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Revolution 8 : L’ICWA se plante à Maubeuge

Depuis 2014, l'ICWA est revenu au premier plan du catch français avec son show Revolution, un show annuel avec des moyens sympathiques et ambitieux dans le monde du catch français. Orienté vers un public populaire, le show n'est pas un paradis du catch mais s'en tirait généralement avec les honneurs. Jusqu'à ce soir.
icwa-revolution-8 © ICWA

Quand cela concerne le catch français, chez VoxCatch, on a plutôt envie d’être positifs. Bien entendu, les moyens sont différents du catch de la WWE, on a envie de promouvoir le catch en France et du coup on admet un côté moins technique et plus orienté populaire, avec des ficelles assez grosses mais qui fonctionnent très bien. Encore une fois ce soir, ces ficelles ont marché et globalement on vous mentirait si l’on disait que le show n’avait pas conquis les enfants et une partie de la salle.

Cela fait trois ans que l’ICWA veut revenir au premier plan du catch en France avec Revolution, son show annuel, et elle y met les moyens. En faisant venir ou revenir Chris Hero en 2014, Mason Ryan en 2015 et Doug Williams cette année, l’ICWA  s’entoure de beaux noms de la scène indépendante, tout cela autour d’un socle de catcheurs européens de plus en plus solide.

Le programme de cette année était d’ailleurs prometteur. Le match « échelle du temps », sorte de mélange entre le Royal Rumble et le Money in The Bank, faisait son retour. Les Artistes (Peter Fischer et Lucas Di Léo) affrontaient les prometteurs Shooting Stars (Ace Angel et Senza Volto) pour les titres par équipe et en main-event, Tristan Archer prenait sa revanche sur Tommy End dans un match sans disqualification pour le titre poids-lourds de l’ICWA. Dans une moindre mesure, la revanche de la trahison de Dimitri « Rosto » Soliotopoulos par Pierre « Booster » Fontaine, leader de la ICWA, était l’affrontement qui avait annoncé ce Revolution 8.

Mais, puisqu’il y en a un, cette édition de Revolution est une énorme source de mécontentement. Alors qu’elle aurait dû apprendre de sa baisse de régime de l’an passé, l’ICWA, et Booster en tête, a livré un show d’une qualité médiocre, qui a même réussi à sortir parfois un public pourtant très participatif et clément.

Des défauts techniques qui mettent en danger les catcheurs

Il est important de rappeler que l’ICWA s’associe aux Amis de la Butte, une association de Maubeuge qui les aide à l’organisation de l’événement et qui nous fait souffrir chaque année de son inexpérience. Certes, la sono était meilleure que l’année dernière même si les musiques avaient tendance à saturer de manière très désagréable. Mais au moins, Christophe Agius était parfaitement audible et cela l’a soulagé aux commentaires, offrant une prestation parfaite pour chauffer la foule, recevant même quelques chants à son honneur.

En revanche, les bénévoles présents ont eu beaucoup de mal à gérer les groupes d’enfants qui approchaient le ring et ne faisaient pas grand chose pour les en empêcher. Certes les marées humaines qui entourent les favoris de la foule étaient sympathiques avant le match, mais lorsque les enfants arrivent à pratiquement gêner le cours des matchs et à s’approcher du bord du ring sans qu’aucune remarque ne soit faite, il y a un problème. Seul un rappel à l’ordre de Christophe Agius en troisième partie de soirée calmera un tout petit peu l’effet de foule.

Et puis il y eut ce match « échelle du temps », stipulation spécifique de l’ICWA, très intéressante, mais qui fut entachée par un problème majeur : les deux échelles proposées aux catcheurs étaient inutilisables ou presque. Une des deux échelles a d’ailleurs rapidement terminé en deux parties sans qu’un spot n’en soit la cause. La seconde elle, donnera probablement des cauchemars au catcheur néerlandais Tengkwa, qui a bien failli se blesser gravement deux à trois fois pendant ce match en essayant de le sauver. Des grosses frayeurs.

Comment, dans un show où un match avec des échelles est prévu et annoncé, a-t-on pu laisser passer cela ? Le matériel n’est-il pas testé avant ? Que ce soit l’association ou l’ICWA qui soit la fournisseuse du matériel, l’erreur fait preuve d’abord d’un amateurisme à dénoncer mais surtout d’une irresponsabilité envers la santé des catcheurs présents dans le match.

Un show spécial Pierre « Booster » Fontaine

S’il n’y avait eu que cet incident pour obscurcir la soirée, on aurait pu se réjouir de la partie catch de la soirée. Malheureusement le reste du show a été d’une irrégularité constante et avec un booking tellement bordélique qu’on ne sait pas quoi dire véritablement.

On exclura de ce jugement les matchs pour le titre par équipe qui a très bien lancé la soirée où les Artistes et Shooting Stars ont livré une performance vraiment excellente, probablement le match de la soirée. On notera aussi la bonne performance de Doug Williams qui devient challenger au titre poids-lourds de l’ICWA en battant Joe E. Legend dans un match très orienté sur le divertissement et l’interaction avec la foule, mais qui aura aussi montré une capacité physique encore bien vivace chez les deux catcheurs expérimentés. Le match féminin entre Jazz Lanka et Kaleah Black a lui aussi été correct, offrant une nouvelle fois une opportunité à Jazz Lanka de montrer sa popularité grandissante.

Mais pour le reste, le show fut jonché d’occasions manquées, d’overbooking malvenu et de performances mauvaises. En première ligne, Pierre « Booster » Fontaine, le « French Pro Wrestling God », patron de l’ICWA. Auteur d’une transformation physique dont il peut être fier, le catcheur n’a pourtant pas réussi à livrer un match de qualité avec Rosto. Avec un rythme mou et un storytelling qui ne semblait pas du tout être celui d’une revanche, ce match était bien trop long et jonché de mouvements ratés. Un échec alors que ce match était annoncé en grande pompe l’année dernière.

Après sa victoire — sur un roll-up d’ailleurs — sur Rosto, Booster est venu dans le match « échelle du temps » en tant que participant mystère. Encore une fois, il a eu beau livrer de sa personne, le problème des échelles n’a pas sauvé un match où l’on regrette la non-utilisation d’éliminations dans sa partie orientée Royal Rumble, et pour la partie avec les échelles, on ajoutera aux échelles inutilisables un spot entre Booster et Lucas Di Léo où ce dernier a bien failli se blesser gravement à la nuque, la powerbomb loupant la table préparée pour ce spot.

On soulignera toutefois les points positifs du match comme Lucas Di Léo qui attaque Diego Frost pour lui prendre la place et qui a toujours un très bon talent au micro — puisqu’il commentera avec Christophe Agius en attendant que ses adversaires s’éliminent — et la victoire de Cormac Hamilton, catcheur qui effectue une belle montée à l’ICWA et qui s’octroie un match de championnat où et quand il veut dans l’année à venir — peut-être lors de Hexagone 2 le week-end prochain — mais le tout s’est fait dans un chaos tel qu’il est un peu difficile de sortir satisfait d’un match qui avait un potentiel certain mais gâché par un environnement désastreux.

Un Main-Event gâché par des interventions trop nombreuses

Enfin, acte final du Pierre « Booster » Show, le Main Event qui devait opposer Tommy End et Tristan Archer dans un match sans disqualification. Ces deux catcheurs avaient déjà livrés une grosse prestation l’année dernière et l’on attendait beaucoup du match retour. Mais rapidement, la tournure du match allait se modifier assez étrangement.

Dans un premier temps, c’est Peter Fischer, deuxième moitié des Artistes, qui imite son camarade et s’incruste dans un match sans véritable raison si ce n’est l’envie d’en être. Du coup le match se transforme en un triple threat, loin d’être une mauvaise nouvelle tant le match entre Peter Fischer et Tommy End reste un des meilleurs souvenirs de Revolution 6. Le match tourne alors en une punition de Tristan Archer, Peter Fischer laissant le champion essayer de garder son titre.

Commence alors le drame. Souhaitant probablement une revanche de son éjection du match « échelle du temps », Diego Frost intervient en faveur de Tristan Archer mais se fait rapidement malmené par les deux heels. Arrive alors le chevalier blanc Booster puis Michael Dante — partenaire de Tommy End — puis Rosto, qui va s’allier de nouveau avec Booster et reformer la French Connection alors qu’à la fin de leur match il avait refusé la poignée de main. On soulignera aussi que Lucas Di Léo s’est mêlé à tout cela pour aider Peter Fischer mais que ce fut un tel chaos qu’il n’y a plus vraiment moyen de se souvenir de quand il est intervenu.

Quand on a sur le ring des catcheurs comme Tommy End et Tristan Archer, c’est très pénible de ne pas laisser leur rivalité simplement s’exprimer. Le match n’avait absolument aucun besoin de l’ajout de Fischer et des interventions multiples. Quand il y a deux catcheurs qui se connaissent aussi bien sur le ring et avec une stipulation comme le No Disqualification, il n’y avait aucun besoin de ramener des catcheurs étrangers à cette rivalité.

Booster, Rosto, Diego Frost n’avaient rien à faire là, Peter Fischer aurait pu à la rigueur évoquer sa perte du titre de champion de France face à Archer mais ne l’a pas fait. Di Léo aurait pu dire qu’il n’a jamais vraiment eu de revanche face à Tommy End qui lui avait pris son titre à Adrenaline mais il ne l’a pas fait. La seule intervention logique est celle de Dante qui vient rééquilibrer les chances de son partenaire.

Au final, c’est Tristan Archer qui prend un titre qu’il mérite amplement tant son ascension en Europe est sensible d’année en année. Mais cela n’aurait-il pas été mieux dans une opposition en un contre un? Même le public s’est perdu à force de voir tant d’interventions et n’a du coup pas réussi à rentrer dans le match lors que l’ordre était revenu. C’est un énorme gâchis tant le morceau de match entre Tommy End et Tristan Archer a montré tout ce qu’on loupait du potentiel de cette opposition. Au lieu de laisser s’exprimer ses deux plus gros talents, Booster a préféré organiser un capharnaüm illisible et indigeste.

Pourtant, qualifier la soirée d’échec populaire serait erroné. Le public ciblé par Booster a apprécié sa soirée et les enfants, plus nombreux que jamais, ne se sont pas ennuyés dans un show qui a duré près de quatre heures — oui, quatre heures tout de même.

Installée confortablement à Maubeuge, l’ICWA a livré un show laborieux, mal scénarisé et inconstant qualitativement. N’importe quel fan de catch attentif voit à quel point la régression se fait sentir depuis l’année dernière à l’ICWA. Et si Booster se satisfera sûrement de la présence du public et de leur réponse positive, il faudra toutefois remettre très sérieusement en question quelques points essentiels quant à la qualité de son show.

Dans Le Cid de Corneille, le Comte Gomès dit à Rodrigue ces mots : « À vaincre sans péril, on triomphe sans gloire.« . L’ICWA avait hier entre les mains un show prometteur et l’a gâché, en ne faisant pas confiance aux catcheurs présents et en laissant Booster prendre beaucoup trop de place dans son show avec un booking maison assez imbuvable.

On ne pardonnera pas l’irresponsabilité envers les catcheurs impliqués dans le match à l’échelle. Le minimum dans une organisation qui se veut sérieuse, c’est de vérifier le matériel mis à disposition des acteurs de son show. C’est ce genre d’erreur qui font perdre de la crédibilité à un show de catch, et si cette soirée n’a été le théâtre que de douleurs et courbatures imprévues, l’ICWA peut s’estimer heureuse de ne pas avoir eu à gérer une blessure grave. Pour l’année prochaine, il faudra se poser certaines questions et revenir avec un meilleur contenu, sans quoi une partie du public qui vient pour la qualité du show, ne reviendra plus par la suite.