambrose et Leakee, futur Roman Reigns.

Un temps passé à la FCW où il empoche également les titres principaux lors de son passage, croisant les futurs Adam Rose, Damien Mizdow ou encore Big E. Le but de la FCW est pour lui et les autres d’apprendre les bases du catch WWE et d’y adapter son moveset et développer son personnage. Deux assez longues années où il attend son heure, qui viendra une fois que la FCW soit remplacée par un nouveau format : NXT.

Le show NXT est devenu un phénomène à la WWE, permettant à celle-ci de capitaliser sur d’immenses talents afin d’offrir un show qui respire le catch indépendant à un public qui en redemande toujours plus. Seth Rollins fait alors partie du début de ce show, étant le premier champion NXT de l’histoire du show après un tournoi. Un titre qui perdra des mains de Big E. Mais ce temps plus court passé à NXT — quatre à cinq mois — prend fin avec un groupe qui aura bousculer Raw.

L’architecte du Shield

Au Survivor Series 2012 arrive un groupe qui détruira Ryback et John Cena au profit de CM Punk. Rapidement, ce dernier réfute le lien entre lui et le groupe, pendant quelques semaines étranges où le sous-entendu est que le groupe fonctionne pour CM Punk sans vraiment être à sa solde. Rapidement toutefois, le groupe est mis à part, fonctionnant seul au nom de la « justice » du Shield qui s’abat sur des main-eventers et upcarders, ceux-ci n’arrivant pas à les battre en trois contre trois.

Une série de victoires en pay-per-view qui mène à la prise des titres par équipes pour Seth Rollins et Roman Reigns alors que Dean Ambrose gagne le titre US lors de Extreme Rules 2013. Peu à peu, le groupe devient une valeur incontournable de Raw, battant tout ce qui est à proximité d’eux. Une valeur sur laquelle va compter Triple H, les engageant comme protection rapprochée de Randy Orton, devenant des gardes du corps bien plus efficaces que J&J Security.

Mais dans le groupe, la mise en avant de Roman Reigns devient assez évidente, notamment lorsque ce dernier élimine quatre membres de l’équipe adverse lors des Survivor Series 2013. Des tensions qui s’aggraveront dans la rivalité face à CM Punk où le groupe n’est pas vraiment au mieux et lors du Royal Rumble, où Roman Reigns élimine Seth Rollins et Dean Ambrose, à une époque où le public l’aimait encore.

Les trois perdent encore un match lors de Elimination Chamber dans l’un des « match of the year » de 2014 face à la Wyatt Family. Dans le groupe, Seth Rollins est alors assez effacé par les deux personnalités du groupe, Dean Ambrose prenant la main au micro plus que Seth Rollins et Roman Reigns engrangeant une popularité grâce à sa qualité de powerhouse dans un groupe qui va devenir face.

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En effet, alors que Kane leur demandait d’attaquer Jerry Lawler, le groupe se retourne et attaque le vétéran, trahissant The Authority, entrant alors en rivalité. Après une seconde victoire du groupe à Wrestlemania face à Kane et New Age Outlaws, c’est le groupe reformé de The Evolution qui s’occupe d’eux. Tout va bien dans le meilleur des mondes puisque le groupe les bat par deux fois. Sauf que Triple H a son fameux plan B.

Du plan B…

Seth Rollins trahit ses camarades au lendemain de Payback, prenant un spotlight que personne ne pensait le voir prendre, celui du heel qui trahirait le groupe. Il devient alors ce personnage vaniteux, proclamant avoir dirigé le Shield depuis le début, hué car il a trahit ses frères d’armes en pleine gloire. Mais c’est là que l’effacement de Seth Rollins lors du passage du groupe en face s’explique mieux. Reigns finissait souvent les matchs et Ambrose gagnait une popularité que Seth Rollins n’avait pas forcément.

Campant un personnage avec un fort égo, il est donc logique que ce soit lui qui ait pris cette place, un personnage qui s’est développé au sein même du Shield finalement, lorsque Reigns et Ambrose prenait les devants face à lui. Afin de développer au mieux ce personnage de heel, la WWE a réussi à faire en sorte de l’encadrer avec des vétérans assez effacés pour que sa personnalité s’exprime au mieux.

Le Corporate Kane puis The Big Show après Survivor Series ainsi que J&J Security ne sont plus des upcarders de première importance depuis longtemps, mais leur rôle d’hommes de main permettait à Seth Rollins de camper au mieux son personnage de couard tacticien. Un peu à l’image de celui qui l’a engagé, Triple H, il se cache derrière ce groupe afin de développer l’aspect tacticien du personnage, qui prévoit toujours un moyen de bloquer son adversaire.

C’est ce qui arrive à Money in the Bank lorsqu’il obtient la mallette pour le titre mondial, permettant de faire de lui un challenger crédible face à John Cena dans un premier temps, puis rapidement de le laisser grandir de son côté quand Brock Lesnar prend la ceinture à Summerslam. C’est à partir de Night of Champions que son rôle va devenir plus prépondérant dans The Authority.

En intervenant sur Brock Lesnar en faisant disqualifier John Cena, Seth Rollins donne à son personnage une volonté très forte de prendre le titre. Il devient la figure principal de The Authority, se débarrassant quelques temps de Dean Ambrose mais surtout de Randy Orton. Il monopolise alors l’attention, mais le retour de Dean Ambrose l’occupe jusque Hell in A Cell, où Bray Wyatt lui permet de se concentrer sur d’autres objectifs et de sortir vainqueur d’un match qu’il est loin d’avoir dominé.

C’est d’ailleurs une période creuse pour celui qui se fait nommer le Futur de la WWE ou l’architecte. Deux défaites majeures en pay-per-view qui ne lui permettent pas de garder The Authority en place puis d’empêcher John Cena d’avoir son match pour le titre de la WWE. Une période qui s’arrête au dernier Raw de l’année.

… au plan A

En menaçant Edge en plein Raw, Seth Rollins prend un rôle de top heel immédiat, forçant John Cena à céder du terrain, chose inconcevable habituellement. Il réussit à faire revenir The Authority, qui le récompense en l’ajoutant de le match pour le titre, chose inédite pour un détenteur de la mallette Money in The Bank.

Auteur d’une performance exceptionnelle, celui qui a définitivement pris la place de Orton dans The Authority est sur un petit nuage malgré la défaite, et devient plus que jamais un prétendant solide pour le titre mondial même si Brock Lesnar semblait être une montagne qui lui était infranchissable. Après un match de moindre importance à Fast Lane, Seth Rollins rentre dans la Road To Wrestlemania menacé par son ancien collègue, Randy Orton.

Une sorte de rééquilibrage s’effectue, le jeune loup étant un peu calmé par l’ancien mâle alpha de la meute. Randy Orton promène Seth Rollins jusqu’à Wrestlemania. On pourrait d’ailleurs résumer cette rivalité à cet unique mouvement, ce Curb Stomp contré en RKO par Randy Orton. Seth Rollins s’est vu trop beau, et en paye le prix de ne pas avoir vu le piège se refermer sur lui.

Qu’à cela ne tienne, le plan restait le même pour Seth Rollins, qui va s’incruster dans le main-event et prendre ni plus ni moins que la ceinture de champion de la WWE en faisant le tombé sur Brock Lesnar. Après un Raw des plus agité, on constate que la menace viendra plutôt de Randy Orton et Roman Reigns, qui se positionnent en tant que challenger après la suspension à durée indéterminée de Brock Lesnar.

Actuellement, Seth Rollins doit être vu comme un personnage très intelligent sur sa stratégie mais encore trop confiant en lui-même par rapport à des catcheurs plus matures et capables de contrer l’envie folle que dégage le personnage de Seth Rollins. Car bien à l’opposé de la couardise affichée par le personnage, ce dernier transpire l’ambition également avec des éclairs de génie qui lui donnent un booking très propre.

Au travers de ce parcours, on s’aperçoit que Seth Rollins est le catcheur qui a bénéficié d’un des meilleurs bookings de ces dernières années et dont l’ascension n’a jamais été contesté que ce soit sur le fait que les fans la trouvent trop lente ou trop rapide. Si la WWE a parfois des problèmes à gérer ses talents et a trouvé le bon timing pour les lancer, il faut reconnaître que le travail effectué sur l’actuel champion du monde poids-lourd n’est pas loin d’être parfait.

Maintenant, l’étape la plus dure reste à passer pour Seth Rollins, celle de rester au sommet, en gardant cette position de top heel indéniable. Tous les aspects montrés par le personnage en font une personnalité complète, identifiable rapidement que ce soit par le néophyte que pour le spectateur régulier. On peut dire que pour Seth Rollins, c’est un nouveau chapitre qui s’ouvre, un chapitre qui le mènera à la confirmation ou au retour à une place plus modeste, ce qu’il ne semble absolument pas vouloir.

Pierre D.
Auteur :
Analyse de pay-per-view, décryptage. Lieutenant de VoxCatch.