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NXT TakeOver London : Le public anglais conquis par la nouvelle génération

nxt-takeover-finn © WWE
Hier soir pour la première fois NXT TakeOver s'installait dans la SSE Arena de Londres à l'occasion de sa tournée au Royaume Uni. De quoi montrer une nouvelle fois toute la puissance de NXT en seulement deux heures de show.

Pour la première fois depuis sa création en février 2014, NXT TakeOver, le pay-per-view réinventé pour la brand jaune de la WWE, s’exportait à Londres, à la SSE Arena qui avait côté catch plutôt l’habitude de voir la TNA ou l’écossaise Insane Championship Wrestling poser son ring. La salle était pleine à craquer, ce qui n’est pas surprenant pour un show de catch en Angleterre dont le public est l’un des plus vivants que cette culture puisse connaitre. Une aubaine aussi pour les fans européens qui n’avaient pas cette fois à veiller toute la nuit pour regarder un show de la WWE en direct.

Triple H ouvre évidemment le show — trois jours après un passage à tabac par Roman Reigns à Tables, Ladders & Chairs, pas facile de gérer le kayfabe — debout sur le ring, dans le noir avec un petit discours d’ouverture comme cela semble être devenu l’habitude. « C’est votre brand, criez avec moi! » nous dit-il pour conclure, comme pour envoyer un message aux personnes en charge du main roster pour démontrer subtilement que NXT écoute son public.

Deux heures de catch où l’on ne perd pas son temps avec des matchs sans un minimum de build-up derrière ou qui n’ont que peu d’intérêt pour le fan venu sur place ou payant son abonnement au WWE Network. C’est ce qui est bien avec NXT, en deux heures on va droit à l’essentiel, on profite de l’action et on ne décroche pas une minute. Pas besoin de tirer les choses sur trois heures où l’on finit par somnoler devant un Ryback contre Rusev.

On se retrouve donc avec cinq matchs mais il y en a pour tous les goûts. Au programme il y avait évidemment le titre de NXT de Finn Bálor remis en jeu contre celui qui l’a trahi après le tournoi par équipe en hommage à Dusty Rhodes, Samoa Joe. Du côté femmes c’est évidemment Bayley qui devait faire face à l’impressionnante Nia Jax mais aussi Emma face à Asuka. Enzo Amore et Colin Cassady eux tentaient de ravir les titres par équipe des Mechanics tandis que Baron Corbin affrontait Appolo Crews.

Une nouvelle Emma qui se révèle face à Asuka

NXT TakeOver : London s’ouvrait donc sur le match entre Asuka et Emma, toujours accompagnée de Dana Brooke. C’est assez étonnant de voir Emma revenue à NXT, après l’échec de son entrée dans le main roster accompagnée d’histoires personnelles qui n’ont certainement pas eu un impact positif sur son image en coulisses. L’australienne est revenue se refaire dans la tribu de Triple H qui semble visiblement toujours avoir envie de lui donner une seconde chance. Fini la danse étrange avec les bras pendant l’entrée, désormais Emma est heel, entre sur le ring avec les lunettes noires et le theme song retapé version dubstep pour un personnage moins excentrique.

Pour Emma c’est un peu le match qui va tout changer, depuis son retour nous n’avions pas eu l’occasion de vraiment voir ce qu’allait changer son heelturn et ce changement de gimmick. Son talent sur le ring n’était plus à démontrer, elle fait partie d’une des premières catcheuses de NXT dont on se souvient mais qui n’avait malheureusement pas eu la chance des Paige, Charlotte ou Sasha Banks.

Cette fois elle avait de nouveau la chance de monter ce dont elle est capable et ne s’en est pas gênée. Face à elle, une Asuka déjà bien rodée qui semble s’amuser avec une aise sur les rings de la WWE finalement assez peu étonnante quand on connait le parcours de la dame. Les deux catcheuses nous ont offert un bon match remporté par Azuka avec une fin peut-être un peu trop chargée mais l’affrontement a bien joué son rôle d’opener dont le public ne s’est clairement pas lassé. Public dont on reparlera beaucoup tout au long de la soirée.

Enzo Amore et Colin Cassady repartent bredouille

Les titres de champions par équipe de NXT étaient ensuite en jeu. Les champions Scott Dawson et Dash Wilder les défendent contre Enzo Amore et Colin Cassady qui se sont mis le public dans la poche sans problème avant le match. Enzo et Cass ont dominé une grande partie du match et ont notamment sorti le spot du match quand Enzo s’est lancé par dessus la troisième corde aidé de Cassady pour atterrir sur les champion Dash et Dawson à l’extérieur du ring. Le match a un peu perdu en intensité quand les champions ont repris le contrôle, se contentant d’un catch moins spectaculaire et plus basé sur les coups de poings, s’en prenant énormément à Enzo.

La fin est un peu floue, Enzo Amore partait pour la victoire en portant son Air Enzo sur Dawson mais Dash Wilder à l’extérieur du ring a retiré Enzo Amore pendant qu’il faisait le tombé. Étrangement, aucune disqualification de l’arbitre. Finalement les champions ont pu terminer eux-même le match tranquillement et conserver leurs titres.

Enzo Amore et Colin Cassady auraient largement mérité de repartir avec les titres étant donnée la performance de ce soir mais la WWE continue de compter sur les Mechanics pour porter les titres. On espère tout de même un changement lors de leur prochain affrontement, s’il a lieu.

L’étonnante progression de Baron Corbin

Le match suivant n’a que peu d’enjeu et les deux catcheurs qui le composent semblent encore attendre leur tour pour avoir une vraie storyline. Appollo Crews affronte Baron Corbin. Deux catcheurs qui suivent actuellement le même parcours : l’équipe créative n’a rien pour eux mais on compte beaucoup sur eux en coulisses pour faire le spectacle.

Baron Corbin revient de loin. Il y a encore quelques mois, personne n’imaginait trouver ses matchs un minimum divertissant, le personnage était bien trop coincé dans le modèle big man qui parle peu et qui enterre ses adversaires en quelques minutes. Aujourd’hui comme on a pu le voir face à Apollo Crews, on a pas mal progressé bien qu’il reste encore quelques points noirs. Mais on est à NXT, on a le temps et une vraie storyline pourrait l’aider un peu.

Le match était assez dynamique, notamment bien sûr grâce à Apollo Crews mais aussi un peu grâce à Corbin dont les prises ne manquent pas d’impact. On notera aussi la petite partie où celui-ci hurle à Crews « T’aurais dû rester à la Ring of Honor » ou « T’aurais dû rester dans tes petites salles de gym et vivre chez tes parents » après l’avoir jeté en dehors du ring. Corbin remporte le match et c’est tant mieux, cela le sert et Apollo Crews n’a pas tant besoin de victoire pour impressionner.

Le titre de championne de NXT façon David contre Goliath

On entre ensuite dans la dernière ligne droite de la soirée avec d’abord le match pour le titre de championne de NXT que Bayley devait défendre contre Nia Jax. Un affrontement assez attendu dont le booking a été assez bien mené. Seul petit détail gênant : pendant l’interview de Nia Jax a été teasé une rivalité de cette dernière avec Asuka. C’est peu de choses mais ça laisse d’ores et déjà penser avant le match que Nia Jax repartira bredouille pour aller affronter Asuka la prochaine fois. Non pas que le suspens soit un problème dans ce match mais c’est le genre de petit détail auquel il faudrait tout de même faire attention.

Pour sa première apparition dans un TakeOver on met Nia Jax directement dans le grand bain face à Bayley et ce n’est même pas un problème. D’un côté, Nia Jax a un personnage fort qui lui donne une certaine légitimité, et de l’autre, une Bayley qui bien qu’après quatre mois de règne de championne a encore beaucoup à montrer. On se retrouve alors avec une sorte d’épreuve pour la championne qui va devoir faire face à une Nia Jax déjà crainte par une grande partie du roster féminin de NXT. Le match est d’ailleurs en grande partie construit sur ce schéma, il ne pouvait en être autrement. Le monster heel face à la petite babyface, David et Goliath, Hulk Hogan contre Andre The Giant… Un classique du catch qui peut donner de bonnes choses quand il est bien amené.

Le match est très plaisant à regarder et le public y est aussi pour beaucoup. Quand on dit que les Anglais sont un public de catch modèle, ce n’est pas pour rien. Jamais un match féminin, même à NXT, n’avait été autant acclamé par le public dés le début avec des chants dont seul ce public est capable. Divertissant.

Toujours dans la même psychologie Nia Jax contrôle le match et ne laisse que peu de répit à Bayley. Elle aura quelques petits moments à elle mais Nia Jax reprendra toujours le dessus. On a bien failli croire d’ailleurs que Nia Jax allait gagner, quand après avoir porté deux leg drops elle fait le tombé mais Bayley se relève. Les coups ne suffisant pas à faire tomber Nia Jax, Bayley utilise la soumission. À deux reprises elle porte sa Guillotine. Si la première fois la Samoanne résiste, c’est à la seconde que petit à petit elle s’effondre jusqu’à abandonner.

Bayley reste donc championne et c’est plutôt une bonne nouvelle. La catcheuse est partie pour avoir un long règne qui non seulement marquera l’histoire du catch féminin — rien que pour son début — mais aussi accompagnera la construction de son personnage qui a déjà conquis une grosse partie du public de la WWE, et c’était pourtant loin d’être gagné au départ. L’idéal serait de voir ce règne se terminer aux alentours de WrestleMania — NXT tiendra d’ailleurs un TakeOver à Dallas — où il ne serait pas déplaisant de la voir affronter Asuka pour terminer. Il faudra aussi à veiller à ne pas la lancer dans le main roster trop rapidement et où elle finirait par se perdre, comme cela semble malheureusement le cas pour Sasha Banks actuellement.

Jack l’Éventreur ajoute Samoa Joe à la liste de ses victimes

Pour le main-event c’est le titre de champion de NXT qui est en jeu. Finn Balor se retrouve lui aussi face à un Goliath en la personne de Samoa Joe. Mais la psychologie du match n’est plus la même, dans ce contexte Bálor veut se venger de la trahison de celui qu’il considérait comme un ami après le tournoi par équipe en hommage à Dusty Rhodes.

Finn Bálor avait ressorti pour l’occasion son personnage de démon déguisé en Jack l’Éventreur. Il n’y a pas de lien entre les deux mais on est à Londres alors ça passe. Bálor est probablement le meilleur champion de NXT depuis sa création. De son talent in-ring incontestable jusqu’au moindre petit détail sur son personnage, ses déguisements, son entrée et les réactions du public qu’il engendre, on ne peut qu’applaudir l’accomplissement. De son côté Samoa Joe démontre très bien que l’on peut être un excellent heel en ne se cantonnant pas au catch basique pour éviter de paraître plus fort que le face.

Le match bien que plaisant à voir reste somme toute assez classique. Samoa Joe démarre l’offensive en offrant à Finn Bálor un enchaînement de coups, puis Bálor a repris le dessus avec un saut depuis la troisième corde encouragé par un public toujours très chaud. La fin est elle aussi assez classique : Bálor envoie un dropkick précédant le Coup de Grace mais est arrêté dans son élan par Samoa Joe qui tente un Muscle Buster que le champion va esquiver mais prendra un coup de pied en pleine face, permettant à nouveau à Joe de tenter le Muscle Buster, en vain. Bálor esquive à nouveau, met Joe KO et reprend le dessus pour porter le Coup de Grace pour la victoire.

Finn Bálor reste champion et pour être tout à fait franc, on s’attendait plutôt à une victoire de Samoa Joe. Leur rivalité n’est probablement pas terminé, on en verra encore de la part des deux rivaux.

On sort une nouvelle fois d’un NXT TakeOver ravis, le spectacle était au rendez-vous et on ne s’est pas ennuyé une minute. La formule des deux heures pour un show similaire à un pay-per-view est vraiment une idée à creuser et ne devrait pas seulement s’arrêter à NXT. De ce show on retiendra en plus du spectacle offert un public qui nous fait complètement regretter de ne pas voir la WWE plus souvent au Royaume-Uni.

Après le gros coup de Roman Reigns à Tables, Ladders & Chairs ainsi que sa prise du titre à Monday Night RAW lundi, on se demandait bien ce qui pourrait encore nous surprendre à NXT. C’était vite oublier la qualité du booking de la brand jaune de la WWE et le talent des catcheurs qui la compose.

Darren Fog
Auteur :
Fondateur et rédac-chef de VoxCatch.
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